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Jour 280 ☾ — Dieu roi de toute la terre

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Résumé : Le frère Paul-Adrien achève la lecture de Zacharie avec les chapitres 13 et 14 : la source qui lave les péchés, la fin des faux prophètes, le berger frappé et les brebis dispersées, puis la grande tribulation de Jérusalem et la victoire de Dieu depuis le mont des Oliviers. Le commentaire souligne la nouveauté radicale de ce finale apocalyptique : une partie du peuple juif combattra contre Jérusalem, et le partage ne se fait plus entre juifs et païens mais entre le bien et le mal, à l'intérieur des uns comme des autres. Zacharie adresse ainsi une gifle à une vision sectaire et ritualiste de la religion en train de s'installer après l'exil. L'épisode s'achève sur la promesse d'une fête des Tentes universelle, où toutes les nations montent en pèlerinage vers Dieu.

Introduction

On est dans Zacharie. Moi je dis, il y a quand même quelque chose d'étonnant, parce qu'il y a énormément de matériaux des anciens prophètes qui se retrouvent ici. Dans les visions, on avait des réminiscences d'Ézéchiel qui mesurait le temple au cordeau. On aura encore aujourd'hui des réminiscences d'Ézéchiel, avec une source qui jaillira de la maison. On avait des réminiscences d'Isaïe : le serviteur frappé, la nation victorieuse qui allait régner éternellement. Là encore aujourd'hui, vous aurez la notion de jour du Seigneur qui nous rappelle Joël, qui nous rappelle Amos, qui nous rappelle Sophonie.

Et pourtant, malgré tout ce matériau commun, Zacharie révolutionne en un seul chapitre, le chapitre 14, les lois du genre. Vous allez voir, la fin du monde qu'il propose n'a plus rien à voir, malgré les apparences. Ce n'est pas dit que vous le voyiez, avec tout ce que vous aviez déjà entendu chez Isaïe, Ézéchiel, Jérémie, etc. Préparez-vous : c'est la fin de Zacharie, que je quitte avec regret. Zacharie, chapitres 13 et 14.

Lecture : Zacharie 13-14

Ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem. Elle les lavera de leurs péchés et de leurs souillures.

Il arrivera en ce jour-là, oracle du Seigneur de l'univers, que je retrancherai du pays les noms des idoles. On n'en fera plus mémoire. Je chasserai aussi du pays les prophètes et leur esprit d'impureté.

Si quelqu'un veut encore prophétiser, son père et sa mère qui l'ont engendré lui diront : « Tu ne vivras pas, car ce sont des mensonges que tu prononces au nom du Seigneur. » Alors son père et sa propre mère qui l'ont engendré le transperceront pendant qu'il prophétisera.

Il arrivera en ce jour-là que les prophètes rougiront de leur vision quand ils prophétiseront. Ils ne revêtiront plus le manteau de prophète pour tromper, mais ils diront : « Moi, je ne suis pas prophète. Moi, je travaille la terre. Un homme m'a acheté depuis ma jeunesse. » Et si on lui demande : « Que sont donc ces blessures sur ta poitrine ? » Il répondra : « Je les ai reçues dans la maison de ceux qui m'aiment. »

« Épée, réveille-toi contre mon berger, contre l'homme qui m'est proche, oracle du Seigneur de l'univers. Frappe le berger et que les brebis soient dispersées. Contre les petits, je tournerai ma main. »

Il arrivera dans tout le pays, oracle du Seigneur, que deux tiers en seront retranchés, périront, et que l'autre tiers y restera. Je ferai passer ce tiers par le feu. Je l'épurerai comme on épure l'argent. Je l'éprouverai comme on éprouve l'or. Lui, il invoquera mon nom, et moi, je lui répondrai. Je dirai : « C'est mon peuple. » Et lui, il dira : « Le Seigneur est mon Dieu. »

Voici qu'un jour vient pour le Seigneur, où l'on partagera tes dépouilles au milieu de toi, Jérusalem. Je rassemblerai toutes les nations devant Jérusalem pour le combat. La ville sera prise, les maisons pillées, les femmes violées. La moitié de la ville partira en exil, mais le reste du peuple ne sera pas retranché de la ville.

Alors le Seigneur sortira pour combattre avec les nations, comme lorsqu'il combat au jour de la bataille. Ses pieds se poseront ce jour-là sur le mont des Oliviers qui est en face de Jérusalem, à l'orient, et le mont des Oliviers se fendra par le milieu, d'est en ouest. Il deviendra une immense vallée. Une moitié de la montagne reculera vers le nord, et l'autre vers le sud. Vous fuirez la vallée de mes montagnes, car elle atteindra Atsal. Vous fuirez comme vous avez fui devant le tremblement de terre au temps d'Ozias, roi de Juda. Alors le Seigneur mon Dieu viendra, et tous les saints avec lui.

Ce jour-là, il n'y aura pas de lumière, mais du froid et du gel. Ce sera un jour unique — le Seigneur le connaît. Il n'y aura pas le jour puis la nuit, mais à l'heure du soir, la lumière.

Ce jour-là, des eaux vives sortiront de Jérusalem, moitié vers la mer orientale, moitié vers la mer occidentale. Il en sera ainsi en été comme en hiver. Alors le Seigneur deviendra roi sur toute la terre. Ce jour-là, le Seigneur sera unique, et unique son nom.

Tout le pays sera changé en plaine, depuis Guéba jusqu'à Rimmon, au sud de Jérusalem. Jérusalem sera surélevée, demeurant habitée au même lieu, depuis la porte de Benjamin jusqu'à l'emplacement de l'ancienne porte, jusqu'à la porte des Angles, et depuis la tour de Hananéel jusqu'au pressoir du roi. On y habitera, il n'y aura plus d'anathème. Jérusalem sera habitée en sécurité.

Et voici le fléau dont le Seigneur frappera tous les peuples qui auront combattu contre Jérusalem. Il fera pourrir la chair de chacun quand il sera encore debout sur ses pieds, ses yeux pourriront dans leurs orbites, sa langue pourrira dans sa bouche. Il arrivera en ce jour-là que le Seigneur provoquera une grande panique parmi eux. Chacun empoignera son compagnon et ils lutteront corps à corps. Juda aussi combattra avec Jérusalem. Les richesses de toutes les nations d'alentour seront rassemblées : or, argent, vêtements en énorme quantité. Un fléau semblable atteindra les chevaux, les mulets, les chameaux, les ânes et toutes les bêtes qui se trouveront dans leur camp. Ce sera le même fléau.

Alors tous les survivants des nations qui auront marché contre Jérusalem monteront année après année se prosterner devant le roi, Seigneur de l'univers, et célébrer la fête des Tentes. Mais pour les familles de la terre qui ne monteront pas se prosterner à Jérusalem devant le roi, Seigneur de l'univers, la pluie ne tombera pas. Et si la famille d'Égypte ne veut pas monter, si elle ne vient pas, alors fondra sur elle le fléau dont le Seigneur frappera les nations qui ne monteront pas célébrer la fête des Tentes. Tel sera le châtiment de l'Égypte et le châtiment de toutes les nations qui ne monteront pas célébrer la fête des Tentes.

Ce jour-là, les grelots des chevaux porteront l'inscription : « Consacré au Seigneur ». Les marmites dans la maison du Seigneur seront comme des coupes d'aspersion devant l'autel. Toute marmite à Jérusalem et en Juda sera consacrée au Seigneur de l'univers. Tous ceux qui offrent un sacrifice viendront les prendre pour cuire ce qu'ils présentent. Et il n'y aura plus de marchands dans la maison du Seigneur de l'univers, en ce jour-là.

Commentaire

Il y a des choses dans Zacharie qui n'avaient jamais été dites et qui sont dites ici pour la première fois. On vient de retourner à Jérusalem, et voilà qu'il vous prédit qu'il y aura à nouveau un conflit, à nouveau une nouvelle destruction de Jérusalem, et un nouvel exil. Le tout présenté comme un châtiment divin. Ils devaient être contents, les juifs, quand ils ont entendu ça. Vous avez Zacharie qui dit ici, au parti théocratique qui a pris le pouvoir à Jérusalem, que Dieu n'est pas emballé par ce qu'il voit.

C'est étonnant, parce que ce livre de Zacharie qui commençait avec des visions extraordinaires — on vous montrait le grand prêtre et Zorobabel qui allaient connaître une gloire imprescriptible — et voilà que maintenant, dans les dernières visions, on vous parle de la ruine apocalyptique de Jérusalem. Vous sentez le changement qui s'est opéré ?

Alors le livre ne donne pas beaucoup de détails et ne dit pas exactement quelle faute il y a derrière, donc c'est difficile de savoir ce que l'auteur a en tête. Mais il y a un truc, vous dit Zacharie, dans cette reconstruction du deuxième temple. À la fois quelque chose d'extraordinairement beau et qui plaît à Dieu, avec Zorobabel, avec Josué le grand prêtre — et on a vu comment les visions inaugurales de Zacharie leur promettaient une gloire imprescriptible — et quelque chose qui commence à le chagriner : un parti théocratique qui prend le pouvoir, un parti fervent et religieux, mais ce n'est pas dit qu'il ait une vision de Dieu qui lui corresponde tout à fait.

Alors je reprends pour vous cette prophétie de la destruction à venir de Jérusalem. Verset 2 :

Je rassemblerai toutes les nations devant Jérusalem pour le combat. La ville sera prise, les maisons pillées, les femmes violées. La moitié de la ville partira en exil, mais le reste du peuple ne sera pas retranché de la ville.

On vous dit que cet exil arrivera au cours d'une grande tribulation, ce qui est un thème qu'on avait déjà vu, avec des nations qui se rebelleront contre Jérusalem pour lui faire la guerre — ce qu'on a déjà vu aussi. Mais nouveauté, et c'est ce que je vous disais : une partie du peuple juif va rejoindre les nations pour faire la guerre contre Dieu. Ce que le prophète vous dit, c'est que cette tribulation finale va venir non seulement de la part des païens qui vont se rebeller contre Jérusalem, mais aussi d'une partie des juifs qui vont se rebeller. Verset 14 :

Juda aussi combattra avec Jérusalem.

Ce qu'il faut plutôt lire, c'est : Juda combattra contre Jérusalem. Juda, l'image de la campagne ; Jérusalem, l'image de ces autorités théocratiques qui, en revenant d'exil, ont pris le pouvoir à Jérusalem. On est peut-être en train de forcer le trait, mais en attendant, au dernier chapitre, c'est bien eux qu'on nous a montrés en train de transpercer Dieu :

Et ils se lamenteront en regardant celui qu'ils ont transpercé.

C'est une relecture complètement nouvelle des anciennes prophéties, avec un côté relativement contestataire sur l'œuvre de reconstruction qui est en train de s'opérer à Jérusalem. Ce n'est plus les juifs contre les nations païennes — alors qu'on a vu, avec toutes ces règles de pureté qui sont en train de s'instaurer, que c'était le chemin que prenaient les autorités à Jérusalem. Ce n'est plus les nations contre les juifs : c'est le bien contre le mal, d'un combat qui traverse et les nations et les juifs, de l'intérieur.

Contre une vision de l'histoire qu'on pourrait appeler pharisienne — pharisien, peroushim en hébreu, qui veut dire « les séparés » : les juifs et les nations ont des vies séparées, des sorts séparés — vous avez une autre vision, plus universelle, qui se met en place : et les nations et les juifs connaîtront un même sort. Les nations qui monteront à Jérusalem en pèlerinage seront sauvées et celles qui resteront chez elles seront perdues, de la même manière que la moitié des juifs resteront à Jérusalem avec les nations et que l'autre moitié partira en exil chez les nations.

Dans le contexte de la reconstruction post-exilique, ce chapitre que vous venez d'entendre, c'est une gifle monumentale que Dieu envoie par l'intermédiaire de son prophète contre une certaine vision sectaire de la religion qui est en train de se mettre en place. Ce qui s'est passé exactement, on ne sait pas. La seule critique de fond que l'on a dans le livre de Zacharie, c'est qu'on avait l'impression qu'il critiquait une certaine conception ritualiste de la religion. Beaucoup de ferveur, oui, mais pas beaucoup de cœur.

Au milieu de tout ça, la théologie du reste — qui maintenant s'applique non seulement aux juifs mais aussi aux nations —, vous avez la victoire de Dieu. Comme un sauveur, il va fendre les montagnes depuis le mont des Oliviers. Pourquoi le mont des Oliviers ? Ce n'est pas très clair, on a l'impression que c'est devenu comme la porte d'entrée du séjour des morts. Pour nous chrétiens, il y a une lecture évidente, avec Jésus qui va rentrer à Jérusalem depuis le mont des Oliviers et qui va fendre en deux l'abîme de la mort par sa résurrection.

On vous présente un ordre naturel comme suspendu : on aura l'ordre chaud-froid, lumière-ténèbres, qui est bouleversé, et même des sources d'eau vive permanentes, été comme hiver. Inversion des lois physiques, le thème de la création nouvelle, une création qui à la fin des temps surpasse la première.

Et c'est alors, après cette tribulation, après cet exil, après cette intervention décisive de Dieu, que s'opère le rassemblement final, qui prend ici l'allure d'une fête, d'une fête particulière : la fête des Tentes, Souccot, qui manifestement à cette époque — on l'a déjà entendu dans le livre d'Esdras — est devenue une des grandes fêtes nationales. Souccot, qui célèbre la sortie hors d'Égypte pour rentrer dans la Terre promise, qui célèbre un certain rapport avec Dieu fait d'intimité et de compagnonnage, une fête de pèlerinage qui est proposée non seulement aux juifs mais aussi, de manière étonnante, à toutes les nations. C'est chacun sur terre qui a sa propre histoire faite de pèlerinage et qui peut parvenir, à sa manière à lui, jusqu'en haut du mont Sion pour contempler Dieu dans sa grandeur.

Et c'est ainsi que s'achève le livre de Zacharie, sans qu'on sache d'ailleurs très bien quoi en penser, parce qu'il jette une autre lumière sur cette réforme d'Esdras et de Néhémie, critiquant non pas Zorobabel et Josué, ni même l'entreprise du second temple, mais qui vous dit : attention, ne soyez pas non plus dupes de ce que vous êtes en train de reconstruire. Il y a quand même des petits grains de sable dans la machine. C'est quoi, ces petits grains de sable ? On ne sait pas très bien. Avant l'exil, c'était simple : c'était l'idolâtrie et l'apostasie. Maintenant, c'est quoi ? On a le sentiment que c'est une sorte de ferveur qui est mal placée. Eh bien, c'est peut-être avec Jésus et son opposition avec les pharisiens qu'on aura enfin le fin mot de l'histoire.

On avait parlé la dernière fois des allusions à Jésus : les trente pièces d'argent, ce roi transpercé. Eh bien là, dans le texte d'aujourd'hui, on vous a parlé des brebis qui allaient être dispersées parce qu'on allait frapper le berger. Une citation qui sera explicitement reprise par les évangiles pour être appliquée à Jésus.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie ma lecture de la Bible. Je te demande qu'en ayant lu les prophètes, je finisse enfin par me convertir. Je te demande qu'en ayant lu les prophètes, je comprenne enfin ce que tu attends de moi. Je te demande, Seigneur, qu'en ayant lu les prophètes, tous ceux qui écoutent ce podcast se rapprochent de toi et deviennent, à leur mesure, à leur manière, avec leur génie propre, des prophètes.

Des prophètes qui soient intransigeants, mais intransigeants dans le bon sens, celui de la charité. Fermes et délicats. Je veux qu'ils deviennent des mystiques, comme Ézéchiel. Je veux qu'ils deviennent des justiciers, comme Amos. Je veux, Seigneur, qu'ils deviennent des amants, comme Osée.

Seigneur, je veux que tous ceux qui écoutent ce podcast deviennent saints. Saints devant ta face, grands dans ton cœur, purs dans la bonté, fermes dans la générosité. Seigneur, je te demande de les bénir, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.


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