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Jour 307 ☼ — Simon, paix fragile et gloire humaine

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Résumé : Cet épisode lit le chapitre 14 du premier livre des Maccabées : la capture de Démétrios, la paix et la prospérité du pays sous Simon, les ambassades échangées avec Sparte et Rome, puis la longue inscription de bronze qui lui confère à perpétuité la charge de grand prêtre, le commandement de l'armée et le gouvernement du peuple. Le frère Paul-Adrien souligne qu'il n'est ici question que de gloire, de titres et de prestige : Rome félicite Simon pour son renom, non pour son Dieu. Il montre surtout la mise en place du régime hasmonéen, une monarchie sacerdotale dont la légitimité ne vient plus de la lignée de Sadoc mais de la confirmation par un roi séleucide. En enterrant une seconde fois l'héritage de David, ce sont les promesses messianiques que l'on recouvre — en attendant celui qui réunira toutes les prophéties.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Nous sommes toujours dans le règne de Simon, le troisième frère à exercer le pouvoir.

Lecture : 1 Maccabées 14

En l'an 172 de l'Empire grec, le roi Démétrios rassembla son armée et se rendit en Médie pour y chercher de l'aide afin de combattre Tryphon. Il envoya un de ses généraux pour le capturer vivant. Celui-ci partit donc et battit l'armée de Démétrios. Il le captura et l'emmena chez Arsace, qui le mit en prison.

Tout au long des jours de Simon, le pays connut la tranquillité. Simon rechercha le bien de sa nation. Son autorité fut appréciée de tous, autant que sa gloire tout au long de ses jours. En pleine gloire, il prit Joppé, en fit un port, s'ouvrant ainsi l'accès aux îles de la mer. Il élargit les frontières de sa nation, affermit son pouvoir sur le pays et rassembla de nombreux captifs. Il se rendit maître de Gazara, de Bethsour et de la Citadelle, d'où il extirpa toute impureté. Il n'y eut personne pour lui résister.

Chacun cultivait sa terre dans la paix, la terre donnait ses produits et les arbres des champs leurs fruits. Les vieillards s'installaient sur les places publiques, tous ils s'entretenaient de leur bonheur, et les jeunes gens revêtaient de splendides tenues guerrières. Il approvisionna les villes, en fit des instruments de sa force, et le renom de sa gloire atteignit le bout du monde. Il instaura la paix dans le pays. Israël connut une immense allégresse. Chacun pouvait s'asseoir sous sa vigne ou son figuier sans avoir à redouter personne. Tout adversaire disparut de leur pays, et les rois, en ce temps, furent écrasés. Simon releva tous les humbles de son peuple. Il observa fidèlement la loi. Supprimant tout homme infidèle et malfaisant, il favorisa la splendeur du lieu saint, multipliant la richesse de son mobilier.

La nouvelle de la mort de Jonathan parvint à Rome et jusqu'à Sparte, où l'on en fut très contrarié. Mais lorsqu'on apprit que son frère Simon, devenu grand prêtre à sa place, gouvernait le pays et les villes qui s'y trouvaient, on inscrivit sur des tables de bronze le renouvellement de l'amitié et de l'alliance conclue autrefois avec Judas et Jonathan, ses frères. Lecture en fut donnée devant l'assemblée à Jérusalem.

Voici la copie de la lettre qu'envoyèrent les Spartiates : « Les magistrats et la ville des Spartiates à Simon, grand prêtre, ainsi qu'aux anciens, aux prêtres et au reste du peuple des Juifs, leurs frères, salut. Les ambassadeurs que vous avez envoyés auprès de notre peuple nous ont informés de votre gloire et de votre prestige. Nous nous sommes réjouis de leur visite. Nous avons inscrit leur déclaration parmi les décisions du peuple, en ces termes : Numénios, fils d'Antiochos, et Antipater, fils de Jason, ambassadeurs des Juifs, sont venus chez nous pour renouveler leur amitié à notre égard. Le peuple a jugé bon de recevoir ces hommes avec honneur et de déposer la copie de leur discours aux archives publiques, afin que le peuple de Sparte en garde le souvenir. » Une copie de cette lettre fut établie à l'intention de Simon, le grand prêtre.

Après cela, Simon envoya Numénios à Rome avec un grand bouclier d'or pesant mille mines, pour confirmer l'alliance avec eux.

Apprenant ces événements, le peuple dit : « Quel témoignage de reconnaissance donnerons-nous à Simon et à ses fils ? Car il s'est montré ferme, lui-même ainsi que ses frères et la maison de son père, pour combattre et repousser les ennemis d'Israël. Ils ont assuré au peuple la liberté. » On fit donc graver une inscription sur des tables de bronze que l'on plaça sur des stèles, à la montagne de Sion.

Voici le texte de cette inscription : « Le dix-huitième jour du mois d'Éloul, en l'an 172, la troisième année du règne de Simon, grand prêtre éminent, à Asaramel, en présence de la grande assemblée des prêtres, du peuple, des chefs de la nation et des anciens du pays, on nous a fait connaître ce qui suit. Lors des nombreux combats qui ont eu lieu dans le pays, Simon, fils de Mattathias, descendant des fils de Joarib, ainsi que ses frères, affrontèrent eux-mêmes le danger. Ils ont tenu tête aux adversaires de leur nation, afin que soient maintenus leur lieu saint et la loi. Ils ont ainsi couvert leur nation d'une grande gloire. Jonathan rassembla sa nation et devint pour elle grand prêtre. Puis il fut réuni aux pères de son peuple. Leurs ennemis voulurent envahir le pays pour le ravager et porter la main sur son lieu saint. C'est alors que se leva Simon. Il combattit pour sa nation. Il dépensa une grande partie de ses propres biens pour équiper les hommes de l'armée de sa nation et leur payer une solde. Il fortifia les villes de la Judée, ainsi que Bethsour, ville frontière, où était auparavant l'arsenal de l'ennemi. Il y plaça une garnison juive. Il fortifia Joppé, sur la côte, et Gazara, aux confins de la région d'Azot, ville autrefois peuplée d'ennemis. Il y installa des Juifs. Toutes ces villes, il les munit de ce qui était nécessaire à leur prospérité. Le peuple vit la fidélité de Simon et la gloire qu'il avait décidé de procurer à sa nation. Dès lors, il le choisit comme guide et grand prêtre, en raison de tout ce qu'il avait accompli, de la justice et de la fidélité qu'il avait gardée envers sa nation, parce qu'il avait travaillé de toutes les manières à la grandeur de son peuple. Durant ces jours, grâce à lui, on réussit à extirper les païens du pays, même ceux qui occupaient la cité de David à Jérusalem. Les païens en avaient d'abord fait leur citadelle, et chaque fois qu'ils en sortaient, ils profanaient les abords du lieu saint, portant gravement atteinte à sa pureté. Simon installa en ce lieu des soldats juifs et le fortifia pour la sécurité du pays et de la ville. Il suréleva aussi les remparts de Jérusalem. Pour tout cela, le roi Démétrios le confirma dans sa charge de grand prêtre, le mit au nombre de ses amis et le couvrit de grands honneurs. Il avait appris, en effet, que les Romains traitaient les Juifs d'amis, d'alliés et de frères, et qu'ils avaient accueilli avec honneur les ambassadeurs de Simon. Il avait appris aussi que les Juifs et les prêtres avaient jugé bon de nommer Simon guide et grand prêtre à perpétuité, jusqu'à ce que se lève un prophète digne de foi. En outre, il lui avait confié le commandement de l'armée, la responsabilité du lieu saint, la charge de nommer les chefs de travaux, les administrateurs du pays, de l'armement et des fortifications. Tous devaient lui obéir. Tous les actes du pays devaient être rédigés en son nom, et lui-même devait être revêtu de pourpre et porter des ornements d'or. Il ne sera permis à personne, ni dans le peuple, ni parmi les prêtres, de rejeter une seule de ses dispositions ou de contredire les ordres de Simon, de convoquer sans lui une réunion dans le pays, de revêtir la pourpre ou de porter une agrafe d'or. Quiconque agira à l'encontre de ses décisions ou en rejettera une sera passible d'une sanction. Tout le peuple a jugé bon d'accorder à Simon le droit d'agir selon ses dispositions. Simon a accepté : il a jugé bon d'exercer la charge de grand prêtre, d'être chef de l'armée, gouverneur des Juifs et des prêtres, et d'être à la tête de tous. »

On a décidé de mettre cela par écrit sur des tables de bronze placées en évidence dans l'enceinte du lieu saint, tandis que des copies en seront déposées dans la chambre du trésor, à la disposition de Simon et de ses fils.

Commentaire

Le commentaire d'aujourd'hui est assez simple. Il n'a été question, si vous regardez attentivement, que de la gloire de Simon. On lui donne de l'or, on lui donne des titres, on fait son éloge, on parle de son prestige. Et même, il a des ambassades de Rome et de Sparte.

Un rendez-vous manqué, d'ailleurs, Rome. Vous sentez que je reviens assez souvent sur cette question, mais ça me semble important. À mon avis, ce sont les relations avec Rome qui donnent la température de ce qui est en train de se vivre en Judée. Regardez. Pourquoi est-ce que Rome félicite Simon ? Verset 21 :

Les ambassadeurs que vous avez envoyés auprès de notre peuple nous ont informés de votre gloire et de votre prestige.

De quoi ont parlé les ambassadeurs romains ? Est-ce qu'ils leur ont parlé de Dieu ? Pas du tout ! Ils leur ont parlé de la gloire et du prestige de Simon. Ah, le grand rassemblement des nations qui vont converger en pèlerinage à Jérusalem devant la beauté de la religion juive… il faudra attendre encore un peu, manifestement.

Et toujours dans le chapitre des choses déjà dites, mais sur lesquelles il me paraît important d'insister, c'est le verset 38 :

Pour tout cela, le roi Démétrios confirma Simon dans sa charge de grand prêtre.

On avait déjà vu Jonathan, le frère aîné de Simon, qui avait exercé le pouvoir avant lui, être nommé grand prêtre. Donc ce n'est pas une nouveauté. Mais ici, on vous dit que cette procédure de nommer des grands prêtres via un roi séleucide est confirmée. C'est quelque chose qui maintenant est en train de rentrer dans la norme. Frère après frère. Et ce sera l'identité du régime hasmonéen que vous voyez se mettre en place : une monarchie sacerdotale. Prêtre et roi.

Alors, on comprend. Depuis l'Empire perse, il n'y a plus de roi à Jérusalem. Ce qui fait qu'il n'y a plus personne, non plus, pour protéger le grand prêtre. C'était le boulot du roi. On l'avait vu dans le livre des Chroniques : le boulot du roi, c'était d'organiser le culte et de veiller à ce que tout se passe dans le bon ordre. Donc il faut bien protéger ce culte et ce grand prêtre. Et les Hasmonéens, qui arrivent au moment où il y a un vide sacerdotal — en ce moment, il n'y a plus de grand prêtre — et un vide politique — ils n'ont plus de roi — eh bien, ils vont mettre les deux ensemble. Ce qui est une manière assez simple de résoudre deux problèmes d'un coup.

Sauf que les Hasmonéens, ils n'étaient pas grands prêtres avant. Ils faisaient partie d'une famille sacerdotale, c'est ce que le livre des Maccabées vous disait au tout début : ils étaient prêtres, installés dans la ville de Modine. Donc de ce point de vue-là, il y a une certaine légitimité. Sauf que le grand prêtre, la lignée traditionnelle, c'est la lignée sadocide, les descendants de Sadoc. Et on a vu comment les derniers grands prêtres, Onias III, descendant de Sadoc, avaient été renversés, et comment depuis, il y avait une crise de légitimité dans la fonction de grand prêtre.

Les Hasmonéens viennent combler un trou. Très bien. Mais c'est quoi, leur légitimité à eux ? Eh bien, elle ne vient pas de leur ascendance, elle vient des rois païens. C'est eux qui confirment la charge de grand prêtre. Après tout, ça ne coûtait pas cher aux Hasmonéens d'essayer de rétablir la lignée sacerdotale traditionnelle. Vous allez me dire : les Sadocides, les Sadocides, on s'en fiche un petit peu. Mais les Sadocides, ils viennent de David. On a déjà enterré une première fois David, en ayant quelqu'un qui exerce le pouvoir et qui n'est pas de la dynastie davidique. Si jamais vous enlevez le grand prêtre que David avait nommé, vous l'enterrez une deuxième fois. Et derrière ça, c'est toutes les promesses messianiques que vous êtes en train d'enterrer.

Et même, la Bible n'arrête pas de vous dire qu'il y a les rois d'un côté et les prêtres de l'autre. Il y avait déjà Aaron, le grand prêtre, et Moïse, le prophète. Il y aura David, il y aura Sadoc. On ne confond jamais les deux, parce que derrière cette indépendance des pouvoirs, l'idée derrière la tête, c'était que le grand prêtre représentait Dieu et que c'était Dieu le véritable roi de cette nation.

Alors maintenant, sur le fond, est-ce qu'il pourrait y avoir quelqu'un qui sera à la fois roi et grand prêtre ? C'est dangereux, mais ça ne veut pas dire que la Bible est forcément opposée à tout changement. On l'avait déjà vu avec les rois : on avait vu comment Dieu n'était pas forcément emballé à l'idée d'avoir un roi sur Israël — souvenez-vous du prophète Samuel et de ce qu'il disait. Mais enfin, on s'était trouvé un David qui avait plus ou moins fait le bon travail. Donc, on n'est pas forcément opposé à faire évoluer les choses. Simplement, il faut aller jusqu'au bout. C'est-à-dire que cette personne-là, elle va récupérer toutes les prophéties : pas seulement prêtre, pas seulement roi, mais aussi le juste, l'innocent, le chant du Serviteur d'Isaïe. La totale. Quelqu'un arrive et dit : très bien, je paie pour voir. Mais ça, les enfants, c'est une autre histoire.

Proverbes 28,1-5

Le coupable s'enfuit quand nul ne le poursuit. Les innocents ont l'assurance des lions.

Quand le pays se révolte, les chefs sont légion. Vienne un homme de bon sens, l'ordre règne.

Un homme pauvre qui exploite les faibles, c'est le déluge, plus rien à manger.

Ceux qui rejettent la loi font l'éloge du méchant. Ceux qui observent la loi leur font la guerre.

La racaille ne comprend rien au droit. Qui cherche le Seigneur comprendra tout.


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