Jour 285 ☾ — Le grand prêtre et la liturgie céleste
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Résumé : Dans ce dernier épisode consacré au Siracide, le frère Paul-Adrien lit l'éloge du grand prêtre Simon, fils d'Onias, sortant du sanctuaire dans sa gloire liturgique, puis le colophon du livre et la grande prière d'action de grâce de Ben Sira au chapitre 51. Le commentaire montre que c'est le grand prêtre, et non plus Salomon, qui est placé au sommet de la sagesse : il récapitule en lui les prêtres, les prophètes, les rois, la liturgie, la morale, le temple et le cosmos. Le frère prolonge ensuite cette figure jusqu'aux vêtements du pape, puis jusqu'au pèlerinage intérieur qui mène au grand prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech et à la liturgie céleste.
Introduction
Dernier chapitre de Siracide ! Eh oui ! Préparez-vous, là, ça va être l'apothéose ! Et on va terminer en beauté avec une dernière figure, celle d'un grand prêtre, Simon, fils d'Onias, le grand prêtre au temps où ce livre fut rédigé.
Ce qu'il faut imaginer, c'est que Ben Sira, qui était juif à Alexandrie, avait dû faire un pèlerinage à Jérusalem, parce que d'après la loi, tout juif doit célébrer la Pâque à Jérusalem. Quand on est dans la diaspora, c'est compliqué, mais probablement qu'il avait dû faire, une fois dans sa vie, le pèlerinage jusqu'à Jérusalem, et que là, il avait vu de ses yeux vu le grand prêtre d'alors. Et manifestement, ce qu'il a vu lui a coupé le souffle.
C'est comme… comment je pourrais vous dire ça ? Ah, bah si : la première fois que j'ai vu les pyramides. J'étais allé voir mes frères en Égypte. Les pyramides, j'ai passé mon temps à les voir dans des livres, et il n'y a rien de plus bête qu'une pyramide, c'est-à-dire c'est un triangle, un tétraèdre exactement. Ah, n'empêche que la première fois que je les ai vues, j'ai eu le souffle coupé, et j'avais l'impression d'avoir plongé dans mes livres d'histoire, ou plutôt que mes livres d'histoire étaient tout d'un coup devenus réalité devant moi.
Eh bien, c'est ce même émerveillement qu'a dû connaître Ben Sira quand il était à Jérusalem, et la fierté d'appartenir à un peuple qui avait de si nobles institutions et une si belle liturgie. Donc profitez-en : aujourd'hui, Ben Sira vous emmène en pèlerinage.
Lecture : Siracide 50
C'est le grand prêtre Simon, fils d'Onias, qui pendant sa vie répara la maison de Dieu et, de son temps, consolida le sanctuaire. C'est lui qui posa les fondations du double mur, pour servir de soubassement à l'enceinte du temple. De son temps furent creusés les réservoirs des eaux, un bassin large comme une mer. Soucieux de préserver son peuple de la défaite, il fortifia la ville en prévision d'un siège.
Et qu'il était glorieux, entouré de son peuple, quand il sortait de derrière le voile du sanctuaire ! Il était comme l'étoile du matin au milieu des nuages, comme la lune au moment de son plein, comme le soleil resplendissant sur le temple du Très-Haut, comme l'arc-en-ciel qui illumine de gloire les nuages, comme la rose en fleurs au jour du printemps, comme le lys près des sources d'eau, comme les jeunes pousses du Liban au jour de l'été, comme l'encens qui brûle sur l'encensoir, comme un vase d'or massif tout orné de pierres précieuses, comme l'olivier qui se couvre de fruits, comme le cyprès qui s'élève jusqu'aux nuages.
Quand il prenait sa robe de gloire et revêtait sa superbe parure, quand il montait au saint autel, il remplissait de gloire l'enceinte du sanctuaire. Et quand, debout près du foyer de l'autel, il recevait de la main des prêtres les viandes immolées, ses frères autour de lui formaient une couronne, pareille à la ramure des cèdres du Liban. Ils l'entouraient comme des tiges de palmier, tous les fils d'Aaron dans leur gloire, tenant en main l'offrande du Seigneur devant toute l'assemblée d'Israël.
Le grand prêtre accomplissait à l'autel les fonctions liturgiques et disposait l'offrande du Très-Haut, souverain de l'univers. Il étendait la main sur sa coupe et versait la libation du sang de la grappe. Il la répandait à la base de l'autel comme un parfum d'agréable odeur pour le Très-Haut, le Roi suprême.
Alors les fils d'Aaron poussaient des acclamations, ils sonnaient de leurs trompettes d'argent, ils faisaient entendre un son puissant en mémorial devant le Très-Haut. Alors tout le peuple, d'un même élan, se jetait aussitôt face contre terre pour se prosterner devant son Seigneur, devant le Souverain, le souverain de l'univers, le Dieu Très-Haut.
Et les chantres le louaient de toutes leurs voix, harmonieuses mélodies dans la clameur immense. Le peuple suppliait le Seigneur Très-Haut, il se tenait en prière devant le Miséricordieux, jusqu'à ce que soit terminé le service du Seigneur et que s'achève la liturgie.
Alors le grand prêtre redescendait, il levait les mains sur toute l'assemblée des fils d'Israël pour donner lui-même la bénédiction du Seigneur et avoir l'honneur de prononcer son nom. Une seconde fois le peuple se prosternait pour recevoir la bénédiction du Très-Haut.
Et maintenant, bénissez le Dieu de l'univers : partout il fait de grandes choses, il nous fait croître dès le sein maternel, il agit envers nous selon sa miséricorde. Qu'il nous accorde la joie du cœur, que la paix règne en Israël aujourd'hui et pour toujours ! Que sa miséricorde nous soit fidèle et qu'il nous délivre tout au long de nos jours.
Il y a deux nations que mon âme déteste, et la troisième n'est pas une nation : les habitants de la montagne de Séïr, les Philistins, et le peuple fou qui habite à Sichem.
Cet enseignement, plein d'intelligence et de savoir, a été gravé dans ce livre par Jésus, fils de Sira, fils d'Éléazar, de Jérusalem, qui a répandu comme une ondée la sagesse de son cœur. Heureux qui reviendra toujours à ses paroles ! Celui qui les place en son cœur deviendra sage. S'il les met en pratique, il sera fort en toutes circonstances, car la lumière du Seigneur sera son sentier. Dieu donne la sagesse à qui est religieux. Béni soit le Seigneur pour toujours. Amen ! Amen !
Lecture : Siracide 51
Je veux te rendre grâce, Seigneur mon roi, je te louerai, Dieu mon sauveur, je rends grâce à ton nom. Tu as été pour moi un défenseur et un soutien, tu as délivré mon corps de la perdition, du piège de la calomnie et des lèvres menteuses. Face à mes adversaires, tu as été mon soutien.
Par la grandeur de ta miséricorde et de ton nom, tu m'as délivré des mâchoires qui allaient me dévorer, des mains qui menaçaient ma vie, de tourments innombrables, du bûcher qui me suffoquait de toutes parts. Tu m'as délivré d'un feu que je n'avais pas allumé, du gouffre profond de la mort, de la langue impure et de la parole mensongère, lorsqu'une langue injuste me calomniait auprès du roi.
J'étais arrivé tout près de la mort, ma vie était descendue au seuil du séjour des morts. On m'assiégeait de tous côtés, aucun homme pour me secourir. Je regardais si quelqu'un me viendrait en aide, mais il n'y avait personne. Alors je me suis rappelé ta miséricorde, Seigneur, et ta bienveillance éternelle. Tu retires de la peine ceux qui t'attendent, tu les sauves de la main des ennemis.
De la terre j'ai fait monter ma supplication, j'ai prié pour être arraché à la mort. J'ai invoqué le Seigneur, père de mon Seigneur, pour qu'au jour de détresse il ne m'abandonne pas et ne me livre pas au pouvoir des orgueilleux. Sans me lasser je louerai ton nom, je te chanterai dans l'action de grâce. Ma prière a été exaucée : tu m'as sauvé de la perdition, tu m'as tiré du malheur. C'est pourquoi je veux te rendre grâce et te louer, je bénirai le nom du Seigneur.
Quand j'étais encore jeune, et que je n'avais pas à errer çà et là, aux yeux de tous j'ai cherché la sagesse dans ma prière. Devant le temple, je priais pour la recevoir, et jusqu'au bout je la rechercherai. Depuis la fleur jusqu'à la maturité de la grappe, elle a été la joie de mon cœur. Mon pied s'est avancé sur le droit chemin, depuis ma jeunesse je marchais sur ses traces.
Il m'a suffi de tendre un peu l'oreille pour la recevoir, et j'y ai trouvé de grandes leçons. Grâce à elle, j'ai progressé ; je rendrai gloire à celui qui me donne la sagesse. J'ai résolu de la mettre en pratique, ardemment j'ai désiré le bien, et jamais je n'aurai à le regretter. Pour elle j'ai vaillamment combattu, j'ai mis à pratiquer la loi beaucoup d'exactitude. J'ai levé mes mains vers le ciel, j'ai déploré de la connaître si mal. J'ai dirigé mon âme vers elle, c'est dans la pureté que je l'ai trouvée. Avec elle, dès le commencement, j'ai trouvé l'intelligence, c'est pourquoi je ne serai jamais abandonné. Bouleversé jusqu'au fond de moi-même, je l'ai recherchée, c'est pourquoi j'ai obtenu un bien excellent. En récompense, le Seigneur m'a donné une langue avec laquelle je le louerai.
Approchez-vous de moi, vous qui n'avez pas d'instruction, prenez place dans mon école. Pourquoi dire que vous manquez de sagesse ? Pourquoi vos âmes ont-elles si grande soif ? J'ouvre la bouche et je déclare : faites-en l'acquisition sans rien payer. Placez votre cou sous le joug et recevez l'instruction : on la trouve tout près de soi. Constatez-le de vos yeux : en prenant peu de peine, j'ai trouvé beaucoup de repos. Acquérez l'instruction à grand prix d'argent, vous en retirerez beaucoup d'or. Que votre âme trouve sa joie dans la miséricorde du Seigneur, n'ayez pas de honte à le louer. Accomplissez votre œuvre avant le temps fixé, et il vous donnera la récompense en son temps.
Commentaire
Je reviens sur cette figure de grand prêtre. C'est vrai qu'il y a quelque chose d'émouvant. Si jamais vous regardez bien la manière dont le Siracide est construit, c'est lui, c'est ce personnage qui est présenté comme le sommet de la sagesse. C'est plus Salomon, c'est le grand prêtre Onias. Il est le sommet de l'histoire. C'est lui qui récupère tout l'héritage des prêtres, des prophètes et des rois. C'est lui qui incarne et qui porte sur lui la beauté de la liturgie.
Et à travers la liturgie, c'est la splendeur de la vie morale qu'on vous présente. Parce qu'à travers ses sacrifices, c'est de la rectitude intérieure dont il est question ; à travers les sacrifices de réconciliation, c'est du pardon des péchés ; à travers les sacrifices de paix, c'est de la communion avec Dieu dont il est question.
Et, non content de résumer l'histoire sainte, non content d'incarner la liturgie et la morale qu'il y a derrière, c'est lui aussi qui incarne le temple et le cosmos. Verset 6 :
Il était comme l'étoile du matin au milieu des nuages, comme la lune au moment de son plein, comme le soleil resplendissant sur le temple du Très-Haut, comme l'arc-en-ciel qui illumine de gloire les nuages.
La beauté de la création qui vient se fondre sur lui. Eh bien, le grand prêtre, il est tout ça.
Bon, très bien. Mais, et nous dans tout ça ? Nous, il y a peut-être des pèlerinages que vous aussi vous allez faire. Peut-être que vous allez faire un jour un pèlerinage à Rome, et que ce n'est peut-être pas le grand prêtre juif que vous verrez, mais un autre souverain pontife. De même que le grand prêtre juif avait toute une symbolique dont on a parlé — c'était il y a deux épisodes —, de la même manière, le pape porte aussi sur ses vêtements toute une symbolique.
Par exemple, la soutane blanche, qu'on appelle la cassock : c'est un signe de pureté et de distinction. Par exemple, la ceinture, le ruban blanc autour de la taille, qui signifie la chasteté et la tenue de service — la tenue de service, c'est comme une ceinture nouée autour des reins. Vous avez la calotte sur la tête, qui est un signe d'humilité et qui rappelle la tonsure ancienne ; la tonsure, ça, c'est le symbole de la consécration. Le grand prêtre, lui, il avait l'ourim et le toummim pour symboliser son pouvoir judiciaire de discernement ; le pape, lui, il a l'anneau du pêcheur, l'annulus piscatoris, le signe de l'autorité pontificale. Le pallium, c'est une bande de laine blanche avec des croix noires posée sur les épaules, qui symbolise la charge pastorale universelle : c'est un peu comme les douze pierres qui représentent les douze tribus. Vous avez la mitre, le chapeau bizarre, le chapeau pointu, qui symbolise l'autorité épiscopale et qui d'ailleurs, d'après la tradition, reprend le turban des grands prêtres juifs.
Alors on peut rire de tout cet accoutrement ; on peut aussi se dire que c'est beaucoup plus biblique que ça n'y paraît, et que c'est une manière de relire et de se réapproprier aussi tout l'héritage de l'Ancien Testament.
Alors ça, c'est le pèlerinage qu'on peut faire sur terre, à Jérusalem ou à Rome. Mais c'est aussi l'image d'un autre pèlerinage, que nous ferons un jour pour aller jusqu'au ciel. Un pèlerinage intérieur, disent les Pères de l'Église, que nous faisons à pas d'amour, à pas de charité, et qui nous mènera, lui, devant un autre grand prêtre, le grand prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech, avec une autre liturgie : la liturgie céleste.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te confie ma vie comme un pèlerinage. Fais que je marche dans la voie de tes commandements, et que chaque pas soit un acte de charité, que je fais l'un après l'autre pour dilater mon cœur, pour qu'il devienne aux dimensions du ciel, et que là, Seigneur, s'opère cette liturgie qui un jour m'a sauvé. Un jour, Seigneur, je te verrai de mes yeux. En attendant, Seigneur, veille sur moi et sur toute cette communauté qui, avec moi, chemine vers toi.
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