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Jour 287 ☾ — Le dernier prophète se tait

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Résumé : Avec Malachie s'achève la révélation prophétique : après lui, plus aucun prophète reconnu en Israël pendant près de quatre siècles et demi, jusqu'à Jean-Baptiste. Le frère Paul-Adrien explique pourquoi il a éparpillé les livres sapientiaux dans le parcours, et comment l'inspiration va désormais passer d'un canal prophétique à un canal sapientiel, plus individuel et plus laïc. La lecture donne l'annonce du messager qui prépare le chemin, la purification des fils de Lévi, la question de la dîme, puis le jour du Seigneur et l'envoi d'Élie. Le commentaire s'arrête sur les tout derniers mots de l'Ancien Testament — la loi de Moïse, le retour d'Élie, le cœur des pères vers les fils — et sur l'ultime avatar de la notion d'anathème. L'épisode se termine par une action de grâce pour tous les prophètes.

Introduction

Ah, il y a un petit peu d'émotion quand même ! Ah si, écoutez, c'est le dernier chapitre d'un prophète. Après Malachie, il n'y en aura plus d'autres. On est quoi ? On est vers moins 430 avant Jésus-Christ ? Le prochain prophète, ce sera Jean-Baptiste, 30 après Jésus-Christ, soit 460 ans. Une longue période où il n'y aura plus de prophètes reconnus en Israël. Les Juifs parleront d'un temps où le ciel semble fermé.

Pour les Juifs, c'est la fin de l'Ancien Testament. Il s'arrête ici pour eux. Depuis Malachie, ils n'ont jamais eu plus aucun prophète. Pour les chrétiens, les choses sont un peu différentes. Le travail de rédaction va se poursuivre, mais ce sera plutôt une manière de se réapproprier le passé. On va arriver alors dans un autre type de littérature qu'on appelle les livres deutérocanoniques. Ce sont des livres qui ne sont pas reconnus dans le canon juif, mais qui sont reconnus chez les orthodoxes et chez les catholiques. On aura l'occasion d'en reparler, mais vous en avez déjà eu sans le savoir. C'était le livre de Tobie. C'était le Siracide. C'était le livre de la Sagesse.

D'ailleurs, vous voyez, ces livres sapientiaux, ça mérite d'être dit. Parce que normalement, si jamais j'avais voulu respecter l'ordre de la Révélation, j'aurais dû mettre les prophètes, Malachie, Aggée et Zacharie, avant le livre de Qohèleth, du Cantique des Cantiques, du Siracide et même du livre de la Sagesse. Sauf que j'avoue, j'ai eu un peu pitié de vous. Je me suis dit : ils vont craquer, parce qu'on avait eu 40 chapitres dans Jérémie, 60 chapitres dans Isaïe, ensuite on en a eu 40 chez Ézéchiel. À la fin, je me suis dit qu'ils ont peut-être besoin de faire un petit break avant de retourner directement comme ça chez les prophètes.

Et puis, il fallait aussi que je dissémine un peu plus les livres sapientiaux, parce que les livres sapientiaux sont très beaux, mais si jamais je vous mets tout d'un bloc, il y a un petit côté indigeste. Donc, pour les besoins de la cause, pour rendre les choses plus agréables à écouter, à commenter et à lire, j'ai un peu éparpillé ça. Mais ça, mes petits bichons, c'est parce que je prends soin de vous. Vous pouvez me remercier.

Par contre, si jamais je remettais tout ça dans l'ordre, c'est maintenant, après Malachie, que je devrais mettre tous les livres sapientiaux. Parce qu'en fait, ils vous montrent comment l'effort intellectuel, l'effort religieux et l'inspiration vont passer par d'autres canaux. Non plus par un canal prophétique — pendant quatre-cinq siècles, il n'y en aura plus — mais par un canal sapientiel. Et vous avez vu comment, dans ces livres-là, les choses étaient précisées. Par exemple, la vie après la mort, la résurrection, la vertu, la morale individuelle.

Ce que ça veut dire aussi, c'est qu'en passant du côté de la littérature sapientielle, la révélation va quitter… comment je pourrais vous dire ça ? Parfois, on a le sentiment qu'à travers les prophètes, il est surtout question des élites. On parle aux rois, on parle aux prêtres, on parle aux grands prêtres. On s'adresse bien au peuple, mais on s'adresse au peuple comme de loin. On a vu avec Esdras comment la distance commençait à se raccourcir, comment le prêtre se faisait plus proche du peuple et le peuple plus proche du prêtre. Et dans la littérature sapientielle, cette fois-ci, c'est un autre type de spiritualité, plus laïque. C'est un effort individuel. C'est une personne, qu'elle soit prêtre, pas prêtre, qu'elle soit de la base, qu'elle soit en haut, qui peut quand même devenir Salomon, parce qu'on lui montre l'exemple à suivre, la discipline de la sagesse. Plus tard, c'est ce que ça donnera dans l'histoire du christianisme, ce qu'on appelle la dévotion moderne.

Donc, vous mettez tout ça dans un petit coin de votre tête, d'accord ? La différence entre littérature prophétique et littérature sapientielle, eh bien, c'est le temps du silence de Dieu. Peut-être que Dieu s'est tu pour justement permettre cette lente rumination sur quatre, cinq siècles, qui a permis au peuple de se réapproprier son histoire et la révélation.

En attendant, écoutez, avec beaucoup d'émotion quand même — si, si, si, en tout cas, moi, de ma part, il y en a — nous écoutons religieusement la voix du dernier prophète se taire.

Lecture : Malachie 3–4

Voici que moi, j'envoie mon messager pour qu'il prépare le chemin devant toi. Et soudain viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez. Le messager de l'Alliance que vous désirez, le voici qui vient, dit le Seigneur de l'univers.

Qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui pourra rester debout lorsqu'il se montrera ? Car il est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs. Il s'installera pour fondre et purifier. Il purifiera les fils de Lévi, il les affinera comme l'or et l'argent. Ainsi pourront-ils, aux yeux du Seigneur, présenter l'offrande en toute justice. Alors l'offrande de Juda et de Jérusalem sera bien accueillie du Seigneur, comme il en fut aux jours anciens, dans les années d'autrefois.

Je m'approcherai de vous pour le jugement. Sans attendre, je témoignerai contre les magiciens, contre les adultères, contre ceux qui font de faux serments, contre ceux qui oppriment le salarié, la veuve et l'orphelin, qui excluent l'immigré et qui ne me craignent pas, dit le Seigneur de l'univers.

Moi, le Seigneur, je n'ai pas changé. Mais vous, fils de Jacob, vous n'en finissez pas de changer. Depuis les jours de vos pères, vous vous écartez de mes décrets et ne les gardez pas. Revenez à moi et je reviendrai à vous, dit le Seigneur de l'univers. Vous demandez : « En quoi devons-nous revenir ? »

Un homme peut-il tromper Dieu ? Et vous me trompez. Vous dites : « En quoi t'avons-nous trompé ? » Par la dîme et les redevances. Vous êtes maudits de malédiction : vous me trompez, vous, la nation entière.

Apportez toute la dîme à la maison du trésor, pour qu'il y ait de la nourriture dans ma maison. Soumettez-moi donc ainsi à l'épreuve, dit le Seigneur de l'univers, et vous verrez si je n'ouvre pas pour vous les écluses du ciel, si je ne répands pas sur vous la bénédiction en abondance. Pour vous, je menacerai l'insecte vorace, qu'il ne détruise plus les fruits de votre sol, et que la vigne de vos campagnes ne soit plus stérile, dit le Seigneur de l'univers. Toutes les nations vous diront bienheureux, car vous serez alors une terre de délices, dit le Seigneur de l'univers.

Vous avez contre moi des paroles dures, dit le Seigneur, et vous osez demander : « Qu'avons-nous dit entre nous contre toi ? » Voici ce que vous avez dit : « Servir Dieu n'a pas de sens. À quoi bon garder ses observances, mener une vie sans joie en présence du Seigneur de l'univers ? Nous en venons à dire : bienheureux les arrogants ! Même ceux qui font le mal sont prospères ; même s'ils mettent Dieu à l'épreuve, ils en réchappent. » Voilà ce que vous dites.

Alors, ceux qui craignent le Seigneur s'exhortèrent mutuellement. Le Seigneur fut attentif et les écouta. Un livre fut écrit devant lui pour en garder mémoire, en faveur de ceux qui le craignent et qui ont le souci de son nom. Le Seigneur de l'univers déclara : « Ils seront mon domaine particulier pour le jour que je prépare. Je serai indulgent envers eux, comme un homme est indulgent envers le fils qui le sert fidèlement. Vous verrez de nouveau qu'il y a une différence entre le juste et le méchant, entre celui qui sert Dieu et celui qui refuse de le servir. »

Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme la fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l'impiété seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, dit le Seigneur de l'univers. Il ne leur laissera ni racine ni branche.

Mais pour vous qui craignez mon nom, le soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement. Vous sortirez en bondissant comme des jeunes veaux à la pâture. Vous foulerez les méchants, car ils seront de la cendre sous la plante de vos pieds, au jour que je prépare, dit le Seigneur de l'univers.

Souvenez-vous de la loi de Moïse mon serviteur, à qui j'ai prescrit sur l'Horeb décrets et ordonnances pour tout Israël. Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils et le cœur des fils vers leurs pères, pour que je ne vienne pas frapper d'anathème le pays.

Commentaire

Et ainsi s'achève la révélation prophétique. Ça mérite d'être commenté. Par exemple, mettez-vous à la place d'une personne juive : c'est les derniers mots qu'elle a de la part de Dieu.

Souvenez-vous de la loi de Moïse.

C'est comme ça que ça commence. C'est un impératif solennel. Israël doit rester fidèle au don fondateur, le Sinaï — ici désigné sous le mot Horeb, mais c'est la même chose. Vous êtes dans une période de relâchement cultuel. Tout le livre dénonçait les prêtres infidèles, les sacrifices corrompus. Et maintenant, on vous rappelle le fondement, ce qui est le cœur de l'identité juive : la Torah.

On continue en disant :

Voici que je vais vous envoyer Élie.

Et le livre des prophètes termine en vous rappelant qu'il y a une perspective finale, que Dieu a un plan et qu'un jour viendra où ce sera accompli. Et on vous dit « voici ». Voici, ça veut dire que c'est décidé et que c'est pour bientôt. Est-ce que quatre siècles, c'est bientôt ? Je ne sais pas, mais à l'échelle de l'univers, on suppose que oui.

Ce qui est intéressant, c'est de vous dire que le prototype du serviteur qu'on va ramener, ce n'est pas Moïse, c'est Élie. Élie — alors il y a des raisons pour ça. C'est parce qu'Élie n'est pas mort : il a été enlevé au ciel. Donc, ça veut dire qu'il peut revenir. Et puis aussi parce qu'Élie est le prototype du prophète zélé, le défenseur de l'Alliance face à l'idolâtrie. Moïse, c'est celui qui instaure la loi ; Élie, c'est celui qui la défend. Avec quelque chose en plus : c'est qu'Élie, si je puis dire, il met du cœur à l'ouvrage. Ça déborde de tous les côtés. Il y a de l'émotion chez Élie. Et dans une époque où la religion a peut-être tendance à devenir rituelle et formelle, c'est peut-être plutôt d'un Élie dont on a besoin que d'un Moïse.

Je reprends :

Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable.

Ça, c'est un thème qu'on avait déjà vu à l'œuvre chez Joël, Sophonie, Amos : un temps de jugement, de purification eschatologique. Un thème que reprendra Jésus à travers la notion d'Évangile : « Voici que le Royaume de Dieu s'est approché, convertissez-vous. »

Alors ensuite, on vous dit que cet Élie ramènera le cœur des pères vers les fils et le cœur des fils vers leurs pères. Ramener le cœur des fils vers leurs pères, ça veut dire le retour à la tradition, à la Torah. Et le cœur des pères vers les fils : les fils, ils ont l'émotion de la jeunesse, l'enthousiasme.

Alors bon, une fois qu'on a dit tout ça, je suis désolé de le dire, mais comment ne pas penser à Jean le Baptiste ? Jean le Baptiste, qui va reprendre les vêtements d'Élie, qui va prêcher à l'endroit même où Élie a été enlevé au ciel, près du Jourdain. Et en plus, que dira l'ange à Zacharie ? Zacharie ici, ce n'est pas le prophète : Zacharie, c'est le père de Jean le Baptiste. Dans Luc chapitre 1, l'ange Gabriel annonce à Zacharie que Jean, son fils, ira avec l'esprit et la puissance d'Élie — c'est dit explicitement — pour, je cite, « ramener le cœur des pères vers leurs enfants ». Et donc, c'est exactement ce dernier paragraphe qui articule tout l'Ancien Testament et tout le Nouveau.

Il y a quand même une dernière phrase qui mérite d'être dite de la part d'un prophète, la toute, toute, toute dernière phrase :

Pour que je ne vienne pas frapper d'anathème le pays.

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais l'anathème, c'était dans les guerres saintes, quand Dieu demandait au peuple hébreu de détruire entièrement le peuple ennemi. Et on a vu cette notion d'anathème complètement évoluer, pour devenir une guerre défensive, pour finalement se retourner contre Israël, parce que c'est lui qui sera frappé d'anathème. Et voilà que vous avez le dernier avatar de la notion d'anathème, qui est ici comme une sorte de menace faite à Israël.

Quand on vous dit, par exemple, que l'Ancien Testament est violent parce qu'il y a des guerres saintes, il ne faut pas oublier la toute dernière phrase d'un prophète. Ça relativise singulièrement la violence de l'Ancien Testament, ça relativise aussi singulièrement la puissance de nos propres prédications, parce qu'en fait, derrière, ici, il est question de quoi ? Il est question du jugement, il est question de l'enfer. C'est ça aussi, la prédication prophétique ; c'est ça aussi, une manière d'attendre l'Évangile. La miséricorde, la réconciliation, ça n'a de sens que si l'on parle aussi du jugement. Et oui, bon.

En tout cas, c'est là-dessus que s'achève le livre de Malachie. Avec une promesse qui n'est pas vraiment réconfortante. Comment je pourrais vous dire ça ? Un prophète, quand il vous quitte, il n'est pas là pour vous remettre dans votre zone de confort. C'est peut-être ça, la meilleure manière d'attendre l'Évangile.

Nous rendons grâce à Dieu pour tous les prophètes, quand même.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te rends grâce pour Jean le Baptiste, qui m'a ramené vers mes pères. Je te rends grâce pour Ézéchiel et ses visions surréalistes. Je te rends grâce pour Isaïe, qui m'a montré un serviteur souffrant. Je te rends grâce pour Jérémie, qui m'a montré un exemple à suivre en face de la persécution. Je te rends grâce pour Malachie, qui me dit d'attendre, car un jour ta parole se réalisera.

Je te rends grâce, Seigneur, pour tes prophètes. Et je te demande, Seigneur, la grâce non seulement d'être fidèle à leurs messages, mais de devenir moi-même un prophète. Amen.


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