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Jour 302 ☼ — La mort de Judas Maccabée

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Résumé : Cet épisode lit le chapitre 9 du premier livre des Maccabées : la dernière bataille de Judas à Elassa, sa mort, le deuil d'Israël, puis la prise de commandement par son frère Jonathan, ses coups de main contre les fils de Jambri, la fuite au Jourdain, la mort d'Alkime et l'échec final de Bacchidès. Le commentaire lit ce chapitre comme la grande bascule du livre : le héros qui incarnait l'idéal des Juges tombe, et la machine se grippe. Le frère relève trois grains de sable : le premier acte de Jonathan est un massacre de fiancés, sa légitimité ne vient plus d'un prêtre mais d'une armée désemparée, et Judas lui-même meurt en invoquant sa gloire plutôt que le salut de ses frères. L'épisode se clôt par quelques proverbes sur l'amitié.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Alors là, je ne dis rien. Dans le deuxième livre des Maccabées, on a déjà fait la bascule. Là, on est dans le premier livre et on est en plein dedans. Je ne dis rien, je vous laisse découvrir par vous-même. Vous allez voir : 1 Maccabées, chapitre 9.

Lecture : 1 Maccabées 9

Le roi Démétrios apprit que Nicanor et ses troupes étaient tombés au combat. Il renvoya donc en Judée Bacchidès et Alkime, accompagnés de l'aile droite de l'armée. Ils se mirent en route pour la Galilée. Ils assiégèrent Maïssalote dans le territoire d'Arbèles. Ils s'en emparèrent et firent périr un grand nombre de vies humaines.

Le premier mois de l'an 152 de l'Empire grec, ils dressèrent leur camp près de Jérusalem. Puis ils partirent et se dirigèrent vers Berzaïth avec vingt mille fantassins et deux mille cavaliers.

Quant à Juda, il avait dressé son camp à Elassa. Trois mille guerriers d'élite étaient avec lui. Mais ces hommes, en voyant la multitude des ennemis, furent pris de panique et beaucoup se glissèrent hors du camp. Il n'en resta plus que huit cents.

Juda vit que son armée avait fondu alors que le combat était imminent. Il en eut le cœur brisé, parce qu'il n'avait plus le temps de rassembler les siens. Désemparé, il dit à ceux qui étaient restés : « Debout ! Montons à la rencontre de nos adversaires ! Peut-être pourrons-nous leur tenir tête ! » Mais eux l'en dissuadèrent par ces mots : « Pour l'instant, nous ne pouvons rien faire, sinon sauver nos vies. Nous reviendrons plus tard avec nos frères pour reprendre la lutte. Nous sommes trop peu nombreux ! » Juda leur répliqua : « Il ne sera pas dit que j'ai choisi la fuite. Si notre heure est arrivée, mourons courageusement pour nos frères, et ne laissons pas ternir notre gloire. »

L'armée ennemie quitta le camp et se posta en vue de l'affrontement. Sa cavalerie avait été partagée en deux groupes. Ses frondeurs et ses archers marchaient en tête, et ses meilleurs guerriers se trouvaient tout au premier rang. Bacchidès, lui, se tenait à l'aile droite. Les bataillons se mirent en marche sur deux fronts au son des trompettes. Les hommes de Juda sonnèrent eux aussi des trompettes, et la terre fut ébranlée par le vacarme des armées.

Le combat fit rage du matin jusqu'au soir. Juda vit que Bacchidès se tenait sur la droite avec la partie la plus forte de son armée. Entouré de tous les guerriers les plus ardents, il réussit à enfoncer l'aile droite et la poursuivit jusqu'à la montagne d'Azot. En voyant la déroute de l'aile droite, ceux de l'aile gauche se rabattirent sur les pas de Juda et de ses compagnons, les prenant à revers. Le combat devint acharné, et il y eut beaucoup de victimes de part et d'autre. C'est alors que Juda succomba lui aussi. Tous les autres s'enfuirent.

Jonathan et Simon emportèrent leur frère Juda. Ils l'ensevelirent dans le tombeau de ses pères, à Modine. Tout Israël le pleura et se lamenta sur lui pendant de nombreux jours. Dans le deuil et l'affliction, on disait : « Comment est-il tombé, le héros qui sauvait Israël ? » Tout ce que l'on pourrait dire encore au sujet de Juda, de ses guerres, de ses exploits et de son prestige, n'a pas été mis par écrit. Il y en avait trop.

Après la mort de Juda, on vit réapparaître sur tout le territoire d'Israël les hommes infidèles à la loi. Tous ceux qui commettaient l'injustice se redressèrent. Comme il y avait alors une très grande famine, le pays se rallia à eux. Bacchidès choisit les impies pour régenter la province. Ces hommes se mirent à rechercher et à traquer les amis de Juda afin de les faire comparaître devant Bacchidès, qui les punissait et les tournait en dérision. Ce fut une très grande épreuve pour Israël, une oppression telle qu'on n'en avait plus vu de semblable depuis la disparition des prophètes.

Tous les amis de Juda se rassemblèrent et dirent à Jonathan : « Depuis la mort de ton frère Juda, il n'y a plus d'homme pareil à lui pour marcher contre l'ennemi et contre Bacchidès, contre tous ceux qui sont hostiles à notre nation. C'est pourquoi nous te choisissons aujourd'hui à sa place, comme chef et comme guide, pour prendre la tête de notre combat. » Jonathan reçut donc le commandement ce jour-là. Il succéda ainsi à son frère Juda.

Lorsqu'il en fut informé, Bacchidès chercha à le faire périr. Pour cela, Jonathan et son frère Simon s'enfuirent avec tous leurs compagnons au désert de Thécoé. Là, ils établirent leur campement près de l'eau de la citerne Asphar. Bacchidès en fut informé, et le jour du sabbat il se rendit lui-même avec toute son armée au-delà du Jourdain.

Jonathan envoya son frère Jean, responsable des équipements, demander à ses amis les Nabatéens l'autorisation de déposer chez eux ses bagages, qui étaient considérables. Mais les fils de Jambri, ceux de Médaba, firent une sortie. Ils s'emparèrent de Jean et de tout ce qu'il avait, et ils repartirent avec ce butin.

Par la suite, on annonça à Jonathan et à son frère Simon que les fils de Jambri célébraient un grand mariage. La fiancée, qui était la fille d'un notable très important de Canaan, était escortée en grande pompe depuis Nabata. Se souvenant de la mort sanglante de leur frère Jean, Jonathan et les siens montèrent se cacher dans un repli de la montagne. Ils levèrent les yeux et virent, au milieu d'un cortège bruyant et de tous les bagages, le fiancé, ses amis et ses frères, qui marchaient dans leur direction avec des tambourins, des instruments de musique et des armes en grand nombre. De leur embuscade, ils se jetèrent sur eux et les massacrèrent. Il y eut beaucoup de victimes, et les survivants s'enfuirent dans la montagne. On emporta tout le butin, les noces se changèrent en deuil et le son de la musique en lamentation. Et c'est ainsi qu'ils tirèrent vengeance du sang de leurs frères. Ensuite, ils regagnèrent les marais du Jourdain.

Bacchidès en fut informé. Le jour du sabbat, il se rendit jusqu'aux rives du Jourdain avec une armée nombreuse. Jonathan dit à ses hommes : « Debout, combattons pour sauver nos vies, car, aujourd'hui, ce n'est pas comme hier et les jours précédents. Voici que le combat est à la fois devant et derrière nous. De part et d'autre, c'est l'eau du Jourdain, le marais et le fourré. Il n'y a pas d'endroit où s'esquiver. Criez donc maintenant vers le ciel, afin d'échapper aux mains de nos ennemis. » Le combat s'engagea. Jonathan étendit la main pour frapper Bacchidès. Mais Bacchidès esquiva le coup en se rejetant en arrière. Jonathan et ses compagnons sautèrent dans le Jourdain et atteignirent l'autre rive à la nage. Mais leurs hommes ne traversèrent pas le Jourdain à leur suite. Ce jour-là, environ mille hommes succombèrent du côté de Bacchidès. Celui-ci retourna à Jérusalem.

Par la suite, Bacchidès fit construire des villes fortes en Judée : la forteresse de Jéricho, celle d'Emmaüs, de Bethorone, de Béthel, de Tamnata, de Pharathon et de Tephon, avec de hauts remparts, des portes et des verrous. Il y plaça des garnisons pour harceler Israël. Il fortifia aussi la ville de Bethsour, Gazara et la Citadelle. Il y plaça des troupes et des réserves de nourriture. Les fils des chefs de la province furent pris en otages et retenus sous bonne garde dans la Citadelle de Jérusalem.

Le deuxième mois de l'an 153 de l'Empire grec, Alkime, le grand prêtre, ordonna d'abattre le mur de la cour intérieure du lieu saint, détruisant ainsi l'œuvre des prophètes. Il fit commencer la démolition, mais à ce moment-là, Alkime eut une attaque, si bien qu'il fallut interrompre ses travaux. Sa bouche se ferma. Atteint de paralysie, il ne fut plus capable de dire un mot, ni de donner des ordres concernant sa maison. Alkime mourut à cette époque, en proie à de vives souffrances. Voyant qu'Alkime était mort, Bacchidès retourna chez le roi, et la Judée connut deux années de tranquillité.

En ce temps-là, tous les hommes infidèles à la loi se rassemblèrent pour délibérer. Ils se disaient : « Voici que Jonathan et ses hommes vivent tranquilles et sans méfiance. Faisons donc venir Bacchidès : maintenant, il les arrêtera tous en une nuit. » Ils allèrent en délibérer avec lui, et Bacchidès se mit en route avec une troupe nombreuse. En cachette, il envoya des lettres à tous ses alliés de Judée pour qu'ils arrêtent Jonathan et ses compagnons, mais ils ne purent le faire, car leur projet fut éventé. En revanche, une cinquantaine d'hommes du pays, parmi ceux qui avaient été à l'origine de ce forfait, furent pris et massacrés.

Jonathan, Simon et leurs compagnons se retirèrent à Beth-Bassi, dans le désert. Ils rebâtirent les ruines de cette place et la fortifièrent. Bacchidès en fut informé. Il rassembla toute sa troupe et fit également appel à ses partisans de Judée. Il vint prendre position en face de Beth-Bassi, lui donna l'assaut pendant de nombreux jours et construisit des machines de guerre. Laissant son frère Simon dans la ville, Jonathan sortit dans la campagne avec un détachement. Il battit Odoméra et ses frères, ainsi que les fils de Phasiron dans leur campement. Ils se mirent à attaquer et à monter avec les troupes. Alors Simon et ses hommes sortirent de la ville et incendièrent les machines de guerre. Ils combattirent Bacchidès, qui dut plier devant eux, profondément accablé, parce que son plan et son expédition avaient échoué. Rempli d'un violent ressentiment contre ces hommes infidèles à la loi qui lui avaient suggéré de venir dans la région, il en tua un grand nombre, puis il décida de rentrer chez lui.

À cette nouvelle, Jonathan lui envoya des messagers pour conclure avec lui la paix et régler la restitution des prisonniers. Bacchidès accepta et se conforma aux propositions de Jonathan, et il lui jura de ne plus chercher à lui faire du mal pour le reste de sa vie. Après avoir restitué les prisonniers qu'il avait auparavant capturés en Judée, il retourna dans son pays et ne revint plus sur leur territoire. L'épée se reposa en Israël, et Jonathan s'installa à Machmas, où il devint juge pour le peuple. Il fit disparaître les impies du milieu d'Israël.

Commentaire

Elle est là, la bascule : la mort de Judas Maccabée. Sortez les mouchoirs ! Je vous avais dit, au dernier épisode, dans le deuxième livre des Maccabées, que c'était un idéal qu'il venait d'exhumer, l'idéal des Juges. Et là, voilà qu'il vient de mourir sous vos yeux. La vie est dure. La vie est triste.

Je passe de côté la mort des super méchants aussi, avec Alkime et l'échec définitif de Bacchidès. Et moi, je reviens côté famille asmonéenne. Qu'est-ce qui se passe ? La machine commence à se gripper.

Jonathan prend la relève. A priori, ça semble normal, il faut continuer la guerre. Mais c'est quoi, son premier acte ? Son premier acte, c'est de tuer des fiancés. Alors moi, je veux bien tout ce qu'on veut sur la notion de représailles, sur la notion peut-être même d'actes prophétiques — la joie des fiancés se changera en deuil. N'empêche que c'est son premier acte, un acte qu'il faut bien qualifier d'acte de cruauté.

Alors, premier grain de sable. Il y en a un autre, un peu plus subtil. Regardez la manière dont Jonathan accède au pouvoir. Verset 28 :

Tous les amis de Juda se rassemblèrent et dirent à Jonathan : « Depuis la mort de ton frère Juda, il n'y a plus d'homme pareil à lui pour marcher contre l'ennemi et contre Bacchidès, contre tous ceux qui sont hostiles à notre nation. »

Euh… ça ne vous chagrine pas, ça ? C'était quoi, le motif de la guerre ? C'était la défense de la loi. C'est quoi, maintenant, le motif de poursuivre la guerre ? Manifestement, ce n'est plus la défense de la loi, mais ça commence à ressembler à du nationalisme.

Et même, si jamais j'exagère un petit peu… mais comment Judas Maccabée était-il arrivé au pouvoir ? C'est parce que son père l'avait désigné — légitimité religieuse — et que, autour de lui, s'étaient spontanément rassemblés des volontaires. Là, maintenant, c'est une armée désemparée qui choisit un général à qui elle va donner les pleins pouvoirs pour pouvoir continuer la guerre. Ce n'est pas la même chose. On est passé d'un prêtre, Mattathias, qui donnait une légitimité religieuse, à une armée qui se cherche un nouveau chef.

Et même, continuons, remontons un petit peu dans le texte. Comment est mort Judas Maccabée, le héros, le lion de Juda ? Il savait que la bataille était perdue. Tout le monde lui a dit : normalement, on arrête les frais dans ces cas-là. Mais lui, sa réponse était : « Il ne sera pas dit que j'ai choisi la fuite », et un tout petit peu plus loin : « Mourons courageusement pour nos frères et ne laissons pas ternir notre gloire. » Et ça, je suis désolé, les enfants, est-ce que c'est une manière de défendre son pays ? Est-ce que vous allez mettre en péril le noyau dur de votre armée, les braves des braves des braves qui restent, parce que votre premier souci, c'est de ne pas ternir votre gloire personnelle ?

Ça ne vous fait pas penser à un autre mort qu'on avait déjà vu avant ? L'autre frère, Éléazar, qui cherchait à se faire un nom éternel et qui avait fait une attaque suicide contre un éléphant qui, d'ailleurs, n'avait servi à rien. Ce qui nous ramène encore plus loin en avant, dans les tout premiers chapitres, quand on voyait que, cette fois-ci, c'étaient les généraux païens qui cherchaient à attaquer Judas pour se faire une gloire et un nom.

Non, la machine est en train de se gripper sans que personne n'y fasse attention. Et d'ailleurs, il y a eu de nouvelles guerres, on vient de faire une alliance avec Rome, et Rome ne s'est pas manifestée. Ça aussi, il faudra qu'on en reparle.

Proverbes 27,6-10

Un ami donne des coups loyalement, mais les baisers de l'ennemi, eux, sont trompeurs.

Ventre repu fait fi du miel, à ventre affamé tout est doux, même le fiel.

Comme l'oiseau migrant loin de son nid, ainsi va l'émigré loin de son nid.

Baumes et parfums mettent le cœur en joie, la douceur de l'ami l'emporte sur les rêves.

Ne laisse pas tomber ton ami, ni l'ami de ton père. Ne va pas chez ton frère le jour où tu es ruiné. Mieux vaut proche voisin que frère lointain.


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