Jour 289 ☼ — Achior, païen témoin de Dieu
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 4 et 5 du livre de Judith, le frère Paul-Adrien lit la mobilisation de la Judée devant l'armée d'Holopherne, le jeûne et la supplication de tout le peuple, puis le grand discours d'Achior, commandant des fils d'Ammon, qui raconte au général toute l'histoire d'Israël et le met en garde. Le commentaire présente Achior comme le contrepoint lumineux de Nabuchodonosor et d'Holopherne : un modèle de masculinité épanouie, qui met sa fierté dans le service et sa force dans la fermeté assertive. En étudiant l'ennemi pour mieux le combattre, ce païen s'est déjà rapproché sans le savoir du Dieu d'Israël. L'épisode se termine par les premiers versets de Proverbes 25.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Alors je suis sûr que là quand même, dans Judith, vous trouvez un petit intérêt, parce que c'est drôle. On a l'impression de lire Candide, on a l'impression de lire du Voltaire. Et qui l'eût cru ? Sur un sujet sur lequel on n'attendait pas du tout la Bible : le patriarcat, dans sa forme la plus caricaturale et la plus violente, à travers les empires d'Asie Mineure. C'est passionnant.
Là, on va continuer. Arrivent au fur et à mesure les Juifs. Ils ne vont pas arriver comme ça, ça va se faire à travers un homme, Achior, dont on va apprendre l'histoire. Pour l'instant, l'armée de Nabuchodonosor est aux portes de la Judée. On va voir comment le peuple israélite réagit. Et ensuite, on verra un autre homme s'élever, Achior. Et on verra ce que ça veut dire dans les commentaires. Régalez-vous. Judith 4 et 5.
Lecture : Judith 4 et 5
Les fils d'Israël, habitants de la Judée, apprirent tout ce qu'Holopherne, le général en chef de Nabuchodonosor, roi des Assyriens, avait fait aux nations, et la manière dont il avait dépouillé tous leurs sanctuaires et les avait livrés à l'anéantissement. Ils furent saisis d'une très grande crainte devant lui, et ils furent bouleversés pour Jérusalem et pour le temple du Seigneur leur Dieu. En effet, leur retour de captivité était encore tout récent. Le peuple entier de Judée venait à peine de se regrouper, et le mobilier, l'autel et la demeure de Dieu, qui avaient été profanés, venaient d'être à nouveau consacrés.
Ils envoyèrent des messagers dans tout le territoire de Samarie, et à Kona, Beth-Horon, Belmaïn, Jéricho, jusqu'à Koba, Esora et le val de Salem. Ils occupèrent tous les sommets des hautes montagnes, fortifièrent les villages qui s'y trouvaient et y firent des dépôts pour les provisions en vue de préparer la guerre, car leurs champs venaient d'être moissonnés.
Le grand prêtre Joakim, qui résidait alors à Jérusalem, écrivit aux habitants de Béthulie et de Bétomestaïm, ville située en face d'Esdrelon et de la plaine de Dotaïn, pour leur dire de bloquer les cols de la région montagneuse, seule voie d'accès vers la Judée. Il leur serait facile, en effet, d'arrêter ceux qui passeraient, car le passage étroit ne se laissait franchir que par deux hommes à la fois.
Les fils d'Israël agirent selon les ordres du grand prêtre Joakim et du conseil des anciens qui représentaient tout le peuple d'Israël et siégeaient à Jérusalem.
Avec une ardeur soutenue, tous les hommes d'Israël crièrent vers Dieu. Avec une ardeur soutenue, ils s'humilièrent. Eux-mêmes, leurs femmes, leurs tout-petits, leurs troupeaux, ainsi que tout immigré, journalier ou esclave acheté, mirent des sacs sur leurs reins. Tous les Israélites de Jérusalem, hommes, femmes et enfants, se jetèrent sur le sol devant le temple, la tête couverte de cendres, et déployèrent leurs sacs devant le Seigneur. Ils enveloppèrent d'un sac l'autel lui-même et crièrent d'un seul cœur vers le Dieu d'Israël, le suppliant ardemment de ne pas livrer leurs tout-petits à la razzia, leurs femmes au rapt, la ville de leur héritage à l'anéantissement, le lieu saint à la profanation et à l'outrage, pour la plus grande joie des nations.
Et le Seigneur entendit leur voix. Il regarda leur détresse. Le peuple observa un jeûne pendant de nombreux jours dans toute la Judée et à Jérusalem, devant le lieu saint du Seigneur souverain de l'univers. Le grand prêtre Joakim, tous les prêtres qui se tenaient devant le Seigneur et ceux qui assuraient le service liturgique, les reins enveloppés de toiles à sacs, offraient l'holocauste perpétuel, les offrandes votives et les dons volontaires du peuple. Leur bonnet était couvert de cendres. De toutes leurs forces, ils criaient vers le Seigneur, le suppliant de visiter avec bonté toute la maison d'Israël.
On informa Holopherne, général en chef de l'armée d'Assour, que les fils d'Israël se préparaient au combat. Ils avaient fermé les défilés de la région montagneuse, fortifié tous les hauts sommets et mis des pièges dans les plaines. Il entra dans une violente colère et convoqua tous les chefs de Moab, les généraux d'Ammon et tous les gouverneurs du littoral. Il leur dit : « Fils de Canaan, informez-moi : quel est ce peuple établi dans la région montagneuse, et quelles sont ces villes qu'il habite ? Quelle est l'importance de son armée, et en quoi consistent sa force et sa vigueur ? Quel est le roi à leur tête pour commander ses troupes ? Et pourquoi ont-ils dédaigné de venir à ma rencontre, à la différence de tous ceux qui habitent à l'ouest ? »
Achior, le commandant de tous les fils d'Ammon, répondit : « Que mon seigneur daigne écouter les paroles de la bouche de ton serviteur. Je t'informerai de la vérité sur le peuple qui habite cette région montagneuse non loin de toi. Il ne sortira pas de mensonge de la bouche de ton serviteur.
Ce peuple, ce sont des gens qui descendent des Chaldéens. Ils allèrent tout d'abord s'établir en Mésopotamie, parce qu'ils ne voulaient pas suivre les dieux de leurs pères qui étaient nés en Chaldée. Ils s'étaient écartés, en effet, du chemin de leurs ancêtres et se prosternaient devant le Dieu du ciel, le Dieu qu'ils avaient appris à connaître. On les expulsa, loin des dieux de Chaldée, et ils s'exilèrent en Mésopotamie, où ils s'établirent pour de longs jours.
Puis leur Dieu leur dit de quitter ce lieu où ils s'étaient établis et d'aller au pays de Canaan. Ils s'y installèrent et furent comblés d'or, d'argent et de troupeaux en abondance. Ils descendirent ensuite en Égypte, car une famine avait recouvert la face de la terre de Canaan. Ils s'y établirent et y restèrent aussi longtemps qu'on assura leur subsistance. Là, ils devinrent une grande multitude, une race que nul ne pouvait dénombrer.
Mais le roi d'Égypte se joua d'eux, en les astreignant à la corvée des briques. On les humilia, on en fit des esclaves. Alors ils crièrent vers leur Dieu, qui frappa tout le pays d'Égypte de fléaux incurables, si bien que les Égyptiens les expulsèrent loin de leur présence. Dieu assécha devant eux la mer Rouge et les conduisit sur la route du Sinaï et de Cadès-Barné. Ils expulsèrent tous les habitants du désert, ils occupèrent le pays des Amorites et mirent leur vigueur à exterminer tous les Hesbonites. Après avoir traversé le Jourdain, ils reçurent en possession toute la région montagneuse, expulsant devant eux le Cananéen, le Perizzite et le Jébuséen, Sichem et tous les Guirgashites. Et c'est là qu'ils s'installèrent pour de longs jours.
Aussi longtemps qu'ils ne commirent pas de péché devant leur Dieu, la prospérité fut avec eux, car avec eux est un Dieu qui déteste l'injustice. Mais lorsqu'ils s'écartèrent du chemin qui leur était fixé, ils furent complètement exterminés en de nombreux combats. Ils furent aussi emmenés captifs sur une terre qui n'était pas la leur. Le temple de leur Dieu fut rasé et leurs villes tombèrent au pouvoir de leurs adversaires.
Or, maintenant qu'ils sont revenus vers leur Dieu, ils sont remontés de la terre où ils avaient été dispersés. Ils ont repris possession de Jérusalem, où se trouve leur sanctuaire. Ils se sont installés dans la région montagneuse, car elle était déserte.
Maintenant donc, maître et seigneur, s'il y a dans ce peuple quelque égarement, s'ils pèchent contre leur Dieu, nous examinerons avec soin s'il y a bien chez eux cette occasion de chute, puis nous monterons et nous les combattrons. Mais si cette nation n'a pas transgressé sa loi, que mon seigneur les évite, de peur que leur Seigneur et leur Dieu ne les couvre de son bouclier : nous serions alors accablés d'outrage devant toute la terre. »
Quand Achior eut fini de prononcer ces paroles, toute la foule rassemblée en cercle autour de lui se mit à récriminer. Et les grands de l'entourage d'Holopherne, tous les habitants du littoral et de Moab parlaient de le mettre en pièces : « Non, nous n'avons rien à craindre des fils d'Israël. C'est un peuple sans puissance ni force, incapable de tenir dans une bataille un peu rude. Allons donc, montons : ton armée n'en fera qu'une bouchée, ô notre maître Holopherne. »
Commentaire
Jusqu'à présent, avec Nabuchodonosor et Holopherne, on était dans deux caricatures, avec d'un côté la version mâle alpha dominant, Nabuchodonosor, et le mâle alpha dominé, Holopherne. Et la question que je vous avais posée, c'est : jusqu'où faut-il étendre la critique ? Est-ce que ça concerne quelques individus ? Est-ce que ça concerne tous les hommes mal dans leur peau ? Est-ce que ça concerne tous les hommes tout court ?
Et pour le coup, il faut quand même le dire : le but de la Bible, ce n'est pas de rallumer la guerre des sexes. « Homme et femme, il les fit à son image. » Et la nuance, dans la Bible, vous avez vu, il n'y a que ça à toutes les pages. Des femmes perverses, ça existe : souvenez-vous de Jézabel. Et des hommes bons, humbles, ça existe aussi : souvenez-vous de Moïse, l'homme le plus humble que la terre ait jamais porté, disait la Bible.
Et c'est là, pour revenir à Judith, que vous avez la figure d'Achior qui vous est présentée. Qui vous est présentée comme modèle de masculinité épanouie et heureuse. En fait, ce que vous dit le livre de Judith, c'est qu'il y a deux extrêmes : il y a un extrême qui est représenté avec Nabuchodonosor, il y a un autre extrême qui est représenté avec Achior, et il y a tous les entre-deux. Achior, c'est la réponse à la question : ce serait quoi, le beau modèle d'une masculinité épanouie et heureuse ?
Dans la culture internet, le contrepoint du mâle alpha, c'est ce qu'on appelle parfois le mâle sigma. Mais c'est un peu flou, ce n'est pas très bien défini, c'est une sorte de loup solitaire charismatique. Est-ce qu'ici Achior serait un mâle sigma ? Hmm, ça ne colle pas vraiment avec ce qu'on a entendu, on a plutôt l'impression d'un autre modèle. Achior, ce n'est pas un mâle sigma. Achior, il met sa fierté dans le service. Donc ce n'est pas quelqu'un qui cherche à affirmer son autorité ou son pouvoir, ce n'est pas quelqu'un qui cultive une solitude mystérieuse : c'est quelqu'un qui met ses compétences au bien commun. Même si ce bien commun est un peu bizarre, à savoir Nabuchodonosor. Ça, il ne l'a pas choisi, lui.
En plus de cette dimension de service, il y a encore une autre caractéristique de cette masculinité épanouie qu'Achior représente. C'est ce qu'on pourrait appeler la fermeté assertive. Assertive, c'est le pouvoir de s'affirmer. Et là, vous voyez qu'Achior ne flatte pas le pouvoir. Dans tout son discours, face à Holopherne, chef d'une armée gigantesque, il parle avec franchise, même si son discours, ce n'est pas celui que le général veut entendre. Il met toutes les formes, il est extrêmement diplomate, mais il garde sa liberté de parole, pour le bien et de Nabuchodonosor et de l'empire qu'il sert.
Ce que ça révèle, c'est une forme d'autorité intérieure. Il ne cherche pas la confrontation pour dominer — c'est l'alpha toxique. Il ne cherche pas l'évitement par la soumission — ça, c'est le mâle bêta : « Je ne peux pas avoir raison, donc je me tais, je m'écrase. » Il agit par l'assertivité. Il affirme la vérité au risque de choquer. Il met sa force du côté du bon sens, du côté de la vérité, du côté d'une étude attentive de l'histoire.
Ça veut dire qu'il a pris le temps d'étudier l'ennemi. Les Juifs, pour Achior, ce sont les ennemis. Ce que vous dit le texte, de manière très belle, c'est que sans le savoir, en étudiant les Juifs pour pouvoir mener à bien une guerre contre eux, sans le savoir, Achior s'est déjà rapproché de Dieu. Et tout païen qu'il soit, Achior rejoint la figure de ces grands païens qui s'étaient rapprochés sans le savoir du Dieu d'Israël. Pensez par exemple à Naaman le Syrien, qui était venu voir le prophète Élisée.
Le livre de Judith, qui est un pamphlet, n'est pas dans la caricature. Il existe un modèle masculin qui est bon, qui est sain, même si, de manière étonnante, ce modèle-là, il ne faut pas d'abord le chercher chez les Juifs — c'est ce que vous dit le livre de Judith — mais chez les païens.
Proverbes 25,1-5
Voici encore des proverbes de Salomon, que transcrivirent les gens d'Ézéchias, roi de Juda.
La gloire de Dieu, c'est de voiler ; la gloire des rois, c'est de scruter.
Celui-là, c'est mon préféré de tous les proverbes. Je vous le redonne dans une ancienne traduction qui me parlait plus :
La gloire de Dieu, c'est de sceller les choses, et la gloire des rois, c'est de les scruter.
Et le ciel en sa hauteur, et la terre en sa profondeur, et le cœur des rois : nul ne peut les scruter.
Ôte les scories de l'argent, il en sortira un vase d'orfèvre. Ôte la corruption de l'entourage du roi, son trône s'affermira dans la justice.
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