Jour 279 ☼ — Néhémie, stratège des murailles
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Résumé : Nous ouvrons le livre de Néhémie, qui ne fait qu'un avec celui d'Esdras. Le frère Paul-Adrien présente la structure en trois cercles concentriques de ces livres — le temple avec Zorobabel, le peuple refondé avec Esdras, et maintenant les institutions militaires avec Néhémie. La lecture des chapitres 1 et 2 fait entendre la nouvelle des remparts en ruine, la prière de Néhémie, sa demande au roi Artaxerxès et son inspection nocturne de Jérusalem. Le commentaire souligne les quatre mois de prière et de réflexion qui séparent la nouvelle de la démarche auprès du roi, et dresse le portrait de Néhémie en politique au bon sens du terme, qui connaît les médiations humaines et sait inscrire l'agenda de Dieu dans le jeu des institutions.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Nous avons terminé le livre d'Esdras, nous commençons le livre de Néhémie. Alors ne vous emballez pas, les bichons, c'est le même livre. Simplement, on l'a coupé en deux. Esdras, Néhémie, à l'origine c'était le même livre, c'est la même époque, c'est la même école, c'est la même histoire. Donc on enchaîne dans la foulée.
Ah si, quand même, peut-être avant, je vous redis la question centrale de ces livres, qui est une question très profonde en théologie politique : c'est comment fonder un peuple, et quel régime politique vous allez lui donner, ce qui n'est pas si simple.
Et la structure dont les livres d'Esdras et Néhémie sont construits, c'est assez beau, parce qu'on a l'impression que c'est un livre historique, et pas tout à fait. Je ne suis pas rentré dans les détails, mais parfois les épisodes ne sont pas au bon endroit. En fait, ça marche par paliers successifs. Vous avez trois histoires qui se succèdent avec trois personnes : Zorobabel, puis Esdras, et maintenant on va commencer Néhémie. Donc on a l'impression que c'est simplement des personnes qui se succèdent. En fait, c'est trois cercles concentriques.
Avec Zorobabel, on a commencé par fonder le peuple avec un temple. Au cœur d'une communauté, il y a une religion, c'est ça qui fonde le peuple. Il y avait aussi un principe dynastique, c'était Zorobabel. Ça, c'était le premier cercle concentrique. Mission accomplie, le temple a été reconstruit, mais mission accomplie à moitié, parce que la promesse d'une restauration davidique, on a vu que c'était plus compliqué que ça n'en avait l'air.
Et ensuite, deuxième étape : autour de ça, on a agrandi le projet politique. Avec un culte grandeur nature. Et il y a un peuple qu'on va refonder pour accompagner la transition de régime. Ça, c'était l'œuvre d'Esdras. Esdras qui incarne une nouvelle manière de gouverner à travers une bureaucratie sacrée. Il y a un nom pour dire ça, ça s'appelle la hiérocratie, qui est le pendant exécutif du régime théorique qu'on appelle la théocratie. Bon, je vous ai peut-être perdu, ce n'est pas très grave. En tout cas, on l'a vu, mission accomplie, avec un tout petit bémol sur cette histoire de mariages mixtes. Le peuple a été refondé, mais il y a une petite zone d'ombre.
Et maintenant, avec ce nouveau livre, troisième étape : on va agrandir encore le projet politique, troisième cercle concentrique. Cette fois-ci, on va édifier les institutions militaires pour protéger la communauté. Ce qui va prendre une forme très particulière ici : ça va être la reconstruction des remparts. Et on a une troisième figure qui arrive, Néhémie. Une très belle figure, Néhémie. Chapitres 1 et 2.
Lecture : Néhémie 1 – 2
Paroles de Néhémie, fils de Akalya. Au mois de Kislev, la vingtième année du règne d'Artaxerxès, alors que je me trouvais à Suse, la citadelle, Hanani, l'un de mes frères, arriva de Juda avec quelques hommes. Je les interrogeai au sujet des Juifs rescapés, ceux qui avaient échappé à la captivité, et sur Jérusalem. Ils me répondirent : « Ceux qui ont échappé à la captivité et qui sont restés là-bas dans la province sont dans une grande détresse et dans la honte. Le rempart de Jérusalem n'est que brèches et ses portes ont été dévastées par le feu. »
Dès que j'entendis ces paroles, je me suis assis et j'ai pleuré. Je fus dans le deuil durant plusieurs jours, jeûnant et priant devant le Dieu du ciel.
Je dis alors : « Ah ! Seigneur, Dieu du ciel, Dieu grand et redoutable, qui garde l'Alliance et la fidélité à ceux qui l'aiment et observent ses commandements, que ton oreille soit attentive et tes yeux ouverts pour écouter la prière de ton serviteur. Aujourd'hui, devant ta face, je prie jour et nuit pour les fils d'Israël, tes serviteurs. Je confesse les péchés des fils d'Israël, nos péchés contre toi, moi-même et la maison de mon père. Nous avons péché. Nous avons vraiment mal agi envers toi. Nous n'avons pas observé les commandements, les décrets et les ordonnances que tu avais prescrits à Moïse, ton serviteur. Souviens-toi de la parole que Moïse, ton serviteur, a prononcée sur ton ordre : "Si vous êtes infidèles, moi, je vous disperserai parmi les peuples. Mais si vous revenez à moi, si vous observez mes commandements et les mettez en pratique, quand bien même certains auraient été chassés jusqu'à l'extrémité des cieux, je les rassemblerai et je les ramènerai au lieu que j'ai choisi pour y faire habiter mon nom." Ce sont tes serviteurs et ton peuple, que tu as rachetés par ta grande puissance et par ta main forte. Ah ! Seigneur, que ton oreille soit attentive à la prière de ton serviteur et à la prière de tes serviteurs qui se plaisent à craindre ton nom. Fais qu'aujourd'hui ton serviteur réussisse et trouve miséricorde en face de cet homme. » J'étais en effet échanson du roi.
La vingtième année du règne d'Artaxerxès, au mois de Nisan, je pris le vin et je l'offris au roi. Je n'avais jamais montré de tristesse devant lui, mais ce jour-là le roi me dit : « Pourquoi ce visage triste ? Tu n'es pourtant pas malade ? Tu as donc du chagrin ? » Rempli de crainte, je répondis : « Que le roi vive toujours ! Et comment n'aurais-je pas l'air triste, quand la ville où sont enterrés mes pères a été dévastée et ses portes dévorées par le feu ? »
Le roi me dit alors : « Que veux-tu donc me demander ? » Je fis une prière au Dieu du ciel et je répondis au roi : « Si tel est le bon plaisir du roi, et si tu es satisfait de ton serviteur, envoie-moi dans la ville où sont enterrés mes pères, et je la rebâtirai. »
Le roi, qui avait la reine à côté de lui, me demanda : « Combien de temps durera ton voyage, et quand reviendras-tu ? » Je lui indiquai une date, qu'il approuva, et il m'autorisa à partir.
Je dis encore : « Si tel est le bon plaisir du roi, qu'on me donne des lettres pour les gouverneurs de la province qui est à l'ouest de l'Euphrate, afin qu'ils facilitent mon passage jusqu'en Juda, et aussi une lettre pour Asaph, l'inspecteur des forêts royales, afin qu'il me fournisse du bois de charpente pour les portes de la citadelle qui protège la maison de Dieu, pour le rempart de la ville, et pour la maison où je vais m'installer. » Le roi me l'accorda, car la main bienfaisante de mon Dieu était sur moi.
Je me rendis auprès des gouverneurs de Transeuphratène et je leur remis les lettres du roi. Le roi m'avait fait escorter par des officiers de l'armée et des cavaliers. Sanballate, le Horonite, et Tobie, le fonctionnaire ammonite, l'apprirent, et ils se montrèrent fort mécontents que quelqu'un soit venu s'enquérir de ce qui était bon pour les fils d'Israël.
Je suis donc arrivé à Jérusalem et j'y suis resté trois jours. Puis je me suis levé, de nuit, accompagné de quelques hommes, mais je n'avais confié à personne ce que mon Dieu m'avait inspiré d'accomplir en faveur de Jérusalem. Je n'avais avec moi aucune autre bête de somme que ma propre monture. Pendant la nuit, je sortis par la porte de la Vallée. Je me rendis devant la source du Dragon, puis à la porte du Fumier. J'inspectai attentivement les remparts de Jérusalem, qui n'étaient que brèches et dont les portes avaient été dévorées par le feu. Je poursuivis mon chemin vers la porte de la Source et le réservoir du Roi, et je ne trouvais plus de passage pour la bête que je chevauchais. Je remontai donc de nuit par le ravin, inspectant toujours attentivement le rempart. Puis je rentrai par la porte de la Vallée, et m'en revins. Les magistrats ne surent pas où j'étais allé, ni ce que j'avais fait. Jusque-là, je n'avais rien révélé aux Juifs, prêtres, notables, magistrats, ni aux autres qui étaient chargés des travaux.
Je leur dis alors : « Vous voyez la détresse où nous sommes. Jérusalem est en ruine. Ses portes ont été dévastées par le feu. Venez ! Allons rebâtir le rempart de Jérusalem, et nous ne serons plus un sujet de honte. » Et je leur racontai comment la main bienfaisante de mon Dieu avait été sur moi, et comment aussi le roi m'avait parlé. Ils s'écrièrent : « Mettons-nous à reconstruire ! » Et avec courage, ils se préparèrent à cette belle œuvre.
Sanballate, le Horonite, Tobie, le fonctionnaire ammonite, et Guéshem, l'Arabe, l'apprirent. Ils se moquèrent de nous et nous méprisèrent. Ils nous dirent : « Qu'est-ce que vous êtes en train de faire ? Allez-vous vous révolter contre le roi ? » Mais je leur répliquai en ces termes : « C'est le Dieu du ciel lui-même qui nous fait vivre et qui nous fera réussir. Nous, ses serviteurs, nous allons nous mettre à reconstruire. Mais pour vous, il n'y aura ni part, ni droit, ni souvenir dans Jérusalem. »
Commentaire
Néhémie, qui était échanson du roi. Alors, vous éviterez de voir derrière l'échanson du roi le simple goûteur de vin, le testeur du vin du roi. C'était un haut poste. C'est vraiment être proche du roi, digne de confiance. On a parfois dit que cela faisait de Néhémie un eunuque, mais c'est peut-être aller un tout petit peu loin dans l'interprétation du texte. En tout cas, c'est un des grands du royaume.
Et alors, c'est toujours comme dans la Bible : il faut apprendre à lire entre les lignes. Regardez, on va reprendre la suite des événements. Ça commence avec une nouvelle qui rend triste Néhémie. Il se met à prier, et tout de suite après, il va voir le roi. Mais ça, c'est nous, d'une manière superficielle, de lire la Bible. Comme d'ailleurs d'envisager notre vie spirituelle. Parce que vous allez voir, ça va un peu plus loin que ça.
En fait, ce que vous dit précisément le texte, c'est qu'entre le moment où il a appris la nouvelle et le moment où il va voir le roi, il s'est passé quatre mois. Quatre mois à prier, quatre mois à réfléchir à la manière dont il va amener le sujet auprès du roi, et quatre mois à réfléchir à sa stratégie pour rebâtir ses murailles. Ah ben oui, c'est une autre manière de concevoir sa vie spirituelle. On se pose, on réfléchit, on rebranche son cerveau, et on se met à prier, et à prier longuement. Jésus disait : c'est par votre persévérance que vous serez sauvés.
Et ça explique pourquoi, quand il va voir le roi, il sait exactement quoi dire. Il sait comment répondre à ses questions. Vous le voyez timide au début, qui prend confiance, et vous apercevez toute la ruse diplomatique de ce grand échanson qui sait comment faire. Et à la fin, quand il a acquis la confiance du roi, il peut dévoiler son plan. Et là, il lui dit : donne-moi une lettre pour que j'aille voir un tel, un tel, un tel, pour qu'il me donne du bois, pour qu'ensuite je commence à reconstruire les remparts, etc. Tout est planifié.
De la même manière, sans que vous vous en aperceviez, le texte vous a fait parcourir tous les échelons du pouvoir d'une manière parfaitement ordonnée. Le texte vous a fait commencer tout en haut avec Dieu, qui est la source ultime du pouvoir. Ensuite, on est allé à son intendant, le roi perse, dont on a acquis la confiance, parce que servir le roi, servir Dieu, c'est la même chose. Ensuite, on vous a amené à Jérusalem pour parler avec les notables. Ça n'a l'air de rien, mais derrière, c'est une certaine intelligence des médiations humaines et des institutions. Comment est-ce qu'elles fonctionnent ? Si vous travaillez dans des grandes organisations, vous le savez, que ce n'est pas évident quand on a des projets. Il faut savoir à qui les présenter. C'est tout le jeu des institutions. Sinon, les gens se vexent et il n'y a rien qui se passe.
Bon, eh bien Néhémie, ce n'est ni Zorobabel ni Esdras, c'est encore une autre figure. Zorobabel, l'ancien roi. Esdras, le scribe. Néhémie, la figure du politique. Le politique, dans le bon sens du terme, qui comprend les jeux de pouvoir et les jeux institutionnels, et qui arrive à inscrire à l'intérieur, par son habileté, l'agenda que Dieu lui a confié. C'est la figure, si vous voulez, du haut fonctionnaire, du grand administrateur. Enfin, il a élaboré un programme — ça, c'était la prière —, présenté son programme — ça, c'était devant le roi —, et il sait le mettre en action. Et ça, c'est ce qu'on verra quand il arrivera à Jérusalem.
Et vous le voyez là, qui inspecte de nuit les remparts : vous voyez la conscience de cet homme qui veut se rendre compte par lui-même de l'état de délabrement des murailles. Et vous le voyez aussi, quand il s'adresse au peuple le lendemain, changer de posture. Il a compris que pour reconstruire les murailles et le temple, il avait plutôt intérêt à se présenter au peuple non pas comme un envoyé d'Artaxerxès, mais comme quelqu'un du peuple. Et donc il passe une nuit à commencer par pleurer sur les murailles, et c'est en tant que concitoyen qu'il va voir les autres et qu'il les amène avec lui. D'un point de vue politique, c'est remarquablement mené.
Proverbes 23,17-21
Que ton cœur n'envie pas les pécheurs, mais qu'il reste tout le jour dans la crainte du Seigneur. Il y a certes un avenir, et tu n'auras pas espéré en vain.
Et toi, mon fils, écoute et sois un sage, garde ton cœur dans le droit chemin. Ne sois pas de ceux qui s'enivrent et qui font bonne chère, car l'ivrogne et le glouton courent à leur ruine, et ils se réveillent un jour couverts de haillons.
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