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Livre de · 3 chapitres

Malachie

Malachie 1, 14... 2
AELF · Bible liturgique

1,14 Je suis le Grand Roi,

dit le SEIGNEUR de l'univers,

et mon Nom inspire la crainte parmi les nations.

2,1 Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement :

2 Si vous n'écoutez pas,

si vous ne prenez pas à coeur de glorifier mon Nom,

  • déclare le SEIGNEUR de l'univers, -

j'enverrai sur vous la malédiction,

je maudirai les bénédictions que vous prononcerez.

8 Vous vous êtes écartés de la route,

vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude,

vous avez perverti mon alliance avec vous,

déclare le SEIGNEUR de l'univers.

9 A mon tour je vous ai déconsidérés,

abaissés devant tout le peuple,

puisque vous n'avez pas suivi mes chemins,

mais agi avec partialité en accommodant la Loi.

10 Et nous, le peuple de Dieu,

n'avons-nous pas tous un seul Père ?

N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ?

Pourquoi nous trahir les uns les autres,

profanant ainsi l'alliance de nos pères ?

Malachie 1, 14... 2
Commentaire

La Colère De Malachie

Malachie accumule les reproches : les prêtres et le peuple, tout le monde se fait rappeler à l’ordre. Les prêtres sont accusés de « détruire l’alliance », les laïcs de la « profaner ». Chose intéressante, ce n’est pas le même mot : cela veut dire au moins que les responsabilités se situent à des niveaux différents.

Déjà, à entendre le ton violent de ce texte, on peut deviner un peu le contexte : nous sommes au cinquième siècle avant J.C. probablement vers 470 ; depuis le retour de l’Exil à Babylone, on assiste à un relâchement moral et religieux, c’est-à-dire tout le contraire de ce qu’on aurait imaginé ; de loin, en Exil, on avait imaginé ce retour : retour au pays, mais surtout retour à la vie de foi, de prière, et de fraternité qui était l’idéal de l’Alliance proposée par Dieu.

Dieu, lui, n’a pas changé, dit Malachie qui commence son livre par ces mots : « ‘Je vous ai aimés’ », dit le SEIGNEUR (Ml 1,2) et par « Je suis Père » (Ml 1,6). Sur cette base, le prophète rappelle au peuple d’Israël, prêtres et laïcs, les exigences de la fidélité à un tel amour. Les prêtres sont les serviteurs de la Parole : donc ils doivent l’annoncer sans la dénaturer ; leur fidélité à l’Alliance de Dieu se vérifie dans leur fidélité à annoncer cette parole... Et, si on en croit ce texte, les prêtres contemporains de Malachie méritaient un sévère rappel à l’ordre. Quant au peuple tout entier, c’est dans la qualité des relations mutuelles qu’il vit sa fidélité à l’amour paternel de Dieu. Il est très intéressant de voir comme dans un livre extrêmement court, Malachie dit les trois points les plus importants de la foi juive : 1) Dieu est Père, 2) il propose son Alliance, 3) cette Alliance se vit indissociablement dans le service de Dieu ET dans le service des frères. Tout cela, nous le trouvons ramassé dans le texte d’aujourd’hui.

Quelques mots, d’abord, sur cette formule un peu étonnante : « Je suis un grand roi et mon nom inspire la crainte parmi les nations ». « Le grand roi », c’est le titre que se faisaient donner les rois d’Assyrie, dans leurs heures de gloire (on en a des traces dans le livre des Rois) ; ne nous étonnons donc pas que le prophète l’applique à Dieu, pour bien affirmer qu’il n’y a qu’un grand roi véritable, le Dieu d’Israël. Mais, en fait, cette phrase est pleine d’ironie ; car c’est exactement ce que les prêtres faisaient chanter aux pèlerins à Jérusalem : des phrases comme « À tout jamais le SEIGNEUR est roi » (Ps 9/10,16)*,  *« C’est le SEIGNEUR, Dieu de l’univers, c’est lui le roi de gloire » (Ps 23/24,10), « Le grand Dieu, c’est le SEIGNEUR, le grand roi au-dessus de tous les dieux » (Ps 94/95,3) étaient habituelles dans les psaumes. On trouve même des formules qui semblent être le modèle de Malachie : « Le SEIGNEUR est le Très-Haut, le redoutable, le grand roi sur toute la terre... Car Dieu est le roi de toute la terre... Il règne, Dieu, sur les païens. » (Ps 46/47,3s)  ou mieux encore : « Le SEIGNEUR est roi : les peuples s’agitent !... En Sion le SEIGNEUR est grand : c’est lui qui domine tous les peuples. Ils proclament ton nom, grand et redoutable ! (Ps 98/99,1s). En parodiant ces belles prières, Malachie insinue : c’est bien beau de faire chanter tous ces cantiques ; mais vous êtes les premiers, vous les prêtres, à trahir votre prétendu roi.

Les Multiples Infidélités À L’Alliance

Or, de la part des prêtres, c’était particulièrement grave ; comme disait le livre du Deutéronome, la première fonction de la tribu de Lévi (c’est-à-dire les prêtres), c’était d’assurer la prédication et le culte. Voici comment la définissait le livre du Deutéronome : « Ils ont gardé ta parole et maintenu ton Alliance, ils enseignent tes ordonnances à Jacob et ta Loi à Israël ; ils présentent l’encens à tes narines et l’holocauste sur ton autel » (Dt 33,9-10). Tout cela, c’était le programme, si l’on peut dire... mais qui d’entre nous peut se vanter d’être fidèle en tout point à sa mission ? Et, si on en croit ce texte, les prêtres contemporains de Malachie, particulièrement, méritaient un sévère rappel à l’ordre.

Plus leur mission était noble et haute, plus ils étaient coupables ; dans d’autres versets qui ne font pas partie de la lecture liturgique de ce dimanche, Malachie rappelle la grandeur des débuts du sacerdoce avec Moïse et Aaron ; la confiance de Dieu reposait sur eux : « Mon alliance avec lui (Lévi) était vie et paix, je les lui accordais, ainsi que la crainte, et il me craignait. Devant mon nom, il restait saisi. La loi de vérité était dans sa bouche, et rien de mal ne se trouvait sur ses lèvres. Dans la paix et la droiture, il marchait avec moi ; nombreux furent ceux qu’il ramena de la faute. En effet, les lèvres du prêtre gardent la connaissance de la Loi, et l’on recherche l’instruction de sa bouche, car il est le messager du SEIGNEUR de l’univers. » (Ml 2,5-7).

Mais qui dit mission dit responsabilité ; c’est à ceux à qui on a fait le plus confiance qu’on fera les plus durs reproches ! C’est pourquoi Malachie continue : « Vous vous êtes écartés de la route... » Alors il ne faut pas s’étonner des conséquences : Malachie constate que le clergé a perdu toute influence et toute considération ; à ceux qui s’en étonnent, il donne l’explication : votre attitude défigure l’image de Dieu, ne vous étonnez pas que le peuple se détourne de cette caricature. D’où cette phrase terrible : « Je vous ai méprisés, abaissés devant tout le peuple ».

On retrouve dans ce livre de Malachie des échos du livre du Deutéronome (dont on sait que certaines parties sont très tardives) ; c’est bien en tout cas le même courant théologique qui s’exprime : « Si tu ne veilles pas à mettre en pratique toutes les paroles de cette Loi, paroles écrites dans ce livre, pour que tu craignes ce Nom glorieux et redoutable, ‘Le SEIGNEUR ton Dieu’, alors le SEIGNEUR te frappera de manière stupéfiante, toi et ta descendance, il te frappera de plaies graves et tenaces... » (Dt 28,58-59). Et Malachie n’est pas le seul à le dire ! Par exemple Osée : « Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai et tu ne seras plus mon prêtre » (Os 4,6) ; et plus tard Jérémie : « Les dépositaires de la Loi ne m’ont pas connu » (Jr 2,8).

Voilà pour les prêtres, au tour des laïcs maintenant ! Malachie est moins violent mais tout aussi clair : quand nous nous maltraitons mutuellement, nous profanons l’Alliance ; son argument est tout simple (d’une « simplicité biblique », dirait-on) :  « N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? » (Ml 2,10). L’unique fondement de la morale est là, dans le projet du Dieu Créateur : il est notre Père, donc nous sommes tous frères ; il y a là toute la Loi et les prophètes.