CapBibliqueCapBiblique

Jour 308 ☼ — La fin des Maccabées

← J307 ☾ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J308 ☾ →


Résumé : Dans ce dernier épisode consacré à l'Ancien Testament, le frère Paul-Adrien lit les chapitres 15 et 16 du premier livre des Maccabées : la lettre d'Antiochos à Simon, le renouvellement de l'alliance avec Rome, la rupture du roi, la victoire de Jean sur Kendébé, puis l'assassinat de Simon et de ses fils par son gendre Ptolémée lors d'un festin à Jéricho. Le livre s'achève sur l'accession de Jean Hyrcan au pontificat par simple succession héréditaire, sans aucune question posée. Le commentaire montre comment la manière d'accéder au pouvoir révèle qui l'on est, et comment ce livre laisse voir émerger sous nos yeux la société juive que connaîtra Jésus : Esséniens, Sadducéens, Zélotes et pharisiens.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Aujourd'hui, c'est le dernier jour sur l'Ancien Testament, j'en peux plus. Je vous en parle dans l'épisode juste après, ce sera le dernier épisode. Là, on se dépêche, la lecture est longue. 1 Maccabées 15 et 16.

Lecture : 1 Maccabées 15-16

Antiochos, fils du roi Démétrios, envoya des îles de la mer une lettre à Simon, prêtre et gouverneur des Juifs, ainsi qu'à toute la nation. Elle était ainsi conçue :

« Le roi Antiochos à Simon, grand prêtre et gouverneur, et à la nation des Juifs, salut ! Des scélérats se sont emparés du royaume de nos pères. Mais je veux revendiquer la possession du royaume afin de le rétablir tel qu'il était auparavant. J'ai donc recruté un grand nombre de troupes mercenaires. J'ai équipé des vaisseaux de guerre. Et je veux débarquer dans le pays afin de poursuivre ceux qui l'ont ravagé et ceux qui ont dévasté de nombreuses villes dans mon royaume. Je te confirme donc maintenant toutes les remises d'impôts que t'ont accordées les rois qui m'ont précédé et la dispense qu'ils t'ont consentie de tous les autres présents. Je t'autorise à frapper une monnaie propre à ton pays. Jérusalem et le lieu saint sont libres. Tout l'armement que tu as fabriqué, les forteresses que tu as bâties et qui sont en ton pouvoir, tu peux les conserver. Tout ce que tu dois au trésor royal, avec tout ce que tu lui devrais à l'avenir, que cela te soit remis dès maintenant et pour toujours. Lorsque nous aurons rétabli notre royauté, nous te couvrirons de grand honneur, toi-même, ta nation et le temple, au point de rendre votre gloire éclatante aux yeux du monde entier. »

L'an 174 de l'Empire grec, Antiochos partit pour le pays de ses pères. Toutes les troupes se rallièrent à lui, si bien qu'il ne resta qu'une poignée d'hommes avec Trifon. Celui-ci, poursuivi par Antiochos, s'enfuit et parvint à Dora, au bord de la mer. Il se rendait compte, en effet, que les malheurs s'étaient accumulés sur lui et que ses troupes l'avaient abandonné. Antiochos prit position devant Dora avec cent vingt mille combattants et huit mille cavaliers. Il encercla la ville, tandis que ses vaisseaux attaquaient par la mer. Il bloqua les issues de la ville par terre et par mer, ne laissant personne sortir ni entrer.

Entre-temps, Noumenios et ses compagnons revinrent de Rome avec des lettres adressées aux rois et aux pays. En voici le texte :

« Lucius, consul des Romains, au roi Ptolémée, salut ! Les ambassadeurs des Juifs, envoyés par le grand prêtre Simon et par le peuple juif, sont venus chez nous en amis et en alliés pour renouveler l'amitié et l'alliance de jadis. Ils ont apporté un bouclier d'or, de mille livres. Nous avons donc jugé bon d'écrire aux rois et aux pays de ne pas leur causer de tort, de ne pas leur faire la guerre à eux, ni à leur ville, ni à leur pays, et de ne pas s'allier à ceux qui leur feraient la guerre. Nous avons aussi décidé d'accepter de leur part le bouclier. Si donc des scélérats ont fui leur pays pour se rendre auprès de vous, livrez-les au grand prêtre Simon, afin qu'il les punisse selon la loi juive. »

La même lettre fut adressée au roi Démétrios, à Attale, à Ariarat, à Arsace, et dans tous les pays : à Samsamé, aux Spartiates, à Délos, à Mindos, à Sicyone, en Carie, à Samos, en Pamphylie, en Lycie, à Halicarnasse, à Rhodes, à Phasélis, à Kos, à Sidé, à Arados, à Gortyne, à Cnide, à Chypre et à Cyrène. Une copie de cette lettre fut établie à l'intention de Simon, le grand prêtre.

Le roi Antiochos avait donc pris position devant Dora, dans son faubourg. Sans répit, il lançait contre elle ses détachements et fabriquait des machines de guerre. Il bloquait Trifon pour que nul ne puisse ni sortir ni entrer. Pour sa part, Simon lui envoya deux mille hommes d'élite pour combattre à ses côtés, ainsi que de l'argent, de l'or et un matériel considérable. Mais il refusa de les recevoir. Il révoqua tout ce qui avait été convenu auparavant avec Simon et traita celui-ci comme un étranger. Il lui envoya Athénobios, l'un de ses amis, pour communiquer ainsi avec lui :

« Vous occupez Jopé et Gazara, ainsi que la citadelle de Jérusalem. Or, ce sont des villes de mon royaume. Vous avez dévasté leur territoire. Vous avez causé de nombreux torts au pays en vous rendant maître de nombreuses localités de mon royaume. Rendez-moi donc les villes dont vous vous êtes emparés et payez les impôts des régions que vous avez soumises hors des frontières de la Judée. Sinon, donnez en échange la somme de cinq cents talents d'argent et cinq cents autres talents pour les dommages causés et les impôts des villes, faute de quoi nous viendrons vous faire la guerre. »

Athénobios, l'ami du roi, arriva à Jérusalem, vit la magnificence de Simon, le buffet d'or et d'argenterie, et son important entourage. Il en fut stupéfait. Il lui fit alors connaître la parole du roi. Simon lui répondit : « Ce n'est pas une terre étrangère que nous avons prise, ni la propriété d'autrui que nous avons conquise, mais bien l'héritage de nos pères, injustement occupé pendant quelque temps par nos ennemis. Nous avons simplement profité d'une occasion favorable pour récupérer l'héritage de nos pères. Quant à Jopé et Gazara que tu réclames, ces villes qui causaient beaucoup de torts à notre peuple en dévastant notre pays, pour elles, nous donnerons la somme de cent talents. »

Athénobios ne lui répondit pas un mot. Il s'en retourna furieux auprès du roi et lui rapporta ces paroles, ainsi que la magnificence de Simon et tout ce qu'il avait vu. Et le roi fut pris d'une violente colère.

Or, Trifon monta sur un bateau et s'enfuit vers Orthosia. Le roi institua Kendébé général en chef de la zone du littoral. Il lui donna des troupes d'infanterie et de cavalerie, avec pour mission de prendre position en face de la Judée, de rebâtir Kédron, de consolider ses portes et de faire la guerre au peuple. Puis il se lança à la poursuite de Trifon.

Kendébé, lui, parvenu à Jamnia, se mit à provoquer le peuple juif, à faire des incursions en Judée, à ramener des prisonniers et à massacrer. Il rebâtit Kédron et y plaça des cavaliers et des fantassins pour opérer des sorties et parcourir les routes de Judée, comme le roi le lui avait ordonné.

Jean monta de Gazara à Jérusalem et informa Simon, son père, des manœuvres de Kendébé. Alors Simon fit venir ses deux fils aînés, Judas et Jean, et il leur dit : « Moi, mes frères et la maison de mon père, nous avons fait la guerre aux ennemis d'Israël depuis notre jeunesse jusqu'à ce jour, et bien souvent, il nous a été donné de délivrer Israël. Maintenant, je suis vieux, tandis que vous, par la miséricorde du ciel, vous avez l'âge qu'il faut. Prenez ma place et celle de mon frère. Partez combattre pour notre nation, et que le secours du ciel soit avec vous. »

Il choisit dans le pays vingt mille hommes de guerre et des cavaliers. Ceux-ci marchèrent contre Kendébé et passèrent la nuit à Modine. Levés dès l'aube, ils avançaient dans la plaine, lorsqu'une armée nombreuse de fantassins et de cavaliers vint à leur rencontre. Un torrent les séparait encore. Jean prit position en face de lui, avec son groupe. Quand il vit que celui-ci avait peur de franchir le torrent, il traversa le premier. À cette vue, tous traversèrent derrière lui. Il répartit son groupe et plaça les cavaliers au milieu des fantassins, car la cavalerie adverse était très nombreuse. On sonna de la trompette. Kendébé fut mis en déroute avec son armée. Il y eut beaucoup de victimes parmi eux, et les survivants s'enfuirent vers la forteresse. C'est alors que fut blessé Judas, le frère de Jean. Mais Jean poursuivit l'ennemi jusqu'à ce que Kendébé arrive à Kédron, la forteresse qu'il avait rebâtie. Les ennemis s'enfuirent jusqu'aux tours qui sont dans la campagne d'Azoth, et Jean les incendia. Environ deux mille hommes parmi eux succombèrent. Après cela, Jean retourna en paix en Judée.

Ptolémée, fils d'Aboubos, avait été nommé gouverneur militaire de la plaine de Jéricho et possédait beaucoup d'argent. Il était en effet le gendre du grand prêtre. Son cœur s'exalta. Il voulut se rendre maître du pays. Il forma donc le projet perfide de supprimer Simon et ses fils.

Or, Simon faisait une tournée d'inspection dans les villes du pays pour veiller à leur administration. Le onzième mois, c'est-à-dire le mois de Shébat, de l'an 177 de l'Empire grec, il descendit à Jéricho avec ses fils Matathias et Judas. Avec ruse, le fils d'Aboubos les reçut dans une petite forteresse appelée Doc, qu'il avait fait construire, et il leur offrit un grand festin. Or, il avait caché des hommes en ce lieu. Lorsque Simon et ses fils furent ivres, Ptolémée bondit avec ses hommes. Ils prirent leurs armes et se jetèrent sur Simon dans la salle du festin. Ils le tuèrent, ainsi que ses deux fils et quelques-uns de ses serviteurs. Ptolémée commit ainsi une grave trahison, et il rendit le mal pour le bien.

Il écrivit au roi pour l'informer de ce qu'il avait fait. Il lui demanda d'envoyer des troupes à son secours et de lui donner le gouvernement du pays et des villes de Judée. Il envoya des hommes à Gazara pour supprimer Jean. Il convoqua par lettres les commandants de l'armée afin de leur donner de l'argent. Il envoya d'autres hommes encore pour prendre possession de Jérusalem et de la montagne du temple.

Mais quelqu'un prit les devants et se rendit à Gazara pour annoncer à Jean la mort de son père et de ses frères, et il ajouta : « On a envoyé quelqu'un pour te tuer, toi aussi. » À cette nouvelle, Jean fut complètement hors de lui. Il se saisit des hommes qui étaient venus le supprimer et les tua. Car il avait appris que ces hommes cherchaient à le faire périr.

Tout ce que l'on pourrait dire encore au sujet de Jean, de ses guerres et de ses actes de bravoure, des remparts qu'il fit construire et de ses faits et gestes, tout cela est raconté dans le livre des Annales de son pontificat, depuis le jour où il devint grand prêtre à la place de son père.

Commentaire

Comment est-ce que Jean Hyrcan accède au pouvoir ? Par voie de succession héréditaire. Point à la ligne. Il n'y a plus aucune question. Et c'est quoi ses premiers gestes ? On ne vous les donne pas. On vous dit : « si jamais ça vous intéresse, il y a un autre livre, allez voir là-bas ».

Et on retrouve la leçon que le livre n'a cessé de nous donner. La manière dont vous accédez au pouvoir et vos premiers gestes révèlent qui vous êtes. On ne peut pas faire deux fois une première impression.

Donc c'est compliqué, parce qu'en même temps, grâce aux Asmonéens, la Judée retrouve son indépendance. Mais il y a un idéal qui a été perdu en cours de route, avec une société juive beaucoup plus fragmentée.

Parce qu'à votre avis, il s'est passé quoi pendant ce livre ? Le cumul roi–grand prêtre, ça ne va pas plaire à tout le monde. Et une partie de la société va faire sécession. Ça vous donnera les Esséniens. Les Esséniens, la grotte de Qumran, c'est toute une partie de la société qui s'est retirée parce qu'ils ne se reconnaissent plus dans le culte de Jérusalem. Et on ne peut pas tout à fait leur en vouloir.

Ça vous donne quoi aussi ? Ça vous donne la naissance des Sadducéens. Les Sadducéens, qui se réclament les héritiers de Sadoc. Sauf qu'on a bien compris que ça, maintenant, c'était juste un prête-nom. Les Sadducéens, c'est quoi ? C'est cette élite sacerdotale qui va graviter autour du temple et du pouvoir et qui ne brille pas franchement par sa piété.

Et ça vous donne quoi aussi ? Cet idéal de guerrier sacré qu'incarnent les Asmonéens. C'est ce qui vous a donné les Zélotes au temps de Jésus. Ils viennent de là.

Il reste quoi ? Il reste les pharisiens. Vous pourrez probablement les voir à mot caché derrière les Acidéens dont il a été question.

Mais c'est étonnant de voir comment est-ce que là, vous voyez émerger devant vos yeux la société juive que connaîtra Jésus en son temps.

Proverbes 28,6-10

Mieux vaut un pauvre qui marche dans l'intégrité qu'un homme aux voies tortueuses, même s'il est riche.

Celui qui observe la loi est un fils intelligent, mais celui qui fréquente les débauchés fait honte à son père.

Celui qui accroît son bien par l'intérêt et l'usure l'amasse pour celui qui a pitié des pauvres.

Si quelqu'un détourne l'oreille pour ne pas écouter la loi, même sa prière est une abomination.

Celui qui égare les hommes droits dans une voie mauvaise tombera lui-même dans son piège. Ce sont les gens intègres qui hériteront du bonheur.


← J307 ☾ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J308 ☾ →