Jour 286 ☾ — Quand le culte devient tiède
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Résumé : Après avoir achevé le Siracide, le frère Paul-Adrien ouvre le tout dernier prophète de la Bible, Malachie, contemporain de la reconstruction du Temple. La lecture des chapitres 1 et 2 fait entendre les reproches de Dieu : on lui offre des bêtes aveugles, boiteuses ou malades, les prêtres négligent leur charge, et l'on trahit « la femme de sa jeunesse ». Le commentaire souligne la vigueur volontairement crue du texte (que la traduction liturgique adoucit), note que l'idolâtrie n'est plus le mal dénoncé mais le ritualisme — une foi orthodoxe et morte —, et replace la question du divorce et des mariages mixtes dans le système social de l'époque. L'épisode se termine par une prière pour tous les couples.
Introduction
Nous avons terminé hier le Siracide. Oh mais oui ! Ça fait un choc quand même. Et comme en parallèle on est toujours dans Néhémie, ça va être le moment où, pour clore Néhémie, je vais sortir mon dernier prophète, le tout dernier de la Bible : Malachie.
Ça marche très bien d'ailleurs avec l'épisode précédent, quand on était dans le livre de Néhémie et que je vous avais dit que, bizarrement, Dieu se taisait. Là, vous êtes en train d'assister en direct, avec Malachie, à l'extinction de la parole divine. Ça ne veut pas dire que Dieu est énervé, ça ne veut pas dire qu'il n'écoute pas son peuple, ça ne veut même pas dire qu'il n'agit pas pour son peuple. On l'a vu tout au long de ces livres, comment est-ce que Dieu, à travers une providence parfois directe, parfois plus souvent cachée, continuait de prendre soin du peuple hébraïque. Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Le temps de la révélation, maintenant, est en train de passer sur un autre registre. C'est la femme qui est en train d'accoucher : il va y avoir neuf mois d'attente — là, en l'occurrence, ce sera quatre, cinq siècles. Et en attendant, extinction de la parole prophétique, qui, pour ne pas déroger à sa joyeuse habitude, se termine par des reproches.
Nous sommes avec Malachie, et Malachie, il en a gros. La date de composition est incertaine, mais ce qui est sûr, c'est qu'on est dans la même période, dans la période de reconstruction, et que le temple a bien été reconstruit. Donc ça correspond bien à ce qu'on vient d'entendre dans Esdras. Ce n'est pas dit que ce soit contemporain d'Esdras et Néhémie, ça a peut-être été rédigé un siècle après. Mais c'est quand même la même époque.
Et ce que le dernier prophète de la Bible observe, c'est que d'abord on se moque un peu de Dieu en lui offrant des sacrifices, des animaux de qualité inférieure qu'on n'oserait même pas manger pour soi-même ; ensuite que, manifestement, les prêtres négligent leurs devoirs ; et encore et toujours cette histoire de mariages mixtes. Décidément. Malachie 1 et 2.
Lecture : Malachie 1–2
Proclamation. Parole du Seigneur à Israël par l'intermédiaire de Malachie.
« Je vous ai aimés, dit le Seigneur, et vous dites : "En quoi nous as-tu aimés ?" Ésaü n'était-il pas frère de Jacob, oracle du Seigneur ? J'ai eu de l'amour pour Jacob, mais je n'ai pas aimé Ésaü. J'ai livré ses montagnes à la désolation, son héritage aux chacals du désert. Si Édom déclare : "Nous avons été détruits, mais nous recommencerons, nous relèverons les ruines", ainsi parle le Seigneur de l'univers : qu'ils relèvent, eux ; moi, je démolirai. On les appellera "territoire de méchanceté", "peuple qui met en colère le Seigneur pour toujours". Vos yeux le verront et vous direz : "Le Seigneur est grand par-delà le territoire d'Israël." »
Un fils honore son père, et un serviteur son maître. Si donc je suis père, où est l'honneur qui m'est dû ? Et si je suis maître, où est le respect qui m'est dû ? déclare le Seigneur de l'univers à vous, les prêtres, qui méprisez mon nom. Et vous dites : « En quoi avons-nous méprisé ton nom ? »
« J'entends sur mon autel un aliment impur. » Mais vous dites : « En quoi t'avons-nous rendu impur ? » En affirmant : « La table du Seigneur est méprisable. »
Et quand vous présentez au sacrifice une bête aveugle, n'est-ce pas faire le mal ? Quand vous présentez une bête boiteuse ou malade, n'est-ce pas faire le mal ? Offre-la donc à ton gouverneur : sera-t-il content de toi ? Te sera-t-il favorable ? Le Seigneur de l'univers a parlé.
Et maintenant, apaisez donc le visage de Dieu pour qu'il nous fasse grâce. Cela est venu de vos mains : vous sera-t-il favorable ? Le Seigneur de l'univers a parlé.
Qui donc d'entre vous fermera les portes du sanctuaire, pour que vous n'allumiez plus en vain le feu sur mon autel ? Je ne prends aucun plaisir en vous, dit le Seigneur de l'univers, je ne désire plus l'offrande de vos mains.
Car, du levant au couchant du soleil, mon nom est grand parmi les nations. En tout lieu, on brûle de l'encens pour mon nom et on présente une offrande pure. Car mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur de l'univers.
Vous, cependant, vous le profanez en disant : « La table du Seigneur est impure, méprisable la nourriture qu'on en retire. » Vous dites : « Quel ennui ! » et vous la dédaignez, dit le Seigneur de l'univers. Vous apportez ce qui est volé, boiteux ou malade, et vous l'apportez en offrande : puis-je l'agréer de vos mains, dit le Seigneur ?
Maudit soit le tricheur qui possède un mâle dans son troupeau, qui fait un vœu et qui sacrifie au Seigneur une bête mutilée. Je suis un grand roi, dit le Seigneur de l'univers, et mon nom inspire la crainte parmi les nations.
Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement ! Si vous n'écoutez pas, si vous ne prenez pas à cœur de glorifier mon nom, dit le Seigneur de l'univers, j'enverrai sur vous la malédiction. Je maudirai les bénédictions que vous prononcerez. Oui, je les maudis, car aucun de vous ne prend cela à cœur.
Voici, je vais menacer votre descendance. Je vous jetterai du fumier à la figure, le fumier qui provient de vos fêtes, et on vous enlèvera avec lui. Vous saurez alors que je vous ai adressé cet avertissement pour que subsiste mon alliance avec mon serviteur Lévi, dit le Seigneur de l'univers.
Mon alliance avec lui était vie et paix. Je les lui ai accordées, ainsi que la crainte, et il me craignait ; devant mon nom, il restait saisi. La loi de vérité était dans sa bouche, et rien de mal ne se trouvait sur ses lèvres. Dans la paix et la droiture, il marchait avec moi. Nombreux furent ceux qu'il ramena de la faute.
En effet, les lèvres du grand prêtre gardent la connaissance de la loi, et l'on recherche l'instruction de sa bouche, car il est le messager du Seigneur de l'univers.
Mais vous, vous vous êtes écartés de la route. Vous avez fait de la loi une occasion de chute pour la multitude. Vous avez détruit mon alliance avec mon serviteur Lévi, dit le Seigneur de l'univers. À mon tour, je vous ai méprisés, abaissés devant tout le peuple, puisque vous n'avez pas gardé mes chemins, mais agi avec partialité dans l'application de la loi.
Et nous, n'avons-nous pas tous un seul Père ? N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi nous trahir les uns les autres, profanant ainsi l'alliance de notre Père ?
Juda a trahi : une abomination a été commise en Israël et à Jérusalem. Oui, Juda a profané ce qui est saint, ce qui est aimé du Seigneur : il a épousé la fille d'un dieu étranger. Le Seigneur retranchera l'homme qui agit ainsi, celui qui en est le témoin, celui qui s'en fait l'écho depuis les tentes de Jacob et qui présente une offrande au Seigneur de l'univers.
Et encore une deuxième chose que vous faites : couvrir de larmes, de pleurs et de gémissements l'autel du Seigneur, car il ne fait plus attention à l'offrande et ne désire plus recevoir ce qui vient de lui. Et vous dites : « Pourquoi cela ? » C'est que le Seigneur a été témoin entre toi et la femme de ta jeunesse. Tu l'as trahie, elle, ta compagne, la femme de ton alliance.
Un seul n'a-t-il pas fait la chair et le souffle de vie qui est en elle ? Et que recherche-t-il ? Une descendance divine. Vous prendrez garde à votre souffle de vie, que nul ne trahisse la femme de sa jeunesse. Car je hais la répudiation, dit le Seigneur, Dieu d'Israël, et celui qui se couvre d'un vêtement de violence, dit le Seigneur de l'univers. Vous prendrez garde à votre souffle de vie et vous ne trahirez pas.
Vous fatiguez le Seigneur par vos discours. Et vous dites : « En quoi l'avons-nous fatigué ? » C'est lorsque vous dites : « Quiconque fait le mal est bon aux yeux du Seigneur, en de tels hommes il prend plaisir », et encore : « Où est le Dieu de justice ? »
Commentaire
Je commence par une petite déception. Là, je suis dans la traduction liturgique de la Bible, c'est-à-dire que c'est une traduction qui est faite pour être proclamée à l'église devant les gens. Avantage : il y a un style oral qui est soigné, c'est plus fluide, si vous voulez, au niveau de la syntaxe et des constructions, ça permet de mieux comprendre. Inconvénient : je suppose qu'on a dû se dire qu'il y avait une bienséance à respecter. Ce qui vous donne des petites différences.
Par exemple, chapitre 2, verset 3 :
Voici, je vais menacer votre descendance. Je vous jetterai du fumier à la figure. Le fumier qui provient de vos fêtes, on vous enlèvera avec lui.
Le même verset dans la traduction œcuménique de la Bible :
Me voici, je menace votre descendance et je vous jetterai des excréments au visage. Les excréments des victimes que vous sacrifiez, et on vous emportera avec eux.
Ah, ça a plus de vigueur ! Vous vous souvenez de ce que je vous avais dit sur le politiquement correct, la langue de bois, l'ecclésiastiquement correct. Il faut toujours se méfier de vouloir domestiquer la parole de Dieu. Moi, j'y peux rien : de temps en temps, pour faire une sorte d'électrochoc, elle devient vulgaire.
Bon. Eh bien, il y a une leçon pour nous. Parce que ce n'est pas seulement les Juifs qui offrent des bêtes de mauvaise qualité. Si jamais on regarde tout ce que nous, on dépense dans le sport, dans la nourriture, dans les loisirs, et tout ce qu'on dépense pour la religion — excusez-moi, mais il y a quand même deux poids, deux mesures. Qu'est-ce que Dieu va faire ? Il va prendre nos excréments, enfin je ne sais pas quoi, il va nous les jeter à la figure. Oh, ouh, ouh, ouh ! Eh ben, moi, c'est pour ça que j'aime la Bible : c'est parce qu'au moins, on se dit les choses.
Alors, je note. Il y a quand même une différence avec les anciennes critiques, celles des anciens prophètes d'avant l'exil. Parmi tout ce que je vous ai dit comme critiques, on n'a pas critiqué l'idolâtrie du peuple juif. On ne vous a pas dit qu'ils étaient en train de se prostituer avec des cultes de la fertilité, etc. Il n'y aura pas ça dans les chapitres. Cette leçon de l'idolâtrie a été comprise, et bien comprise : l'exil, une fois, ça va bien, ce n'est pas la peine d'y retourner.
Par contre, c'est un nouveau mal qui commence à guetter le peuple. Ce nouveau mal, c'est maintenant un ritualisme. Une foi orthodoxe, oui, mais une foi morte, dans laquelle on se contente de faire le minimum en matière de foi. Un manque de ferveur qui ne laisse que l'apparence du rite, mais qui enlève l'élan du cœur. Du ritualisme.
Alors, peut-être un petit mot sur ces histoires de mariage et de divorce dans l'Israël ancien. On a vu la critique qui, à nouveau, revenait ; on ne s'en sort plus, de cette affaire. Une des grandes différences entre l'Ancien et le Nouveau Testament : le divorce était permis. Dans le Nouveau Testament, le divorce sera très, très, très fortement déconseillé, voire interdit. Mais peut-être qu'en se replaçant bien dans le contexte de l'époque, on verra les choses différemment.
Ce qu'il y a au cœur du mariage dans l'ancien Israël, c'est la notion d'alliance. C'est hyper important, parce qu'en fait, de la même manière qu'un homme et une femme s'allient ensemble, c'est exactement sur ce modèle-là que va être calquée l'alliance de Dieu à son peuple. Ce qui explique pourquoi le divorce, ou alors l'adultère, et qu'on compare à une idolâtrie — pourquoi l'idolâtrie devient une forme d'adultère : c'est parce qu'en fait, dans la tête des gens, c'étaient les mêmes contrats, c'était la même structure juridique, c'étaient les mêmes engagements.
Sauf que Moïse avait prévu des clauses pour divorcer, ce que récusera ensuite Jésus. Jésus dira que c'est à cause de la dureté du peuple d'Israël qu'on avait dû aménager des portes de sortie. Jésus nous dit, en parlant de ce divorce, que ça vient de la dureté du cœur de l'homme. Ok, très bien, mais il ne faut pas imaginer que ça vient simplement de la dureté du cœur du mari. C'est plus compliqué que ça : c'était tout un système social qui était dur de cœur.
Des Israélites qui sont mariés avec des non-Juives, ce n'était peut-être pas eux qui avaient décidé. C'est peut-être quelque chose qui avait été arrangé par leurs parents, et il y avait eu des tractations entre différentes familles à coups de dot, etc. C'est comme ça que ça se faisait, les mariages : à coups de pression familiale. Et ça, je vous rappelle qu'aujourd'hui encore, c'est considéré comme une cause de nullité du mariage.
Pouvoir renvoyer sa femme — je suppose en prenant soin d'elle et en veillant à ce qu'elle ne termine pas dans la misère, parce que ce n'est pas dit, hein — ça serait quand même la grosse, grosse, grosse limite. Mais vous savez, pour ces gens-là, c'était peut-être aussi une manière de se réapproprier leur destin : ils n'avaient pas choisi leur premier mariage.
Donc on a vraiment une sorte de grand flou autour de toutes ces questions du mariage dans l'Ancien Testament. On a bien le sentiment que derrière cette question du mariage se cache tout un système à combattre. On a bien le sentiment aussi que derrière cette question du mariage, il y a une dimension, une portée spirituelle : l'amour d'un homme pour une femme dit quelque chose de l'amour de Dieu pour son peuple. On ne peut pas demander d'un côté à Dieu d'être fidèle par-delà le péché, et de l'autre côté au mari de jeter à la moindre occasion sa femme. Ça ne marche pas comme ça. On se dit que d'un côté, on ne peut pas divorcer comme ça, mais de l'autre côté, ce n'est pas eux qui avaient choisi leur femme non plus.
Donc, si vous voulez, c'est étonnant de voir, sur quelque chose qui nous choque — le fait de répudier ces femmes parce qu'elles sont d'une autre religion, d'une autre idolâtrie —, ça vous montre aussi, ça vous pointe du doigt toutes les limites du mariage conçu dans un autre temps. Et en fait, c'est l'évolution de la révélation divine : quand Jésus va arriver, c'est ça, ce qui va faire exploser l'ancien cadre et qui va obliger à renouveler complètement notre compréhension du mariage. Et nous, forcément, comme on arrive après, avec une nouvelle conception du mariage — libre, volontaire, basée sur l'amour —, on regarde avant ce qui se passait dans l'Ancien Testament et on ne comprend plus. Mais, encore une fois, ne les jugez pas trop vite : à leur place, nous, qu'est-ce qu'on aurait donné ?
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te confie tous les couples : tous les couples qui vont bien, tous les couples qui ne vont pas, tous ceux qui ont eu des pressions familiales.
Seigneur, je te demande de donner à chacun la liberté, la liberté de cœur qui permettra de prendre soin de son conjoint, et la liberté de cœur qui permettra de tomber ou de retomber amoureux ou amoureuse de son conjoint.
Seigneur, je te demande la grâce de la tendresse conjugale pour tous les conjoints.
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