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Jour 292 ☼ — Judith tue Holopherne

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit d'une traite les chapitres 12 et 13 du livre de Judith, sans les commenter à l'avance pour laisser le texte produire son effet. Judith respecte scrupuleusement la cacherout et sort chaque nuit se purifier, habituant ainsi les gardes assyriens à ses allées et venues : sa piété devient un instrument de subversion. Au banquet du quatrième jour, Holopherne s'enivre, et Judith le décapite de son propre sabre avant de rapporter sa tête à Béthulie. Le commentaire souligne l'ironie cruelle de la scène, le parallèle avec Yaël et, à l'envers, avec la décapitation de Jean-Baptiste, puis la condescendance d'Ozias qui reprend la parole après Judith pour la contredire.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Aujourd'hui encore, de longues lectures, mais qui se lisent bien et qui n'ont pas vraiment besoin d'être commentées. Vous sentez l'esprit de ce texte, maintenant ? Je ne dis rien, je ne spoile pas, vous découvrez le texte par vous-même.

Lecture : Judith 12 et 13

Il ordonna de l'introduire là où se trouvait son argenterie et commanda de lui présenter des plats préparés pour lui et de lui donner à boire du vin. Mais Judith lui dit : « Je n'en mangerai pas, de peur qu'il y ait là pour moi une occasion de chute. Ce que j'ai fait apporter suffira à mes besoins. »

Holopherne lui dit : « Et si tes provisions viennent à manquer, où pourrons-nous en chercher pour t'en procurer de semblables ? Car il n'y a personne de ta race parmi nous. »

Judith lui répondit : « Par ta vie, mon seigneur, ta servante n'aura pas épuisé ses provisions avant que le Seigneur ne réalise par ma main ce qu'il a projeté. »

Les officiers d'Holopherne la conduisirent alors à sa tente. Elle dormit jusqu'au milieu de la nuit et se leva au moment du tour de garde du matin. Elle envoya dire à Holopherne : « Que mon seigneur donne des ordres afin de permettre à sa servante de sortir pour la prière. » Holopherne commanda donc à ses gardes de ne pas l'en empêcher.

Elle demeura trois jours dans le camp. La nuit, elle se rendait dans le ravin de Béthulie et se baignait à la source. C'était la source où se trouvait le poste de garde. Quand elle en remontait, elle priait le Seigneur Dieu d'Israël d'orienter son chemin pour le relèvement des fils de son peuple. Et une fois rentrée, elle demeurait dans sa tente en état de pureté jusqu'à ce qu'on lui apporte sa nourriture le soir.

Le quatrième jour, Holopherne organisa un banquet réservé à ses propres serviteurs. Il n'adressa d'invitation à aucun de ses subordonnés. Et il dit à Bagoas, le préposé à sa chambre et à toutes ses affaires : « Va donc convaincre la femme de chez les Hébreux, qui est auprès de toi, afin qu'elle vienne manger et boire avec nous, car pour nous, ce serait perdre la face que de laisser passer une telle femme sans avoir eu de relation avec elle. Si nous ne parvenons pas à l'attirer, elle se moquera de nous. »

Bagoas sortit de chez Holopherne et se rendit chez Judith. Il lui dit : « Que cette jolie esclave n'hésite pas à venir chez monseigneur, pour y être honorée en sa présence, pour boire du vin et se réjouir avec nous, et pour devenir aujourd'hui même comme l'une des filles des Assyriens qui se tiennent dans la demeure de Nabuchodonosor. »

Judith lui répondit : « Qui suis-je, moi, pour contredire monseigneur ? Tout ce qui plaît à ses yeux, je me hâterai de le faire, et ce sera pour moi un motif d'allégresse jusqu'au jour de ma mort. »

Elle se leva, mit son plus beau vêtement et toute sa parure féminine. Sa servante la précéda et étendit par terre devant Holopherne les toisons que Judith avait reçues de Bagoas pour son usage quotidien, afin qu'elle puisse s'y étendre pour manger. Judith entra et s'allongea. Le cœur d'Holopherne en fut transporté, son âme troublée. Il fut pris d'un violent désir de s'unir à elle, car, depuis le jour où il l'avait vue, il guettait l'occasion de la séduire.

Il lui dit donc : « Viens te réjouir avec nous. » Elle dit : « Je boirai volontiers, seigneur, car depuis ma naissance, vivre n'a jamais été pour moi plus exaltant qu'en ce jour. » Puis elle mangea et but en face de lui. Holopherne était sous son charme. Il but du vin en très grande quantité, comme il n'en avait jamais bu en un seul jour depuis sa naissance.

Quand il se fit tard, les serviteurs d'Holopherne se hâtèrent de partir. Bagoas ferma la tente de l'extérieur et renvoya de la présence de son seigneur tous ceux qui se tenaient là. Ils allèrent se coucher, brisés qu'ils étaient tous par les excès du banquet.

Judith fut laissée seule dans la tente, avec Holopherne effondré sur son lit, noyé dans le vin. Elle dit à sa servante de se tenir prête à l'extérieur de la chambre à coucher et de guetter le moment où elle sortirait, comme chaque jour. Elle avait dit en effet qu'elle sortirait pour sa prière et en avait également prévenu Bagoas. Tous s'étaient donc retirés et personne, du plus petit jusqu'au plus grand, n'était resté dans la chambre à coucher.

Debout, près du lit, Judith se dit en son cœur : « Seigneur, Dieu de toute puissance, en cette heure tourne ton regard vers les œuvres de mes mains pour l'exaltation de Jérusalem. Car c'est maintenant le moment de ressaisir ton héritage et de réaliser mon projet pour écraser les ennemis qui se sont dressés contre nous. »

Elle s'avança vers le montant du lit, proche de la tête d'Holopherne. Elle en détacha son sabre. Elle s'approcha du lit, empoigna la chevelure d'Holopherne et dit : « Rends-moi forte en ce jour, Seigneur Dieu d'Israël ! » Et par deux fois elle le frappa au cou de toute sa vigueur et en détacha la tête. Puis elle fit rouler le corps en bas de la couche et détacha le voile des colonnes.

Elle sortit peu après, confia la tête d'Holopherne à sa suivante, qui la mit dans sa besace à provisions, et elles sortirent toutes deux ensemble, comme elles avaient coutume de le faire pour aller prier.

Les deux femmes traversèrent le camp, contournèrent le ravin, gravirent la montagne de Béthulie et parvinrent aux portes de la ville. De loin, Judith cria aux gardiens des portes : « Ouvrez ! Ouvrez donc la porte ! Il est avec nous, Dieu, notre Dieu, pour déployer encore sa vigueur en Israël et sa force contre ses ennemis, comme il l'a fait aujourd'hui aussi ! »

Dès que les hommes de la ville entendirent sa voix, ils se hâtèrent de descendre vers la porte et appelèrent les anciens de la ville. Tous les gens accoururent, du plus petit jusqu'au plus grand, car le retour de Judith leur paraissait incroyable. Ils ouvrirent la porte et accueillirent les deux femmes. Ils allumèrent un feu pour faire de la lumière et firent cercle autour d'elles.

Judith leur dit d'une voix forte : « Louez Dieu ! Louez-le ! Louez Dieu ! Car il n'a pas écarté sa miséricorde de la maison d'Israël, mais cette nuit, par ma main, il a écrasé nos ennemis. »

Puis elle retira la tête de sa besace, la leur montra et dit : « Voici la tête d'Holopherne, général en chef de l'armée d'Assour, et voici le voile sous lequel il gisait dans son ivresse. Le Seigneur l'a frappé par la main d'une femme. Oui, vive le Seigneur qui m'a gardée dans le chemin où j'ai marché, car mon visage n'a séduit cet homme que pour sa perte, et il n'a pas commis avec moi le péché qui m'aurait souillée et déshonorée. »

Tout le peuple était transporté. Il s'inclina et se prosterna devant Dieu. Tous s'écrièrent, unanimes : « Tu es béni, toi notre Dieu, toi qui en ce jour as réduit à néant les ennemis de ton peuple. »

Et Ozias, l'un des chefs de la ville, dit à Judith : « Bénie sois-tu, ma fille, par le Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes de la terre, et béni soit le Seigneur Dieu, créateur du ciel et de la terre, car le Seigneur t'a dirigée pour frapper à la tête le chef de nos ennemis. Jamais l'espérance dont tu as fait preuve ne s'éloignera du cœur des hommes, mais ils se rappelleront éternellement la puissance de Dieu. Oui, Dieu fasse que tu sois exaltée à jamais, qu'il te visite de ses bienfaits, car tu n'as pas épargné ta propre vie pour la cause de notre race humiliée. Tu es sortie pour empêcher notre ruine, marchant avec droiture devant notre Dieu. »

Et tout le peuple dit : « Amen ! Amen ! »

Commentaire

Au total, il lui aura fallu cinq jours — les fameux cinq jours d'Achior. Le premier jour, c'était la rencontre avec Holopherne, et ensuite, pendant trois jours, elle a habitué les Assyriens à sa présence.

Vous notez comment elle respecte les règles de la cacherout scrupuleusement, ce qui nous indique d'ailleurs qu'on est plutôt dans un judaïsme tardif. Voyant cela, Holopherne a dû se dire : tiens, elle a du caractère, elle me résiste — et ça a dû enflammer encore plus son amour pour elle.

Et surtout, pendant ces trois jours, elle va se baigner la nuit, ce qui nous indique sa piété et sa rigueur personnelle — ce qui situe encore ce texte dans un judaïsme tardif, parce que l'importance mise sur les bains de purification, c'est plutôt deuxième, troisième siècle — et aussi et surtout, ce qui nous indique l'astuce de Judith. Le but, c'est d'habituer les soldats à voir Judith aller et sortir du camp. Comme ça, le jour où elle devra sortir, ils ne se poseront pas de questions. C'est quand même pas mal d'arriver à faire de sa pratique religieuse un instrument de subversion. Ah, c'est sûr, c'est une certaine manière de concevoir la vie spirituelle. C'est très, très fin. Moi, j'aime beaucoup, j'aime beaucoup.

Arrive ensuite le dernier jour, avec Holopherne qui dit que, quand même, quand on est un homme, il y a des choses qui se font — à savoir violer les captives de guerre. On a déjà pas mal glosé sur cette espèce de masculinité toxique ; là, les choses sont parfaitement claires. On ne va pas non plus appuyer sur toutes les interprétations à ce sujet. Je vous indique simplement qu'il y a Bagoas, un eunuque, qui est introduit. Décidément, ces caricatures d'hommes, ce n'est pas moi qui les invente : elles sont là dans le texte.

Ensuite, vous avez la décapitation. Ce qui rappelle, dans l'Ancien Testament, comme je vous le disais, Yaël, qui dans Juges chapitre 4 avait cloué au sol le tyran Sisera. Ces femmes qui arrivent à désarmer le mal, parce qu'elles arrivent à s'approcher plus près du mal. Ce qui vous montre une autre manière d'exercer son courage et son intelligence dans la lutte entre le bien et le mal. Et puis ça rappelle aussi, mais cette fois-ci à l'envers, la décapitation de Jean le Baptiste. Il y a quelque chose dans cette scène qui est à la fois amusant et drôle, parce qu'ironique et cruel ; il y a en même temps quelque chose de gore, de triste et de tragique.

Dans l'urgence, vous voyez ensuite ces deux femmes sortir du camp sans aucune difficulté, parce qu'elles ont habitué les gardiens à leurs allées et venues, pour arriver vers la ville où, changement de posture, cette femme, Judith, semble maintenant avoir acquis une véritable autorité. Judith, maintenant, parle directement au peuple, sans passer par les anciens. Et, nous dit le texte, parlant à voix forte, pour donner des ordres.

Et tout de suite, les deux réflexes de Judith, qui sont : un, d'attribuer la victoire à Dieu ; et deux, de dire à tout le monde qu'Holopherne n'a pas couché avec elle. Avec, au passage, une petite veste en passant, une petite vengeance personnelle. De la même manière que la prophétesse Débora avait dit au juge qui avait refusé de tuer Sisera qu'il serait humilié par la main de Yaël, une femme — de la même manière, Judith dit, au verset 15 :

Le Seigneur l'a frappé par la main d'une femme.

Et tout de suite après, le plus beau mansplaining de toute la Bible. Ozias prend la parole après Judith. Ce qui est quand même extraordinaire, parce qu'il vient de voir Judith rentrer triomphante ; alors, il est très content, mais il ne peut pas s'en empêcher : il faut qu'il prenne la parole pour expliquer ce qui s'est vraiment passé. Et donc il va dire exactement le contraire de Judith. C'est quand même extraordinaire : là où Judith attribue la victoire à Dieu, lui va l'attribuer à une femme. Et d'ailleurs — il ne peut pas s'en empêcher, c'est plus fort que lui — il va l'appeler « ma fille ».

Bénie sois-tu, ma fille, par le Très-Haut, plus que toutes les femmes de la terre.

Vous la sentez, là, toute la condescendance ? Ah, écoutez. Il vaut mieux en rire qu'en pleurer.

Proverbes 25, 16-20. Celui-là est assez drôle.

Proverbes 25,16-20

Tu as trouvé du miel ? Manges-en à ta faim. Mais si tu t'en gaves, tu le vomiras.

Ne va pas trop souvent chez ton voisin. Si tu exagères, il te haïra.

Coup de massue, poignard, flèche acérée : le faux témoignage qui vient d'un ami.

Dent qui branle, pied qui flanche : le secours d'un traître au jour mauvais.

C'est retirer le manteau un jour de gel, verser du vinaigre sur une plaie, que de chanter des chansons à qui va mal.


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