Jour 281 ☼ — L'épée et la truelle
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 4 et 5 du livre de Néhémie : la ligue des ennemis contre Jérusalem, les bâtisseurs travaillant d'une main et tenant une arme de l'autre, puis la grande plainte du peuple endetté et la remise des dettes obtenue par Néhémie. Le commentaire éclaire d'abord l'identité réelle de Sanballat et Tobie — des yahvistes samaritains, dont les noms théophores sont attestés dans les papyrus d'Éléphantine — et la jalousie qui les anime devant un Temple dont ils sont exclus. Il montre ensuite comment trois institutions anciennes sont reprises et transformées : la guerre sainte devenue défensive et mise au service d'un chantier, la libération des esclaves des années jubilaires enfin appliquée, et la figure du gouverneur désintéressé qui répond en contrepoint au discours de Samuel sur le roi.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Ça fait bizarre, alors que Zacharie commençait de manière extrêmement louangeuse sur ce qui se passait à Jérusalem et terminait avec une critique, mais d'une violence et d'une contestation folle, de retourner maintenant à Esdras. On ne sait plus très bien quoi en penser.
Alors ça vaut peut-être le coup qu'on fasse la part des choses là. Zorobabel, Esdras, Néhémie, qui sont les héros de nos premiers épisodes, ne sont jamais critiqués par Zacharie. Au contraire. De la même manière, la théologie du deuxième Temple n'est pas critiquée. Mais ne soyez pas dupes : tout le monde ne s'appelle pas Esdras et Néhémie dans le parti des prêtres. Donc cette refondation du Temple, elle est belle, elle est grandiose, elle est magnifique, mais elle n'est pas parfaite. Le péché s'est simplement déplacé.
Donc, avec ce petit caveat, maintenant on retourne à Néhémie. Le chapitre d'aujourd'hui sera consacré à ses ennemis, Sanballat et Tobie l'Ammonite. Néhémie, chapitres 4 et 5.
Lecture : Néhémie 4 et 5
Lorsque Sanballat, Tobie, les Arabes, les Ammonites et les Ashdodites apprirent que la réparation des remparts de Jérusalem avançait, car les brèches commençaient à être comblées, leur colère fut très grande. Ils se liguèrent tous ensemble pour venir attaquer Jérusalem et y jeter la confusion. Alors nous avons invoqué notre Dieu et, à cause d'eux, nous avons mis en place une garde de jour et de nuit contre eux.
Mais les gens de Juda disaient : « Elle fléchit, la force du porteur, il y a trop de décombres et nous, jamais nous ne pourrons reconstruire le rempart ! »
Et nos ennemis déclaraient : « Ils ne se rendront compte de rien, ils ne verront rien et alors nous surgirons parmi eux, nous les tuerons et nous mettrons fin à l'entreprise. »
Mais arrivèrent des Juifs qui habitaient près d'eux et qui, déjà dix fois, nous avaient avertis de toutes les localités où ils habitaient : « Il faut que vous reveniez vers nous ! »
Je disposai le peuple en contrebas, dans l'espace derrière le rempart, aux endroits découverts. Je le disposai par clans, avec leurs épées, leurs lances et leurs arcs. Je regardai et, debout, je dis aux notables, aux magistrats et au reste du peuple : « Ne les craignez pas ! Souvenez-vous du Seigneur, grand et redoutable, et combattez pour vos frères, vos fils et vos filles, vos femmes et vos maisons ! »
Nos ennemis apprirent que nous étions avertis et que Dieu avait déjoué leur plan. Alors nous sommes tous retournés au rempart, chacun à son travail.
Mais à partir de ce jour, la moitié seulement de mes hommes participèrent au travail. Les autres étaient munis de lances, de boucliers, d'arcs et de cuirasses, les chefs se tenant derrière tous les gens de Juda. Ceux qui construisaient le rempart et ceux qui le portaient et chargeaient les matériaux travaillaient d'une main et de l'autre tenaient une arme de jet. Chacun des bâtisseurs, tandis qu'ils bâtissaient, portait son épée attachée aux reins. Le sonneur de cor se tenait à côté de moi.
Je dis aux notables, aux magistrats et au reste du peuple : « Le chantier est considérable et étendu. Or, nous sommes dispersés sur le rempart, loin les uns des autres. Où que vous soyez, quand vous entendrez le son du cor, vous vous rassemblerez autour de nous. Notre Dieu combattra pour nous. »
Ainsi étions-nous au travail depuis le lever de l'aurore jusqu'à l'apparition des étoiles, la moitié d'entre nous tenant des lances.
C'est aussi en ce temps-là que je dis au peuple : « Chacun, avec son serviteur, passera la nuit à l'intérieur de Jérusalem pour nous servir de garde pendant la nuit et travailler pendant le jour. » Mais ni moi, ni mes frères, ni mes serviteurs, ni les hommes de garde qui me suivaient ne quittions nos vêtements ; chacun gardait son arme.
Il s'éleva alors une grande plainte des gens du peuple et de leurs femmes contre leurs frères juifs. Les uns disaient : « Nos fils, nos filles et nous-mêmes, nous sommes nombreux. Prenons du froment et mangeons, ainsi nous survivrons. » D'autres déclaraient : « Nous devons donner en gage nos champs, nos vignes et nos maisons pour avoir du froment pendant la famine. » D'autres disaient encore : « Pour acquitter l'impôt royal, nous avons dû emprunter de l'argent sur nos champs et nos vignes. Pourtant, nous sommes de la même chair que nos frères. Nos enfants valent les leurs, et nous devons livrer en esclavage nos fils et nos filles. Il en est parmi nos filles qui déjà sont asservies. Nous n'y pouvons rien, puisque nos champs et nos vignes sont à d'autres. »
Je fus saisi d'une grande colère quand j'entendis leur plainte et de telles paroles. Je pris la décision d'admonester notables et magistrats. Je leur dis : « Quel est ce fardeau que vous faites peser sur vos frères ? » Et je convoquai contre eux une grande assemblée. Je leur dis : « Nous avons, dans la mesure de nos moyens, racheté nos frères juifs vendus aux nations. Mais vous, vous vendez vos frères, et c'est à nous qu'ils sont vendus ! » Ils gardèrent le silence et ne trouvèrent rien à répliquer.
Je poursuivis : « Ce que vous faites là n'est pas bien ! Ne devez-vous pas marcher dans la crainte de notre Dieu pour éviter l'insulte des nations, nos ennemis ? Moi aussi, mes frères et mes serviteurs, nous leur avons prêté de l'argent et du blé. Eh bien ! Remettons-leur cette dette. Rendez-leur immédiatement leurs champs, leurs vignes, leurs oliviers et leurs maisons, et remettez-leur ce qu'ils vous doivent en argent, froment, vin nouveau et huile fraîche que vous leur avez prêté. »
Ils répondirent : « Nous le rendons. Et nous n'exigerons plus rien d'eux. Nous agirons comme tu l'as dit. »
Je convoquai les prêtres, et je leur fis jurer d'agir selon cette parole. Alors je secouai le pli de mon vêtement en disant : « Que Dieu secoue de la sorte, hors de sa maison et de ses biens, quiconque ne tiendra pas cette parole ; qu'il soit ainsi secoué et dépouillé. » Et toute l'assemblée répondit « Amen » et loua le Seigneur. Et le peuple agit selon ce qui avait été dit.
Bien plus, depuis le jour où je fus institué gouverneur au pays de Juda, jusqu'à sa trente-deuxième année, pendant douze ans, ni moi ni mes frères n'avons prélevé l'impôt destiné à la subsistance du gouverneur. Or, les gouverneurs précédents pressuraient le peuple. Ils lui prenaient chaque jour, pour le pain et le vin, quarante pièces d'argent. Leurs serviteurs aussi opprimaient le peuple. Moi, au contraire, par crainte de Dieu, je n'ai pas agi ainsi.
Je me suis également tenu au travail de ce rempart et nous n'avons acquis aucun champ. Tous mes serviteurs étaient là, rassemblés à la tâche. Les Juifs et les magistrats qui mangeaient à ma table étaient au nombre de cent cinquante, sans compter ceux qui nous venaient des nations environnantes. Chaque jour, on apprêtait pour moi un bœuf, six moutons de choix et des volailles. Tous les dix jours, on apportait toutes sortes de vins en abondance. Malgré cela, je n'ai jamais réclamé ce qui me revenait en tant que gouverneur, car une lourde charge pesait sur ce peuple.
Souviens-toi, mon Dieu, pour mon bonheur, de tout ce que j'ai fait pour ce peuple.
Commentaire
Je reviens sur la figure de ses ennemis, Sanballat et Tobie. Sanballat et Tobie l'Ammonite : on se dit, ce sont des étrangers, bon, ben voilà quoi, ils n'aiment pas les Israélites, point à la ligne. Oh, c'est plus subtil que ça.
Sanballat, on a retrouvé son nom dans ce qu'on appelle les papyrus d'Éléphantine, et on a même le nom de ses deux enfants : Delaya et Shelemya. Et « Ya », c'est Yahvé, c'est Dieu. En fait, ce sont deux noms théophores. Eh bien, Sanballat, le gouverneur de la Samarie, il est yahviste. Ce sont mêmes ces personnes, au début du livre d'Esdras, qu'on avait vues se présenter devant Zorobabel pour demander de faire partie du peuple qui retourne à Jérusalem. Ils s'étaient fait envoyer balader, et on avait dit : c'est un peu vache quand même de la part de Zorobabel.
Eh bien oui, mais il y a eu tellement de différences que ce n'est plus tout à fait la même religion. Et puis, surtout, les Samaritains ne sont pas passés par ce processus de purification. Ils n'ont pas eu la prédication des prophètes. Ils n'ont pas Ézéchiel, ils n'ont pas Isaïe, ils n'ont pas Daniel : c'est venu pendant l'exil, ça ne fait même pas partie de leur vie. Donc ce processus qui consiste à reconnaître sa faute, à demander pardon devant Dieu et ensuite faire amende honorable pour essayer de retourner vers lui, ce n'est pas dans leur religion.
Alors ça, c'est pour Sanballat. Mais Tobie l'Ammonite, on se dirait : c'est un étranger. Tobie, c'est encore un nom théophore. Ce sont les mêmes que l'on voit à nouveau remplis de jalousie devant Jérusalem, devant un temple, un culte auquel ils n'ont pas le droit de participer. Pour les Samaritains, c'est un temple qui est en train de se couper du reste du monde. Pour l'instant, ils essaient de faire capoter le projet. Un jour, pris de jalousie, ils finiront par construire leur propre sanctuaire sur le mont Garizim.
Bon, ça, c'était la présentation des ennemis de Néhémie. Je trouve que c'était intéressant, que ça méritait d'être dit. Mais il y a aussi autre chose qui s'est passé au cours de ce chapitre et sur lequel j'aimerais attirer votre attention. C'est sur la reprise d'institutions anciennes pour les faire évoluer.
Je vous l'avais déjà dit sur cette figure du roi qu'on allait faire évoluer pour la rapprocher de celle du grand prêtre. On ne va pas revenir là-dessus, on en a déjà suffisamment dit. Mais par exemple, une autre institution qu'on va faire évoluer : la notion de guerre sainte. Parce qu'il y a bien une guerre sainte qui ne dit pas son nom, regardez. De la même manière que Josué amenait son peuple au combat, de la même manière Néhémie arme son peuple. Néhémie qui dit au peuple :
Ne les craignez pas ! Souvenez-vous du Seigneur, grand et redoutable, et combattez pour vos frères, vos fils et vos filles.
Et puis on note encore et toujours la présence de trompettes. Alors ici, c'est un peu caché dans la traduction, au verset 12 : ici, le cor, c'est le shofar. S-H-O-F-A-R : une sorte de corne de bélier à travers laquelle on souffle et qui annonce la victoire de Dieu. C'est un instrument liturgique, c'est celui qu'on avait vu à l'œuvre devant les murailles de Jéricho. Donc on reprend un vieux concept qui permet à nouveau de faire le lien entre l'histoire sainte — ici Josué — et puis ce peuple qui revient.
Mais ici, on fait évoluer le concept quand même. Parce qu'on n'est plus dans une guerre offensive, on est dans une guerre défensive. Et puis la véritable mobilisation, c'est un travail de construction, ce n'est pas une œuvre militaire. C'est Néhémie qui reprend l'enthousiasme guerrier pour l'appliquer dans des œuvres de construction communautaire, de grands travaux. Et vous avez le miracle qui s'accomplit : la communauté qui fait un, qui fait corps. C'est un peuple unique qui est en train de réapparaître.
Ensuite, vous aviez une deuxième institution qui était reprise : celle de la libération des esclaves. Ce qui est lié, on l'avait vu dans le livre du Lévitique, aux années jubilaires, aux années sabbatiques. Et qui, en fait, n'avait jamais vraiment été appliqué avant l'exil, n'ayez aucun doute. Sauf qu'ici, on remet ça au goût du jour. Et derrière, ce sont des questions de justice sociale et même, j'irai plus loin, de fraternité.
Et ce qui est très étonnant, c'est que le peuple accepte. Depuis quand ? Vous connaissez des riches, des nobles, des notables qui acceptent tout d'un coup de se dessaisir de leur luxe et de leur confort pour rendre la liberté de manière spontanée à leurs frères ? Ce peuple a changé. Ça vous montre aussi la qualité de ce Néhémie, qui arrive à amener le peuple là où il voulait. Peut-être que la présence d'ennemis extérieurs a permis aussi à ce peuple de se souder encore plus vite.
Ah, puis tiens, dernière institution qui change : celui qui gouverne le peuple. Souvenez-vous quand Samuel avait annoncé que, ok, le peuple voulait un roi, il y aurait un roi. Le prophète Samuel avait dit : très bien, mais le roi aura le droit de prendre vos femmes, il aura le droit de prendre vos chariots, il aura le droit de partir à la guerre. Et ici, dans une sorte de contre-discours de Samuel, vous voyez Néhémie qui dit : mais moi, quand est-ce que j'ai pris votre argent ? Quand est-ce que j'ai profité de vous ? Et cette fois-ci, c'est une autre figure, celle du haut fonctionnaire, de l'administrateur royal, qui met au cœur de son action le bien commun et le désintéressement. Ça aussi, nous, ça nous paraît normal. Mais en fait, ça ne l'est pas. Ça ne l'est pas du tout.
Proverbes 23,29-35
Pour qui les « aïe » ? Pour qui les « oulala » ? Pour qui les querelles ? Pour qui les soupirs ? Pour qui les coups à tort et à travers ? Pour qui le regard trouble ? Pour ceux qui perdent leur temps à s'enivrer, à courir après les boissons fortes.
Ne lorgne pas après le vin qui rougeoie, si beaux que soient ses reflets dans la coupe, car il va droit au but. Il finit par mordre comme un serpent, il pique comme une vipère.
Tes yeux verront d'étranges choses, tu diras des absurdités. Tu seras pris du mal de mer, comme à la dérive tout en haut d'un mât.
« On m'a frappé, mais je n'ai pas mal. On m'a battu, mais je ne sais plus. Quand vais-je me réveiller ? J'en redemanderai encore. »
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