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Jour 299 ☼ — La mort honteuse d’Antiochos

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Résumé : Avant la lecture, le frère Paul-Adrien prend le temps d'expliquer ce qu'est la guerre sainte dans le texte : un zèle pour la loi, ardeur jalouse qui se traduit en défense armée et donne à ces combattants une motivation qui effraie des armées bien plus nombreuses. Mais il souligne aussi la ligne ténue entre ce zèle sacré et la brutalité militaire, une ambiguïté dont les zélotes du temps de Jésus hériteront. Le chapitre 6 raconte la mort d'Antiochos IV Épiphane, rongé par le chagrin sur une terre étrangère, puis la grande expédition de Lysias avec ses trente-deux éléphants de combat, le sacrifice d'Éléazar sous l'un d'eux, le siège de Jérusalem et la paix conclue en urgence. Le commentaire s'arrête sur Éléazar, mort en vain et pour se donner un nom éternel, signe que la guerre commence à chercher autre chose que la loi.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Bon, à un moment donné, il va quand même falloir qu'on en parle, non ? Le concept de guerre sainte, curieux quand même. Bon, on commence à essayer de voir ça pour ce que ça veut dire dans le texte.

À l'origine de la guerre sainte, il y a le zèle pour la loi. Le zèle, c'est ce qu'on appelle une ardeur jalouse. L'ardeur, c'est l'impétuosité, c'est le fait de s'attaquer à des choses difficiles. Et jaloux, ça veut dire qu'il y a une notion d'exclusivité et d'amour blessé. Et c'est ce zèle pour la loi qui se traduit en une défense armée, ce qui fait que ceux qui partent à la guerre sont profondément religieux, à preuve les cris de guerre religieux qu'ils poussent avant même de partir au combat : « Éternelle est la bonté du Seigneur. » Pour l'instant, je reste à un niveau purement descriptif, je n'interprète pas.

Ce zèle a une conséquence très directe sur le moral des troupes, c'est-à-dire qu'ils sont extrêmement motivés. Et par leur force d'engagement, ils inspirent la peur à des armées souvent bien plus importantes qu'eux. Parce qu'en face d'eux, ce sont des mercenaires, ce sont des personnes qui ne combattent pas pour une cause à laquelle ils croient, donc il y a un déséquilibre dans l'engagement moral. Et vous pouvez voir aussi derrière cette crainte que cette armée inspire un phénomène divin, miraculeux, c'est-à-dire que de la même manière que cette armée craint le Seigneur, de la même manière le Seigneur fait craindre cette armée. Ce qui est une manière de dire que la victoire appartient à Dieu, de la même manière que l'on n'arrête pas de vous dire que ce n'est pas le nombre qui détermine la victoire. Donc profonde religiosité et motif légitime de rentrer en guerre.

Mais ! Au dernier chapitre, on a vu la violence s'intensifier. Vous avez vu les armées juives raser des villages hostiles. Vous avez vu des populations païennes massacrées quand elles refusaient de se rendre. Il y a un risque, on le sent, d'un zèle qui bascule dans une violence élargie. Une guerre de purification qui, parfois, est en train de déraper en guerre de vengeance. La ligne entre zèle sacré et brutalité militaire, elle devient assez ténue. Ce n'est d'ailleurs pas tout à fait un hasard si le mouvement terroriste anti-romain à l'époque de Jésus s'appellera les zélotes : on retrouve cette même notion de zèle pour la loi, et il s'inspirera directement de la révolte maccabéenne.

Bon, juste avant de nous tourner vers le texte : à un moment donné, il sera question d'un éléphant et de quelqu'un qui fera un acte héroïque. Je vous demande d'être attentif, on reprendra ça dans les commentaires.

Lecture : 1 Maccabées 6

Le roi Antiochos parcourait le Haut-Pays. Il apprit alors qu'il y avait en Perse une ville, Élymaïs, fameuse par ses richesses, son argent et son or. Son temple, extrêmement riche, contenait des casques en or, des cuirasses et des armes, laissés là par Alexandre, fils de Philippe et roi de Macédoine, qui régna le premier sur les Grecs.

Antiochos arriva et il tenta de prendre la ville et de la piller, mais il n'y réussit pas, parce que les habitants avaient été informés de son projet. Ils lui résistèrent et lui livrèrent bataille. Il fut mis en déroute, si bien qu'il prit la fuite et battit en retraite, accablé de chagrin, pour retourner à Babylone.

Il était encore en Perse quand on vint lui annoncer la déroute des troupes qui avaient pénétré en Judée. Lysias, en particulier, qui avait été envoyé avec un important matériel, avait fait demi-tour devant les Juifs. Ceux-ci s'étaient renforcés grâce aux armes, au matériel et au butin saisis sur les troupes qu'ils avaient battues. Ils avaient renversé l'abomination qu'Antiochos avait élevée à Jérusalem sur l'autel. Enfin, ils avaient reconstruit comme auparavant de hautes murailles autour du sanctuaire et autour de la ville de Bethsour.

Quand le roi apprit ces nouvelles, il fut saisi de frayeur et profondément ébranlé. Il s'écroula sur son lit et tomba malade sous le coup du chagrin, parce que les événements n'avaient pas répondu à son attente. Il resta ainsi pendant plusieurs jours, car son profond chagrin se renouvelait sans cesse.

Lorsqu'il se rendit compte qu'il allait mourir, il appela tous ses amis et leur dit : « Le sommeil s'est éloigné de mes yeux, l'inquiétude accable mon cœur, et je me dis : à quelle profonde détresse en suis-je arrivé ? Dans quel abîme suis-je plongé maintenant ? J'étais bon et aimé au temps de ma puissance, mais maintenant je me rappelle le mal que j'ai fait à Jérusalem. Tous les objets d'argent et d'or qui s'y trouvaient, je les ai pris. J'ai fait exterminer les habitants de la Judée sans aucun motif, et je reconnais que tous mes malheurs viennent de là, et voici que je meurs dans un profond chagrin sur une terre étrangère. »

Il appela Philippe, l'un de ses amis, et l'établit à la tête de tout son royaume. Il lui donna son diadème, son vêtement royal et son anneau, pour le charger de l'éducation de son fils Antiochos en vue de la royauté. Le roi Antiochos mourut en ce lieu, en l'an 149 de l'Empire grec.

Quant à Lysias, à la nouvelle de la mort du roi, il fit monter sur le trône le jeune Antiochos dont il assurait l'éducation depuis l'enfance, et il le surnomma Eupator, c'est-à-dire « né d'un père noble ».

À Jérusalem, les occupants de la citadelle bloquaient Israël autour du lieu saint. Ils cherchaient à leur faire du mal en toute occasion et constituaient un appui pour les païens. Décidé à les exterminer, Judas convoqua tout le peuple pour les assiéger. On se rassembla et on mit le siège devant la citadelle, en l'an 150. On construisit des catapultes et d'autres machines de guerre, mais certains des assiégés parvinrent à rompre le blocus. Quelques impies des hommes d'Israël se joignirent à eux.

Ils se rendirent chez le nouveau roi et lui dirent : « Combien de temps vas-tu attendre pour faire justice et venger nos frères ? Nous, nous étions heureux de servir ton père, de nous conduire selon ses ordres et d'observer ses décrets. Et pour cette raison, nos compatriotes nous ont traités comme des étrangers. Bien plus, ils ont tué ceux d'entre nous qu'ils trouvaient et ils ont pillé nos biens. D'ailleurs, ce n'est pas seulement sur nous qu'ils ont porté la main, mais aussi sur tous les pays voisins. Aujourd'hui, ils ont pris position autour de la citadelle de Jérusalem pour s'en emparer. Ils ont fortifié le sanctuaire ainsi que la ville de Bethsour. Si tu ne te hâtes pas de les devancer, ils en feront encore davantage et tu ne pourras plus les arrêter. »

À ces paroles, le roi se mit en colère. Il réunit tous ses amis, les commandants de son armée et ceux de la cavalerie. Des troupes mercenaires venues des royaumes étrangers et des îles de la mer se joignirent à eux. Ces forces s'élevaient ainsi à cent mille fantassins, vingt mille cavaliers et trente-deux éléphants de combat.

Ils traversèrent l'Idumée et mirent le siège devant Bethsour. Pendant de nombreux jours, ils combattirent cette ville. Ils fabriquèrent aussi des machines de guerre, mais les assiégés firent une sortie, les incendièrent et se défendirent avec courage.

Alors Judas leva le siège de la citadelle et vint camper à Bethzacharia, en face du camp du roi. Le lendemain, à l'aube, le roi lança son armée pleine d'ardeur sur le chemin de Bethzacharia. Les troupes se préparèrent à l'attaque et on sonna la trompette. On présenta aux éléphants du jus de raisin et de mûre pour les exciter au combat. Les bêtes furent réparties entre les bataillons. Près de chacune se tenaient mille hommes cuirassés de mailles et coiffés d'un casque de bronze, ainsi que cinq cents cavaliers d'élite. Ceux-ci prévenaient tous les mouvements de la bête et l'accompagnaient partout sans jamais s'en éloigner. Pour protéger chaque bête, une solide tour de bois avait été fixée sur elle par des sangles. À l'intérieur se tenaient les trois guerriers qui combattaient sur la bête, en plus de son cornac.

Le roi disposa le reste de la cavalerie sur les deux flancs de l'armée pour harceler l'ennemi et protéger les bataillons. Quand le soleil frappa de sa lumière les boucliers d'or et de bronze, les montagnes furent illuminées par leurs reflets et elles resplendirent comme des torches de feu. Une partie de l'armée royale se déploya sur les crêtes des montagnes et une autre en contrebas. Ils avançaient avec assurance et en bon ordre. L'angoisse s'emparait de tous ceux qui entendaient la rumeur de cette multitude, le bruit de sa marche et le cliquetis des armes entrechoquées, car cette armée était vraiment immense et très puissante.

Judas et son armée s'avancèrent pour engager le combat. Six cents hommes de l'armée du roi tombèrent. Éléazar, surnommé Awaran, le frère de Judas, vit que l'une des bêtes était équipée d'un harnais royal cuirassé et surpassait toutes les autres. Il supposa que le roi était dessus, alors il se sacrifia pour sauver son peuple et acquérir un nom immortel. Il se précipita avec intrépidité vers la bête au milieu du bataillon, tuant à droite et à gauche, si bien qu'on s'écarta devant lui de part et d'autre. Il se glissa sous l'éléphant et, par en dessous, lui porta un coup mortel. La bête s'écroula sur lui et il mourut sur place.

Alors, voyant la puissance du roi et l'ardeur de ses forces, ceux d'Israël se replièrent. L'armée royale monta vers Jérusalem à leur rencontre. Toute la Judée et les villes de Sion furent mises en état de siège.

Le roi fit la paix avec les gens de Bethsour, qui sortirent de la ville, car ils n'avaient pas suffisamment de vivres pour y soutenir un siège. C'était en effet l'année du repos sabbatique. Le roi s'empara de Bethsour et y établit une garnison.

Ensuite, il assiégea le sanctuaire de Jérusalem pendant de nombreux jours. Il installa des catapultes et des machines de guerre, lance-flammes, lance-pierres, lance-flèches et frondes. Pour riposter à ces machines, les assiégés en fabriquèrent aussi, et le combat se prolongea pendant de nombreux jours. Mais il n'y avait pas de provisions dans les dépôts, car c'était la septième année. En outre, les réfugiés qui étaient arrivés en Judée, après avoir été sauvés de la main des païens, avaient consommé les dernières réserves. On ne laissa donc qu'une poignée d'hommes dans le lieu saint, parce qu'on était en proie à la famine. Les autres se dispersèrent.

Or Philippe, que le roi Antiochos avait désigné avant de mourir pour élever son fils Antiochos en vue de la royauté, était revenu de Perse et de Médie avec les troupes qui avaient accompagné le roi, et il cherchait à se mettre à la tête des affaires. À cette nouvelle, Lysias se hâta de donner le signal du départ. Il dit au roi, aux généraux et aux hommes : « De jour en jour, nous n'avons que peu de vivres, la place que nous assiégeons est bien fortifiée, et les affaires du royaume reposent sur nous. Tendons maintenant la main droite à ces hommes, faisons la paix avec eux et avec toute leur nation, accordons-leur de vivre selon leurs coutumes comme auparavant. En effet, c'est parce que nous avions aboli leurs coutumes qu'ils se sont mis en colère et qu'ils ont fait tout cela. »

Ce discours fut apprécié par le roi et par les chefs. Lysias envoya à ceux d'Israël des propositions de paix, et ceux-ci les acceptèrent. Le roi et les chefs s'engagèrent envers eux par serment. Alors les assiégés sortirent de la forteresse, et le roi fit son entrée sur la montagne de Sion. Mais lorsqu'il vit les fortifications du lieu, il viola son serment et ordonna de démolir tout le mur d'enceinte. Puis il partit en toute hâte et retourna à Antioche, où il trouva Philippe qui s'était rendu maître de la ville. Il lui livra bataille et s'empara de la ville par la force.

Commentaire

On a eu quoi ? On a eu la mort d'Antiochos IV Épiphane, qui tombe malade et qui meurt dans la honte. Souvenez-vous, je vous avais dit à propos du roi Joram, dans le deuxième livre des Chroniques au chapitre 21 : c'était un roi qui allait mourir en pourrissant et en sentant extrêmement mauvais, et qui inaugurait un genre, celui du tyran qui meurt dans la honte et dans le pourrissement.

Bon, en tout cas, l'Empire séleucide veut reprendre la main, et Lysias lance une nouvelle grande expédition contre Judas. L'objectif, c'était de reprendre Jérusalem, et pour ça, il allait s'attaquer à Bethsour. Bethsour, c'était le verrou stratégique au sud que Judas Maccabée avait conquis il y a quelques chapitres. Pour le coup, on emploie même des éléphants de guerre. Alors là, c'est pour dire que c'est l'effort militaire maximal. Il y a une bataille très violente, il y a des corps à corps, il y a des assauts répétés. Et vous avez Éléazar, le frère de Judas, qui se sacrifie et qui meurt en transperçant un éléphant royal.

Alors je sais que j'ai déjà explosé la timeline et que normalement mon commentaire s'arrête. Sauf que c'est important que je m'arrête deux petites secondes sur Éléazar. Parce qu'à la rigueur, on pourrait se dire : c'est un beau geste qu'il a fait, c'est un geste héroïque. Sauf que le texte vous dit juste après que ça ne sert à rien. Parce qu'en fait, il s'est trompé : il n'y avait pas le roi sur l'éléphant. Super, bravo Éléazar.

Et juste avant, on vous disait pourquoi Éléazar avait fait ça. Et ce n'était pas du tout pour donner la victoire, parce qu'il pensait que c'était perdu. C'était pour se donner un nom éternel. Là, vous la voyez encore, la petite ambiguïté. Je vous avais parlé de la violence qui était peut-être en train de dégénérer. Et là, on est en train de chercher quoi ? On est en train de chercher à défendre la loi, ou on est en train de chercher la gloire militaire ? C'est pour ça que je voulais attirer votre attention. Il y a des petites ambiguïtés quand même dans cette guerre. Éléazar est mort, et il est mort en vain.

Toujours est-il que la bataille a été perdue pour Maccabée, et Lysias a réussi à s'avancer jusqu'à Jérusalem, à assiéger la ville. Et là, patatras, à Antioche, il y a une crise qui menace sa régence. Il est obligé de proposer une paix temporaire. On arrive à une sorte de statu quo : Lysias se rend compte qu'il ne peut pas détruire Judas, et Judas ne peut pas détruire l'Empire. Donc pour l'instant, la guerre s'arrête là.

Proverbes 22,23-24

Les mots du calomniateur, quel régal ! On s'en délecte jusqu'au plus profond.

Scorie d'argent plaquée sur un tesson : des lèvres de feu avec un cœur mauvais.


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