Jour 288 ☾ — Holopherne, bras armé du tyran
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Résumé : Deuxième acte du livre de Judith : humilié par le refus des peuples de l'Occident, Nabuchodonosor voue la terre entière à la malédiction et confie à son général Holopherne une armée de cent vingt mille fantassins pour tout soumettre. Le frère Paul-Adrien rappelle qu'Holopherne est absolument inconnu des archives mésopotamiennes : il faut lire ce récit comme un pamphlet, une fable teintée de cruauté et d'ironie. Le commentaire démonte le mécanisme psychologique de la masculinité toxique — faille narcissique, refus du dialogue, surcompensation, violence sublimée jusqu'à la profanation religieuse. Reste ouverte la question de la portée de cette critique : les mégalos, les hommes blessés dans leur masculinité, ou tous les hommes ? Réponse au prochain épisode.
Introduction
Nous continuons notre histoire de Judith, Judith chapitres 2 et 3. Il sera question d'un général, le général Holopherne, absolument inconnu de toutes les archives mésopotamiennes — et Dieu sait si on en a retrouvé. C'est ce que je vous disais : on n'est pas dans le registre de l'histoire, malgré les apparences. Prenez-le comme un pamphlet, une fable teintée de cruauté et d'ironie.
L'auteur n'est pas dupe, il a bien compris le ridicule qui se cachait derrière ces grands empereurs, et il vous en décrit le mécanisme psychologique sans concession. S'il n'y avait pas eu autant de morts dans ces époques-là, ça prêterait même à sourire.
Le mâle alpha et la masculinité toxique, acte 2. Judith chapitres 2 et 3.
Lecture : Judith 2–3
La dix-huitième année, le vingt-deuxième jour du premier mois, il fut question, dans la demeure de Nabuchodonosor, roi des Assyriens, du châtiment qu'il exercerait sur toute la terre, comme il l'avait dit. Il convoqua tous les officiers de sa maison et les grands de sa cour, tint avec eux un conseil secret et, de sa propre bouche, il voua totalement la terre à la malédiction. Ils décidèrent d'exterminer tout être qui n'avait pas obéi à la parole de sa bouche.
Lorsque le conseil fut terminé, Nabuchodonosor, roi des Assyriens, fit appeler Holopherne, général en chef de son armée, le second du royaume après lui, et lui dit : « Ainsi parle le grand roi, le seigneur de toute la terre. Toi, dès que tu te seras éloigné de ma présence, tu prendras avec toi des hommes conscients de leur vigueur, jusqu'à cent vingt mille fantassins, et une multitude de chevaux avec douze mille hommes pour les monter. Tu partiras en expédition pour affronter toute la terre située à l'ouest, parce que ses habitants ont désobéi à la parole de ma bouche. Envoie des messagers pour qu'on vous prépare, en signe d'allégeance, la terre et l'eau, car, dans ma fureur, je vais partir en expédition contre eux. Toute la face de la terre, je la couvrirai des pieds de mes soldats, je la livrerai à leur razzia. Les blessés de ces pays rempliront les ravins, tous les torrents et les fleuves déborderont, gorgés de cadavres. Leurs captifs, je les emmènerai jusqu'aux extrémités de la terre. Alors, pars. Commence par occuper pour moi tout leur territoire. Ils se rendront à toi et tu me les réserveras pour le jour de leur mise en accusation. Quant à ceux qui désobéiront, ils n'échapperont pas à ton regard. Livre-les au massacre et à la razzia dans tout le territoire sous ton contrôle. Par ma vie et par la force de ma royauté, j'ai dit, et j'accomplirai tout cela de ma main. Et toi, ne transgresse en rien les paroles de ton seigneur, mais exécute-les rigoureusement, selon ce que je t'ai prescrit, et sans tarder. »
Holopherne s'éloigna de la présence de son seigneur et il convoqua tous les princes, les généraux et les officiers de l'armée d'Assour. Il compta des hommes d'élite pour les mettre en ordre de bataille, comme le lui avait commandé son seigneur, à concurrence de cent vingt mille hommes et de douze mille archers à cheval. Il les disposa de la manière dont on range une multitude pour la guerre. Il prit des chameaux, des ânes et des mulets en très grande quantité pour porter leurs bagages, des brebis, des bœufs et des chèvres innombrables pour le ravitaillement. Il prit aussi des provisions en quantité pour chaque homme, et de l'or et de l'argent en abondance provenant de la maison du roi.
Puis il partit en expédition, lui et toute son armée, pour précéder le roi Nabuchodonosor et couvrir de leurs chars, de leurs cavaliers et de leurs fantassins d'élite toute la face de la terre à l'ouest. Une immense mêlée de gens accompagnait leur expédition, nombreuse comme les sauterelles et comme la poussière de la terre. C'était une multitude impossible à dénombrer.
Ils s'éloignèrent à trois jours de marche de Ninive, jusqu'en bordure de la plaine de Bektileth. Ils établirent leur camp hors de Bektileth, non loin de la montagne située au nord de la haute Cilicie. De là, avec toute son armée, fantassins, cavaliers et chars, Holopherne s'engagea dans la région montagneuse. Il pourfendit Put et Loud. Il pilla tous les fils de Rassis et les fils d'Ismaël qui vivaient en bordure du désert, au sud du pays de Chéléon. Il longea l'Euphrate, traversa la Mésopotamie jusqu'aux abords de la mer, en rasant toutes les villes hautes qui surplombaient le torrent d'Abrona. Il s'empara du territoire de la Cilicie, tailla en pièces tous ceux qui lui résistaient et parvint à la frontière méridionale de Japheth, en bordure de l'Arabie. Il encercla tous les fils de Madiane, mit le feu à leurs campements et pilla leurs parcs à bétail. Ensuite, il descendit dans la plaine de Damascène, à l'époque de la moisson des blés. Il mit le feu à tous leurs champs, fit exterminer le petit et le gros bétail, dépouilla leurs villes, écrasa les moissons de leur plaine et frappa tous les jeunes gens du tranchant de l'épée.
À son approche, ils envoyèrent des messagers, porteurs de paroles de paix, pour dire : « Nous sommes esclaves du grand roi Nabuchodonosor, et nous voici à tes pieds, sous ton regard. Traite-nous comme bon te semble. Nos fermes, notre territoire, toute notre terre entière, tous nos champs de blé, notre petit et notre gros bétail, tout le parc à bétail de nos campements sont à ta disposition. Utilise-les comme il te plaira. Nos villes mêmes et leurs habitants te sont asservis. Marche à leur rencontre comme tu l'entends. »
Ces gens se présentèrent donc devant Holopherne et lui rapportèrent ces paroles. Holopherne descendit vers le littoral, lui et son armée. Il établit des garnisons dans les villes hautes et leva des hommes d'élite pour lui prêter main-forte. Les habitants de ces villes et de la région d'alentour l'accueillirent avec des couronnes et des chœurs de danse au son des tambourins. Mais il rasa tout leur territoire et abattit leurs bosquets sacrés, car on lui avait donné pour tâche d'exterminer tous les dieux de la terre, afin que toutes les nations rendent un culte à Nabuchodonosor, à lui seul, et que toute langue et toute tribu l'invoquent.
Ensuite, il se rendit en face d'Esdrelon, près de Dothaïa, localité située devant la grande chaîne de montagnes de Judée. Il établit son campement à mi-chemin entre Géba et Scythopolis, et il resta là tout un mois, afin de rassembler tous les bagages de son armée.
Commentaire
Cru. Après des siècles de domination patriarcale et impériale, voilà que maintenant l'ironie biblique fonctionne à plein.
Quand Nabuchodonosor apprend que tous les habitants de l'Occident ont refusé son ordre de faire la guerre, il ne supporte pas cette contestation, et plutôt que de la tolérer, il décrète qu'on va tout tuer, tout anéantir. Première caractéristique de la masculinité toxique : la domination est vue comme une réponse à un symptôme de virilité blessée. Derrière la réaction de Nabuchodonosor, il s'agit simplement de venger un ego blessé, c'est simplement une faille narcissique.
De vous montrer aussi qu'on ne supporte pas la contestation, ni même l'idée d'un dialogue, qui serait perçu comme un signe de faiblesse. L'autorité masculine se prouve non pas par la capacité à se faire des fidélités et des alliés, mais par la capacité à terroriser ceux qui résistent. Ah, ben c'est une certaine conception de la virilité : avoir des gros muscles, savoir faire la bagarre et péter la gueule de ses adversaires, il n'y a que ça de vrai dans la vie — et ça permet d'éviter d'avoir un cerveau.
Vous voyez par derrière le mécanisme émotionnel : répression des émotions négatives, de la peur, de l'angoisse. En fait, la seule émotion qui a droit de cité sous ce régime de masculinité, c'est la colère, la rage, exprimant la force de l'homme. C'est le mécanisme de la surcompensation. Au lieu de négocier et de chercher une alternative, on leur donne une réponse totalement disproportionnée. Et il envoya Holopherne ravager tout l'Occident. La peur du déclin de l'autorité, qui est compensée par une démonstration de force, et on essaie de maquiller la faiblesse par la colère.
Arrive Holopherne. Holopherne, c'est le bras armé, le prolongement de l'ego royal. Verset 13 :
Holopherne sortit de devant Nabuchodonosor, le visage de son seigneur flamboyant de colère, et il fit lever toutes les forces de combat.
Ah, ça sent bon la sueur et la testostérone. Psychologiquement, Holopherne, c'est l'alpha subalterne. Sa fierté, c'est d'être le chien de guerre du roi, et d'appartenir à quelqu'un de plus puissant que lui, parce que ça lui permet de participer à une puissance qui le dépasse. Et il rassembla cent vingt mille fantassins, douze mille archers à cheval. Si jamais je voulais être vulgaire — mais je pense que c'est de cet ordre-là —, il s'agit simplement de montrer ici qui a la plus grosse.
Il ne discute pas les ordres, il les accepte sans question. Réfléchir, c'est commencer à désobéir. Et comme on a débranché son cerveau, et que maintenant il s'agit d'obéir à quelqu'un de plus puissant que soi, il faut lui plaire en en rajoutant encore. Aucune profondeur morale, aucune retenue : il détruisit tout le monde, il détruisit leurs sanctuaires et fit disparaître leur culture.
Si vous voulez, il y a quelque chose de très fin ici, de vous présenter le mâle alpha comme vivant et raisonnant en meute. C'est là où c'est le génie des tyrans. Les tyrans vraiment géniaux, ils ont cette capacité d'arriver à susciter quelqu'un qui leur ressemble et quelqu'un qui leur appartienne. Il y a un mécanisme de domination qui ne dit pas son nom. Holopherne y trouve son identité, sa raison d'être, dans le fait d'appartenir à quelqu'un en qui il a trouvé enfin l'accomplissement ultime de son idéal masculin. Or, ça, ça a de la gueule.
Et puis ensuite, ce goût de la violence, ce goût du sang, cette violence qui est quasiment sublimée, quasiment ritualisée. C'était le verset 8 :
Il détruisit leur sanctuaire, il abattit leur bois sacré, car il avait ordre de détruire tous les dieux de la terre, pour que toutes les nations adorent Nabuchodonosor seul.
La violence, ici, est vue comme un acte religieux. Alors, ce qu'il y a de terrible, c'est que c'est un acte religieux qui fonctionne par profanation. Il s'agit de souiller la terre, de profaner les temples. Si jamais j'osais — c'est toujours encore un peu vulgaire, mais je suis désolé, je pense encore qu'on est dans cet ordre-là —, c'est comme si jamais on voulait violer un pays, le soumettre jusqu'au cœur spirituel des peuples, et devenir par là semblable à un dieu.
Alors, la difficulté, maintenant, c'est toutes les critiques que je suis en train de vous dire. On les a mises sur un cas extrême, qui était Nabuchodonosor. Jusqu'où on peut l'appliquer dans le reste de la vie ? Est-ce que ça concerne tous les mégalos ? Est-ce que ça concerne tous les hommes qui ont un problème avec leur masculinité ? Est-ce que ça concerne tous les hommes tout court ?
Oh, c'est d'une violence dans la critique, d'une ironie et d'une cruauté. On est dans l'attaque en règle, non seulement de tous les empires, mais aussi de tous les mécanismes de domination qu'on peut observer dans la sphère sociale. Alors, jusqu'où va cette critique, comme je vous le disais ? La réponse au prochain épisode.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te confie tous les hommes de la terre. Je te confie moi-même. Il y a beaucoup de bon chez les hommes, et la masculinité toxique, ce n'est pas tout le monde, au contraire. Mais quand même, je sais que ça existe, et je voulais te demander, Seigneur, la grâce de pouvoir purifier en moi tout ce qui en relève.
Je voulais te demander aussi, Seigneur, de faire attention aux victimes qui souffrent de ces rapports abusifs. Seigneur, je te demande de venir purifier et l'homme et la femme, et que l'un et l'autre soient heureux, l'homme à travers la femme, la femme à travers l'homme.
Seigneur, toi qui les fis à ton image, viens les bénir et viens restaurer cette création.
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