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Jour 284 ☾ — Élie, Isaïe, Josias… et nous

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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien poursuit l'éloge des ancêtres du Siracide, en reprenant à partir des rois d'Israël : Élie et Élisée, Ézéchias et Isaïe, Josias, Jérémie, Ézéchiel, les douze prophètes, Zorobabel, Josué fils de Yosédek et Néhémie, jusqu'à Hénoch, Sem, Seth et Adam. Le commentaire rapproche ce texte de l'hymne à la foi de la lettre aux Hébreux et de sa conclusion : « entourés de cette immense nuée de témoins ». Le frère insiste : si Ben Sirac égrène ces grands noms, c'est pour dire que cette histoire est la nôtre, que nous sommes la postérité d'Élie, d'Élisée et des rois réformateurs, et que les clés de la maison nous ont été remises. Le retour final à Adam rappelle l'unité du genre humain et fonde la vraie gloire non sur l'histoire, mais sur la dignité d'avoir été créé à l'image de Dieu.

Introduction

De retour dans le Siracide ! On est dans la relecture de l'histoire sainte, je vous le rappelle. Nous continuons donc notre éloge national. Nous reprenons à partir des rois d'Israël.

Lecture : Siracide 48 – 49

Le prophète Élie surgit comme un feu, sa parole brûlait comme une torche. Il fit venir la famine sur Israël et, dans son ardeur, les réduisit à un petit nombre. Par la parole du Seigneur, il retint les eaux du ciel et, à trois reprises, il en fit descendre le feu.

Comme tu étais redoutable, Élie, dans tes prodiges ! Qui pourrait se glorifier d'être ton égal ? Toi qui as réveillé un mort et, par la parole du Très-Haut, l'as fait revenir du séjour des morts. Toi qui as précipité des rois vers leur perte et jeté à bas de leur lit de glorieux personnages. Toi qui as entendu au Sinaï des reproches, au mont Horeb des décrets et des châtiments. Toi qui as donné l'onction à des rois pour exercer la vengeance, et à des prophètes pour prendre ta succession. Toi qui fus enlevé dans un tourbillon de feu, par un char aux coursiers de feu. Toi qui fus préparé pour la fin des temps, ainsi qu'il est écrit, afin d'apaiser la colère avant qu'elle n'éclate, afin de ramener le cœur des pères vers les fils et de rétablir les tribus de Jacob.

Heureux ceux qui te verront, heureux ceux qui, dans l'amour, se seront endormis. Nous aussi, nous posséderons la vraie vie.

Quand Élie fut enveloppé dans le tourbillon, Élisée fut rempli de son esprit. Et pendant toute sa vie, aucun prince ne l'a intimidé, personne n'a pu le faire fléchir. Rien ne lui résista et, jusque dans la tombe, son corps manifesta son pouvoir. Il était un prophète : pendant sa vie, il a fait des prodiges ; après sa mort, des œuvres merveilleuses.

Malgré tout cela, le peuple ne se repentit pas et ne renonça pas à ses péchés, jusqu'à ce qu'il soit emmené captif hors de son pays et dispersé partout sur la terre. Il ne resta qu'un peuple très peu nombreux, avec un prince de la maison de David. Quelques-uns d'entre eux firent ce qui plaît au Seigneur, d'autres multiplièrent les péchés.

Ézéchias fortifia sa capitale. Il amena l'eau à l'intérieur de la ville : il fit creuser à coups de pique un tunnel dans le roc et construire des réservoirs pour les eaux. De son temps, Sennachérib monta l'attaquer et envoya contre lui Rabsakès, qui leva la main contre Sion et se montra d'une grande arrogance. Alors le cœur et les mains des assiégés tremblèrent : ils souffraient les douleurs d'une femme en travail. Ils invoquèrent le Seigneur, le miséricordieux, et tendirent les mains vers lui. Et le Saint, du haut du ciel, les exauça aussitôt. Il les délivra selon la parole d'Isaïe. Il frappa le camp des Assyriens : son ange les extermina, car Ézéchias avait fait ce qui plaît au Seigneur et il était resté ferme dans les voies de son père David, comme l'avait ordonné le grand prophète Isaïe, digne de foi dans ses visions. En ces jours, le soleil recula pour prolonger la vie du roi. Par la puissance de l'Esprit, Isaïe vit les derniers temps et consola les affligés de Sion. Il révéla ce qui arriverait jusqu'à la fin des temps, et les choses cachées avant qu'elles n'adviennent.

Le souvenir de Josias, c'est comme un mélange aromatique préparé par les soins du parfumeur. Il est doux comme le miel dans la bouche, il est une musique dans un banquet bien arrosé. C'est lui qui réussit à convertir le peuple. Il supprima le culte abominable des idoles. Il tourna son cœur vers le Seigneur et, dans ces temps d'abandon de la loi, il raffermit la religion.

Hormis David, Ézéchias et Josias, tous ne firent que faute sur faute. Ayant abandonné la loi du Très-Haut, les rois de Juda furent eux-mêmes abandonnés. Ils durent céder leur pouvoir à d'autres et leur gloire à une nation étrangère. La ville élue, la ville du sanctuaire, fut incendiée, ses rues furent désertées, selon la parole de Jérémie, qu'ils avaient maltraité, lui, le prophète consacré dès le sein de sa mère, pour arracher, démolir et détruire, comme aussi pour bâtir et planter.

Ézéchiel eut une vision de la gloire : elle lui fut montrée sur le char des Chérubins. Il a prophétisé l'anéantissement des ennemis par des pluies torrentielles. Il a encouragé ceux qui suivent le droit chemin.

Quant aux douze prophètes, que refleurissent leurs ossements depuis le lieu où ils reposent ! Ils ont consolé Jacob et l'ont racheté par leur fidélité à l'espérance.

Comment dire la grandeur de Zorobabel, lui qui fut comme l'anneau à cacheter, le sceau que l'on porte à la main droite ? Ou encore Josué, fils de Yosédek ? En leur temps, ils rebâtirent la maison de Dieu, ils relevèrent le temple consacré au Seigneur et destiné à une gloire éternelle. De même, Néhémie a laissé un souvenir éclatant, lui qui redressa nos murailles en ruines, rétablit portes et verrous et reconstruisit nos habitations.

Nul sur terre n'a été créé l'égal d'Hénoch, lui qui fut enlevé de ce monde. Et l'on n'a pas vu naître d'homme semblable à Joseph, chef de ses frères, soutien de son peuple : ses ossements furent entourés d'honneur. Sem et Seth furent glorieux parmi les hommes, mais, dans la création, Adam surpasse tout être vivant.

Commentaire

Il existe un texte dans le Nouveau Testament, plus précisément dans la lettre aux Hébreux, qu'on appelle l'hymne à la foi. C'est un texte qui n'a pas de chance, parce qu'il y a une autre hymne qui lui fait concurrence, cette fois-ci dans la lettre aux Corinthiens, par saint Paul, qu'on appelle l'hymne à la charité. Et mariage après mariage, on a droit à l'hymne à la charité : « L'amour ne jalouse pas, l'amour ne se vante pas, l'amour prend patience… » C'est un hymne extraordinaire. Mais ce n'est pas juste, parce qu'il est tellement beau que cet hymne à la charité éclipse toutes les autres hymnes du Nouveau Testament, dont cet hymne à la foi qui se trouve dans la lettre aux Hébreux, et dont j'aimerais m'entretenir avec vous quelques instants.

Hébreux, chapitre 11 : « Grâce à la foi, Abraham obéit à l'appel de Dieu. Grâce à la foi, Sara, malgré son âge, devint enceinte… » Etc., etc. Enfin bref, on reprend tous les patriarches de l'histoire sainte, à la manière du Siracide. Et je note la manière remarquable dont cet hymne à la foi se conclut dans la lettre aux Hébreux. Elle se termine par ce verset :

Ainsi donc, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit, en particulier du péché qui nous entrave si bien, courons avec endurance l'épreuve qui nous est proposée.

Je relis : « Ainsi donc, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins… » Parce que toutes ces personnes dont je vous ai parlé, elles vivent encore. Elles sont auprès de Jésus. Et elles nous entourent — de leur foi, de leur exemple et de leurs prières. On n'est jamais saint tout seul. On n'est jamais sage tout seul.

Et l'histoire du peuple d'Israël, dont on a rappelé les grands noms, c'est la vôôôôtre. Ben Sirac, quand il vous mentionne les rois, quand il vous mentionne les prophètes, c'est pour vous rappeler que c'est votre histoire et que leur souvenir vit en vous. Alors, Ben Sirac, la résurrection n'était pas encore passée par là, donc je ne sais pas s'il vous parlerait de communion des saints et de prière d'intercession de la part de ces grandes figures illustres, mais son but était de vous montrer que vous étiez leur postérité.

La postérité d'Élie, c'est vous. C'est en vous que le pouvoir de faire des miracles a été mis.

Par la parole du Seigneur, il retint les eaux du ciel.

C'est en vous que le feu de son ardeur jalouse habite. Quand on vous parle d'Élisée, qu'aucun roi de ce monde, qu'aucun puissant n'a pu faire trembler, c'est pour vous dire que c'est vous, le descendant d'Élisée. C'est en vous que l'esprit de force, de courage, a été mis. Quand on vous parle d'un peuple prévaricateur, quand on vous parle de rois réformateurs, quand on vous parle de Josias, d'Ézéchias, c'est de vous dont il s'agit. De vous qui vivez avec une Église qui va tant bien que mal au milieu d'un peuple qui a choisi le paganisme : c'est vous, les héritiers des grands prêtres réformateurs.

Ce n'est pas pour rien que pendant quarante chapitres Ben Sirac vous a donné des conseils et a voulu faire votre éducation. C'est parce que bon sang ne saurait mentir, et que maintenant, c'est à vous de prendre la suite. C'est sur vous qu'il compte. C'est à vous que les clés de la maison ont été données. C'est pour ça qu'à la fin, on passe la cinquième, on va plus vite, pour combler les trous, pour aller jusqu'à vous.

On vous parle de Zorobabel, on vous parle de Josué, fils de Yosédek. Zorobabel, c'était le petit-fils de l'avant-dernier roi avant l'Exil. Josué, fils de Yosédek, ça a été le premier grand prêtre après l'Exil à avoir été consacré. C'est pour vous dire que malgré l'Exil, il y a encore une continuité qui relie ce peuple d'Israël à vous. C'est important, ce que je vous dis : l'histoire d'Israël, c'est la vôtre.

C'est pour ça, d'ailleurs, qu'à la toute fin, on remonte tout aussi vite au tout premier principe. On remonte à Hénoch, puis de Hénoch on remonte à Sem et Seth, et après on retourne à Adam. C'était la toute dernière phrase :

Sem et Seth furent glorieux parmi les hommes, mais, dans la création, Adam surpasse tout être vivant.

Et ça, à nouveau, ça vous montre l'unité du genre humain. Si vous n'étiez pas convaincu par ce que je vous disais, là, pour le coup, Ben Sirac enfonce le clou : on est tous les descendants d'Adam. Ce qui permet aussi à l'auteur du livre de redire le propos de Dieu sur nous. Adam, c'est l'homme primordial, c'est l'homme qu'il avait créé à son image. On a dit plus haut dans le texte que l'homme a été créé à l'image de Dieu. Eh bien voilà, on retourne au prototype de l'homme, au prototype de la dignité. C'est comme dire que toute gloire, toute sagesse dérive du fait d'avoir été créé à l'image de Dieu. La vraie gloire n'est pas seulement historique — Moïse, David, Ézéchias — mais elle est ontologique : c'est l'homme qui est fait pour porter la sagesse.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, Dieu de mes pères, toi qui as planté la mémoire des justes comme un arbre de vie au milieu des temps, souviens-toi de moi, souviens-toi de tes serviteurs, souviens-toi de David, pasteur et roi, de Josias, de Jérémie à la bouche de feu, de tous ceux dont le nom est gravé dans ton livre de vie.

Et souviens-toi de l'homme, souviens-toi d'Adam, notre père, souviens-toi de celui que tu as créé à ton image, fragile et glorieux, pour que par lui nous portions ta trace, ta gloire et ta sagesse.

Seigneur, fais que je sois aujourd'hui leur descendant et leur héritier, un fils de la promesse, un vivant qui se souvient, un juste parmi les justes, et que ma vie s'enracine dans ta loi ; qu'à la fin de mes jours, mon nom soit trouvé inscrit sur le livre de vie, parmi ceux qui bénissent ton nom, toi qui es le Dieu des vivants et des morts.


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