Jour 300 ☼ — La trahison d'Alcime et la mort de Nicanor
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 7 du premier livre des Maccabées, le frère Paul-Adrien lit l'avènement de Démétrios Ier, la montée d'Alcime qui obtient du roi séleucide la charge de grand prêtre, la trahison et le massacre des Assidéens par Bacchidès, puis la campagne de Nicanor contre Judas et sa mort à Hadasha. Le commentaire s'arrête longuement sur le personnage d'Alcime, prêtre juif hellénisant, figure de l'apostasie politique de l'intérieur et véritable anti-Mattathias. Le frère montre comment la crise du sacerdoce légitime, interrompu avec Onias III, est devenue un enjeu politique explosif, et comment la citadelle — la Cité de David — symbolise elle aussi la trahison intérieure. Il termine en invitant à reconnaître ces tentations de compromis et de manipulation dans l'Église, les familles et les entreprises.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Ah je sais, c'est peut-être pas facile, il y a une chronologie un peu décalée entre le premier livre des Maccabées et le deuxième livre des Maccabées. Croyez-moi, c'est quand même la meilleure façon de les lire, en parallèle. En attendant, pas de panique, je vous bichonne, je vous prends par la main, je m'occupe de tout, d'accord ? Laissez-vous porter.
Aujourd'hui, il y a des nouveaux personnages. Il y a Démétrios Ier, le nouveau roi séleucide, plus ferme. Nicanor, qu'on avait déjà vu, un général expérimenté : on en voit la fine fleur pour lutter contre Judas. Alcime, un prêtre juif, mais hellénisant, et qui aimerait bien devenir grand prêtre à la place du grand prêtre, grâce au pouvoir des Séleucides.
La stratégie militaire du chapitre 7 est à nouveau légèrement différente. On était jusqu'à présent dans des campagnes classiques qui étaient de plus en plus grandes, jusqu'à une opposition frontale avec même des éléphants. Oui, mais voilà, ça n'a pas suffi. Donc changement de tactique de la part des Séleucides, qui vont maintenant s'appuyer sur des traîtres intérieurs. Le conflit redevient une guerre civile. Il s'agit de soumettre Judas par la ruse, puis ensuite par la force.
Lecture : 1 Maccabées 7
En l'an 151 de l'empire grec, Démétrios, fils de Séleucos, quitta Rome et se rendit avec une poignée d'hommes dans une ville du littoral, où il inaugura son règne. Or, tandis qu'il s'avançait vers Antioche, résidence royale de ses pères, l'armée captura Antiochos et Lysias pour les lui amener. Il en fut informé et dit : « Ne me faites pas voir leur visage. » L'armée les tua, et Démétrios s'assit sur le trône royal.
Alors tous les hommes sans foi ni loi que l'on pouvait trouver en Israël se rendirent auprès de lui, sous la conduite d'Alcime, qui convoitait la charge de grand prêtre. Ils se mirent à accuser leur propre peuple devant le roi, en disant : « Judas et ses frères ont fait périr tous tes amis. Ils nous ont dispersés hors de notre pays. Envoie donc maintenant un homme de confiance : qu'il vienne voir tous les ravages dont Judas s'est rendu coupable envers nous et envers le domaine du roi, et qu'il les punisse, lui, ses frères et tous leurs auxiliaires. »
Le roi choisit Bacchidès, un des amis du roi, gouverneur de la province de Transeuphratène, un grand du royaume, fidèle au roi. Il l'envoya avec Alcime l'impie, auquel il conféra la charge de grand prêtre, et prescrivit de se venger des fils d'Israël.
Parmi les fils d'Israël, les Assidéens furent les premiers à solliciter la paix, car ils se disaient : « C'est un prêtre de la descendance d'Aaron qui est venu avec les troupes : il ne commettra pas d'injustice envers nous. » Bacchidès leur adressa des paroles pacifiques. Il leur parla de paix et leur fit ce serment : « Nous ne chercherons à vous faire aucun mal, ni à vous, ni à vos amis. » Ils le crurent. Mais lui, il fit saisir soixante hommes de leur groupe et les fit périr en un seul jour, selon la parole de l'Écriture : « Ils ont dispersé les corps de tes fidèles, ils ont versé leur sang aux alentours de Jérusalem, et personne pour les ensevelir. » Alors tout le peuple fut saisi de crainte et de terreur, et l'on disait : « Il n'y a chez eux ni vérité ni justice, car ils ont violé leur engagement et le serment qu'ils avaient fait. »
Bacchidès quitta Jérusalem et prit position à Beth-Zaïth. Il envoya capturer beaucoup d'hommes qui, pourtant, s'étaient ralliés à lui, ainsi que quelques-uns du peuple. Il les fit immoler et jeter dans le grand puits. Il remit le gouvernement de la province à Alcime et lui laissa une troupe armée pour le soutenir. Bacchidès revint auprès du roi, et Alcime lutta pour se faire admettre comme grand prêtre. Tous ceux qui troublaient le peuple se groupèrent autour de lui. Ils se rendirent maîtres de la Judée et causèrent beaucoup de torts en Israël.
Judas se rendit compte que tout le mal causé par Alcime et ses compagnons surpassait celui que les païens avaient infligé aux fidèles. Il parcourut à la ronde tous les territoires de la Judée pour tirer vengeance des déserteurs et les empêcher de circuler dans le pays.
Alcime vit que Judas et ses compagnons étaient devenus plus forts. Alors, sachant qu'il ne pourrait leur résister, il retourna chez le roi et les accabla des pires accusations.
Le roi envoya Nicanor, l'un de ses généraux parmi les plus illustres, un homme qui haïssait profondément Israël. Il lui donna l'ordre d'exterminer ce peuple. Nicanor vint à Jérusalem avec une troupe nombreuse. Il adressa à Judas et à ses frères de fausses paroles de paix. Il leur dit : « Qu'il n'y ait pas de combat entre nous. Je viendrai avec une petite escorte pour une entrevue pacifique. » En arrivant chez Judas, il le salua amicalement, mais ses soldats se tenaient prêts à capturer Judas. Celui-ci se rendit compte que Nicanor était venu chez lui avec des intentions perfides. Il eut très peur de lui et refusa l'entrevue. Nicanor comprit que son plan était dévoilé. Alors il marcha contre Judas pour le combattre près de Kaphar-Salama. Du côté de Nicanor, cinq cents hommes environ tombèrent, tandis que les autres s'enfuirent vers la Cité de David.
Après ces événements, Nicanor se rendit à la montagne de Sion. Quelques prêtres sortirent du lieu saint avec des anciens du peuple pour le saluer de manière pacifique et lui montrer l'holocauste qu'on offrait pour le roi. Mais lui les tourna en dérision. Il les outragea et proféra des paroles arrogantes. Il jura avec colère : « Si Judas et son armée ne sont pas livrés maintenant entre mes mains, et que je revienne sans encombre, je mettrai le feu à cette demeure. » Il sortit furieux. Les prêtres entrèrent et, debout devant l'autel et le temple, ils fondirent en larmes. Ils dirent : « Toi qui as choisi cette demeure pour que ton nom y soit invoqué, tu as voulu qu'elle soit pour ton peuple une maison de prière et de supplication. Exerce ta vengeance sur cet homme et sur son armée. Que l'épée les fasse périr. Souviens-toi de leur blasphème, et ne leur accorde aucun repos. »
Nicanor sortit de Jérusalem et prit position à Beth-Horon, où un contingent de l'armée syrienne vint le rejoindre. Judas prit position à Hadasha avec trois mille hommes. Il fit cette prière : « Le jour où les messagers du roi ont proféré des blasphèmes, ton ange est sorti pour frapper cent quatre-vingt-cinq mille d'entre eux. De même, aujourd'hui, écrase devant nous cette armée, et fais comprendre aux survivants que leur chef a mal parlé contre ton lieu saint. Oui, juge-le selon sa méchanceté. »
Les armées engagèrent le combat le treize du mois nommé Adar. L'armée de Nicanor fut écrasée, et lui-même fut tué le tout premier jour du combat. Lorsqu'ils virent que leur chef était tombé, les soldats de Nicanor jetèrent leurs armes et s'enfuirent. On les poursuivit sur un parcours d'une journée, depuis Hadasha jusqu'aux abords de Gazara, les trompettes sonnant derrière eux pour donner le signal. De tous les villages judéens alentour, on sortit pour les prendre de flanc et les rabattre. Tous tombèrent par l'épée. Pas un seul n'en réchappa. On ramassa le butin et les dépouilles. On coupa la tête de Nicanor et sa main droite, qu'il avait levée dans un geste d'arrogance. On les emporta pour les exposer aux abords de Jérusalem. Le peuple fut transporté de joie et fêta ce jour-là comme un grand jour d'allégresse. On décida de célébrer ce jour-là chaque année, le treize du mois nommé Adar. La Judée connut alors quelques jours de tranquillité.
Commentaire
Parlons un peu de cet Alcime — peut-être Éliakim en hébreu, ce n'est pas très clair. C'est un personnage clé dans la Bible, dans la révolte maccabéenne, mais dont on ne parle pas souvent, et pourtant il est intéressant. C'est un prêtre, un prêtre juif, qui appartient à l'aristocratie sacerdotale de Jérusalem, et il est pro-helléniste. C'est-à-dire qu'il est favorable à la politique d'Antiochos IV et de ses successeurs. Peut-être pas jusqu'à apostasier, mais un gymnase, ça ne lui ferait pas peur, et quelques compromis sur la cacherout non plus, probablement.
Après la purification du Temple par Judas Maccabée — c'était dans le quatrième chapitre — Alcime est devenu le porte-parole du parti hellénisé, qui veut restaurer le compromis avec l'empire séleucide, et qui trouve un moyen à la fois de restaurer la paix par la voie diplomatique, si je puis dire, tout en ayant un agenda personnel assez marqué par l'ambition.
Alors ça pose une question, parce qu'Alcime veut devenir grand prêtre. Très bien, mais comment est-ce qu'on devient grand prêtre ? Qui nomme les grands prêtres ? Le dernier grand prêtre fidèle, le dernier grand prêtre sadocite, issu de la lignée de Sadoc reconnue, c'était Onias III. Alors on n'en parle pas dans le premier livre des Maccabées, mais dans le deuxième livre des Maccabées, ce n'est pas faute d'en avoir parlé, avec la querelle avec son frère Jason. Enfin, avec eux s'est arrêtée la lignée légitime, la lignée sadocite. De la même manière que le roi normalement devait descendre de David, de la même manière normalement le grand prêtre devait descendre de Sadoc. Et depuis, il y a une crise, une crise religieuse : c'est la question du sacerdoce légitime, qui est devenue explosive, qui est devenue un enjeu politique.
Donc là, vous avez vu Alcime qui a obtenu de Démétrios Ier, le nouveau roi séleucide, la charge de grand prêtre officiel, en échange de quoi il promettait de soumettre Judas et les Assidéens. Et vous l'avez vu, dans ce passage, demander à Nicanor qu'on lui envoie une armée pour s'imposer. Vous l'avez vu tromper les Assidéens — les Assidéens, c'est les fidèles, c'est le groupe des purs et durs, c'est le noyau dur de l'armée. Alcime leur avait promis la paix, puis finalement il en a profité pour les exécuter. Et à la mort de Nicanor, vous l'avez vu trouver un nouveau soutien dans la personne de Bacchidès, un autre général séleucide.
Qu'est-ce que symbolise Alcime ? Alcime, c'est le visage de l'apostasie politique en interne. Ce n'est pas un tyran étranger comme Antiochos, comme Démétrios : c'est un prêtre juif. C'est donc quelqu'un qui trahit de l'intérieur, et qui représente la tentation de sacrifier la fidélité à la Loi pour conserver le pouvoir, en promettant une fausse paix obtenue par des compromis. D'une certaine manière, c'est l'anti-Mattathias. Mattathias, c'était le père de Judas, qui représentait, lui qui était prêtre, le sacerdoce pur. Comme lui, Alcime est prêtre, mais lui reçoit son sacerdoce du pouvoir païen.
Toujours avec cette trahison de l'intérieur, qui est symbolisée aussi par un lieu. Pas seulement un personnage, Alcime, qui veut être grand prêtre, mais un lieu qu'on appelle la Cité de David. La Cité de David, j'en avais déjà parlé dans un autre commentaire, c'était un des trois grands bâtiments de Jérusalem. Il y avait le Temple, le palais royal et la citadelle — une sorte de petit château à l'intérieur de la ville : ça, c'est la Cité de David. Sauf que cette Cité de David est tombée aux mains du parti helléniste, et elle est comme une épine dans le talon à Jérusalem. Elle représente elle aussi la trahison de l'intérieur, et tant qu'elle subsistera, la guerre ne sera pas totalement gagnée.
Bon, je ne sais pas si ce chapitre, on peut l'étendre à notre situation présente. Peut-être que dans l'Église, il y a aussi des tentations d'apostasie intérieure. On essaye de se trouver une place dans la société en faisant des compromis. Il y a des compromis qui sont bons, il y a des compromis qui sont mauvais. Tout ce qui s'apparente à de la ruse et de la manipulation, ça existe aussi à l'intérieur de l'Église. Ça existe probablement dans vos familles, ça existe aussi probablement dans les entreprises. Il ne faut pas s'étonner que ça existe aussi à l'intérieur de la religion.
Proverbes 26,20-28
Qui fait rouler une pierre la verra revenir sur lui. Langue menteuse a de la haine pour ses victimes, bouche mielleuse mène à la ruine.
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