CapBibliqueCapBiblique

Jour 300 ☾ — Le martyre des sept frères

← J300 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter


Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 7 du deuxième livre des Maccabées, le frère Paul-Adrien lit le récit du martyre des sept frères et de leur mère sous le règne d'Antiochus. Le commentaire montre que ce passage est, dans toute la tradition chrétienne, l'annonce la plus explicite de la résurrection de la chair, individuelle et corporelle. Chacun des sept frères ajoute une étape à cette révélation progressive, la mère intervenant au milieu comme la Sagesse qui éduque ses fils. Le septième frère complète la spiritualité du martyre d'Éléazar et celle du bras armé de Mattathias : le sang qui purifie n'est pas celui de l'impie, mais celui du juste. L'épisode se termine par une prière pour les chrétiens persécutés.

Introduction

On avait hier le testament spirituel d'un vieillard, Éléazar, qui résonnait étrangement avec cet autre testament spirituel de cet autre vieillard qu'est Mattathias dans le premier livre des Maccabées. Eh bien là, juste après, Mattathias parlait de ses cinq fils. Et là, vous allez avoir quoi ? Vous allez avoir l'histoire d'une mère qui avait sept fils. Ce n'est pas la même chose, mais là à nouveau, d'étranges résonances. Passage extraordinaire de Maccabées, chapitre 7.

Lecture : 2 Maccabées 7

Sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerfs de bœuf, le roi Antiochus voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L'un d'eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. »

Fous de rage, le roi ordonna que l'on chauffe des poêles et des chaudrons. Dès qu'ils furent brûlants, il ordonna de couper la langue de celui qui s'était fait leur porte-parole, de lui arracher la peau de la tête et de lui couper les mains et les pieds, sous les yeux de ses autres frères et de sa mère. Lorsqu'il fut complètement mutilé, le roi ordonna de l'amener près du brasier et de le faire passer à la poêle alors qu'il respirait encore.

Tandis que les vapeurs abondantes se répandaient autour de la poêle, les autres s'exhortaient mutuellement, avec leur mère, à mourir avec noblesse. Ils disaient : « Le Seigneur Dieu nous voit et en vérité nous apporte le réconfort », comme Moïse l'a clairement affirmé dans son cantique où il témoigne à la face de tous que Dieu réconfortera ses serviteurs.

Lorsque le premier fut mort de cette manière, on amena le deuxième pour le torturer. On lui arracha la peau de la tête avec les cheveux, puis on lui demanda : « Mangeras-tu, plutôt que d'être châtié dans ton corps, membre par membre ? » Mais il répondit dans la langue de ses pères : « Non ! » C'est pourquoi lui aussi subit aussitôt les mêmes sévices que le premier. Au moment de rendre le dernier soupir, il dit : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente. Mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. »

Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu'on le lui ordonna, et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C'est du ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois, je les méprise, et c'est par lui que j'espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d'âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances.

Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d'expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

On amena aussitôt le cinquième pour le tourmenter. Fixant les yeux sur le roi, il dit : « Tout mortel que tu es, tu as autorité sur les hommes et tu fais ce que tu veux. Ne t'imagine pas pour autant que notre race soit abandonnée de Dieu. Mais toi, attends ! Tu verras combien sa puissance est grande et de quelle manière il sévira contre toi-même et ta descendance. »

Après cela, on amena le sixième. Et lorsqu'il fut sur le point de mourir, il dit : « Ne te fais pas de vaines illusions. C'est à cause de nous-mêmes que nous endurons ces souffrances, pour avoir péché contre notre propre Dieu. C'est de là que viennent ces malheurs surprenants. Mais toi, ne va pas croire que tu resteras impuni pour avoir entrepris de faire la guerre à Dieu. »

Leur mère fut particulièrement admirable et digne d'une illustre mémoire. Voyant mourir ses sept fils dans l'espace d'un seul jour, elle le supporta vaillamment parce qu'elle avait mis son espérance dans le Seigneur. Elle exhortait chacun d'eux dans la langue de ses pères. Cette femme héroïque leur parlait avec un courage viril : « Je suis incapable de vous dire comment vous vous êtes formés dans mes entrailles. Ce n'est pas moi qui vous ai donné l'esprit et la vie, qui ai organisé les éléments dont chacun de vous est composé. C'est le Créateur du monde qui façonne l'enfant à l'origine, qui préside à l'origine de toute chose. C'est lui qui, dans sa miséricorde, vous rendra l'esprit et la vie, parce que, pour l'amour de ses lois, vous méprisez maintenant votre propre existence. »

Antiochus s'imagina qu'on le méprisait et il soupçonna que ce discours contenait des insultes. Il se mit à exhorter le plus jeune, le dernier survivant. Bien plus, il lui promettait avec serment de le rendre à la fois riche et très heureux s'il abandonnait les usages de ses pères. Il en ferait son ami et lui confierait des fonctions publiques.

Comme le jeune homme n'écoutait pas, le roi appela la mère et il l'exhortait à conseiller l'adolescent pour le sauver. Au bout de ses longues exhortations, elle consentit à persuader son fils. Elle se pencha vers lui et lui parla dans la langue de ses pères, trompant ainsi le cruel tyran : « Mon fils, aie pitié de moi. Je t'ai porté neuf mois dans mon sein. Je t'ai allaité pendant trois ans. Je t'ai nourri, je t'ai élevé jusqu'à l'âge où tu es parvenu, j'ai pris soin de toi. Je t'en conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre avec tout ce qu'ils contiennent. Sache que c'est Dieu qui a fait tout cela à partir de rien, et que c'est de la même manière que la race des hommes est née. Ne crains pas ce bourreau. Montre-toi digne de tes frères et accepte la mort, afin que je te retrouve avec eux au jour de la miséricorde. »

Lorsqu'elle eut fini de parler, le jeune homme déclara : « Qu'attendez-vous ? Je n'obéis pas à l'ordre du roi, mais j'écoute l'ordre de la loi donnée à nos pères par Moïse. Et toi qui as inventé toutes sortes de mauvais traitements contre les Hébreux, tu n'échapperas pas à la main de Dieu. Car nous, c'est à cause de nos propres péchés que nous souffrons. En effet, notre Seigneur qui est vivant s'est irrité un moment contre nous en vue de nous réprimander et de nous éduquer. Mais de nouveau, il se réconciliera avec ses serviteurs. Et toi, impie, le plus infâme de tous les hommes, ne t'enfle pas d'orgueil sans raison, en te berçant d'espoirs incertains, alors que tu portes la main sur les serviteurs du ciel, car tu n'as pas encore échappé au jugement du Dieu Tout-Puissant qui voit tout. Nos frères maintenant ont supporté une épreuve passagère pour une vie intarissable. Ils sont tombés à cause de l'alliance de Dieu. Mais toi, par le jugement de Dieu, tu recevras le juste châtiment de ton arrogance. Quant à moi, comme mes frères, je me livre corps et âme pour les lois de nos pères, en suppliant Dieu de se montrer bientôt favorable à la nation et de t'amener, par des épreuves et des fléaux, à confesser que lui seul est Dieu. Je prie aussi pour que la colère du Tout-Puissant, justement déchaînée sur l'ensemble de notre race, prenne fin avec ma mort et celle de mes frères. »

Fous de rage, exaspéré par la moquerie, le roi s'acharna contre ce dernier plus cruellement encore que contre les autres. Le jeune homme mourut donc, pur de toute souillure, mettant toute sa confiance dans le Seigneur. Enfin, après tous ses fils, la mère mourut la dernière.

Nous en resterons là pour le récit des repas sacrilèges et des tourments sans mesure.

Commentaire

Le passage par excellence dans lequel toute la tradition chrétienne a vu l'annonce la plus explicite non seulement de la résurrection, mais de la résurrection de la chair. Parce que oui, on en a déjà touché un mot avec le rétablissement, le rétablissement final dans Isaïe, avec Ézéchiel qui parlait de la prophétie des ossements desséchés. Mais vous voyez, par exemple, Ézéchiel qui parlait d'une vallée remplie d'ossements que l'Esprit Saint allait faire revivre : on avait déjà plus ou moins une annonce de la résurrection de la chair, même si on sentait bien qu'il pouvait y avoir des interprétations politiques. Mais surtout, c'était une résurrection collective. C'était le peuple qui allait ressusciter. Ce n'était pas telle et telle personne. L'individualité avait été comme gommée dans la mort.

Et vous allez me dire : dans le livre de la Sagesse, on a bien parlé d'une résurrection des justes. Oui, mais pour le coup, cette fois-ci, c'était bien une résurrection individuelle, mais on ne parlait pas de la résurrection des corps. Alors que là, vous avez, de manière propre, claire et nette, l'affirmation d'une résurrection de la chair, individuelle, qui vous concerne vous, qui concerne votre prochain, qui concerne ceux qui sont morts avant vous, qui concerne tout le monde. C'est le passage dans la Bible.

Et comme l'auteur fait bien les choses, il vous propose de continuer à méditer sur ce thème-là à travers l'histoire d'une mère qui avait sept enfants. Coup double, parce que d'abord c'est un appel à l'émotion : on tremble avec cette mère, et en plus on stresse avec une montée en gradation. Et jackpot pédagogique, parce que ça permet sept étapes pour expliquer ce qu'est la résurrection.

Premier frère, première étape, qui déclare être prêt à mourir plutôt que de transgresser la loi de nos pères. Et il meurt dans la miséricorde de Dieu. Pas de théologie de l'au-delà très développée, mais on vous rappelle ce qui fait le sens de la vie, à savoir la suite du Christ.

Deuxième frère, deuxième étape :

Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais le roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle.

On affirme la résurrection.

Troisième frère, troisième étape, on va encore plus loin :

C'est du ciel que je tiens ces membres, mais j'espère les retrouver.

On commence à donner des détails sur la résurrection : il n'y a pas seulement une résurrection de l'âme, mais du corps. Et on progresse, on progresse.

Quatrième frère :

Mieux vaut mourir par la main des hommes… tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie.

Ce que cette réponse ajoute maintenant aux autres, c'est qu'il y a un sort différencié après la mort entre les justes et les méchants.

On continue la progression. Cinquième frère :

Mais toi, attends ! Tu verras combien sa puissance est grande et de quelle manière il sévira contre toi-même et ta descendance.

On rentre un peu plus dans les détails : c'est quoi le sort qui attend les méchants après la mort ? Ce n'est pas tellement qu'ils ne vont pas ressusciter — ça, on avait l'impression que c'est ce que disait le livre de la Sagesse — mais c'est plutôt qu'ils verront la vengeance de Dieu.

Sixième frère, qui, à la lumière de la résurrection, est maintenant capable de comprendre le sens des souffrances qu'il endure, comme un temps d'épreuve et de purification. Et là, vous avez vu comment, à chaque fois, on avait progressé.

Petit break : la mère monte sur la scène et fait sa péroraison. On a l'impression d'une tragédie grecque. Une péroraison quasi philosophique dans laquelle elle rappelle que la vie est un mystère, l'origine surnaturelle de la vie. On ne sait pas d'où ça vient. Ce n'est pas tout à fait un hasard si on ne sait pas non plus exactement où elle va. À l'origine surnaturelle de la vie correspond une destination surnaturelle. Cette mère qui voit ses fils mourir, c'est quasiment la Sagesse qui exhorte ses fils. Sauf que la Sagesse, ici, n'est pas présentée sous les traits d'une épouse, mais de la mère qui fait l'éducation de ses fils.

Arrive le septième frère, qui reprend tout ce qu'ont dit ses autres frères, mais qui va ajouter deux petites choses. La première, d'un point de vue politique, c'était pour rappeler que si, au début du deuxième livre des Maccabées, quand l'Empire fait bien son travail, le Temple et la religion juive vont venir le consolider, à l'inverse, quand l'Empire fait mal son travail et qu'il devient autoritaire, cette fois-ci la religion juive va devenir un ferment de subversion. Vous relirez, c'est dans le texte.

Il rajoute une deuxième chose extraordinaire, magnifique. Je vous cite, verset 38 :

Je prie aussi pour que la colère du Tout-Puissant, justement déchaînée sur l'ensemble de notre race, prenne fin avec ma mort et celle de mes frères.

Et ça, c'est très beau, parce que ça vient compléter à la fois la spiritualité du martyre qu'Éléazar avait présentée et compléter la spiritualité du bras armé que Mattathias avait, lui aussi, présentée. Ce que ce septième frère ajoute par rapport à Éléazar, c'est qu'il offre sa vie par amour pour la communauté, pour la justifier. Et ce que maintenant il ajoute par rapport à Mattathias, qui avait tué l'apostat juif sur un autel pour purifier par le sang impie l'outrage qui venait d'être fait, c'est le rappel que le véritable sang qui purifie, ce n'est pas celui de l'impie qui a commis la faute, mais c'est celui du juste. C'est le sang du juste qui justifie la multitude. Et là, vous êtes dans le martyre chrétien.

Prière

En guise de prière, parce que j'ai été long, je vous propose, là où vous êtes, en voiture, à la cuisine ou ailleurs, de prendre une ou deux minutes et de prier pour tous les chrétiens persécutés.

Ce sont eux nos maîtres, et nous sommes leurs disciples.


← J300 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter