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Jour 290 ☾ — Judith, femme libre et croyante

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Résumé : Il aura fallu attendre huit chapitres, mais Judith entre enfin en scène. Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 8 du livre de Judith : la longue généalogie de cette veuve de Béthulie, son veuvage de trois ans et quatre mois, sa richesse, sa beauté, sa crainte de Dieu, puis la leçon de théologie qu'elle administre aux anciens de la ville qui s'étaient engagés à livrer Béthulie dans cinq jours. Le commentaire montre que, les hommes ayant failli, le salut viendra d'une femme — comme au temps de Débora et de Yaël — et que le péché d'Israël n'est plus l'idolâtrie mais le manque de confiance, le manque de fierté dans sa foi. L'épisode se termine par une prière pour toutes les femmes placées dans des positions sociales compliquées.

Introduction

Ah, il aurait fallu huit chapitres, mais enfin elle arrive. Aujourd'hui, Judith fait son apparition. Judith, chapitre 8. Régalez-vous.

Lecture : Judith 8

En ces jours-là, Judith apprit ce qui s'était passé. Elle était fille de Merari, fils d'Ox, fils de Joseph, fils d'Oziel, fils d'Elkias, fils d'Ananias, fils de Gédéon, fils de Raphaïn, fils d'Akitob, fils d'Élias, fils de Kelkias, fils d'Éliab, fils de Nathanaël, fils de Salamiel, fils de Sarasadaï, fils d'Israël.

Judith avait pour mari Manassé, de la même tribu qu'elle et du même clan. Il mourut à l'époque de la moisson de l'orge. Il surveillait les moissonneurs dans les champs quand il fut frappé d'insolation. Il s'alita et mourut dans sa ville de Béthulie. On l'ensevelit avec ses pères dans le champ situé entre Dothaïne et Balamone.

Judith vécut chez elle dans le veuvage trois ans et quatre mois. Elle s'était fait une tente sur sa terrasse. Elle avait mis sur ses reins une toile à sac et elle portait des vêtements de veuve par-dessus. Elle jeûnait tous les jours de son veuvage, excepté la veille et le jour du sabbat, la veille et le jour de la nouvelle lune, et les jours de fêtes et de réjouissances de la maison d'Israël. Elle était belle et très séduisante. Manassé, son mari, lui avait laissé de l'or et de l'argent, des esclaves, garçons et filles, des troupeaux et des champs dont elle gardait la disposition. Elle ne donnait prise à aucune critique, car elle craignait Dieu profondément.

Elle apprit donc que le peuple, découragé par les pénuries d'eau, avait adressé de dures critiques au chef de la ville. Elle apprit aussi tout ce que Osias leur avait dit, comme il leur avait juré de livrer la ville aux Assyriens au bout de cinq jours. Alors elle envoya sa suivante, celle qui était préposée à tous ses biens, inviter Osias, Cabris et Charmis. Ils vinrent chez elle et elle leur dit :

« Écoutez-moi, chefs des habitants de Béthulie. Elle n'est pas droite, la parole que vous avez prononcée aujourd'hui devant le peuple, non plus que ce serment-là que vous avez prêté entre Dieu et vous, quand vous vous êtes engagés à livrer la ville à nos ennemis si le Seigneur ne nous portait secours dans un délai fixé de cinq jours. Allons, qui donc êtes-vous pour mettre en ce jour Dieu à l'épreuve, et pour vous dresser au-dessus de lui parmi les fils des hommes ? En réalité, vous qui scrutez les intentions du Seigneur souverain de l'univers, vous n'y comprendrez jamais rien. La profondeur du cœur de l'homme, vous ne la découvrirez pas. Les raisonnements de son esprit, vous ne les saisirez pas. Comment donc pourrez-vous sonder le Dieu qui vous a fait tout cela, comprendre sa pensée et reconnaître son projet ?

Non, frères, n'irritez pas le Seigneur notre Dieu, car même s'il n'a pas l'intention de nous porter secours dans les cinq jours, il a le pouvoir, lui, de nous protéger au jour qu'il voudra, comme de nous exterminer devant nos ennemis. Vous donc, n'exigez pas de gage au sujet des volontés du Seigneur notre Dieu, car il n'est pas comme un homme, Dieu, pour qu'on lui adresse des menaces. Il n'est pas comme un fils d'homme pour qu'on le soumette à l'arbitrage. C'est pourquoi, en attendant avec patience le salut qui vient de lui, invoquons-le à notre secours, et si cela lui plaît, il l'écoutera, notre voix.

En effet, il ne s'est pas trouvé dans notre génération, et il n'y a aujourd'hui ni tribu, ni clan, ni bourg, ni ville qui se soit prosterné devant des dieux faits de main d'homme. Cela s'est produit autrefois, et pour cette raison nos pères furent livrés à l'épée et à la razzia, et ils subirent une lourde défaite devant nos ennemis. Quant à nous, nous ne connaissons pas d'autre dieu que lui. C'est pourquoi nous pouvons garder l'espoir qu'il ne nous méprisera pas, non plus que ceux de notre race.

De plus, si nous nous laissons prendre, c'est toute la Judée qui s'effondrera. Le lieu saint sera pillé, et notre sang devra répondre de sa profanation. Le meurtre de nos frères, la captivité de notre terre et la dévastation de notre héritage retomberont sur nos têtes, au milieu des nations où nous connaîtrons l'esclavage, et nous serons un scandale et une honte face à nos conquérants. Notre esclavage n'aboutira pas à un retour en grâce, et le Seigneur notre Dieu en fera notre déshonneur.

Maintenant donc, frères, montrons à nos frères que leur vie est suspendue à la nôtre, et que le lieu saint, la demeure de Dieu et l'autel dépendent de nous. Plus encore, rendons grâce au Seigneur notre Dieu qui nous met à l'épreuve comme nos pères. Rappelez-vous comment il a agi avec Abraham, comment il mit Isaac à l'épreuve, et tout ce qui arriva à Jacob en Mésopotamie de Syrie lorsqu'il gardait le petit bétail de Laban, le frère de sa mère. De même qu'il les fit passer par le feu de l'épreuve pour scruter leur cœur, le Seigneur ne cherche pas à nous punir. S'il flagelle ceux qui s'approchent de lui, c'est pour leur donner un avertissement. »

Osias dit à Judith : « Dans tout ce que tu as dit, tu as parlé avec un cœur perspicace, et personne ne s'opposera à tes paroles. En effet, ce n'est pas d'aujourd'hui que ta sagesse est manifeste. Depuis le début de ta vie, tout le peuple a pu connaître ton intelligence, les qualités foncières de ton cœur. Mais le peuple a eu si soif qu'il nous a contraints d'agir comme nous leur avons dit, et de nous engager par un serment que nous ne transgresserons pas. Maintenant, toi qui es une femme pieuse, supplie donc le Seigneur pour nous, et alors il enverra la pluie pour remplir nos citernes, et nous ne serons plus épuisés. »

Judith leur répondit : « Écoutez-moi bien, car je vais accomplir une action dont le souvenir parviendra aux fils de notre race, de génération en génération. Vous, tenez-vous cette nuit près de la porte de la ville, et moi je sortirai avec ma suivante. Avant la date où vous avez dit que vous livreriez la ville à nos ennemis, le Seigneur visitera Israël par ma main. Mais ne cherchez pas à connaître mon action. Je ne vous dirai rien avant que soit achevé ce que j'ai à faire. »

Osias et les chefs de la ville lui dirent : « Va en paix, et que le Seigneur Dieu marche devant toi pour châtier nos ennemis. » Ils quittèrent la tente de Judith et rejoignirent leur poste.

Commentaire

On ne peut pas dire que, jusqu'à présent, Achior mis à part, les hommes brillent par leur vertu de masculinité assumée et par une certaine forme de virilité à la fois épanouie, authentique, et qui serve de rempart à l'idolâtrie païenne. Du coup, on se tourne vers les femmes.

Judith, en hébreu, ça veut dire « la Judéenne ». Derrière Judith, ce sont toutes les femmes d'Israël. D'ailleurs, Béthulie, où elle habite, c'est un jeu de mots entre Béthel, la maison de Dieu, et Bethoula, la vierge.

Se tourner vers les femmes en désespoir de cause, quand les hommes faillissent à leur tâche, on l'avait déjà fait dans la Bible. Souvenez-vous, c'était dans le livre des Juges, au chapitre 4. Il y avait un juge qui avait peur d'aller au combat. Et à ce moment-là, il y avait une prophétesse, Débora, qui s'était levée pour le lui dire : très bien, mais dans ce cas-là, le salut viendra d'une femme, pour faire honte — honte aux hommes. Et c'était Yaël qui avait cloué avec son pieu la tête du tyran ennemi, à l'issue d'une bataille.

De manière évidente, l'histoire de Judith s'inspire de l'histoire de Débora, mais en en forçant bien les traits. Pour faire comprendre que, voilà quoi, le patriarcat, les hommes qui essaient de se la raconter, ça va bien.

D'ailleurs, quitte à anticiper un petit peu : après le livre de Judith, on va lire un autre livre qui s'appelle le livre des Maccabées, dans lequel on va parler des exploits militaires d'un homme nommé Judas Maccabée. Judith, la Judéenne ; Judas, le Judéen : c'est quand même le même mot. Eh bien, ce n'est pas impossible que le livre de Judith soit un contre-livre des Maccabées, où, dans l'un, on vous présente la gloire militaire, et, dans l'autre, on vous présente la gloire des femmes. Manière de dire : ne soyez pas dupes, cette guerre, ce n'est pas vous, les hommes, qui l'avez gagnée tout seuls.

Ah oui, parce que Judith, à la fin, c'est plus une femme, c'est un catalogue. Elle s'appelle la Judéenne. Elle était mariée avec un homme qui s'appelait Manassé, de sa tribu et de son clan. Et en plus, on vous dit qu'elle est riche, qu'elle est belle, qu'elle est intelligente et qu'elle a du caractère. Judith, c'est LA femme. Et tous les hommes s'écrasent devant elle. Ah, il y a des femmes comme ça, ça existe, et la Bible en parle.

Elle a eu droit à une longue généalogie. Seize noms ! C'est une des plus longues généalogies, ce qui vous montre la noblesse de cette femme. Et parmi ses lettres de noblesse, on vous dit qu'elle craignait Dieu, et que c'était là sa vertu principale. Si vous regardez bien, dans ce livre, c'est la première fois qu'on vous parle de quelqu'un qui craint Dieu. Jusqu'à présent, les hommes craignent Nabuchodonosor — ce qui en dit long, d'ailleurs, sur la foi d'Israël à cette époque-là. Il fallait bien avoir une femme pour arrêter d'avoir peur des hommes.

Alors peut-être que vous êtes en train de vous dire : « Il est gentil, le frère Paul-Adrien, c'est agréable à écouter, mais est-ce qu'il n'est pas un peu en train de forcer le trait sur l'interprétation ? » Il faut toujours tout vous prouver deux fois. Regardez par exemple.

Elle était mariée à un homme, Manassé. Ce qui veut dire qu'il y a derrière Judith, déjà, tout le souci du bien commun, de la communauté. Ensuite, Manassé meurt d'une insolation. Ce qui n'est pas franchement glorieux. Ça arrive même aux meilleurs, mais ce n'est pas non plus un titre de gloire. Vous êtes dans un pays où, quand même, les femmes, à travers Judith, semblent singulièrement plus résistantes que les hommes.

En tout cas, ça fait d'elle une veuve. C'est un peu particulier, parce que normalement, veuve, ça vous met en position de vulnérabilité, parce que vous n'avez personne pour vous protéger, pour vous défendre. Mais manifestement, Judith, elle sait très bien se protéger toute seule. Et en fait, pour elle, le veuvage devient une belle position. La seule manière, pour une femme, d'accéder à l'état de liberté et de responsabilité civile, c'est d'être une veuve. Quand vous êtes une enfant, vous appartenez à votre père. Quand vous êtes mariée, vous appartenez à votre mari. Le seul moyen d'être libre, c'est d'être une veuve. Judith, c'est la chanson : « Être une femme libérée, tu sais, c'est pas si facile. » Sauf que, manifestement, elle sait très bien y faire, la petite Judith.

Rajoutez à cela la dimension métaphorique du veuvage. Généralement, une femme, quand elle est veuve dans la Bible, c'est le symbole d'Israël, qui a perdu Dieu. Et son veuvage a duré trois ans et quatre mois. Trois ans et quatre mois, là encore, c'est un chiffre bizarre, on se demande d'où ça sort. Trois ans et quatre mois, en fait, ça fait quarante mois. Ce qui vous montre que, elle, elle était préparée.

Elle va voir ensuite les anciens du peuple, qu'elle reprend vertement, et elle leur fait une leçon de théologie. Cette leçon de théologie est finalement assez simple : si jamais Israël a fait le mal, Dieu va nous punir ; si jamais Israël n'a pas fait le mal, Dieu va nous aider. Or, Israël n'a pas fait le mal. Donc Dieu va nous aider.

Le péché d'Israël, en ce moment, ce n'est pas l'idolâtrie, ce ne sont pas les injustices : c'est de manquer de confiance. De manquer de confiance en soi-même, parce qu'on est pur et sans reproche devant Dieu. Et de manquer de confiance devant Dieu, qui le sait, et qui nous aidera. Et c'est ça, ce péché, qui risque d'amener Israël à sa ruine : c'est un manque de fierté dans sa foi.

Donc, du coup, Judith décide de prendre les choses en main, et décide de passer du statut de veuve au statut d'agent secret. Et on verra ce qu'on verra.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie toutes les femmes qui sont dans des positions sociales compliquées. Toutes les veuves qui vivent dans la solitude affective. Toutes ces femmes pour qui on manque de considération, soit qu'elles soient trop jeunes, soit que leur mari ne s'occupe pas bien d'elles, soit qu'on les mette constamment dans une position d'infériorité.

Seigneur, je te demande de leur donner un moral de battante, comme Judith. De sécher leurs larmes. D'être avec elles dans leur solitude, et de leur permettre, à défaut d'avoir des solutions, en tout cas de ne pas être résignées devant leur sort. C'est toi qui seras leur justice.

Amen.


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