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Jour 305 ☾ — Prière pour les morts et espérance

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 12 du deuxième livre des Maccabées, le frère Paul-Adrien lit la suite des campagnes de Judas Maccabée : le massacre des Juifs de Jopé, les représailles nocturnes, les victoires successives sur Timothée, Gorgias et les cités fortifiées. Le récit s'achève sur la découverte d'objets idolâtriques sous la tunique des soldats tombés au combat, et sur le sacrifice d'expiation offert par Judas pour les morts. Le commentaire s'arrête sur ce geste, fondement scripturaire de la prière pour les défunts et de la doctrine catholique du purgatoire, complété par le « feu purgatif » de 1 Corinthiens 3. L'épisode se termine par la prière dominicaine pour les défunts, à partir du psaume 129.

Introduction

On retourne dans le livre des Maccabées, le deuxième exactement. Les batailles se poursuivent avec Judas, qui prend soin de ses troupes — vous allez le voir là — qui prend même soin de la santé spirituelle de ses soldats, si c'est pas touchant. On reprendra ça dans les commentaires, parce qu'il y a dans ce chapitre un point majeur dans la théologie de l'au-delà catholique. Je vous laisse deviner lequel.

Lecture : 2 Maccabées 12

Après la conclusion de ces traités, Lysias retourna auprès du roi, tandis que les Juifs se remettaient aux travaux des champs. Mais parmi les gouverneurs militaires de la région, Timothée et Apollonios, fils de Génaios, ainsi que Jérôme et Démophon, et aussi Nicanor le Cypriarque, ne leur laissèrent ni trêve ni repos.

Quant aux habitants de Jopé, ils commirent un acte particulièrement infâme. Ils invitèrent les Juifs qui habitaient parmi eux à monter, avec leurs femmes et leurs enfants, sur des embarcations qu'ils avaient préparées. Ils paraissaient n'avoir aucune intention malveillante à leur égard, mais agirent suivant une décision publique votée par la cité. Les Juifs acceptèrent, pour marquer qu'ils voulaient la paix et qu'ils étaient sans défiance. Mais quand ils furent au large, on les précipita par le fond. Ils étaient au nombre d'au moins deux cents.

Dès que Judas apprit l'acte de cruauté commis contre les gens de sa nation, il le fit savoir à ses hommes. Après avoir invoqué Dieu, le juge impartial, il marcha contre les meurtriers de ses frères. De nuit, il incendia le port, brûla les embarcations et transperça ceux qui s'y étaient réfugiés. Comme la place forte avait été fermée, il s'éloigna, mais avec l'intention de revenir pour détruire de fond en comble la cité de Jopé tout entière.

Ayant appris que les habitants de Jamnia voulaient eux aussi agir de la même façon que ceux de Jopé à l'égard des Juifs qui habitaient chez eux, il attaqua également les Jamnites pendant la nuit et mit le feu au port et à sa flotte. La lueur des flammes était visible jusqu'à Jérusalem, pourtant distante de deux cent quarante stades.

Comme il s'était éloigné avec son armée à neuf stades de là, lors d'une marche contre Timothée, des Arabes tombèrent sur lui, au nombre d'au moins cinq mille, avec cinq cents cavaliers. Un violent combat s'engagea et, grâce à l'aide de Dieu, les troupes de Judas connurent un beau succès. Vaincus, les nomades suppliaient Judas de leur tendre la main droite en signe de paix, promettant de lui livrer du bétail et de lui rendre service en tout autre sens. Judas, estimant qu'ils pourraient réellement lui être utiles en bien des choses, consentit à faire la paix avec eux. Ils se donnèrent donc la main droite, puis ils se retirèrent dans leurs tentes.

Judas attaqua aussi une ville forte du nom de Caspin, entourée de remparts et habitée par un mélange de peuples. Confiants dans la solidité de leurs murs et dans leurs réserves de vivres, les assiégés se montraient extrêmement grossiers à l'égard des troupes de Judas, joignant les blasphèmes aux insultes et proférant des paroles sacrilèges. Mais ceux qui entouraient Judas invoquèrent le grand souverain du monde, lui qui, sans bélier ni machine de guerre, renversa Jéricho au temps de Josué. Puis ils s'élancèrent sauvagement à l'assaut des remparts. Devenus maîtres de la ville par la volonté de Dieu, ils firent un carnage indescriptible, au point que l'étang voisin, large de deux stades, paraissait rempli du sang qui avait coulé.

À sept cent cinquante stades de là, ils atteignirent le camp retranché qui se trouvait chez les Juifs appelés Toubiens. Quant à Timothée, ils ne le trouvèrent pas en ces lieux, qu'il avait alors quittés sans avoir rien fait. Il avait cependant laissé en un certain lieu une garnison très forte. Dosithée et Sosipatros, deux généraux de l'entourage de Judas Maccabée, allèrent attaquer ce poste fortifié et tuèrent les hommes que Timothée y avait laissés, au nombre de plus de dix mille.

Judas Maccabée, de son côté, divisa son armée en cohortes et en confia le commandement à ses deux généraux. Puis il s'élança en expédition contre Timothée, qui était entouré de cent vingt mille fantassins et de deux mille cinq cents cavaliers. Informé de l'approche de Judas, Timothée commença par envoyer les femmes, les enfants et tout l'équipement au lieu appelé Carnion, une place imprenable et difficile d'accès en raison de l'étroitesse de tous les passages. Quand la colonne de Judas apparut la première, la frayeur fondit sur les ennemis, et même la crainte devant l'apparition de « celui qui voit tout ». Ils prirent la fuite dans toutes les directions, au point d'être souvent gênés l'un par l'autre et blessés par les pointes de leurs épées. Judas les poursuivit avec une vigueur extrême, embrochant ces criminels, dont il fit périr jusqu'à trente mille hommes.

Timothée lui-même tomba aux mains des hommes de Dosithée et de Sosipatros, mais il les supplia avec une grande fourberie de le laisser aller sain et sauf, prétendant qu'il avait en son pouvoir des parents, et même des frères de beaucoup d'entre eux, à qui il pourrait bien arriver malheur. Par de longs discours, il les persuada de sa détermination à libérer ces hommes sans leur faire de mal. Alors ils le relâchèrent pour sauver leurs frères.

Ensuite, Judas marcha sur Carnion et le temple de la déesse Atargatis, où il égorgea vingt-cinq mille personnes. Après la déroute et l'extermination de ces gens-là, il conduisit son armée contre Ephron, ville forte où habitait une population de diverses tribus. De robustes jeunes gens, ayant pris position devant les remparts, combattaient avec vigueur. En outre, il y avait là de grandes quantités de machines et de projectiles en réserve. Après avoir invoqué le Seigneur souverain, qui a le pouvoir de briser les forces ennemies, les Juifs se rendirent maîtres de la ville et abattirent environ vingt-cinq mille personnes à l'intérieur.

Partis de là, ils s'élancèrent vers Scythopolis, à six cents stades de Jérusalem. Mais les Juifs qui s'étaient établis en ce lieu attestèrent que les habitants de Scythopolis avaient eu pour eux de la bienveillance et leur avaient réservé un accueil aimable au temps du malheur. Alors Judas et les siens les remercièrent et les encouragèrent à garder à l'avenir ces bonnes dispositions envers leur race. Puis ils rentrèrent à Jérusalem, parce que la fête des Semaines était proche.

Après la fête appelée Pentecôte, ils s'élancèrent contre Gorgias, gouverneur militaire de l'Idumée. Celui-ci sortit à la tête de trois mille fantassins et de quatre cents cavaliers. Dans la bataille qui s'engagea, un petit nombre de Juifs succombèrent. Mais un certain Dosithée, parmi les soldats de Bacénor, cavalier et robuste homme, parvint à s'emparer de Gorgias, le tenant par le manteau et l'entraînant avec vigueur, dans l'intention de capturer vivant ce maudit. Mais un cavalier thrace, fonçant sur Dosithée, lui trancha l'épaule. Gorgias s'échappa et s'enfuit à Marissa. Cependant, les hommes d'Esdrias combattaient depuis longtemps et tombaient d'épuisement. Alors Judas invoqua le Seigneur pour qu'il se montre leur allié et leur guide au combat. Il se mit à pousser le cri de guerre dans la langue de ses pères et entonna des hymnes. Puis il se jeta à l'improviste sur les hommes de Gorgias et les mit en déroute.

Ensuite, Judas regroupa son armée et gagna la ville d'Odolam. Comme c'était le septième jour de la semaine, ils se purifièrent selon la coutume et célébrèrent le sabbat en ce lieu. Le lendemain, alors qu'il était devenu grand temps de le faire, les hommes de Judas vinrent enlever les corps de ceux qui avaient succombé dans la bataille, afin de les déposer avec leurs proches dans les tombeaux de leurs pères. Or ils trouvèrent sous la tunique de chacun des morts des objets consacrés aux idoles de Jamnia, ce que la loi interdit aux Juifs. Il fut évident pour tous que c'est pour cette raison qu'ils avaient succombé. Tous bénirent donc la conduite du Seigneur, le juge impartial, qui rend manifestes les choses cachées. Puis ils se répandirent en supplications pour demander que le péché commis soit entièrement effacé. Le noble Judas exhorta la troupe à se garder de tout péché, ayant sous les yeux le malheur de ceux qui avaient succombé pour avoir commis cette faute.

Il organisa une collecte auprès de chacun et envoya deux mille pièces d'argent à Jérusalem afin d'offrir un sacrifice pour le péché. C'était un fort beau geste, plein de délicatesse, inspiré par la pensée de la résurrection. Car s'il n'avait pas espéré que ceux qui avaient succombé ressusciteraient, la prière pour les morts était superflue et absurde. Mais il jugeait qu'une très belle récompense est réservée à ceux qui meurent avec piété. C'était là une pensée religieuse et sainte. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d'expiation, afin que les morts soient délivrés de leur péché.

Commentaire

Écoutez, pour une fois, on ne va pas parler des batailles. On ne va même pas parler de la théologie de la guerre sainte, qui est une théologie un peu particulière, même si on lui a mis énormément de correctifs et qu'on a essayé de voir la beauté qu'il y avait derrière. Mais comme on est en train d'explorer l'au-delà, et le thème de la résurrection, du jugement, aussi à travers tout ce livre, il y a un verset quand même, il faut que je m'arrête dessus.

Je vous redonne le contexte. On a retrouvé des soldats qui sont morts pour une noble cause, pour défendre la loi et le temple. Donc ils sont morts pour des raisons religieuses. Sauf qu'ils avaient dans leur poche des statuettes païennes. Alors du coup, c'est direction l'enfer ou le paradis, cette affaire ?

Et des exemples comme ça, pour quitter le livre des Maccabées, on peut en avoir plein d'autres. Par exemple, des chrétiens authentiques et sincères, mais qui ont des caractères insupportables. Paradis ou enfer ? Si jamais ils vont en enfer, c'est quand même une mauvaise nouvelle pour la miséricorde. Mais si jamais ils vont au paradis avec leur mauvais caractère comme ça, pour le coup, c'est une mauvaise nouvelle pour moi, qui vais vivre avec eux jusqu'à la fin des temps.

Eh bien, c'est sur ce passage-là précisément que la théologie catholique va réfléchir. Qu'est-ce qui se passe de ces âmes qu'on n'a pas envie de mettre en enfer, parce que ce serait un peu vache, mais qu'on n'a pas envie de mettre au paradis comme ça non plus, parce que ce serait un peu facile aussi ?

Donc, je reprends mes soldats morts au champ de bataille avec des statuettes dans leur poche. Versets 43 à 45 :

Judas organisa une collecte auprès de chacun et envoya deux mille pièces d'argent à Jérusalem afin d'offrir un sacrifice pour le péché. C'était un fort beau geste, plein de délicatesse, inspiré par la pensée de la résurrection. […] Voilà pourquoi il fit ce sacrifice d'expiation, afin que les morts soient délivrés de leur péché.

Donc vous avez deux choses. Vous avez la prière pour les morts, et la possibilité d'expier ses péchés après la mort. Ce qui va donner, dans la théologie catholique, ce qu'on appelle le purgatoire.

Alors ici, vous avez le fondement scripturaire propre, clair, net et beau. Il y a un tout petit problème dans ce fondement scripturaire : c'est qu'il est dans le deuxième livre des Maccabées. Comme je vous le disais au début de ce livre, il fait partie de ce qu'on appelle les livres deutérocanoniques, que les orthodoxes et les catholiques reçoivent, mais que les protestants ont enlevés de leur Bible. Du coup, c'est peut-être bien aussi d'aller voir du côté du Nouveau Testament ce qu'il en est de cette histoire de purgatoire.

Et là, il faut aller du côté de la première lettre aux Corinthiens, chapitre 3, versets 13 à 15 :

C'est ainsi que l'œuvre de chacun sera manifeste, car le Jour la fera connaître ; elle se révélera dans le feu. Si l'œuvre subsiste, il recevra une récompense ; si elle est consumée, il sera sauvé, mais comme à travers le feu.

« Car le Jour la fera connaître » : le jour du jugement. « Elle se révélera dans le feu » : le feu du jugement. « Si l'œuvre subsiste, il recevra une récompense » : ce qu'on appelle l'auréole de gloire dans le paradis. « Si elle est consumée » — sous-entendu, si un chrétien a une vie qui est bonne, mais c'est pas top non plus — « il sera sauvé », il ira au paradis, « mais comme à travers le feu » : c'est le feu du jugement qui devient un feu de purification. Ce qui vous donnera le premier nom du purgatoire, qui ne s'appelait pas au début purgatoire, mais feu purgatif.

Le feu purgatif, le purgatoire, c'est une manière d'aller au paradis, parce que vous avez déjà été jugé, que vous avez déjà été sauvé, mais comme à travers une flamme, pour purifier ce qu'il reste de votre péché. Je le redis, c'est important : le purgatoire ne se substitue pas au jugement. C'est ceux qui ont été jugés et qui savent qu'ils iront au paradis : on leur propose une manière, à travers une flamme, de rentrer dans ce paradis.

Alors, vous sentez que cette notion de purgatoire est une notion complexe, à cheval entre deux théologies, protestante et catholique ; en plus, il faut bien comprendre ce que c'est. Donc je ne vais pas pouvoir tout dire, moi, dans ce commentaire. Il y a encore d'autres citations dans le Nouveau Testament : je vous renvoie à mes vidéos.

Pour l'instant, nous prions pour nos morts. Ça, c'est comme ça qu'on m'a appris à prier dans l'ordre dominicain pour les défunts, à partir du psaume 129.

Psaume 129

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur. Seigneur, écoute mon appel. Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière.

Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon, pour que l'homme te craigne.

Oui, près du Seigneur est l'amour.

Près de toi, Seigneur, je te confie tous les défunts de ma famille, tous ceux qui sont morts autour de moi. Fais briller sur eux ta lumière sans déclin. Qu'ils reposent dans la paix.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.


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