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Jour 301 ☼ — Alliance avec Rome : espoir ou illusion ?

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Résumé : Après un rappel sur les structures concentriques de la Bible, le frère Paul-Adrien annonce que le chapitre 8 se situe exactement au milieu du premier livre des Maccabées — et que la pièce centrale de tout l'édifice est un traité d'alliance avec Rome. La lecture déroule l'éloge de la puissance romaine, ses victoires, son Sénat de 320 membres, puis le texte même de l'accord gravé sur des tables de bronze. Le commentaire montre que Rome est présentée comme un contre-modèle politique face à l'arbitraire séleucide, et pose la question que l'auteur glisse à mots couverts : les Maccabées sont-ils prêts à s'inspirer de ce qu'ils admirent ? Au-delà du calcul diplomatique, le frère y voit le rêve d'une fraternité entre nations — reconnaissance mutuelle, générosité, gratuité — peut-être la manière dont les prophéties d'Isaïe devraient s'accomplir. L'épisode se termine par Proverbes 27, 1-5.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Si vous suivez ce podcast depuis longtemps, et je suppose que oui, vous allez quand même commencer à comprendre la manière dont la Bible structurait les textes, ce dont je n'arrête pas de vous parler. Alors, on l'appelle de plusieurs manières, mais la manière la plus simple, c'est de parler des structures concentriques. Moi, j'aime bien parler aussi de pyramide, parce qu'il y a une montée, il y a une descente. Alors, il faut m'imaginer que la première marche correspond à la toute dernière marche. Vous avez monté, puis ensuite vous avez descendu. Que la deuxième marche va correspondre ensuite à l'avant-dernière marche, et que ça se répond. Et c'est ainsi qu'on arrive, de marche en marche qui se répondent, à ce qu'il y a de plus haut, ou ce qu'il y a de plus profond, je ne sais pas comment il faut dire, mais la thèse centrale du propos, qui est, dans cette structure concentrique, située au milieu.

Alors nous, ça nous déroute, parce qu'on a une pensée linéaire, et ce qu'il y a de plus important, on le met au début. Oui, mais à cette époque-là, on est dans une culture orale. Je ne sais pas si le texte des Maccabées était fait pour être transmis à l'oral en l'ayant appris par cœur, mais en tout cas, dans cette culture orale, quand vous apprenez toujours tout par cœur, ça se passe différemment dans votre tête, parce que dans votre imaginaire, dans votre mémoire, il y a des liens qui se font de manière naturelle, et c'est pour ça qu'on met généralement ce qu'il y a de plus important au milieu. C'est une autre manière de vivre sa pensée.

Pourquoi est-ce que je vous dis tout ça ? Je vous dis tout ça parce qu'aujourd'hui, nous sommes dans le huitième chapitre, et que le huitième chapitre, messieurs, mesdames, il est exactement situé au milieu du livre des Maccabées. Alors, bravo à vous, parce que ça veut dire que vous avez fait la première moitié, mais moi je vous ai surtout dit ça pour que maintenant vous ouvriez vos oreilles, parce que là, il va se passer quelque chose d'important. Oui, mais quoi ? Eh bien, quelque chose, je pense que personne ne l'aura vu venir, donc je ne spoile pas, vous le découvrez en direct. Premier livre des Maccabées, chapitre 8.

Lecture : 1 Maccabées 8

Judas a entendu parler des Romains. C'étaient de vaillants guerriers, mais bien disposés envers tous ceux qui se rangeaient à leurs côtés, et accordant leur amitié à tous ceux qui venaient à eux.

On lui raconta leurs guerres et les exploits accomplis par eux chez les Gaulois, qu'ils avaient vaincus et soumis à l'impôt. On lui raconta aussi tout ce qu'ils avaient fait dans la province d'Espagne pour s'emparer des mines d'argent et d'or qui s'y trouvaient. Ils s'étaient rendus maîtres de tout ce pays grâce à leur habileté et à leur persévérance, car ce pays était fort éloigné de chez eux.

Les rois, venus des extrémités de la terre pour les attaquer, ils les avaient finalement écrasés, en les frappant durement, tandis que d'autres devaient leur payer un tribut chaque année. Philippe et Persée, rois des Macédoniens, et tous ceux qui s'étaient dressés contre eux, ils leur avaient fait la guerre et les avaient combattus.

Antiochos, le grand roi de l'Asie, avait entrepris de les combattre avec cent vingt éléphants, de la cavalerie, des chars et une armée très nombreuse. Lui aussi avait été écrasé devant eux. Les Romains l'avaient capturé vivant et l'avaient obligé, lui et ses successeurs, à verser un lourd tribut. Il avait dû livrer des otages et céder le pays indien, la Médie et la Lydie, parmi ses plus belles provinces, au profit du roi Eumène.

Les habitants de la Grèce, eux aussi, avaient décidé d'aller exterminer les Romains. Quand ceux-ci l'apprirent, ils envoyèrent un seul général pour leur faire la guerre. Il y eut beaucoup de victimes parmi les Grecs. Leurs femmes et leurs enfants furent emmenés en captivité. Les Romains pillèrent leurs biens et se rendirent maîtres de leur pays. Ils démantelèrent leurs forteresses et les réduisirent à une servitude qui dure jusqu'à ce jour.

Les autres royaumes et les îles, tous ceux qui leur avaient résisté, ils les avaient dévastés et asservis. Mais envers leurs amis et ceux qui s'appuyaient sur eux, ils gardaient leur amitié. Ils soumettaient les rois proches ou lointains, si bien qu'en entendant parler leurs noms, tout le monde les redoutait. Ceux dont ils voulaient soutenir la royauté régnaient, mais ils déposaient aussi ceux qu'ils voulaient. Ils étaient à l'apogée de leur puissance.

Pourtant, pas un seul d'entre eux n'avait porté le diadème et revêtu le manteau de pourpre en signe de gloire personnelle. Ils s'étaient donné un Sénat, dont les trois cent vingt membres se réunissaient chaque jour pour délibérer en permanence des affaires du peuple et en assurer le bon ordre. Ils confiaient chaque année à un seul homme la charge de les gouverner et d'exercer la domination sur tout leur territoire. Tous lui obéissaient, à lui seul, sans qu'il n'y ait chez eux ni envie, ni jalousie.

Judas choisit Eupolème, fils de Jean, fils d'Akkos, et Jason, fils d'Éléazar. Il les envoya à Rome pour conclure amitié et alliance. Il espérait ainsi que les Romains, voyant le joug de servitude imposé à Israël par le royaume des Grecs, l'en délivreraient.

Ces hommes se rendirent donc à Rome. Au bout d'un très long voyage, ils entrèrent au Sénat et prirent la parole. Ils dirent : « Judas, celui que l'on surnomme Maccabée, ainsi que ses frères et tout le peuple des Juifs, nous ont envoyés pour conclure avec vous une alliance de paix, afin d'être inscrits au nombre de vos alliés et amis. »

Cette affaire parut bonne aux yeux des Romains. Voici la copie de la lettre qu'ils gravèrent sur des tables de bronze et qu'ils envoyèrent à Jérusalem pour y être un mémorial de paix et d'alliance :

« Prospérité aux Romains et à la nation des Juifs, sur mer et sur terre, à jamais ! Loin d'eux l'épée et l'ennemi ! Mais si une guerre menace Rome la première, ou l'un de ses alliés en tout lieu où s'exerce sa domination, la nation des Juifs combattra avec elle, de tout cœur, selon les exigences du moment. Aux combattants, on ne donnera rien, on ne fournira ni blé, ni arme, ni argent, ni vaisseau. Ainsi en a décidé Rome. Ils tiendront leurs engagements sans rien recevoir en échange.

De même, si une guerre touche d'abord la nation des Juifs, les Romains combattront avec elle de toute leur âme, selon les exigences du moment. Aux alliés, on ne donnera ni blé, ni arme, ni argent, ni vaisseau. Ainsi en a décidé Rome. Ils tiendront leurs engagements loyalement.

C'est en ces termes que les Romains ont statué avec le peuple des Juifs. Si les uns ou les autres décident d'ajouter ou de retrancher quelque chose à ces termes, ils devront le faire d'un commun accord. Toutes ces additions ou suppressions seront alors valables de plein droit.

Quant au roi Démétrios, qui accable de malheur le peuple d'Israël, nous lui avons écrit en ces termes : "Pourquoi fais-tu peser ton joug sur les Juifs, nos amis et alliés ? S'ils se plaignent encore de toi, nous soutiendrons leur cause et nous te combattrons sur mer et sur terre." »

Commentaire

Qui l'eût cru ? Ce qu'il y a de plus haut ou de plus profond, la pièce centrale du livre des Maccabées ? C'est un traité avec Rome.

Alors peut-être que, de votre part, il y avait une petite pointe de déception, parce que je vous avais bien teasé en introduction sur l'aspect central de ce chapitre. Vous vous êtes dit : « Je m'attendais à une bataille, je m'attendais à quelque chose. Et à la place de ça, j'ai quoi ? J'ai un traité avec les Romains. Mais ce n'est pas comme si je ne connaissais pas l'histoire de Rome. » Et vous êtes déçu.

Vous cherchez l'alliance et l'amitié. Ça vous paraît peut-être normal, mais les Juifs, qui ont la plus belle religion du monde, aller voir des païens ! C'est la première fois dans la Bible où on vous parle comme ça d'un traité d'alliance politique. Et qui plus est, avec les Romains, qui seront par la suite haïs. Donc on reprend ça pour ne pas que vous passiez à côté, parce que ça va éclairer, à partir de maintenant, une certaine manière de lire le livre des Maccabées.

On est vers moins 160 avant Jésus-Christ. Rome est déjà une grande puissance méditerranéenne. Elle a déjà battu Carthage. Elle domine la Macédoine et la Grèce. Et elle commence, à cette époque-là, à agir comme arbitre entre les royaumes hellénistiques, à essayer d'équilibrer la puissance de la Macédoine, des Séleucides en Asie Mineure, des Ptolémées en Égypte. C'est la force montante qui commence à devenir le gendarme de la région. Donc on comprend l'intérêt de s'allier avec elle, parce que Rome n'a jamais cherché, pour l'instant, à coloniser et à envahir, et on essaye de s'attirer ses bonnes grâces. Si jamais elle veut jouer au gendarme, très bien, qu'elle le fasse. Après tout, on avait déjà eu, avant Rome, l'Empire perse qui, à la différence des empires hellénistiques, lui, avait bien fait son boulot.

Maintenant, regardez comment Rome est présentée. Et c'est là que ça devient intéressant. C'est ce qui est dit dans les versets 15-16 que vous venez d'entendre :

Les Romains se confient à un Sénat de trois cent vingt membres, qui se réunit chaque jour pour délibérer sur le bien public. Ils placent leur confiance non en un seul roi ou tyran, mais dans le conseil commun.

À cette époque-là, Rome n'est pas encore un empire, c'est une république confiée à un Sénat. Donc ce qu'on vous présente, en fait, c'est un contre-modèle politique en face de l'empire séleucide. Les Séleucides, c'est l'arbitraire royal : Antiochus IV, Démétrios Ier. Rome, c'est la garantie contre la tyrannie individuelle. C'est un pouvoir partagé. Bien sûr, à cette époque-là, le Sénat romain est déjà gangrené par les rivalités internes, mais vu de Judée, pour les Maccabées, c'est une leçon de gouvernement collectif.

Et c'est là où il commence à y avoir un tout premier petit truc. Parce que ce souci du bien commun, ce rempart contre l'ambition personnelle qu'est Rome — fantasmée ou pas, peu importe —, c'est une critique des Séleucides. Eh bien oui, mais si on va jusqu'au bout, ça devient aussi un modèle que les Juifs devraient imiter. Et donc, à mots couverts, le texte pose une question. Ce que l'auteur est en train de dire aux Maccabées, c'est : très bien, vous cherchez l'alliance de Rome, mais est-ce que vous êtes prêts à vous inspirer de Rome ?

Est-ce que Judas Maccabée est prêt à s'inspirer de ce consul ? Verset 16 :

Ils confiaient chaque année à un seul homme la charge de les gouverner et d'exercer la domination sur tout leur territoire, et tous lui obéissaient, sans jalousie.

Ça, c'est le consul. Mais si c'est pour une année, ça veut dire qu'au terme de l'année, le consul était censé remettre le pouvoir. Est-ce que Judas Maccabée, lui qui admire Rome, qui va chercher leur alliance, est-ce qu'il est prêt à jouer ce jeu-là ? Pour l'instant, c'est juste une question, on verra par la suite, mais maintenant, la question est posée.

Et même, ça va encore plus loin. C'est là où je vous dis : c'est un passage très important, à mon avis, dans la Bible. Parce que ce qu'on essaye d'envisager avec Rome, c'est pas seulement un modèle politique, c'est aussi une nouvelle manière de se comporter entre nations. Vous vous souvenez que normalement, dans les prophéties, toutes les nations doivent converger vers Jérusalem. Très bien, mais concrètement, ça va se passer comment ? Eh bien, c'est là que ce traité vous dit comment ça devrait se passer. Parce que ce que ce traité envisage, c'est une reconnaissance mutuelle, un respect mutuel, une générosité, et même une gratuité, une amitié. C'est très étonnant, écoutez ça : verset 26, c'est Rome qui parle.

Alors, personne n'est dupe : nous qui venons après, on a bien vu la politique agressive, coloniale, de Rome. Mais vraie ou fausse, peu importe ; vu de Judée, il y a peut-être un fantasme ici, n'empêche qu'il y a un rêve derrière. Et c'est étonnant que ce soit à travers la bouche de nations païennes, qui prophétisent sans le savoir, que ce rêve soit donné. Un rêve non seulement de construction politique intérieure, où c'est la République et le bien commun qui prévalent contre l'ambition personnelle, avec des structures adéquates — et petite parenthèse : ce sera quoi, les structures adéquates chez les Juifs ? On a vu que c'était compliqué du côté du grand prêtre. Mais il y a aussi un rêve de fraternité mondiale.

C'est peut-être ça, la manière dont les prophéties d'Isaïe devraient s'accomplir, quand les nations convergeront vers Jérusalem. Si jamais ça ne se fait pas par amitié, par respect, générosité et gratuité, ça se fera comment ? C'est quand même très, très étonnant.

Au début du livre des Maccabées, on savait pour quoi on se battait : on se battait pour la Loi. Si jamais vous regardez bien, ça fait quand même quelques chapitres où on n'en parle plus beaucoup, du zèle pour la Loi. Et c'est pas forcément une critique quand je dis ça, parce que le Temple a été restauré, donc les raisons d'aller en guerre, elles évoluent. Mais voilà que justement, maintenant, l'auteur vous dit : voilà les raisons, aussi profondes, pour lesquelles vous devriez vous battre. Devenez une Rome du Proche-Orient.

Proverbes 27,1-5

Ne te félicite pas du lendemain, tu ne sais pas ce qu'aujourd'hui va enfanter.

Qu'un autre te loue, mais pas ta bouche, n'importe qui, mais pas tes lèvres.

Ça pèse, la pierre, c'est lourd, le sable, plus lourd encore les humeurs d'un sot.

La rage est sans pitié, la colère impétueuse, mais qui tiendra devant la jalousie ?

Mieux vaut franche critique qu'amitié hypocrite.


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