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Jour 283 ☾ — De Josué à Salomon : gloire et dérives

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Résumé : Nous poursuivons l'éloge des pères du livre du Siracide avec les chapitres 46 et 47 : Josué et Caleb, les juges, Samuel, Nathan, David puis Salomon. Le frère Paul-Adrien souligne que ce panégyrique embellit l'histoire — les juges y sont sans faute, les péchés de David sont passés sous silence — et qu'un seul personnage reçoit des balles en pleine poitrine : Salomon. Car Salomon est justement l'idole de Ben Sira, le modèle du roi sage, et il incarne le paradoxe de la sagesse : corruptio pessimis optima, les meilleurs, corrompus, deviennent les pires. L'épisode se termine par une prière demandant l'humilité, sans laquelle la sagesse devient une folie qui emporte tout.

Introduction

Nous retournons au Siracide, l'éloge de nos pères, nos ancêtres dans la foi. Nous continuons cette fois-ci avec les prophètes et les premiers rois : Josué, Samuel, Nathan, David et Salomon. Chapitres 46 et 47.

Lecture : Siracide 46–47

Josué, fils de Noun, qui fut un vaillant guerrier et qui succéda comme prophète à Moïse. Justifiant le nom qu'il portait, il se montra grand sauveur des élus du Seigneur, châtiant les ennemis dressés contre lui, et il fit entrer Israël dans son héritage.

Qu'il était glorieux quand il levait les bras pour brandir l'épée contre les villes ! Qui donc avant lui avait eu cette fermeté ? Il mena lui-même les combats du Seigneur. N'est-ce pas sa main qui arrêta le soleil et fit qu'un seul jour en devint deux ?

Il invoqua le Très-Haut, le Puissant, quand les ennemis le pressaient de toutes parts, et le Souverain Seigneur l'exauça, en lançant des grêlons d'une force terrible. Il se précipita sur la nation ennemie et fit périr les adversaires dans la descente de Bet-Horon, pour faire connaître aux nations la force de ses armes, et qu'ils se battaient au nom du Seigneur, car il marchait à la suite du Puissant.

Au jour de Moïse déjà, il avait montré sa fidélité, avec Caleb, fils de Yefounné, en tenant tête à l'assemblée, en détournant le peuple du péché et en apaisant les récriminations. Ainsi furent-ils épargnés, tous les deux, seuls sur six cent mille, pour faire entrer Israël dans son héritage, dans un pays ruisselant de lait et de miel. Et le Seigneur donna à Caleb une vigueur qui lui resta jusque dans sa vieillesse, pour lui faire gravir les hauteurs d'un pays dont sa descendance conserva l'héritage. C'est ainsi que tous les fils d'Israël virent combien il est bon de marcher à la suite du Seigneur.

Les juges aussi ont laissé chacun leur nom. Aucun n'a eu le cœur idolâtre, aucun ne s'est détourné du Seigneur. Que leur souvenir soit en bénédiction. Du lieu où ils reposent, que leurs ossements refleurissent et que leur nom se renouvelle dans les fils de ces gens illustres.

Samuel, qui fut aimé de son Seigneur. Comme prophète du Seigneur, il établit la royauté et donna l'onction au chef de son peuple. Il fut juge dans l'assemblée selon la loi du Très-Haut, et le Seigneur a visité Jacob. Par sa fidélité, il s'est montré vrai prophète, et par ses oracles il fut reconnu digne de foi dans ses visions.

Il invoqua le Seigneur, le Puissant, quand les ennemis le pressaient de toutes parts, et il offrit un agneau de lait. Le Seigneur tonna du haut du ciel et, dans un grand fracas, il fit entendre sa voix. Il extermina les chefs ennemis et tous les princes des Philistins.

Avant le moment du repos éternel, Samuel prit à témoin le Seigneur et celui à qui il avait donné l'onction, et il déclara : « Je n'ai jamais pris le bien de qui que ce soit, pas même une paire de sandales », et personne ne l'accusa. Même après s'être endormi, il prophétisa encore au roi sa fin prochaine. Du sein de la terre, il éleva une voix prophétique afin que soit effacée la faute du peuple.

Après lui se leva Nathan pour prophétiser au jour de David.

Dans le sacrifice de communion, on met à part la graisse des animaux offerts à Dieu. C'est ainsi que David a été mis à part entre les fils d'Israël. Il a joué avec des lions comme si c'étaient des chevreaux, et avec les ours comme si c'étaient des agneaux. N'était-il pas tout jeune quand il a tué le géant et supprimé la honte de son peuple, lorsqu'il lança la pierre de sa fronde et abattit l'arrogance de Goliath ? Il invoqua le Seigneur Très-Haut, qui a mis dans sa main la vigueur pour supprimer le puissant guerrier et pour exalter la force de son peuple. C'est pourquoi on lui a fait gloire des dizaines de milliers qu'il a tués, et on a célébré David en bénissant le Seigneur, quand on lui a donné la glorieuse couronne royale.

En effet, il a détruit les ennemis alentour, il a anéanti ses adversaires philistins ; il a détruit leur force, comme on le voit aujourd'hui encore. Dans tout ce qu'il a fait, il a célébré la louange du Saint du Très-Haut, en proclamant sa gloire. De tout son cœur, il a chanté les psaumes, il a aimé son Créateur. Il a placé des chantres devant l'autel pour faire entendre les plus douces mélodies ; chaque jour, ils loueront Dieu par leurs chants. Il a donné de l'éclat aux fêtes et il a donné une parfaite splendeur aux solennités, pour que le saint nom du Seigneur soit célébré et que les chants retentissent dans le sanctuaire dès le matin. Le Seigneur a enlevé les péchés de David et il a pour toujours exalté sa force. Il a fondé sur lui l'alliance avec sa dynastie, le trône de gloire d'Israël.

Après David, il advint un fils plein de savoir. Grâce à son père, il vécut en toute tranquillité. Salomon connut un règne paisible et Dieu lui accorda la sécurité alentour, pour qu'il élève une maison consacrée à son nom et qu'il établisse un sanctuaire à jamais.

Comme tu étais sage dans ta jeunesse, Salomon ! Tel un fleuve, tu débordais d'intelligence. Ta pensée s'est répandue par toute la terre, que tu as remplie d'énigmes et de paraboles. Ta renommée est parvenue jusqu'aux îles lointaines. Tu as été aimé parce que tu étais pacifique. Tes chants, tes proverbes, tes paraboles et tes interprétations ont fait l'admiration du monde entier. Au nom du Seigneur Dieu, celui qui est appelé le Dieu d'Israël, tu as amassé l'or comme de l'étain, et comme du plomb tu as accumulé l'argent.

Mais tu t'es vautré dans le plaisir avec les femmes et tu as été asservi dans ton corps. Tu as terni ta gloire, tu as profané ta race, au point d'amener la colère sur tes enfants et de provoquer des regrets par ta folie. Ainsi la souveraineté fut partagée en deux, et d'Éphraïm sortit un royaume rebelle.

Mais le Seigneur ne renonce pas à sa miséricorde, il ne détruit aucune de ses œuvres, il ne fait pas disparaître les descendants de son élu, il ne supprime pas la postérité de qui l'a aimé. À Jacob il a donné un reste, à David un rejeton issu de lui.

Salomon reposa avec ses pères, laissant après lui, parmi sa descendance, le plus fou du peuple, un homme dénué d'intelligence : Roboam, qui, par sa décision, poussa le peuple à la révolte. Quant à Jéroboam, fils de Nebath, il fit pécher Israël : c'est lui qui fit prendre à Éphraïm le chemin du péché. Et tant se multiplièrent leurs péchés qu'ils furent déportés de leur pays. Ils s'adonnèrent à tout ce qui est mal, jusqu'à ce que vienne sur eux le châtiment.

Commentaire

Est-ce que vous vous souvenez de tout ce qui a été dit ? De Josué, comment il avait arrêté le cours du soleil ? Comment est-ce qu'il avait occupé la Terre promise ? Est-ce que vous vous souvenez aussi de Caleb, qui avec Josué étaient les deux seuls à avoir réussi à traverser le désert ? Tous les autres étaient morts en cours de route. Puis on a revu Samuel et son discours au moment de passer la main, comment il rappelait qu'il n'avait commis de mal à personne. Sous-entendu : méfiez-vous de ce qui va venir après moi, et des rois.

Le rappel historique, on est dans le panégyrique, c'est-à-dire qu'on refait quand même un peu l'histoire. On ne dit pas tous les petits problèmes qu'il y a eu. Les juges, ici, sont présentés comme étant tous sans faute :

Les juges aussi ont laissé chacun leur nom. Aucun n'a eu le cœur idolâtre.

Euh, faut le dire vite, hein. Gédéon, Jephté, c'était pas exceptionnel. On vous parle de David pour en célébrer les louanges, mais on ne vous rappelle pas ses fautes, alors qu'il n'en était pas exempt.

Alors, le seul sur lequel on tire à boulets rouges — c'est bizarre — c'est Salomon. D'abord, on commence par en dire beaucoup de bien :

Comme tu étais sage dans ta jeunesse ! Tel un fleuve, tu débordais d'intelligence.

Puis après, on tire balle sur balle :

Mais tu t'es vautré dans le plaisir avec les femmes et tu as été asservi dans ton corps, tu as terni ta gloire et tu as profané ta race.

Alors pourquoi tant de méchanceté ? Parce qu'ici vous êtes quand même dans un livre qui est consacré à la sagesse. Et que, normalement, l'exemple type de la sagesse, le roi sage qui avait tout, un don divin, c'est Salomon. Ce qui s'est vu dans ses œuvres : sa sagesse a été vue dans le temple qu'il a fait, dans sa manière de composer des proverbes, des chants, d'élargir la renommée d'Israël, de dominer sur les nations voisines — et on a recueilli tous ces proverbes qu'on a mis dans des livres. Donc il avait tout reçu.

Ben Sira, Salomon, c'est son idole ! C'est à lui qu'il voudrait ressembler. Sauf que Salomon, il incarne le paradoxe de la sagesse. Il a été le plus sage, le modèle du roi sage, mais avec une faiblesse morale qui l'a emmené je ne sais où.

Et ici, on vous parle des femmes. On ne vous parle pas de l'idolâtrie que ces femmes ont apportée, on ne vous parle pas non plus de l'impôt et de la pression qu'il avait mise sur la corvée pour bâtir et le temple et les entrepôts : on vous parle des femmes à un niveau, j'allais dire, quasiment sexuel. Ce qui, toujours dans le livre de la sagesse, rejoint la manière de présenter la sagesse comme une femme qu'il fallait épouser, dame Sagesse qui appelle, et la folie comme une femme aguicheuse qui vous attend au coin de la rue.

Il y a un proverbe pour dire ça : corruptio pessimis optima. Les meilleurs, quand ils deviennent corrompus, deviennent les pires. Et de fait, c'est Salomon qui a amené sur lui la ruine d'Israël.

Dans la tête de Ben Sira, Salomon, c'est l'exemple traumatisant de ce qu'il ne faut surtout pas devenir. C'est Icare qui s'approchait trop près du soleil et qui s'est brûlé les ailes. Ça, à mots couverts, c'est un avertissement pour ceux qui cherchent la sagesse : la sagesse peut vous faire perdre la tête. Si jamais vous ne cultivez pas l'humilité et la fidélité, votre sagesse deviendra une folie qui emportera tout sur son passage. Ça, vous savez, dans les monastères, c'est quelque chose que l'on entend très souvent : il faut faire attention quand on prétend être un mystique.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie ma vie. Je te confie ma propre quête de la sagesse. Je te confie, Seigneur, mon désir d'être saint. Je te demande, Seigneur, de me rappeler constamment l'humilité.

Je te demande, Seigneur, d'avoir la foi d'Abraham, d'avoir la justice et la droiture de Noé. Je te demande d'avoir le courage et la force de David, je te demande d'avoir son goût et son amour de la musique. Je te demande, Seigneur, d'avoir la pénétration de Nathan. Je te demande, Seigneur, d'avoir l'intransigeance de Josué et le dévouement de Samuel.

Seigneur, donne-moi qu'en méditant ce podcast, il y ait quelque chose de leur gloire, à travers le souvenir de leur histoire, qui parvienne jusqu'à moi. Que ce podcast porte du fruit, Seigneur, non seulement pour moi qui l'enregistre, mais pour ceux qui l'écoutent, et qu'il en porte même encore plus pour ceux qui l'écoutent que pour moi, parce que, Seigneur, c'est pour eux que je l'ai fait.


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