Jour 290 ☼ — Ozias, chef hésitant
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 7 du livre de Judith, le frère Paul-Adrien lit le siège de Béthulie : Holopherne, sur le conseil des chefs de Moab et d'Édom, renonce à l'assaut et s'empare simplement des sources d'eau. Au bout de trente-quatre jours, le peuple épuisé par la soif s'ameute contre Ozias et réclame la reddition ; le chef de la ville obtient d'attendre encore cinq jours. Le commentaire examine si Ozias, dont le nom signifie « Dieu est ma force », pouvait être le second juste attendu, un nouveau Moïse faisant jaillir l'eau — et conclut, chiffres à l'appui (34 + 5 = 39, un jour de moins que les quarante de l'épreuve), qu'il a manqué sa tâche, à la fois par défaut de planification et parce qu'il met un couteau sous la gorge de Dieu.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Vite, vite, vite ! Ça devient de plus en plus prenant cette histoire avec Judith, vous ne trouvez pas ? Allez, on se dépêche ! Judith, chapitre 7.
Lecture : Judith 7
Le lendemain, Holopherne donna l'ordre à toute son armée et à toute la troupe qui était venue lui prêter main-forte de se mettre en marche vers Béthulie, de s'emparer des cols de la région montagneuse et d'engager le combat avec les fils d'Israël.
Ce jour même, tous les guerriers se mirent en marche : une armée sur le pied de guerre, composée de cent soixante-dix mille fantassins et douze mille cavaliers, sans compter l'équipement et la foule considérable des hommes qui les accompagnaient à pied.
Ils établirent leur cantonnement dans le vallon proche de Béthulie, près de la source, et se déployèrent en largeur depuis Dothaïne jusqu'à Belbaïm, et en longueur depuis Béthulie jusqu'à Kyamon, en face d'Esdrelon.
Quand les fils d'Israël virent cette multitude, ils furent profondément bouleversés. Ils se dirent l'un à l'autre : « Maintenant, ceux-ci vont brouter toute la surface de la terre. Ni les hautes montagnes, ni les ravins, ni les collines ne résisteront à leur charge. »
Chacun prit ses armes de combat. Ils allumèrent des feux sur les tours et restèrent à veiller toute cette nuit-là.
Le deuxième jour, Holopherne fit sortir toute sa cavalerie en face des fils d'Israël qui étaient à Béthulie. Il explora les voies donnant accès à leur ville, et il repéra leurs sources d'eau, s'en empara, y laissa des postes d'hommes de guerre, puis retourna lui-même vers sa troupe.
Alors s'approchèrent de lui tous les chefs des fils d'Ésaü, tous les commandants du peuple de Moab et tous les généraux du littoral. Ils lui dirent : « Que notre maître daigne écouter cette parole, ainsi ton armée ne subira aucun dommage. En effet, ce peuple des fils d'Israël ne compte pas sur ses lances, mais sur la hauteur des montagnes où ils habitent. Et il n'est certes pas facile d'accéder au sommet de leurs montagnes. Aussi, maître, ne va pas leur faire la guerre comme dans une bataille rangée, et il ne tombera pas un seul homme de ta troupe.
Reste dans ton camp, en y gardant tous les hommes de ton armée, et que tes esclaves prennent le contrôle de la source d'eau qui jaillit au pied de la montagne, car c'est là que tous les habitants de Béthulie viennent puiser leur eau. La soif les affaiblira, et ils livreront la ville. Quant à nous et nos troupes, nous monterons sur les sommets des montagnes voisines, et nous y installerons des avant-postes, afin que pas un homme ne sorte de la ville. Ils dépériront de faim, eux, leurs femmes et leurs enfants, avant même que l'épée ne les touche. Ils s'écrouleront en pleine rue, là où ils habitent. Ainsi, tu leur feras payer chèrement leur révolte et leur refus de venir à ta rencontre pacifiquement. »
Ces paroles plurent à Holopherne et à tous ses officiers, et il ordonna d'agir en conséquence.
Alors le détachement des fils d'Ammon se mit en route, et avec lui cinq mille fils d'Assour. Ils prirent position dans le vallon et s'emparèrent des points d'eau et des sources des fils d'Israël. Les fils d'Ésaü montèrent avec les fils d'Ammon. Ils prirent position dans la région montagneuse, en face de Dothaïne. Ils envoyèrent aussi des hommes vers le sud et vers l'est, face à Égrebel, localité proche de Chous. Le reste de l'armée d'Assour prit position dans la plaine et couvrit toute la surface du pays. Leurs tentes et leurs bagages formaient un immense campement, composé d'une foule considérable.
Alors les fils d'Israël crièrent vers le Seigneur leur Dieu, car ils sentaient fondre leur courage. En effet, leurs ennemis les avaient encerclés complètement, leur ôtant toute possibilité de fuir. Tout le camp d'Assour, ses fantassins, ses chars et ses cavaliers, maintint l'encerclement pendant trente-quatre jours.
Quant aux habitants de Béthulie, l'eau vint à manquer dans tous leurs récipients, et toutes leurs citernes se vidèrent. Il n'y eut pas un seul jour où ils purent boire à leur soif, car la boisson était rationnée. Les tout-petits dépérissaient. Les femmes et les jeunes gens, épuisés par la soif, s'écroulaient en pleine rue dans la ville et dans les passages de ses portes. Ils avaient perdu toute énergie.
Alors la troupe tout entière — les jeunes gens, les femmes, les enfants — s'ameuta contre Ozias et les chefs de la ville, et ils se mirent à crier et à hurler devant tous les anciens : « Que Dieu soit juge entre vous et nous, car vous nous avez causé une grande injustice, en vous refusant d'engager des pourparlers de paix avec les fils d'Assour. Maintenant, il n'y a personne pour nous porter secours. Au contraire, Dieu nous a vendus pour que nous tombions entre leurs mains, que nous soyons terrassés par la soif devant eux, et que nous subissions de lourdes pertes. Faites-les donc venir maintenant, et livrez la ville entière au pillage de la troupe d'Holopherne et de toute son armée, car, pour nous, mieux vaut devenir leur proie : nous serons esclaves, mais au moins nous serons vivants, et nous ne verrons pas de nos propres yeux mourir nos tout-petits, nous ne verrons pas nos femmes et nos enfants rendre l'âme. Nous prenons à témoin devant vous le ciel et la terre, ainsi que notre Dieu, le Seigneur de nos pères, qui nous châtie selon nos fautes et selon les péchés de nos pères, afin que ne s'accomplisse pas en ce jour même tout ce que nous venons d'évoquer. »
Et une plainte immense et unanime s'éleva au milieu de l'assemblée, et ils crièrent vers le Seigneur Dieu à grande voix.
Ozias leur dit : « Courage, frères ! Tenons encore cinq jours. D'ici là, le Seigneur notre Dieu nous rendra sa miséricorde, car il ne nous abandonnera pas jusqu'au bout. Mais si ces jours passent sans qu'aucun secours ne nous arrive, alors je ferai selon vos paroles. »
Ayant dit cela, il dispersa la troupe, chacun dans ses quartiers. Les hommes se rendirent sur les remparts et les tours de la ville. Quant aux femmes et aux enfants, ils furent renvoyés dans leur maison. La ville était plongée dans une profonde humiliation.
Commentaire
Bon. On a dit qu'il nous fallait deux justes pour tenir les hauteurs. On en a déjà trouvé un avec Achior, qu'Holopherne lui-même, sans le savoir, avait déjà qualifié de prophète — c'était au chapitre 6. Est-ce qu'Ozias, le chef de Béthulie, ce ne serait pas par hasard notre deuxième homme ? Ozias, qui d'ailleurs en hébreu signifie « Dieu est ma force ». En tout cas, sur le papier, c'est lui qui devrait l'être.
Alors, pour qu'il soit ce deuxième homme, il faudrait qu'il ressemble à une sorte de Moïse, parce que Moïse était celui qui avait fait jaillir l'eau du rocher dans le désert, et que là, en ce moment, à Béthulie, c'est la sécheresse totale.
Alors commençons par regarder le système de réserve qu'il y avait probablement à Béthulie, pour savoir si déjà Ozias, chef du village, a bien fait son boulot. Sur la question de l'eau, on me dit que l'archéologie a exhumé, dans tous les villages ou presque de Judée, des installations hydrauliques pour pallier les sièges. Et là, on nous parle de quoi ? On nous parle de Béthulie qui, au bout de trente-quatre jours, était déjà au bord de l'inanition à cause du manque d'eau. Trente-quatre jours, même dans des régions montagneuses, même en plein été, ça se gère.
Parce que, quitte à aller du côté de l'archéologie, allons-y vraiment. On peut se dire qu'il devait y avoir besoin de quoi ? De cinq à dix litres par personne et par jour. La population probable, c'était mille à deux mille réfugiés, pendant trente-quatre jours, ce qui nous amène à un volume total entre cent soixante-dix mille litres et trois cent quarante mille litres. Or une citerne antique pouvait contenir entre cinquante mille litres — cinquante mètres cubes — ou bien deux cent mille litres — deux cents mètres cubes. Donc, si jamais vous regardez, ça veut dire qu'il y avait ou bien une grande citerne, ou bien quatre-cinq petites citernes. Mais pour un village, ce n'est pas délirant, quoi. Donc, en fait, s'ils en sont là, c'est parce qu'on a coupé les citernes extérieures et qu'il n'y en avait pas à l'intérieur. Mais ça, ce n'est pas du bon boulot de planification. Ozias, il est très fort pour écouter les gens, mais manifestement, il n'a pas l'air d'être très fort pour prendre des décisions.
Bon. Surtout, il n'est pas sûr qu'il faille prendre ce chiffre de trente-quatre au pied de la lettre. Donc on va essayer d'explorer sa symbolique. Alors, ça nous donne deux chiffres. Trente-quatre jours : on se dit, ça veut dire quoi, trente-quatre jours ? C'est la première fois qu'on voit un chiffre comme ça dans la Bible. Et puis ensuite, on vous dit qu'il faut attendre encore cinq jours. On se dit : ça sort d'où, ces cinq jours ? Parce que six, c'est un chiffre biblique ; sept, douze. Mais cinq, ça ne correspond à rien. Donc on a deux chiffres qui ne correspondent à rien, et on se dit : c'est quand même curieux.
En fait, il faut mettre les deux ensemble. Ils ont déjà subi l'épreuve du siège pendant trente-quatre jours ; on leur demande d'attendre encore cinq jours : ça fait trente-neuf jours. Alors, pour le coup, trente-neuf jours, là aussi j'ai un problème, parce qu'il y a deux manières d'interpréter ce chiffre.
Ou bien vous dites : j'ai mal compté, il manque encore un jour. Et là, on se dit : ce n'était pas dit dans le texte, mais c'était le jour où Ozias a parlé avec le peuple. Et ça nous amène à quarante. Et quarante jours, c'est bien, c'est positif. Ça veut dire que le peuple a accepté de subir l'épreuve jusqu'au bout. C'est les quarante ans dans le désert, ça vous donnera les quarante jours de tentation de Jésus. On ne va pas demander au peuple d'être plus fort que Jésus qui était dans le désert. Donc là, ça veut dire qu'il est allé jusqu'au bout de ce qu'il pouvait aller.
Ou bien, deuxième option, vous dites : non, non, non, j'ai vraiment bien compté, c'est bien trente-neuf jours. Donc là, en fait, il manque un jour. Ça veut dire qu'Ozias n'a pas été capable d'accompagner son peuple jusqu'au bout de l'épreuve. Ils ont craqué juste avant. Et donc là, on se dit : ça voulait dire quoi, toutes les belles prières qu'ils nous ont faites il y a un ou deux chapitres ? C'était du vent. On s'est mis à prier Dieu par réflexe, mais on voulait que la solution arrive là, tout de suite. Et en fait, on ne voulait pas supporter l'épreuve.
Bon, donc ces chiffres-là, vous avez deux interprétations qui vous permettent de dire exactement l'inverse : ou bien c'est quarante jours et Ozias a bien fait son boulot, ou bien c'est trente-neuf jours et Ozias a mal fait son boulot. Quitte à spoiler, mais je vais m'appuyer là-dessus : dans la suite du texte, on verra qu'en fait Judith, elle n'est pas très contente du boulot d'Ozias. Donc, à mon avis, c'est plutôt l'option trente-neuf jours : Ozias a mal fait son boulot. Il devait être le Moïse, il ne le sera pas.
Ce qui fait qu'en attendant, c'est double peine. Parce que non seulement vous n'avez pas de Moïse — donc vous n'avez personne pour diriger le peuple, qui se retrouve désemparé — et puis ensuite, avec cette histoire des cinq jours supplémentaires, sans s'en rendre compte, c'est Ozias qui vient de mettre un couteau sous la gorge à Dieu, en lui disant : maintenant, tu as cinq jours pour te manifester. Dans la Bible, ça marche rarement comme ça, les rapports avec Dieu. Donc là, si jamais il ne se passe rien, Béthulie va à sa perte.
Petit bonus : si vous regardez bien, cet Ozias, c'est notre troisième homme qu'on introduit dans le livre de Judith. Il y a eu Nabuchodonosor, Holopherne, il y a eu Achior, et maintenant il y a Ozias. De la même manière que Nabuchodonosor est une caricature par excès de la masculinité, Ozias est une caricature de la masculinité par défaut : il parle, il prie, il attend, mais il n'agit pas. Ça vous fait deux extrêmes, et au milieu, qui se dresse comme un modèle de vertu : Achior.
Proverbes 25,6-10
Ne fais pas le glorieux devant le roi, ne te mets pas à la place des grands, car mieux vaut qu'on te dise : « Monte ici ! » plutôt que d'être humilié devant un notable.
Ce que tes yeux ont vu, ne te hâte pas d'en faire un procès : que feras-tu à la fin, si ton prochain te confond ?
Plaide ta cause contre ton prochain, mais ne révèle pas le secret d'un autre, sinon celui qui t'entend te couvrira de honte, et cet affront sera sans appel.
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