Jour 301 ☾ — judas, juge et libérateur
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Résumé : Après les chapitres du martyre d'Éléazar et des sept frères, le deuxième livre des Maccabées remet en scène Judas Maccabée et ses premières campagnes contre Nicanor, Gorgias, Timothée et Bacchidès. Le frère Paul-Adrien souligne que tout commence par la prière : avant le premier coup d'épée, la bataille est présentée comme une suite du martyre, et la colère de Dieu changée en miséricorde. Le commentaire montre comment Judas fait la synthèse entre spiritualité du martyre et spiritualité de la guerre sainte, en partant de la première pour donner sa juste place à la seconde. Derrière Judas se dessine alors non pas l'ombre des rois, mais celle des juges d'Israël, Gédéon en tête. L'épisode s'achève par une prière pour les militaires.
Introduction
On était dans le premier livre des Maccabées, on retourne dans le deuxième livre des Maccabées. Ça y est, la bascule s'est faite. C'était les deux derniers chapitres, les chapitres 6 et 7. Nous arrivons maintenant dans une deuxième partie, mais vous savez maintenant la perspective théologique de l'auteur. Et cette fois-ci, on peut y aller. Il n'y a plus de risque de se tromper.
Quand on va vous parler des événements militaires, vous ne serez plus éblouis par les fastes de la gloire. On vous a mis suffisamment d'intertextes pour que vous arriviez à deviner, à travers les petits détails du texte, les critiques et les louanges que Dieu adresse aux hommes, à cheval entre deux spiritualités : la spiritualité de la guerre sainte et celle du martyre.
Donc on peut y aller. On remet en scène notre héros national, Judas Maccabée, maintenant qu'on a changé l'éclairage de la scène. On va voir ce qu'il devient. Deuxième livre des Maccabées, chapitre 8.
Lecture : 2 Maccabées 8
Or Judas, appelé aussi Maccabée, et ses compagnons s'introduisaient furtivement dans les villages et faisaient appel à leurs frères de race, réunissant ceux qui demeuraient fidèles au judaïsme. Ils en rassemblèrent environ six mille.
Ils suppliaient le Seigneur de poser son regard sur le peuple que tous opprimaient, d'avoir compassion pour le temple profané par les impies, de prendre en pitié la ville que l'on dévastait et qu'on allait réduire au ras du sol. Ils le suppliaient d'écouter le sang qui criait jusqu'à lui, de se souvenir du massacre criminel des petits enfants innocents et de déchaîner sa haine du mal en raison des blasphèmes proférés envers son nom.
Dès que Judas Maccabée eut une troupe organisée, les païens furent incapables de lui résister, car la colère du Seigneur s'était changée en miséricorde. Survenant à l'improviste, ils incendiaient villes et villages, s'emparaient des positions favorables, mettaient en fuite un grand nombre d'ennemis, choisissant surtout la complicité des nuits pour de telles expéditions. La renommée de sa bravoure se répandait partout.
Voyant que cet homme progressait peu à peu et remportait des succès toujours plus fréquents, Philippe écrivit à Ptolémée, le gouverneur militaire de Coelé-Syrie et de Phénicie, de venir au secours des affaires du roi. Sans retard, celui-ci désigna Nicanor, fils de Patrocle, du rang des premiers amis du roi, et l'envoya à la tête d'au moins vingt mille hommes de diverses nations pour exterminer la race juive tout entière. Il lui adjoignit Gorgias, un général qui avait l'expérience des choses de la guerre.
Nicanor se proposait d'acquitter pour le roi le tribut de deux mille talents dû aux Romains, au moyen de la vente des Juifs que l'on ferait prisonniers. Il s'empressa donc d'envoyer aux villes de la côte l'invitation de venir acheter des esclaves juifs, promettant d'en livrer quatre-vingt-dix pour un talent. Il ne s'attendait pas au jugement qui devait s'ensuivre pour lui de la part du Tout-Puissant.
La nouvelle de l'avance de Nicanor parvint à Judas. Quand celui-ci eut averti ses compagnons de l'approche de l'armée ennemie, les lâches et ceux qui manquaient de confiance dans le jugement de Dieu s'enfuirent de tous côtés et gagnèrent d'autres lieux. D'autres mettaient en vente tout ce qui leur restait, et priaient le Seigneur de les délivrer de l'impie Nicanor, qui les avait vendus avant même que la rencontre eût lieu. Ils le suppliaient d'intervenir, sinon à cause d'eux-mêmes, du moins en raison des alliances en faveur de leurs pères, et parce que son nom, vénérable et plein de majesté, avait été invoqué sur eux.
Judas Maccabée rassembla ceux qui l'entouraient. Ils étaient au nombre de six mille. Il les exhortait à ne pas être frappés de crainte devant l'ennemi, à ne pas s'inquiéter du très grand nombre des païens qui marchaient contre eux injustement, mais à combattre noblement. Il les encourageait à garder devant les yeux l'outrage criminel commis par ces gens contre le lieu saint, les tourments infligés à la ville ravagée. « Ceux-là, disait-il, mettent leur confiance à la fois dans les armes et dans leurs actions téméraires. Mais nous, nous mettons notre confiance en Dieu tout-puissant, qui peut d'un seul signe de tête renverser aussi bien ceux qui marchent contre nous que le monde tout entier. »
Il leur rappela en outre les cas de protection divine qui avaient eu lieu en faveur de leurs ancêtres, notamment sous le règne de Sennachérib, lorsque cent quatre-vingt-cinq mille hommes avaient péri, et la bataille livrée en Babylonie contre les Galates. Ce jour-là, les Juifs qui avaient pris part à l'action étaient en tout huit mille hommes aux côtés des quatre mille Macédoniens. Or, les Macédoniens se trouvant dans une situation critique, les huit mille avaient fait périr cent vingt mille hommes grâce aux secours qui leur étaient venus du Ciel, et ils en avaient tiré un avantage important.
Après avoir galvanisé ses compagnons et les avoir rendus prêts à mourir pour les lois et la patrie, Judas divisa l'armée en quatre corps. À la tête de chaque unité, il plaça ses frères Simon, Joseph et Jonathan, chacun ayant quinze cents hommes sous ses ordres, et en outre Éléazar. Il fit la lecture du Livre saint, puis donna pour mot d'ordre : « Secours de Dieu ». Il prit personnellement la tête du premier détachement et engagea le combat avec Nicanor.
Le Tout-Puissant s'était fait leur allié. Ils égorgèrent plus de neuf mille ennemis, blessèrent et mutilèrent la plus grande partie des soldats de Nicanor et les mirent tous en fuite. Ils prirent aussi l'argent de ceux qui étaient venus pour les acheter. Après les avoir poursuivis assez loin, ils revinrent sur leurs pas, pressés par l'heure, car c'était la veille du sabbat, motif pour lequel ils ne s'attardèrent pas à courir derrière eux.
Quand ils eurent ramassé les armes et enlevé le butin des ennemis, ils célébrèrent le sabbat. Ils multiplièrent les bénédictions et les louanges au Seigneur qui les avait sauvés, qui avait fixé à ce jour-là la première manifestation de sa miséricorde à leur égard. Après le sabbat, ils distribuèrent une part du butin aux victimes de la persécution, aux veuves et aux orphelins. Ils partagèrent le reste entre eux et leurs enfants. Après avoir accompli cela, ils adressèrent au Seigneur miséricordieux une supplication commune pour le prier de se réconcilier définitivement avec ses serviteurs.
Se mesurant avec les soldats de Timothée et de Bacchidès, ils en tuèrent plus de vingt mille. Ils se rendirent totalement maîtres de hautes forteresses. À nouveau, ils se partagèrent leur importante prise de guerre en deux parts égales, l'une pour eux-mêmes et l'autre pour les victimes de la persécution, les orphelins et les veuves, sans oublier les vieillards. Ayant ramassé les armes des ennemis, ils prirent soin de les rassembler toutes dans des endroits favorables. Le reste du butin, ils le portèrent à Jérusalem. Ils tuèrent le commandant des soldats de Timothée, un homme des plus pervers, qui avait plongé les Juifs dans une grande affliction.
Lorsqu'ils célébrèrent dans leur patrie les fêtes de la victoire, ils brûlèrent ceux qui avaient incendié les portails sacrés et qui s'étaient réfugiés avec Callisthène dans une même petite maison. Ces hommes reçurent ainsi le digne salaire de leur impiété.
Nicanor, ce triple scélérat qui avait fait venir les mille marchands pour la vente des Juifs, se trouva humilié grâce à l'intervention du Seigneur par ceux-là mêmes qu'il considérait comme ce qu'il y avait de plus bas. Il ôta son habit d'apparat et, s'isolant de tous les autres, il traversa l'intérieur des terres à la manière d'un fugitif. Par une chance extraordinaire, il arriva ainsi à Antioche, alors que son armée avait été détruite. Lui qui s'était engagé à régler le tribut que l'on devait aux Romains avec le produit de la vente des prisonniers de guerre de Jérusalem, il proclama que les Juifs avaient un défenseur et qu'ils étaient invulnérables par le fait même qu'ils suivaient les lois édictées par ce défenseur.
Commentaire
Ce deuxième livre des Maccabées, il y a quelque chose qui est génial là-dedans. Alors vraiment, je peux quand même le dire, je ne m'attendais pas à trouver ça dedans. J'ai un très bon commentaire, c'est-à-dire Jacques Cazeaux, La guerre sainte n'aura pas lieu. C'est lui qui m'a mis sur la piste. Moi, ce que je fais, c'est que je vais jusqu'au bout. Et allant jusqu'au bout, ce que j'ai découvert, c'est cette tension entre spiritualité de la guerre sainte et spiritualité du martyre.
Et que, par exemple, dans ce chapitre, j'y découvre un nouveau coup de génie. Et je pèse mes mots, parce que ce sont des questions quand même très importantes sur toute cette question : violence, religion, fanatisme, angélisme, etc. Ce qu'on vous montre dans ce chapitre, c'est comment, concrètement, il y a un homme, Judas Maccabée, qui a réussi à faire la synthèse entre ces deux spiritualités. Et même, on peut aller plus loin : il part de la spiritualité du martyre, qui est première. Et c'est à partir de ça qu'il peut donner une juste place à la spiritualité de la guerre sainte.
Regardez, c'était les versets 1 à 3 :
Judas Maccabée et ses compagnons, se glissant de village en village, rassemblaient les fidèles […] pour appeler le Seigneur à regarder le peuple opprimé, le temple profané, la ville dévastée, et à venger le sang injustement répandu.
Avant même le premier coup d'épée, la prière vous dit que la bataille qui va s'engager, c'est une suite du martyre. Ce qui veut quand même dire que le zèle pour la Loi, ceux qui l'exemplifient le mieux, ce ne sont pas les guerriers, ce sont les martyrs. Ce n'est même pas tellement que les martyrs justifient la guerre sainte — ça va plus loin. C'est que c'est la prière des martyrs qui non seulement donne la victoire, mais qui donne ce pourquoi on se bat. Et ce pourquoi on se bat, ce n'est pas la vengeance, c'est la miséricorde.
Regardez ce verset très étonnant :
Dès que Judas Maccabée eut une troupe organisée, les païens furent incapables de lui résister, car la colère du Seigneur s'était changée en miséricorde.
Et pour le coup, ce verset, il vient d'Éléazar et des sept frères. C'est eux qui ont su voir en Dieu, derrière sa colère, une miséricorde prête à se réveiller.
C'est ainsi que chaque victoire de Judas Maccabée va être liée au martyre et à la justice divine. Et à chaque fois, Judas vérifie cette articulation entre les deux en mettant, avant les combats, la prière et le jeûne. Vous voyez comment, par exemple, avant de combattre Nicanor et Gorgias, il ordonne trois jours de jeûne. La bataille ici devient ritualisée, sacralisée. Le but étant de mettre au centre de l'engagement non pas la vengeance, ni même la défense nationale d'ailleurs, mais plutôt ce jugement divin que le martyre a anticipé. Ça, c'est une vision totalement différente de la guerre sainte, si vous regardez bien.
Et c'est ainsi que la posture de Judas Maccabée commence à gagner en clarté. Dans le premier livre des Maccabées, on ne sait pas très bien s'il s'agit de quelqu'un qui est pieux, zélé pour la Loi, d'un chef militaire, de quelqu'un qui est en train de prendre le pouvoir. C'est tout ça en même temps. Mais voilà qu'on est en train de préciser les choses ici, en vous disant que derrière Judas Maccabée se dessine l'ombre non pas des rois, mais des juges. Au sens de Gédéon, par exemple, dont il est fait mention explicite. C'était le verset 19 :
Il leur rappela comment leurs pères, délivrés par le Ciel, avaient abattu cent vingt mille hommes en une seule journée, sous Gédéon.
Et c'est ainsi que vous voyez Judas Maccabée exhorter comme les juges d'Israël, que vous voyez Judas adopter des stratégies militaires comme les juges d'Israël avant lui, où ce n'étaient pas des grands plans de bataille avec des milliers d'hommes, mais c'étaient plutôt des stratégies par la ruse, par l'intelligence, vues ici comme la providence divine qui donne la victoire du faible sur le fort, comme David contre Goliath.
À travers les juges, c'est un ancien idéal biblique que Judas Maccabée est en train d'exhumer du passé. Un idéal qui sent bon le lieu où Israël était encore à peine sorti du désert, plus proche de Dieu. Je vous laisse méditer sur cette notion de guerre sainte qu'on a complètement retournée. Nous prions maintenant.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Nous te prions, Seigneur, pour tous les soldats, pour tous les militaires, pour tous les généraux, pour tous ceux qui sont engagés dans la défense armée et du bien commun et de leur nation.
Nous te demandons, Seigneur, qu'ils deviennent saints et qu'ils arrivent à vivre en eux cette double spiritualité, celle du martyre et de la guerre sainte ; qu'ils ne perdent pas leur âme au combat — et cela vient si vite — mais qu'ils soient fortifiés par toi et qu'ils soient fiers de ce qu'ils font.
Seigneur, nous te confions tous nos militaires, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.