Jour 287 ☼ — Un peuple toujours fragile
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 13 de Néhémie, le frère Paul-Adrien lit le dernier chapitre du livre : Néhémie, revenu de la cour de Perse, découvre que le peuple a trahi tous ses engagements pris deux chapitres plus tôt. Le commentaire détaille les quatre désordres — Tobie logé dans le temple, la dîme des lévites non versée, le sabbat profané par le commerce, le retour des mariages mixtes — et montre le risque de la réponse : durcir la vis, instiller le poison de l'arrogance pour faire tenir les engagements. Le frère y voit un livre profondément vrai sur la condition humaine, qui se termine en queue de poisson sur un « jusques à quand ? » et qui, précisément pour cela, prépare le mieux la venue de Jésus-Christ.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Eh bien moi, ce peuple qui revient d'exil, je le trouve touchant. Je vous disais hier, il y a quelque chose de tragique à voir la non-réponse de Dieu. Ce n'est pas dit dans le texte, donc il faut arriver à le deviner à mot couvert, cet aspect un peu tragique. Mais c'est là où je vous dis qu'ils sont touchants.
Alors maintenant, c'est le dernier chapitre. On va terminer sur une note joyeuse. On va voir Néhémie, chapitre 13.
Lecture : Néhémie 13
En ce temps-là, on lut dans le livre de la loi en présence du peuple, et l'on y trouva écrit que l'Ammonite et le Moabite n'entreront pas dans l'assemblée de Dieu, et cela jamais, car ils ne sont pas venus au-devant des fils d'Israël avec le pain et l'eau. Ils ont soudoyé contre eux Balaam pour les maudire, mais notre Dieu changea la malédiction en bénédiction. Et dès qu'on eut entendu la loi, on exclut d'Israël tous les étrangers.
Auparavant, le prêtre Éliachib avait été chargé des salles de la maison de notre Dieu. C'était un proche de Tobie. Il lui avait aménagé une grande salle où l'on mettait auparavant les offrandes de céréales, l'encens, les objets du culte, la dîme de froment, de vin nouveau et d'huile fraîche, c'est-à-dire ce qui est prescrit pour les lévites, les chantres et les portiers, de même que la contribution pour les prêtres.
Durant tout ce temps, j'étais absent de Jérusalem, car dans la trente-deuxième année d'Artaxerxès, roi de Babylone, j'étais revenu auprès du roi. Au bout d'un certain temps, je demandai au roi un congé et je revins à Jérusalem. J'appris alors qu'Éliachib avait mal agi à propos de Tobie en lui aménageant une salle dans les cours de la maison de Dieu. Cela me déplut fort. Je jetai donc hors de la salle toutes les affaires de Tobie, et j'ordonnai qu'on s'en aille. J'ordonnai qu'on purifie les salles, puis j'y rapportai les objets de la maison de Dieu, les offrandes de céréales et l'encens.
J'appris également que la part des lévites n'avait pas été donnée, et que les lévites et les chantres chargés du service s'étaient enfuis chacun vers son champ. Je fis donc des reproches aux magistrats et je leur dis : « Pourquoi la maison de Dieu est-elle à l'abandon ? » Puis je les réunis et les rétablis à leur poste. Alors tout Juda apporta la dîme du froment, du vin nouveau et de l'huile fraîche pour les mettre dans les réserves. Je préposai aux réserves le prêtre Shélémia, le scribe Sadoc et Pedaya, l'un des lévites, et auprès d'eux Anan, fils de Zakour, fils de Mattania, car ils étaient considérés comme dignes de confiance. C'est à eux qu'il revenait de faire les distributions à leurs frères.
À cause de cela, souviens-toi de moi, mon Dieu. N'efface pas la fidélité avec laquelle j'ai agi pour la maison de mon Dieu et pour ses offices.
En ce temps-là, je vis en Juda des gens qui foulaient au pressoir le jour du sabbat. D'autres apportaient des gerbes de blé, les chargeaient sur des ânes avec du vin, des raisins, des figues et toutes sortes de fardeaux pour les apporter à Jérusalem le jour du sabbat. En ce jour-là, où ils vendaient leurs denrées, je fis un avertissement. À Jérusalem, les Tyriens qui habitaient là faisaient venir du poisson et des marchandises de toutes sortes pour les vendre aux Judéens le jour du sabbat. Je fis donc des reproches aux notables de Juda et je leur dis : « Vous agissez bien mal en profanant le jour du sabbat. N'est-ce pas ainsi que vos pères ont agi ? Et c'est alors que notre Dieu a fait venir tout ce malheur sur nous et sur cette ville. Et vous, en profanant le sabbat, vous augmentez sa colère contre Israël. »
Aussi, dès que l'ombre gagnait les portes de Jérusalem, juste avant le sabbat, j'ordonnai de fermer les battants et je dis de ne les rouvrir qu'après le sabbat. Je postai quelques-uns de mes serviteurs aux portes pour qu'aucun fardeau n'entre le jour du sabbat. Une fois ou deux, des commerçants et des marchands en toutes sortes de marchandises passèrent la nuit hors de Jérusalem. Mais je les avertis et leur dis : « Pourquoi passez-vous la nuit aux abords du rempart ? Si vous recommencez, je porterai la main sur vous. » Depuis lors, ils ne sont plus venus le jour du sabbat. J'ordonnai aux lévites de se purifier et de venir surveiller les portes pour que l'on sanctifie le jour du sabbat.
À cause de cela aussi, souviens-toi de moi, mon Dieu, et prends-moi en pitié en ta grande fidélité.
En ce temps-là également, je vis des Juifs qui avaient épousé des femmes ashdodites, ammonites ou moabites. Quant à leurs enfants, la moitié parlaient l'ashdodien ou la langue de tel ou tel peuple, mais aucun ne savait plus parler le judéen. Je leur fis des reproches et je les maudis. J'en frappai plusieurs, je leur arrachai les cheveux. Je leur fis prêter serment devant Dieu en leur disant : « Vous ne donnerez pas vos filles à leurs fils, vous ne prendrez aucune de leurs filles ni pour vos fils, ni pour vous-mêmes. » N'est-ce pas en cela qu'a péché Salomon, roi d'Israël ? Parmi tant de nations, aucun roi ne fut pareil à lui. Il était aimé de son Dieu, et Dieu le fit roi sur tout Israël. Mais lui, les femmes étrangères l'entraînèrent à pécher. Faudra-t-il entendre dire que vous agissez tout aussi mal ? Trahir notre Dieu en prenant pour femmes des étrangères ?
L'un des fils de Joyada, fils du grand prêtre Éliachib, était le gendre de Sanballat le Horonite. Je le chassai loin de moi. Souviens-toi de ces gens, mon Dieu. Ils ont souillé le sacerdoce et l'alliance des prêtres et des lévites.
Je les purifiai donc de tout étranger. Je remis en vigueur les règles à observer par les prêtres et les lévites, chacun selon sa fonction. Je fis de même pour l'offrande du bois aux dates fixées, ainsi que pour les prémices.
Souviens-toi de moi, mon Dieu, pour mon bonheur.
Commentaire
Je vous le redis avec mes mots. Néhémie a dû s'absenter à un moment parce qu'il est fonctionnaire à la cour royale de l'empereur perse. Donc, à un moment donné, c'est toujours bien de se rappeler au bon souvenir de son bienfaiteur et de lui montrer que tout se passe bien. De lui dire que, loin des yeux, loin du cœur, il n'est pas en train de bâtir un empire indépendant loin de la cour de Perse. Néhémie, modèle accompli du grand politicien, du grand administrateur, y va, remet toutes choses en ordre en Perse, et puis ensuite retourne à Jérusalem.
Et là, qu'est-ce qui s'est passé ? Ah, là, ce qui s'est passé, c'est que le peuple est retourné à ses vieux démons. Deux chapitres auparavant, on le voyait prendre de grandes résolutions. Et là, maintenant, patatras, il n'y a plus rien qui va. Regardez.
Et de un, l'intrusion de Tobie dans le temple. Le prêtre Éliachib — enfin, le prêtre Éliachib, excusez du peu — qui a donné une grande pièce du temple à Tobie l'Ammonite, qui est un adversaire notoire. Et en plus, il l'utilise comme logement, alors que normalement, ça sert à stocker les offrandes, les dîmes et les objets sacrés. L'espace sacré qui est utilisé pour des intérêts privés et corrompus. Et en plus, vous tolérez l'ennemi au cœur du temple.
Et de deux, deux chapitres auparavant, le peuple s'était engagé à verser la dîme pour les lévites. Là, les lévites reçoivent si peu leur part qu'ils sont obligés de repartir travailler dans les champs. Ça, vous pouvez l'interpréter de mille manières. C'est l'oubli de la pratique religieuse, c'est l'effondrement du culte régulier, d'un culte sponsorisé, sourcé et organisé par l'État. Le bien commun, celui de la communauté, manifestement, ça ne dit plus grand-chose à plus grand monde. Mais les notes de bas de page disent que ça signale aussi un problème d'intégration des lévites. Et c'est vrai que ce n'est pas la première fois qu'on les voit mal dans leur peau dans cette nouvelle communauté.
Et de trois, le travail le jour du sabbat, avec du commerce. Vous avez des gens qui foulent des pressoirs, qui transportent des denrées. Vous avez des marchands étrangers qui installent leurs étals aux portes de Jérusalem. Et tout ça, le jour du sabbat. Scandale ! De la même manière que les murailles sont censées être une enceinte sacrée qui protège la pureté de la ville, de la même manière le sabbat est une enceinte sacrée dans le temps, qui consacre la ville. Alors ça, ça ne passe pas. Ça ne passe pas parce que le non-respect du sabbat est considéré à cette époque-là comme un crime de lèse-majesté. Un problème de sécurité nationale.
Je vous l'avais déjà dit, mais comme ça me paraît important, je vous le redis : à la fin du livre des Chroniques, on proclame que c'est parce que la terre a besoin de se reposer des sabbats profanés que le peuple va partir en exil. Ça veut dire que si vous profanez à nouveau le sabbat, le peuple va repartir en exil. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi, au temps de Jésus, quand il donnera l'impression de profaner le sabbat, il va avoir tout le monde qui va lui tomber dessus. Parce que ce n'est pas simplement profaner un sabbat : c'est un problème de sécurité nationale, cette affaire. Parce que les juifs, ils sont déjà partis une fois en exil, ils n'ont pas envie d'y retourner une deuxième fois.
Donc là, il va falloir reprendre le peuple et durcir un peu le trait. Le problème, c'est que vous allez durcir jusqu'où ? C'est ce que je vous disais la dernière fois. Pour l'instant, il n'y a pas d'organes répressifs, il n'y a pas de police des mœurs, ce n'est pas une théocratie dictatoriale. Mais si jamais vous voyez que le peuple est déjà en train de relâcher ses engagements… Là, on s'en sort bien : vous avez Néhémie qui attrape tout le monde et le peuple se reprend. Mais sinon, la tendance naturelle des élites, ça va être de resserrer la vis.
Et puis, quatrième chose qui est reprochée : les mariages mixtes qui, à nouveau, font leur retour. Alors qu'encore une fois, le peuple s'était engagé à ne pas avoir de mariage mixte. Ça, vous pourrez me dire : on peut dire ce qu'on veut aux gens, vous avez beau leur dire de ne pas se marier avec telle ou telle personne, ça ne les empêchera jamais de se marier. N'empêche que ce n'était pas la peine d'avoir pris un engagement solennel deux chapitres avant.
Ça, à nouveau : vous allez faire comment, à terme, pour empêcher les gens de se marier à l'étranger ? Eh bien, ce qui va se passer, c'est qu'ils vont trouver une autre manière. Ils vont réussir à instiller dans la tête du peuple des notions plus strictes entre le pur et l'impur, avec un petit sentiment de supériorité des juifs sur les non-juifs. Ce qui fait que là, plus personne n'aura envie de se marier avec des non-juifs. Mais ça veut dire que vous êtes en train d'instiller le poison de l'arrogance dans ce peuple pour qu'il tienne ses engagements. C'est dangereux.
Là, ce dernier chapitre… On n'y est pas, mais il y avait un petit côté tragique à ne pas entendre la réponse de Dieu. Il y a un petit côté encore plus tragique dans ce chapitre à s'apercevoir que malgré toute la bonne volonté du monde, le peuple reste le peuple, et que malgré toutes les leçons apprises de l'exil, son cœur reste un cœur endurci au mal. Et si vous voulez, c'est eux, c'est nous, c'est tout le monde, c'est l'humanité. On ne se fait aucune illusion.
Mais ça vous montre que ce livre de Néhémie et d'Esdras, malgré toutes les listes de noms qui peuvent nous sembler un peu insupportables, malgré sa manière peut-être un peu à lui de flirter entre politique et religion, ça reste un grand livre, un livre biblique, dans lequel on sent à nouveau le petit sourire cruel et ironique, la petite amertume de la part de Dieu qui n'est pas dupe de ce qu'on est, et qui termine comme une sorte d'enseignement en queue de poisson, sur une interrogation : « Jusques à quand ? Jusques à quand ? » Eh bien ça, moi, j'achète, j'y crois. Ce sont précisément ces livres-là qui me parlent le mieux de la condition humaine et qui, partant, préparent le mieux la venue de Jésus-Christ.
Proverbes 24,26-29
Il donne un vrai baiser, celui qui répond franchement.
Assure au-dehors ton travail, mène-le à bien dans ton champ, et ensuite tu construiras ta maison.
Ne charge pas sans preuve ton prochain. Tes lèvres seraient-elles trompeuses ?
Ne dis pas : « Il me l'a fait, je le lui ferai. Je rendrai à chacun selon ses actes. »
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