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Jour 282 ☾ — Éloge des ancêtres et splendeur d'Aaron

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Résumé : Le livre du Siracide quitte la réflexion sur la condition humaine pour entrer dans l'éloge des ancêtres, cette relecture de l'histoire sainte qui chante non pas les empires mais les personnes. Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 44 et 45, d'Hénoch à Pinhas, et invite à repérer un déplacement : Aaron occupe presque un tiers du texte. Le commentaire décortique la tenue du grand prêtre — lin, clochettes, pourpres, pectoral, diadème d'or — comme une œuvre de la sagesse, et dégage les vertus de chaque figure : droiture de Noé, fidélité d'Abraham, douceur et autorité de Moïse, splendeur de la prière chez Aaron. L'épisode se conclut par une prière pour les prêtres et la beauté des liturgies.

Introduction

Nous sommes dans le livre du Siracide. Nous avons fini, je ne sais pas si on a fini, mais enfin, on a beaucoup parlé de la condition humaine quasiment à niveau philosophique, avec la vie, la mort, la nature, la sagesse. On retourne maintenant dans l'histoire.

C'est la dernière partie, ce qu'on appelle une eulogie. Une eulogie, c'est des paroles religieuses qu'un membre du clergé prononce afin de bénir une cérémonie ou une personne. Bon, là, ça fait chic de dire comme ça, mais il s'agit principalement de relire l'histoire d'Israël et d'en dégager quelques grandes figures saillantes dont on va chanter les éloges.

En relisant l'histoire sainte, ce que Ben Sirach nous chante ici, ce n'est pas la valse des empires ou les chocs des civilisations, c'est l'éloge de certaines personnes, parce que ce sont les personnes qui ont été créées à l'image de Dieu et ce sont elles que Dieu regarde, parce que c'est avec nous, et nous personnellement, qu'il veut s'unir. Ah oui, parce que la sagesse n'est pas seulement à l'œuvre dans votre vie ou dans la nature, elle est aussi à l'œuvre dans l'histoire, notamment à travers la figure des grandes personnes saintes.

On commence avec une première partie qui va nous emmener des patriarches antédiluviens jusqu'aux patriarches Abraham, Jacob, etc. Vous regardez, si jamais vous vous souvenez bien de tout le monde, d'accord, vous essayez de voir aussi les petits déplacements — il y en a un majeur, on va voir si vous l'avez. Siracide 44-45.

Lecture : Siracide 44-45

Faisons l'éloge de ces hommes glorieux. Le Seigneur a créé la gloire à profusion et il manifeste sa grandeur depuis toujours. C'étaient des souverains de royaume, des hommes renommés pour leur puissance, des conseillers clairvoyants, des messagers de prophéties, des guides du peuple par leurs conseils, leurs compétences à l'instruire et les sages paroles de leur enseignement. Ils inventaient des chants mélodieux et mettaient par écrit des récits poétiques. C'étaient des hommes riches et influents qui vivaient paisibles dans leur domaine. Tous ceux-là ont connu la gloire en leur temps et, de leur vivant, ils ont été à l'honneur.

Il y en a parmi eux qui ont laissé un nom. Ainsi peut-on faire leur éloge. Il y en a d'autres dont le souvenir s'est perdu. Ils sont morts et c'est comme s'ils n'avaient jamais existé. C'est comme s'ils n'étaient jamais nés, et de même leurs enfants après eux.

Il n'en est pas ainsi des hommes de miséricorde. Leurs œuvres de justice n'ont pas été oubliées. Avec leur postérité se maintiendra le bel héritage que sont leurs descendants. Leur postérité a persévéré dans les lois de l'Alliance. Leurs enfants y sont restés fidèles grâce à eux. Leur descendance subsistera toujours et jamais leur gloire ne sera effacée. Leurs corps ont été ensevelis dans la paix et leurs noms restent vivants pour toutes les générations. Les peuples raconteront leur sagesse et l'assemblée proclamera leur louange.

Hénoch fut agréable au Seigneur qui l'a retiré de ce monde. C'est un exemple pour que se convertissent toutes les générations.

Noé fut trouvé juste, parfait. Au temps de la colère, il a été l'instrument de la réconciliation. Grâce à lui, un reste fut épargné sur la terre lorsque le déluge arriva. Le Seigneur fit une alliance avec lui pour toujours : les vivants ne seront plus anéantis par un déluge.

Abraham fut grand. D'une multitude de peuples, il est le père et personne n'a jamais égalé sa gloire. Il observa la loi du Très-Haut et il entra dans son Alliance. Il inscrivit cette Alliance dans sa chair et jusque dans l'épreuve, il a été trouvé fidèle. Aussi Dieu lui a-t-il assuré par serment que les nations seraient bénies en sa descendance, qu'il le multiplierait autant que la poussière sur la terre et qu'il exalterait ses descendants comme les étoiles, qu'il leur donnerait un héritage allant de la mer à la mer et du fleuve jusqu'à l'extrémité de la terre.

À Isaac, il donna la même assurance à cause de son père Abraham. La bénédiction pour tous les hommes et l'Alliance, Dieu les a fait reposer sur la tête de Jacob. Il l'a confirmé dans ses bénédictions. Et il lui a donné un héritage qu'il a divisé en lots et partagé en douze tribus.

De Jacob, Dieu fit sortir un homme de miséricorde qui trouva grâce aux yeux de tous et fut aimé de Dieu et des hommes : Moïse, dont la mémoire est en bénédiction. Dieu lui a donné une gloire pareille à celle des anges. Il l'a rendu grand, redouté de ses ennemis. Par la parole de Moïse, il fit s'abattre des fléaux et Dieu l'a glorifié à la face des rois. Il lui a donné des commandements pour son peuple et lui a montré quelque chose de sa gloire. Il l'a consacré pour sa fidélité et sa douceur et l'a choisi entre tous les vivants. Il lui a fait entendre sa voix. Il l'a introduit dans la nuée obscure. Face à face, il lui a donné ses commandements, loi de vie et de savoir, pour enseigner l'Alliance à Jacob et ses décrets à Israël.

Aaron, Dieu l'a exalté. Il en fit un saint comme Moïse, son frère de la tribu de Lévi. Il l'établit dans une alliance perpétuelle, faisant de lui le prêtre de son peuple. Il l'honora de splendides ornements et l'enveloppa d'une robe de gloire. Il le revêtit d'une parure superbe et lui remit les insignes de pouvoir : longue tunique, éphod et caleçon de lin. Il fixa au bord de son manteau grenades et clochettes d'or en grand nombre, qui devaient tinter quand il marchait et résonner dans le peuple, servant de mémorial pour les fils de son peuple. Il l'entoura d'un vêtement sacré, d'or, de pourpre violette, de pourpre rouge, œuvre d'un artisan brocheur. Il le revêtit du pectoral du jugement, oracle de vérité, tissé de fils cramoisis, ouvrage d'artiste, avec des pierres précieuses ciselées à la manière d'un sceau, serties dans une monture d'or, œuvre de lapidaire, et une inscription gravée pour servir de mémorial, selon le nombre des tribus d'Israël. Il lui mit par-dessus le turban une couronne d'or, gravée d'un sceau, marque de sa consécration, un signe d'honneur, vrai chef-d'œuvre : cette parure attirait tous les regards. Avant lui, on n'avait rien vu d'aussi beau, et jamais un étranger ne pourrait revêtir ses ornements. Ils sont réservés à ses fils et à ses descendants pour toujours. Ses sacrifices se consumeront entièrement, deux fois par jour, à perpétuité.

Moïse lui a conféré l'investiture et donné l'onction avec l'huile sainte. C'est une alliance éternelle pour Aaron et pour ses descendants, tous les jours que durera le ciel, de servir Dieu, d'exercer le sacerdoce et de bénir le peuple par son nom. Il a été choisi parmi tous les vivants pour présenter l'offrande au Seigneur, l'encens et le parfum en mémorial, et pour obtenir le pardon en faveur du peuple. Le Seigneur lui a donné dans ses commandements autorité sur ses prescriptions et ses préceptes, pour enseigner à Jacob ses exigences et, par sa loi, éclairer Israël.

Des étrangers à sa famille se soulevèrent contre Aaron et furent jaloux de lui dans le désert : les hommes de Dathan et d'Abiram, et la bande de Coré, dans une colère furieuse. Le Seigneur vit et cela lui déplut. Il les extermina dans la fureur de sa colère. Il fit contre eux des prodiges, les dévorant par les flammes de son feu. Il ajouta encore à la gloire d'Aaron et lui donna un héritage. Il lui attribua comme part les prémices des récoltes et lui assura en premier le pain à satiété. Les fils d'Aaron, en effet, ont pour nourriture les sacrifices offerts. Le Seigneur les lui a donnés ainsi qu'à sa descendance. Par contre, il n'a pas d'héritage sur la terre de son peuple. Dans son peuple, il n'y a aucune part avec lui, car le Seigneur lui a dit : « C'est moi ta part et ton héritage. »

Pinhas, fils d'Éléazar, est le troisième en gloire pour son zèle dans la crainte du Seigneur. C'est ainsi qu'il a tenu bon lors de la révolte du peuple, avec un noble courage. C'est ainsi qu'il obtint le pardon pour Israël. C'est pourquoi le Seigneur conclut avec lui une alliance de paix. Il l'établit chef du sanctuaire et du peuple, pour qu'à lui et à sa descendance appartienne à jamais la dignité de grand prêtre. Certes, il y eut aussi une alliance avec David, fils de Jessé, de la tribu de Juda, mais l'héritage d'un roi passe à un seul de ses fils, tandis que l'héritage d'Aaron est pour toute sa descendance.

Que le Seigneur mette la sagesse en votre cœur, fils d'Aaron, pour juger son peuple avec justice, afin que les vertus de vos ancêtres ne disparaissent pas et que leur gloire se maintienne d'âge en âge.

Commentaire

Est-ce que vous avez vu le déplacement ? Si, quand même ! Le déplacement, c'était la place très étonnante que prend Aaron. On vous parle de Noé, on vous parle d'Hénoch, on vous parle d'Abraham, on vous parle de Moïse, mais la personne qui a occupé quasiment un tiers de la description, c'est Aaron.

Ce qui correspond d'ailleurs assez bien à tout le déplacement qu'on avait déjà noté. On était passé de David à Moïse, mais voilà que maintenant, nouveau déplacement, on passe de Moïse à Aaron. Et on retrouve derrière, centré au cœur de la théologie d'Israël, le culte. Jérusalem, ici, est représentée non pas à travers le temple — ce qui me dirait que d'habitude, c'est plutôt du temple de Jérusalem pour décortiquer sa description — mais là, on vous parle de la tenue du grand prêtre.

On en avait déjà parlé, mais il y a quand même une sorte de thème récurrent dans l'Ancien Testament sur le vêtement. Depuis le vêtement multicolore de Joseph qui avait excité la jalousie de ses frères, jusqu'à la tenue du Fils de l'homme qu'on avait vue dans les visions de Daniel et que reprendra l'Apocalypse, avec une ceinture d'or, un éphod et un diadème, vous avez eu le droit aujourd'hui à la tenue du grand prêtre. Ce n'est pas la première fois qu'on le voit. Mais manifestement, là, la Bible veut vous dire quelque chose. Du coup, on repart sur l'accoutrement du grand prêtre.

On vous a parlé des insignes de pouvoir :

longue tunique, éphod et caleçon de lin.

Le lin, ce n'est pas seulement l'habit sacerdotal, on a dit que c'était l'habit angélique. C'est déjà une préfiguration de la cour céleste, qui dénote la séparation, la pureté et le service. Chez les prêtres, l'équivalent, ce serait l'amict, qu'on met sur le cou, et puis l'aube, qui est le symbole de l'innocence et surtout de la résurrection.

Ensuite, on vous parlait des clochettes :

Il fixa au bord de son manteau grenades et clochettes d'or en grand nombre,

ce qui dénotait cette fois-ci la solennité. C'était pour avertir tout le monde que ce qui était en train de se passer était quelque chose de sacré, et pour rappeler aux grands prêtres l'importance de ce qu'ils vivaient.

Ensuite, on l'entoure d'un vêtement sacré d'or — l'éternité —, de pourpre violette — ça, il y a quelque chose de l'ordre du cosmos et de la mer derrière — et de pourpre rouge, ça, c'est le symbole de la royauté, la pourpre écarlate. Œuvre d'un artisan brocheur.

Ensuite, nous avions sur sa poitrine le pectoral, le pectoral composé de douze pierres précieuses représentant les douze tribus d'Israël, pour dire que le grand prêtre porte dans sa prière l'ensemble du peuple, avec dedans l'ourim et le toummim, qui étaient des objets de divination et qui symbolisent ici le discernement et le pouvoir de juger. Et par-dessus tout ça, on met sur la tête un diadème qui rappelle l'onction d'huile qu'il a reçue, le tout culminant dans une pièce d'or.

C'est-à-dire que l'on est dans une vision grandiose :

Avant lui, on n'avait rien vu d'aussi beau, et jamais un étranger ne pourrait revêtir ses ornements.

Et là, cette richesse, ce sens symbolique profond, ça, c'est l'œuvre de la sagesse.

Alors au total, avec Noé, on vous avait rappelé l'importance de la droiture. Avec Abraham, on vous avait rappelé l'importance de la fidélité, de la foi. Moïse, lui, combinait la clémence, la douceur, avec l'autorité. Et là, vous avez Aaron qui représente la splendeur de la prière.

Mais ce n'est pas fini, on continuera demain, cette fois-ci avec la voix des prophètes.

Prière

Seigneur, je te confie les prêtres, je te confie nos paroisses, je te confie la beauté de nos liturgies. Je te demande, Seigneur, qu'elles soient riches, qu'elles soient belles, qu'elles soient sincères, et que l'harmonie et la couleur de nos prières reflètent la beauté de ta justice, Seigneur.

Seigneur, je veux que tout homme qui vienne dans nos messes soit saisi d'étonnement devant la splendeur de notre culte. Qu'il puisse, à travers elle, entrapercevoir un reflet de ta bonté, un reflet de ta sagesse, un reflet de ton amour pour nous.

Seigneur, c'est ta sagesse qui a voulu tout cela, qu'elle soit à l'œuvre dans nos assemblées. Amen.


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