Jour 306 ☾ — Ménélas jugé dans la cendre
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 13 du deuxième livre des Maccabées, le frère Paul-Adrien lit la mort du grand prêtre Ménélas, précipité dans la tour de cendres de Bérée, puis l'offensive d'Antiochos Eupator contre la Judée, l'attaque nocturne de Judas et la paix finalement conclue avec le roi. Le commentaire prend la forme d'une leçon d'archéologie militaire sur l'armée séleucide : phalange à la sarisse, cataphractaires, éléphants d'Inde et chars à faux. Il explique pourquoi cette armée redoutable fut surclassée par les Romains, puis par la petite armée maccabéenne, qui combat en montagne, par la ruse, et surtout avec l'espérance de la vie future. L'épisode s'achève sur la prière du gendarme, inspirée de sainte Geneviève.
Introduction
Nous retournons au deuxième livre des Maccabées. On aura vu gentiment le personnage de Judas Maccabée évoluer, mais en restant droit dans ses bottes et sans devenir ni arrogant, ni céder aux tentations du pouvoir et de l'impérialisme. On l'aura vu commencer de manière simple, mangeant des herbes, vivant de manière quasiment sauvage, dans une sorte de retour aux origines fantasmées de l'histoire d'Israël qui vivait dans le désert avec Dieu. On l'aura vu ensuite chef de guerre, puis finalement organisateur du culte liturgique avec la fête de la Hanouka. Pour le dernier chapitre, le voir quasiment prophète : on le voit qui bénéficie de visions, la vision des chars célestes. On le voit s'inquiéter du sort de ces soldats par-delà la mort et offrir pour eux des sacrifices d'expiation.
Qu'est-ce que nous réserve encore le prochain chapitre ? C'est ce que nous allons voir tout de suite. Deuxième livre des Maccabées, chapitre 13.
Lecture : 2 Maccabées 13
En l'année 149 de l'Empire grec, la nouvelle parvint à Judas et aux siens qu'Antiochos Eupator marchait sur la Judée avec une armée considérable. Il était accompagné de Lysias, son tuteur, administrateur du royaume. Il disposait d'une armée grecque de 110 000 fantassins, 5 300 cavaliers, 22 éléphants et 300 chars armés de faux.
Le grand prêtre Ménélas aussi se joignit à eux. Avec beaucoup d'habileté, il cherchait à convaincre Antiochos, non pour le salut de sa patrie, mais avec l'espoir d'être rétabli dans sa dignité. Mais le Seigneur, le roi des rois, éveilla contre ce criminel la colère d'Antiochos. En effet, Lysias ayant démontré à ce dernier que Ménélas était la cause de tous les malheurs, Antiochos ordonna de le conduire à Bérée et de l'y exécuter suivant la coutume du lieu.
Or, il y avait en ce lieu une tour de cinquante coudées remplie de cendres, munie d'un dispositif tournant qui, de tout autour, précipite dans la cendre. C'est de là que l'on pousse, pour le supprimer, celui qui est coupable de vol sacrilège ou de quelque autre crime particulièrement grave. Et tel fut le supplice par lequel mourut cet homme infidèle à la loi. Même pas de sépulture ! Et ce n'était que justice. En effet, lui qui avait commis de nombreux péchés contre l'autel, dont le feu et la cendre étaient sacrés, c'est dans la cendre qu'il trouva la mort.
Entre-temps, le roi avançait, ruminant les projets les plus barbares et décidé à infliger aux Juifs les pires traitements que son père leur avait fait subir. Apprenant cela, Judas prescrivit au peuple d'invoquer le Seigneur jour et nuit. Il espérait que, maintenant encore, comme en d'autres circonstances, le Seigneur viendrait en aide à ceux qui étaient menacés de perdre la loi, la patrie et le temple saint, et qu'il ne laisserait pas tomber aux mains des païens blasphémateurs ce peuple qui commençait seulement à reprendre haleine.
Tous ensemble, ils firent donc cette prière, adressant au Seigneur miséricordieux des supplications accompagnées de larmes, jeûnant et se prosternant durant trois jours d'affilée. Puis Judas les encouragea et leur dit de se tenir prêts.
Lui-même prit conseil des anciens et décida de ne pas attendre que l'armée du roi envahisse la Judée et s'empare de la ville, mais de se mettre en marche et de tenter une action décisive avec l'aide de Dieu. Ayant ainsi confié le sort des armes au créateur du monde, il exhorta ses compagnons à lutter noblement jusqu'à la mort pour les lois, le temple, la ville, la patrie et les institutions. Puis il établit son campement aux environs de Modine.
Il donna aux siens pour mot d'ordre : « Victoire de Dieu ! » Il choisit les plus courageux parmi les jeunes gens et, partis de nuit, attaqua les quartiers du roi. Dans le camp, il tua environ deux mille hommes et transperça le chef de file des éléphants avec son conducteur. Finalement, ils remplirent le camp de frayeur et de trouble. Puis ils se retirèrent avec un plein succès, alors que déjà le jour commençait à poindre. Tout cela s'était accompli grâce à la protection dont le Seigneur couvrait Judas.
Ayant eu ainsi un avant-goût de la hardiesse des Juifs, le roi essaya de prendre les places fortes par des stratagèmes. Il s'approcha de Bethsour, puissante forteresse des Juifs, mais il fut repoussé. Il revint à la charge et fut vaincu. Il passait aux assiégés les provisions nécessaires. Mais Rodokos, un membre de l'armée juive, mit les ennemis au courant des secrets. Il fut recherché, arrêté, puis éliminé.
Pour la seconde fois, le roi parlementa avec les gens de Bethsour. Il leur tendit la main droite en signe de paix, prit la leur, se retira. Il s'attaqua aux hommes de Judas et se fit battre.
Alors il apprit que Philippe, laissé à la tête des affaires publiques à Antioche, s'était révolté ; il en fut bouleversé. Il se mit à traiter avec les Juifs, se soumit à leurs conditions et jura de respecter toutes les mesures justes. Il conclut un accord avec eux, offrit un sacrifice, honora le temple et fit preuve de générosité envers le lieu saint. Il fit bon accueil à Judas Maccabée et laissa Hégémonide comme gouverneur militaire depuis Ptolémaïs jusqu'au pays des Guerréniens.
Puis il se rendit à Ptolémaïs. Les habitants de cette ville, mécontents du traité, s'en indignaient fortement et voulaient en rejeter les clauses. Alors Lysias monta à la tribune, plaida le mieux possible, les persuada, les calma, les amena à la bienveillance, puis il partit pour Antioche. Ainsi se déroulèrent l'offensive et la retraite du roi.
Commentaire
Tiens, aujourd'hui, faisons un peu d'archéologie. Parlons de cette armée séleucide, une des plus grandes armées mondiales, en fait qui n'est surclassée à cette époque-là que par l'armée romaine.
Elle est composée principalement de mercenaires, avec en son cœur des soldats grecs qui avaient la réputation à cette époque-là d'être les meilleurs au monde. Composée depuis Alexandre en phalange, avec ce qu'on appelle la sarisse, la longue lance de quatre-cinq mètres, redoutable en terrain plat, mais relativement rigide, parce qu'il faut qu'elle soit extrêmement compacte. Et c'est dans l'impact qu'elle donne toute sa puissance. Si vous arriviez à la contourner par la gauche et par la droite, là, elle devenait vulnérable sur les flancs.
C'est pour ça qu'à côté, il y avait des cavaleries lourdes et des cavaleries légères, notamment ce qu'on appelle les cataphractaires, des cavaliers entièrement cuirassés, de la tête aux pieds, chevaux compris, capables de charges dévastatrices.
Vous aviez évidemment les éléphants, qui venaient d'Inde. C'est Séleucos premier : on en avait reçu 500 d'un roi indien en moins 301. Devant la puissance de ces éléphants, qu'on disposait surtout en première ligne pour effrayer l'ennemi, les Romains avaient ordonné la dissolution de ce corps d'armée, ce qui n'empêcha pas les Séleucides de reconstituer tranquillement et à l'insu de tout le monde des charges d'éléphants.
En plus de ça, ce qui était mentionné aujourd'hui, des chars de guerre avec des faux, cette fois-ci c'était hérité de l'empire perse : des chars légers équipés de longues lames aux essieux, conçus pour faucher les rangs ennemis.
Bref, l'empire séleucide, sa technique, c'est de faire peur — par ces éléphants, par la masse, par le prestige de ces phalanges et par ces instruments de torture que sont les chars à faux.
Ce qui explique pourquoi l'armée séleucide ne fut jamais surclassée sinon par des outsiders. Par exemple par les Romains, dont l'unité guerrière de base était le manipule, 120 hommes, ce qui fait que c'est beaucoup plus flexible. Par exemple, les manipules peuvent s'écarter pour laisser passer les chars, qui alors deviennent extrêmement vulnérables, ce qui permet de faire davantage de mouvements enveloppants pour prendre les phalanges à revers. Et puis, là où l'empire séleucide s'appuie sur des mercenaires — les soldats grecs, le noyau dur de l'armée —, les soldats romains, eux, sont des soldats citoyens qui combattent pour leur patrie. La motivation n'est donc pas la même.
Ce qui explique aussi pourquoi, bizarrement, l'armée maccabéenne, qui est une toute petite armée, a réussi à surclasser l'armée séleucide. C'est, toute chose égale par ailleurs, la même histoire qu'au Vietnam, où vous avez d'un côté la puissance de guerre américaine et de l'autre côté des techniques de guérilla. Dans les montagnes de Judée, la phalange devient beaucoup plus difficile à manipuler. Judas va préférer les ruses et les attaques à l'improviste. Ils vont même piller les armes de leurs adversaires et c'est ainsi qu'ils vont finir par s'armer.
Et là où les Romains ont un idéal républicain qui les pousse à se battre pour le bien commun, les Maccabées, eux, ont l'idéal de la loi et l'espérance de la vie future. Ça veut dire que si vous mourez au combat, ce n'est pas la fin de l'histoire. Et ça aussi, ça change pas mal de choses. Et vous voyez comment à nouveau on retrouve, jouant dans la spiritualité de la guerre sainte, cette spiritualité du martyre.
En guise de prière finale, je vous ai trouvé une prière inspirée par sainte Geneviève, qui est la patronne des gendarmes, que j'ai trouvée dans le diocèse aux armées. Je me suis dit que ça marchait bien avec les thèmes que nous abordions en ce moment. Non ? Allez : au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Prière
Prière du gendarme.
Dieu d'amour, de justice et de paix, entends la prière que j'élève vers toi. Je suis gendarme, je veux être chrétien, il me faut être fort. Aide-moi à rester juste et paisible dans l'accomplissement de mes missions.
Je dois être vigilant face aux hommes qui peuvent devenir malfaiteurs, violents et criminels. Donne-moi la sagesse nécessaire pour garder la maîtrise de ma force à l'encontre du péché et du mal, tout en discernant en chacun la présence de ton image.
Et si je dois armer mon bras pour faire respecter la loi, garde mon âme dans la sérénité, Seigneur, car c'est mon devoir d'assurer la paix, l'ordre et la sécurité, de sauver des vies menacées, celles des autres ou la mienne.
Ouvre alors, Seigneur, les esprits et les cœurs à la compréhension de mon service exigeant : ceux de mon conjoint et de mes enfants, ceux de mes amis et de mes compatriotes, et ceux même de mes adversaires.
Et s'il me faut aller jusqu'au sacrifice de ma fierté, de mon bien-être, de ma vie, donne-moi une confiance profonde en toi, Seigneur, par l'intercession de sainte Geneviève.
Ô Dieu trois fois saint, je t'en supplie, soutiens mon service, ranime mon courage et fortifie ma foi.