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Jour 284 ☼ — Une alliance scellée par la miséricorde

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 9 de Néhémie, cette longue prière de pénitence prononcée par les Lévites lors d'un jeûne en sac et en cendres. La prière relit toute l'histoire du salut, de la création à Abraham, de l'Exode au don de la Loi, de l'entrée en Terre promise aux révoltes répétées et à l'exil. Le commentaire souligne les nouveautés de ce texte : c'est le peuple lui-même, et non un patriarche, qui prie ; il assume les fautes de ses pères pour affirmer sa continuité ; et surtout, l'alliance qu'on cherche à renouer ne repose plus sur des promesses conditionnelles mais sur la confession des péchés d'un côté et la miséricorde infinie de Dieu de l'autre. L'épisode se termine par Proverbes 24, 11-15.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Nous étions hier avec Néhémie dans une fête joyeuse. L'année continue, un peu de la même manière qu'on passe de l'avant-Noël au carême. Nouvelle fête liturgique, cette fois-ci, fête de sac de toile et de prière de pénitence. Décidément, le peuple docile rentre bien dans tout le cycle des fêtes.

Vous allez entendre une longue prière. Cette longue prière, j'attire votre attention, elle n'est pas faite par Esdras, elle n'est pas faite par Néhémie, elle est faite par les Lévites. Et les Lévites, c'est toujours la même chose. Quand même, ça mérite d'être dit. On avait dit qu'on avait eu du mal au début à les intéresser à l'effort de reconstruction. Eh bien voilà que maintenant, ils sont en plein dedans. Pour une fois qu'on en dit du bien et qu'ils font bien leur boulot. Il y a un motif d'espérance, je me dis, pour tous ceux qui ont des mauvais curés.

Je note, en passant, quitte à parler des bons Lévites et des bons curés, que l'homélie type qui vous est proposée ici dans ce chapitre va être longue et assez austère. C'est un appel à la conversion. On est loin de ce que les laïcs demandent aux curés : des sermons chics et chocs, drôles et rapides. Manifestement, ce n'est pas toujours le modèle que vous propose la Bible.

Lecture : Néhémie 9

Le vingt-quatrième jour du mois, les fils d'Israël se rassemblèrent pour un jeûne, revêtus de toile à sac et couverts de poussière. Les fils d'Israël s'étaient séparés de tous les étrangers. Debout, ils confessèrent leurs péchés et les fautes de leurs pères.

Et sans quitter leurs places, ils passèrent trois heures à lire le livre de la loi du Seigneur leur Dieu, et trois heures à confesser leurs péchés en se prosternant devant le Seigneur leur Dieu.

Sur l'estrade des Lévites, Josué se leva avec Bani, Cadmiel, Chebania, Bouni, Chérébia, Bani, Quenani. Ils crièrent à pleine voix devant le Seigneur leur Dieu. Et les Lévites Josué, Cadmiel dirent : « Levez-vous, bénissez le Seigneur votre Dieu, depuis toujours et pour toujours ! Qu'il soit béni, ton nom glorieux, qui est au-dessus de toute bénédiction et de toute louange.

C'est toi qui es le Seigneur, toi seul. C'est toi qui as fait les cieux, les cieux des cieux et toutes les étoiles, la terre et tout ce qu'elle porte, les mers et tout ce qu'elles contiennent. C'est toi qui fais vivre tout cela, et les astres devant toi se prosternent.

C'est toi, le Seigneur Dieu, qui as choisi Abraham, qui l'as fait sortir d'Our en Chaldée, et qui lui as donné le nom d'Abraham. Tu as trouvé son cœur fidèle devant toi, et tu as fait alliance avec lui, pour donner à sa descendance le pays des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizzites, des Jébuséens et des Guirgashites. Et tu as tenu parole, car tu es juste.

Tu as vu la misère de nos pères en Égypte. Tu as entendu leurs cris près de la mer des Roseaux. Tu as fait des signes et des prodiges contre Pharaon, contre tous ses serviteurs et tout le peuple de son pays, car tu connaissais leur arrogance envers nos pères. Tu t'es fait un nom, qui est toujours le tien. Devant eux, tu as ouvert la mer. Ils sont passés à pied sec au milieu de la mer. Tu as repoussé leurs poursuivants dans les flots, comme on jette une pierre dans les eaux impétueuses.

Tu les guidais le jour par une colonne de nuée, la nuit par une colonne de feu, pour éclairer le chemin qu'ils devaient prendre.

Tu es descendu sur le mont Sinaï, et des cieux tu leur as parlé. Tu leur as donné des ordonnances justes, des lois sûres, de bons décrets et commandements. Tu leur as fait connaître le sabbat que tu as consacré. Tu leur as prescrit des commandements, des décrets et une loi par ton serviteur Moïse.

Quand ils ont eu faim, tu leur as donné le pain venu du ciel. Quand ils ont eu soif, tu as fait jaillir l'eau du rocher. Tu leur as dit d'aller prendre possession du pays que tu avais fait serment de leur donner.

Mais eux aussi, nos pères, furent arrogants. Ils ont raidi leur nuque. Ils n'ont pas obéi à tes commandements. Ils ont refusé d'obéir. Ils n'ont pas gardé le souvenir des merveilles que tu avais faites pour eux. Ils ont raidi leur nuque, ils se sont révoltés. Ils se sont donné un chef afin de retourner à leur esclavage.

Mais tu es le Dieu qui pardonne, tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour. Tu ne les as pas abandonnés.

Ils se sont même fabriqué un veau en métal fondu. Ils ont déclaré : « Voici ton Dieu qui t'a fait monter d'Égypte. » Et malgré tout leur grand blasphème, même alors, dans ton immense tendresse, tu ne les as pas abandonnés dans le désert. La colonne de nuée ne se retira pas loin d'eux. Elle les guidait sur le chemin pendant le jour, et la colonne de feu pendant la nuit les éclairait sur le chemin qu'ils devaient prendre.

Tu leur as donné ton esprit bienfaisant pour les instruire. Tu n'as pas refusé la manne à leur bouche, et tu leur as donné l'eau pour leur soif. Pendant quarante ans dans le désert, tu as pris soin d'eux, et ils ne manquèrent de rien. Leurs vêtements ne s'usèrent pas, et leurs pieds ne s'enflèrent pas.

Tu leur as livré des royaumes et des peuples que tu as répartis à leurs frontières. Ils ont pris possession du pays de Sihôn, roi de Heshbôn, et du pays d'Og, roi du Bashân. Tu as multiplié leurs fils comme les étoiles du ciel. Et tu les as introduits dans le pays où tu avais dit à leurs pères d'entrer pour en prendre possession.

Les fils y sont entrés. Ils ont pris possession du pays, et tu as abaissé devant eux ses habitants, les Cananéens. Tu les as livrés entre leurs mains, eux, leurs rois et le peuple du pays, pour qu'ils les traitent à leur gré. Ils s'emparèrent de villes fortifiées et d'une terre fertile. Ils prirent possession de maisons remplies de toutes sortes de biens, de citernes déjà creusées, de vignes, d'oliviers, d'arbres fruitiers à profusion. Ils mangèrent, ils se rassasièrent, ils engraissèrent. Et par ta grande bonté, ils furent dans les délices.

Mais voici qu'ils ont été rebelles. Ils se sont révoltés contre toi. Ils ont rejeté ta loi derrière leur dos. Ils ont tué les prophètes qui les adjuraient de revenir à toi. Ils étaient coupables de grands blasphèmes.

Alors tu les as livrés aux mains de leurs adversaires qui les opprimaient. Au temps de leur oppression, ils criaient vers toi. Et toi, du ciel, tu les entendais dans ton immense tendresse. Tu leur donnais des sauveurs qui les sauvaient de la main de leurs adversaires.

Mais dès qu'ils avaient un répit, ils recommençaient à faire le mal devant toi. Et tu les abandonnais aux mains de leurs ennemis qui les dominaient. Eux, de nouveau, criaient vers toi. Et toi, du ciel, tu les entendais. Que de fois, dans ta tendresse, tu les as délivrés !

Et tu les as adjurés de revenir à ta loi. Mais eux se montraient arrogants. Ils n'obéissaient pas à tes commandements. Ainsi ont-ils péché contre tes ordonnances, où l'homme qui les observe trouve la vie. Ils ont prêté une épaule rebelle. Ils ont raidi leur nuque et n'ont pas obéi.

De longues années, tu les as supportés. Par ton esprit, tu les as adjurés par la voix de tes prophètes. Mais ils n'ont pas prêté l'oreille. Alors tu les as livrés aux mains des peuples des autres pays. Dans ton immense miséricorde, tu ne les as pas exterminés. Tu ne les as pas abandonnés, car tu es un Dieu tendre et miséricordieux.

Et maintenant, ô notre Dieu, toi le Dieu grand, puissant et redoutable, qui garde l'alliance et la fidélité, que ne soit pas tenue pour peu de chose devant toi toute l'affliction qui nous a atteints, nous, nos rois, nos princes, nos prêtres, nos prophètes, nos pères et tout ton peuple, depuis le temps des rois d'Assour jusqu'à ce jour.

Toi, tu es juste en tout ce qui nous est advenu, car tu as agi avec vérité, tandis que nous, nous avons commis le mal. Oui, nos rois, nos chefs, nos prêtres, nos pères n'ont pas mis ta loi en pratique. Ils n'ont pas prêté attention à tes commandements ni aux exigences dont tu témoignais envers eux. Au temps de la royauté, alors que tu leur avais accordé une grande prospérité dans le pays vaste et fertile que tu avais mis devant eux, ils ne t'ont pas servi. Ils ne se sont pas détournés de leurs actions mauvaises.

Aujourd'hui, voici que nous sommes asservis. Ce pays que tu avais donné à nos pères pour jouir de ses fruits et de ses biens, nous y sommes en servitude. Ces produits abondants profitent aux rois que tu nous as imposés à cause de nos péchés, et qui disposent à leur gré de nos personnes et de notre bétail. Nous sommes dans une grande détresse. »

Commentaire

À vue de nez, la prière que vous venez d'entendre, vous pourriez me dire que vous l'avez déjà entendue un certain nombre de fois. De fait, on retrouve les structures classiques : on a relu l'histoire d'Israël, on est passé de la Genèse aux patriarches, des patriarches aux rois, ensuite on a parlé de l'exil. Tout cela est connu, et vous me direz peut-être à la fin qu'il n'y a rien qui ressemble plus à une prière qu'une autre prière. Erreur !

Par exemple, il n'y a pas de grande péroraison finale, de grande demande à Dieu, comme si celui qui disait la prière se contentait en fait d'exposer les fautes devant Dieu et devant le peuple, à voir comment Dieu va réagir et comment le peuple va réagir. Curieux, non ? Comme prière.

Deuxième particularité, il s'agissait, dans le contexte, d'une prière de confession publique. Des prières de confession, on en a déjà eu. On a déjà eu Daniel dans sa chambre. Mais précisément, c'était Daniel dans sa chambre. On a déjà eu Moïse qui demandait pardon, mais c'était tout seul sur le mont Sinaï, en face de Dieu. Mais si jamais vous regardez bien, elle n'est pas faite par Esdras, elle est faite, on nous dit, par Josué. Josué, c'est le grand prêtre : il se leva avec Bani, ils crièrent à pleine voix devant le Seigneur leur Dieu. Donc, en fait, ce sont tous les prêtres qui font cette prière.

Est-ce que vous avez beaucoup d'exemples de prières comme ça, dites par la base, par tout le monde ? Parce que derrière les prêtres, en fait, c'est le peuple qui parle. Pas un patriarche, pas un prophète. Ça mérite d'être dit, ça. On n'a plus besoin d'éduquer le peuple, là. Il a parfaitement intégré la leçon des prophètes. C'est un peuple parvenu à maturité qu'on vous présente, et Esdras, ici, entre guillemets, s'efface.

Autre particularité, tiens. Normalement, jusqu'ici, on essayait de prouver la continuité du peuple, soit en dressant des généalogies, soit en parlant, par exemple, des ustensiles du Temple qu'on ramène depuis Babylone jusqu'à Jérusalem. Eh bien ici, nouveauté, c'est en s'identifiant aux fautes des pères qui sont venus avant eux, en assumant l'histoire d'avant l'exil. C'est nous qui, à travers nos pères, avons péché. Et cette confession publique met en avant l'autre fil rouge de cette histoire : la faveur imméritée de Dieu en face du péché, sa miséricorde infinie.

Alors maintenant, pour vous donner tout le poids de ce chapitre que vous venez d'entendre : dans la tête des Israélites, l'ancienne alliance avec les patriarches a été rompue. Ils sont venus à Jérusalem, ils ont rebâti le Temple, ils ont commencé à prier, mais qui dit que cette alliance est à nouveau valide ? Ce que cette prière essaye de faire, c'est d'essayer de trouver un nouveau Moïse, un nouvel Abraham, un nouveau David, qui va refaire une alliance. Sauf qu'il n'y a plus de Zorobabel, il n'y a plus de Moïse, il n'y a plus de David. Alors on va trouver qui ? Eh bien, on va trouver le peuple. On essaye de voir dans le peuple une figure suffisamment sainte à travers son repentir pour qu'à l'instar d'Abraham, de Moïse, etc., on puisse à nouveau sceller une alliance, maintenant qu'on est revenu d'exil et maintenant que tout a été rebâti.

Et petit déplacement dans cette alliance qu'on est en train à nouveau de conclure. Alors, normalement, Dieu fait des promesses et il donne des conditions avec. C'est comme ça que ça marchait avec Abraham, c'est comme ça que ça marchait avec David, avec Moïse. Et quand on craquait, quand on ne respectait pas les conditions, ensuite on demandait pardon. Là, c'est le contraire qui se passe. Ce qui est au cœur de cette nouvelle alliance qu'on essaye de contracter avec Dieu : il n'y a pas de promesse, il n'y a pas de condition. C'est, de la part des hommes, la confession des péchés — et c'est le point de départ — et, de la part de Dieu, l'annonce de sa miséricorde infinie. Ah, là aussi, il y a un changement.

Proverbes 24,11-15

Sauve les condamnés à mort, fais grâce à ceux qu'on traîne au supplice. Tu oses dire : « Eh oui, nous ne savions pas. » Mais celui qui pèse les cœurs, ne comprend-il pas ? Celui qui observe ton âme, il sait, lui, et il rendra à chacun selon ses œuvres.

Mange du miel, mon fils, c'est très bon, un vrai nectar, douceur pour ton palais. Ainsi en sera-t-il pour ton âme, si tu goûtes à la sagesse. Si tu la trouves, tu auras un avenir, et tu n'auras pas espéré en vain.

Ne guette pas le domaine du juste, ne ravage pas sa propriété.


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