Jour 302 ☾ — La fin infâme d'Antiochos
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Résumé : Épisode « gratuit », pour le plaisir, consacré au chapitre 9 du deuxième livre des Maccabées : la fin atroce d'Antiochos IV, frappé d'un mal incurable, tombé de son char, dévoré vivant par les vers et la puanteur. Le frère Paul-Adrien montre que ce récit volontairement pathétique poursuit la réflexion du livre sur l'au-delà, non plus du côté de la résurrection des justes mais de celle des injustes : la corruption du corps y incarne la corruption de l'âme. Le persécuteur se voit contraint d'avouer sa faute et de louer le Dieu qu'il avait blasphémé, mais trop tard : le temps de la conversion, c'était sur terre. En écho, la parabole du mauvais riche et de Lazare déplace la figure du tyran vers celle du riche, et celle du martyr vers celle du pauvre.
Introduction
Nous retournons dans le deuxième livre des Maccabées. Aujourd'hui, un petit excursus, un épisode gratuit pour le plaisir, si je puis dire. Le mot de Maccabée a eu une postérité en français. Il y a peut-être un côté gore — alors, dans la littérature, on appelle ça « pathétique », c'est-à-dire qu'on vous donne des détails pour exciter la pitié du public. Là, c'est pour le plaisir, c'est gratuit.
Bonne écoute : deuxième livre des Maccabées, chapitre 9.
Lecture : 2 Maccabées 9
À cette époque, Antiochos était piteusement revenu des régions de Perse. Il s'était en effet rendu dans la ville de Persépolis. Il y avait entrepris de piller le temple et d'opprimer la ville. Mais la foule s'était soulevée en ayant recours aux armes, si bien qu'Antiochos fut mis en déroute par les habitants du pays et contraint d'opérer une retraite honteuse.
Comme il se trouvait près d'Ecbatane, il apprit ce qui était arrivé à Nicanor et aux gens de Timothée. Transporté de fureur, il résolut de faire payer aux Juifs l'injure infligée par ceux qui avaient causé sa fuite. Pour ce motif, il ordonna aux conducteurs de lancer le char en avant et de continuer sans répit jusqu'à la fin du voyage. En réalité, la sentence du Ciel était déjà sur lui. Il avait dit en effet dans son arrogance : « Arrivé à Jérusalem, je ferai de cette ville la fosse commune des Juifs. »
Mais le Seigneur qui voit tout, le Dieu d'Israël, le frappa d'un mal incurable et mystérieux. À peine avait-il prononcé ces mots qu'il fut saisi d'une implacable douleur aux entrailles et de terribles souffrances internes. Ce n'était que justice pour cet homme qui avait lui-même torturé les entrailles d'autres hommes par des supplices nombreux et inouïs.
Pourtant, il ne se départit nullement de son attitude provocante. Toujours rempli d'arrogance, il exhalait contre les Juifs le feu de sa colère et commandait d'accélérer la marche. C'est alors que, soudain, il tomba du char qui roulait avec fracas. Tous les membres de son corps, entraînés dans une chute malheureuse, furent désarticulés. Cet homme qui, l'instant d'avant, dans sa prétention surhumaine, croyait pouvoir donner des ordres au flot de la mer, lui qui s'imaginait pouvoir peser dans une balance les hauteurs des montagnes, gisait à terre.
Il fut transporté sur une civière, manifestant à tous la puissance de Dieu. C'était au point que des vers sortaient en grouillant des yeux de l'impie et qu'au milieu d'atroces douleurs, sa chair se décomposait alors qu'il vivait encore. La puanteur de cette pourriture accablait toute l'armée. Celui qui, peu auparavant, croyait toucher aux astres du ciel, personne maintenant ne pouvait l'escorter à cause de son intolérable puanteur.
C'est alors que, broyé, il commença à se départir de cet excès d'arrogance. Sous le fléau divin, tiraillé à chaque instant par de vives douleurs, il prit conscience de sa situation. Ne pouvant supporter sa propre puanteur, il déclara : « Il est juste de se soumettre à Dieu et, quand on est mortel, de ne pas se croire l'égal de la divinité. »
Mais les prières de cet homme infâme allaient vers un maître qui ne devait plus avoir pitié de lui. La ville sainte vers laquelle il s'était hâté pour la raser au sol et la transformer en fosse commune, il promettait maintenant de la rendre libre. Les Juifs auxquels il avait résolu de ne même pas accorder une sépulture, et qu'il avait décidé de jeter avec leurs petits enfants aux bêtes sauvages et en pâture aux oiseaux de proie, il disait maintenant vouloir les rendre tous égaux aux Athéniens. Le Temple saint qu'autrefois il avait pillé, il l'ornerait des présents les plus beaux, il lui restituerait en bien plus grand nombre tous les objets sacrés et pourvoirait de ses propres revenus à toutes les dépenses nécessaires aux sacrifices. En plus de tout cela, il promettait de devenir lui-même juif et de parcourir tout lieu habité en proclamant la souveraineté de Dieu.
Mais ses souffrances ne s'atténuaient en rien, car le juste jugement de Dieu était sur lui. Alors, désespérant de son état, il écrivit aux Juifs la lettre ci-dessous, véritable supplique, qui disait :
« Aux excellents Juifs, mes concitoyens, salut, santé et bonheur parfait, de la part d'Antiochos, roi et général en chef. Si vous vous portez bien, ainsi que vos enfants, et si vos affaires marchent à souhait, nous en rendons vivement grâce à Dieu, car nous plaçons notre espérance dans le ciel. Quant à moi, je suis alité sans force, mais je garde un affectueux souvenir de votre respect et de votre bienveillance. À mon retour des régions perses, je suis tombé gravement malade. J'ai donc estimé nécessaire de veiller à la sécurité de tous. Je n'ai pas d'illusion sur mon état, et cependant j'ai le ferme espoir d'échapper à cette maladie. Mais j'observe que mon père aussi, à l'époque où il fit campagne dans le Haut-Pays, désigna son successeur, afin que les habitants du pays sachent à qui les affaires avaient été confiées et qu'ils ne soient donc pas troublés en cas d'événement inattendu ou de mauvaise nouvelle. Par ailleurs, je me rends compte que les souverains proches de nous et les voisins du royaume épient les occasions et guettent la suite des événements. C'est pourquoi j'ai désigné comme roi mon fils Antiochos, que j'avais souvent confié et recommandé à la plupart d'entre vous lorsque je me hâtais vers les provinces du Haut-Pays. Je lui ai d'ailleurs écrit la lettre transcrite ci-dessous. Je vous en prie donc et vous conjure, en souvenir des bienfaits que je vous ai accordés en général et en particulier, de conserver chacun la bienveillance que vous avez pour moi et pour mon fils. En effet, j'en ai la conviction, il poursuivra ma politique et se conduira envers vous avec modération et humanité. »
Ainsi, ce meurtrier, ce blasphémateur, connut le sort lamentable de terminer sa vie en terre étrangère, dans les montagnes, en proie aux pires souffrances, comme celles qu'il avait infligées aux autres. Philippe, son ami d'enfance, ramena son corps, mais ensuite il se retira en Égypte auprès de Ptolémée Philométor, car il craignait le fils d'Antiochos.
Commentaire
On est toujours dans notre théologie de l'au-delà, de la résurrection. Généralement, on parle plutôt de la résurrection des justes. Là, il est question des injustes. Vous avez Antiochos IV, qui meurt dans la puanteur et la pourriture. Alors, ça devient un côté running gag : on l'avait déjà vu dans le premier livre des Maccabées, on le voit maintenant à nouveau dans le deuxième livre des Maccabées. Et manifestement, ça, ça plaît à l'auteur.
Ce qui est, je suppose, déjà une certaine manière de parler de la résurrection de la chair. Ici, à travers la puanteur, à travers la pourriture, à travers les vers : la corruption vivante, qui symbolise le pourrissement intérieur du pécheur. Et c'est ainsi que le Nouveau Testament vous parlera des grincements de dents et du ver de la conscience qui ronge. Sympa, comme commentaire ! Écoutez, c'est à la hauteur de l'épisode que vous venez d'entendre : la corruption du corps qui incarne la corruption de l'âme.
Avec ce sentiment de déchéance, parce que c'est en tombant de son char : la chute de l'orgueil royal. Et ainsi vous avez cette phrase, verset 10 :
Celui qui, peu auparavant, croyait toucher aux astres du ciel finit dans la pourriture et la vermine.
La seule chose qui est un petit peu étonnante, c'est qu'on a quand même le sentiment que l'auteur du livre des Maccabées, il y a une petite complaisance là-dedans. Ça lui fait plaisir de raconter ça.
Et le texte ajoutait quelque chose en plus, à travers cette image du jugement dernier : c'est le persécuteur, le pécheur, qui se voit contraint d'avouer non seulement sa faute, mais la grandeur des saints. Vous voyez Antiochos qui, pour échapper à la mort, se retrouve à louer le Dieu qu'il avait blasphémé, qui promet de décorer le Temple qu'il avait souillé, et qui demande qu'on prie pour lui. Versets 13 à 17 :
Il priait le maître de l'univers de lui accorder la vie. Il promettait de devenir juif et de parcourir toute la terre habitée en proclamant la puissance de Dieu.
Sauf qu'il y a un temps pour tout, et c'est ça aussi ce que vous dit le texte : c'est qu'en tombant de cheval, d'une certaine manière, Antiochos est déjà mort, et que le temps de la repentance et de la conversion est passé. C'était sur terre que ça se passait ; dans l'au-delà, c'est trop tard. N'empêche que c'est vrai aussi que, même dans l'au-delà, tout genou fléchira pour reconnaître la bonté, la puissance et la sainteté du Christ, que ce soit bon gré ou mal gré.
Ça vous donnera une parabole dans l'Évangile de Jésus Christ selon saint Luc — pas une parabole sur la guerre, mais ça vous donnera la parabole du mauvais riche et de Lazare. Lazare était un pauvre, il meurt, et vous voyez comment, ici, Jésus va déplacer un tout petit peu la figure du martyr, pour l'assimiler non pas à ceux qui sont persécutés religieusement, mais aux pauvres. Et comment Jésus va aussi, un tout petit peu, changer la figure du roi tyran, pour l'assimiler aux riches. Dans la tête de Jésus, entre l'orgueil des tyrans d'un côté et l'avarice des riches de l'autre, il n'y a qu'un pas. Et c'est ainsi qu'après la mort, on va voir le pauvre Lazare exalté, et le riche confesser la gloire du juste, se retrouver humilié, et demander à ce qu'on prie, non pas pour lui, mais pour ses frères.
C'est toujours plus ou moins la même chose : on continue d'explorer dans ce livre l'au-delà, sous couvert de vous raconter des scènes de bataille.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te confie ma vie, je te confie mon arrogance, je te confie mon avarice. Je te demande, Seigneur, de me renverser de mon char, avant qu'il ne soit trop tard.
Je te demande, Seigneur, de voir le mal que parfois je commets autour de moi, et les pauvres qui, autour de moi, sombrent dans l'indifférence, parce que je ne m'occupe pas d'eux.
Seigneur, je te demande de m'apprendre à me méfier de moi-même. Je te demande, Seigneur, d'être plus grand que mon péché, de m'en avertir, et, m'en ayant averti, de me donner la force de m'en détourner.
Je te demande, Seigneur, d'enlever les écailles de mes yeux et de faire le bien autour de moi. Et je suppose que, Seigneur, ce sera ma manière à moi de faire cette guerre sainte.