Jour 308 ☾ — La victoire de Judas, fin de l'Ancien Testament
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Résumé : Dernier chapitre de l'Ancien Testament ! Le frère Paul-Adrien laisse d'abord exploser sa joie et confie l'ampleur du travail que ce podcast lui a demandé, puis il lit 2 Maccabées 15 : la victoire de Judas Maccabée sur Nicanor, le songe où Onias III et le prophète Jérémie lui remettent une épée sainte, et la mort infâme du général séleucide. Le commentaire montre comment ce chapitre anticipe la communion des saints, comment il relie Judas à Esther et aux martyrs d'Israël plutôt qu'à l'héritage militaire de Matatia, et pourquoi l'épée n'arrive qu'à la dernière page. L'épisode se termine par un grand bilan de 1600 ans d'histoire sainte et une prière d'action de grâce avant d'ouvrir le Nouveau Testament.
Introduction
Aujourd'hui, c'est le dernier chapitre sur l'Ancien Testament. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais moi, je suis dans un état, mais… Oh là là là là là là ! Ça me fait un choc, mais vous ne pouvez pas savoir combien de temps, combien de jours, combien de semaines, combien de mois j'y ai passé à ce podcast. J'ai l'impression que c'est une étape de ma vie qui est en train de s'achever, là.
En fait, c'est simple, je peux vous le dire maintenant : si jamais il fallait le refaire, je ne le referais pas. Moi, dans ma tête, je m'étais dit quoi ? Il y a deux épisodes par jour. Il y en a le matin, il y en a le soir. Ils font chacun un quart d'heure environ. Ça fait une demi-heure de travail. Ça fait une heure par jour. C'est gérable. En fait, je suis à cinq heures de travail par jour. C'est la panique intégrale dans toute la chaîne de production sur L'Amour Vaincra, le YouTube, le podcast, l'Instagram, etc. Tout a été cannibalisé pour la Bible en un an.
Bon, j'espère au moins que ça vous plaît. Vous savez comment manifester votre générosité. Là, normalement, ce n'est pas le jour où je fais de la pub, mais je rappelle que les liens sont en bas. C'est juste que là, je suis quand même obligé de laisser exploser ma joie, quoi.
Donc, deuxième livre des Maccabées, suite et fin. C'est le chapitre 15. Profitez, c'est le dernier chapitre de l'Ancien Testament. Après, on va retourner dans saint Luc.
Lecture : 2 Maccabées 15
Nicanor apprit que Judas et les siens se trouvaient dans les parages de Samarie. Il fit le projet de les attaquer en toute sécurité le jour du repos hebdomadaire. Les Juifs qui le suivaient par contrainte lui dirent : « Ne va pas les faire périr d'une manière aussi cruelle et barbare, mais rends honneur au jour qui a été choisi de préférence et sanctifié par celui qui voit tout. »
Nicanor, ce triple scélérat, leur demanda s'il y avait au ciel un souverain qui prescrivait d'observer le jour du sabbat. On lui déclara : « C'est le Seigneur vivant lui-même, souverain du ciel, qui a ordonné de respecter le septième jour. » Nicanor reprit : « Eh bien, moi, je suis souverain sur terre, je commande qu'on prenne les armes pour accomplir le service du roi. » Toutefois, il ne fut pas maître d'accomplir son funeste projet.
Haussant la tête avec une extrême prétention, Nicanor était décidé à dresser un monument public de la victoire qu'il remporterait sur les hommes de Judas.
Mais de son côté, Judas Maccabée gardait une confiance inébranlable et le plein espoir d'obtenir la protection du Seigneur. Il exhortait ses compagnons à ne pas redouter l'approche des païens, mais à garder présents à l'esprit les secours déjà reçus du ciel, et à compter maintenant aussi sur la victoire qui leur viendrait du Tout-Puissant. En les encourageant par des mots de la loi et des prophètes, en leur rappelant aussi les combats qu'ils avaient déjà soutenus, il les remplit d'une détermination nouvelle. Ayant ainsi réveillé leur ardeur, il acheva de les stimuler en leur montrant combien les païens avaient manqué à leurs paroles et méprisé leurs serments. Il arma ainsi chacun d'eux, non pas de la sécurité que donnent les boucliers et les lances, mais du réconfort qu'on trouve dans les paroles de bons conseils.
Il leur raconta en outre un songe digne de foi, une sorte de vision qui les réjouit tous. Voici ce qu'il avait vu : Onias, jadis grand prêtre, cet homme noble et bon, modeste dans son abord et doux de caractère, distingué dans son langage et adonné dès l'enfance à tout ce qui concerne la vertu, étendait les mains et priait pour toute la communauté des Juifs. Ensuite apparut de la même manière un homme remarquable par ses cheveux blancs et par sa dignité, dont le maintien était admirable et tout empreint de majesté. Prenant la parole, Onias disait : « Cet homme est l'ami de ses frères, celui qui prie beaucoup pour le peuple et pour la ville, le saint Jérémie, le prophète de Dieu. » De sa main droite, Jérémie tendit à Judas une épée d'or. En la lui donnant, il s'exprima ainsi : « Reçois cette épée sainte que Dieu te donne, par elle tu briseras tes adversaires. »
Ce très beau discours de Judas eut le pouvoir d'inciter à la vertu et de donner aux jeunes une âme virile. Rassurés, les Juifs résolurent de ne pas se retrancher dans un coin, mais de prendre héroïquement l'offensive et de décider de l'issue de la bataille en se jetant dans la mêlée avec toute leur bravoure. Car c'était la ville, les lieux saints et le temple qui étaient menacés. En effet, la crainte qu'ils avaient pour leurs femmes et leurs enfants, ainsi que pour leurs frères et leurs proches, comptait moins que la plus grande et la première des craintes, celle qu'ils éprouvaient pour le temple consacré.
L'angoisse de ceux qui avaient été laissés en ville n'était pas moins grande. Ils tremblaient pour l'attaque menée en rase campagne. Déjà, tous attendaient l'issue prochaine du combat. Déjà, les adversaires opéraient leur concentration, rangeaient leur armée en ordre de bataille, disposaient les éléphants en un point favorable et la cavalerie sur les ailes de l'armée.
Judas Maccabée, observant les troupes en présence, la variété de leur armement et l'aspect féroce des éléphants, tendit les mains vers le ciel et invoqua le Seigneur, auteur de prodiges. Il savait bien, en effet, que la victoire ne résulte pas de la force des armes, mais que Dieu l'accorde comme il le juge bon à ceux qui en sont dignes. Il prononça l'invocation suivante : « Au temps d'Ézéchias, roi de Judée, toi, maître, tu as envoyé ton ange, et il a exterminé… »
« Maintenant encore, ô souverain des cieux, envoie un bon ange en avant de nous, pour semer terreur et effroi. Que par la force de ton bras soit frappé de crainte celui qui, en blasphémant, marche contre ton peuple saint. » Et il acheva ces mots.
Alors que les hommes de Nicanor s'avançaient au son des trompettes et des chants de guerre, c'est avec des invocations et des prières que les hommes de Judas affrontèrent les ennemis. Combattant de leurs mains, priant Dieu de leur cœur, ils abattirent au moins trente-cinq mille hommes et se réjouirent grandement de cette manifestation de Dieu.
L'action terminée, comme ils s'en retournaient dans la joie, ils reconnurent Nicanor tombé avec toutes ses armes. Au milieu des cris et du tumulte, ils se mirent à bénir le Seigneur, souverain dans la langue de leurs pères. Alors Judas, lui qui de tout son être, corps et âme, avait combattu au premier rang pour ses concitoyens, lui qui avait conservé pour les gens de sa nation l'affection de sa jeunesse, ordonna de trancher la tête de Nicanor et son bras jusqu'à l'épaule et de les porter à Jérusalem. Arrivé là, il convoqua les gens de sa nation, plaça les prêtres devant l'autel et envoya chercher les occupants de la citadelle. Il exposa la tête de l'infâme Nicanor et la main que ce blasphémateur avait tendue avec insolence contre la sainte maison du Tout-Puissant. Puis il coupa la langue de l'impie Nicanor avec l'ordre de la donner aux oiseaux, morceau par morceau, et de suspendre en face du temple son bras, pour prix de sa folie. Alors, tourné vers le ciel, tous bénirent le Seigneur qui s'était manifesté. Ils disaient : « Béni soit celui qui a préservé de la profanation son lieu saint. » Judas accrocha la tête de Nicanor à l'extérieur de la citadelle, comme un signe manifeste et visible pour tous de l'aide du Seigneur.
Tous décrétèrent par un vote public de ne laisser nullement ce jour inaperçu, mais de le solenniser le treizième jour du douzième mois, le mois nommé Adar en araméen, la veille du jour dit de Mardochée.
Ainsi se déroulèrent donc les événements concernant Nicanor. Puisque la ville est demeurée depuis ce temps en possession des Hébreux, je finirai également en ce point mon récit. L'ouvrage est-il bien composé et réussi ? C'est ce que je voulais. Est-il au contraire faible et médiocre ? C'est tout ce que j'ai pu obtenir. De fait, il est nuisible de ne boire que du vin, tout comme il est nuisible de ne boire que de l'eau, tandis que le vin mêlé à l'eau est agréable et procure une délicieuse jouissance. De la même façon, c'est la construction du récit qui charme les oreilles de ceux qui lisent l'ouvrage. En voici donc la fin.
Commentaire
Et c'est ainsi que périt Nicanor, redoutable général séleucide, pour n'avoir pas saisi, quand elle se présentait, l'opportunité d'arrêter la guerre. De Nicanor, il ne restera finalement que deux choses : sa tête, que l'on retrouve sur le champ de bataille et que l'on accroche au rempart — on croit revivre à la fois Daniel et Judith — et une fête, la fête de Nicanor, qui commémorera sa mort d'année en année.
On aura vu plusieurs tentatives pour se faire un nom tout au long du livre des Maccabées. Des pyramides, dans le premier livre des Maccabées, de Simon Maccabée, jusqu'à la gloire militaire même d'Éléazar Maccabée, pour finalement arriver jusqu'au bout de l'ironie et s'apercevoir que la seule gloire que vous procure la victoire militaire, c'est la gloire d'un nom associé pour l'éternité à l'infamie.
Bon, toujours est-il que sa fête est associée avec la fête de Mardochée. Souvenez-vous, ça c'était le livre d'Esther, la fête des Pourim. Esther avait sauvé son peuple en s'alliant avec l'empereur perse. Judas Maccabée, lui, sauve son peuple en se rebellant contre le roi séleucide. Les deux phases d'une même histoire, qui puise sa force et sa spiritualité dans la figure du martyr.
Pour la petite histoire, vous avez eu aussi la dernière vision de l'Ancien Testament, avec deux mystérieux personnages qui apparaissent à Judas Maccabée, un peu comme dans les hagiographies des saints catholiques où vous avez, par exemple dans la vie de saint Dominique — notre père saint Dominique, moi qui suis dominicain — on raconte qu'il vit en songe Pierre et Paul lui donner le mandat de rétablir l'Église.
C'est quand même étonnant, parce que si vous voulez, à part Samuel qui apparaît à Saül — mais c'est parce qu'il y a une nécromancienne qui l'a fait revenir d'entre les morts — c'est la seule fois dans l'Ancien Testament où vous avez des hommes qui apparaissent à d'autres hommes. Ce qui signifie aussi que, un, il y a bien une vie après la mort, parce que sinon c'est pas possible ; et que, deux, ces personnages-là ne sont pas des fantômes, mais plutôt c'est comme s'ils étaient auprès de Dieu et qu'étant auprès de Dieu, ils continuent de veiller sur ce qui se passe sur la terre.
De la même manière que le chapitre 12 anticipait la théologie chrétienne du purgatoire, de la même manière ici ce chapitre anticipe ce qu'on appellera la communion des saints, ces personnes qui, au ciel, continuent d'intercéder. Judas Maccabée devient ainsi plus qu'un héros, ça devient un mystique. Même si vous notez, petit sourire de la part de l'auteur, que Onias III ne consacre pas Judas Maccabée grand prêtre : c'est Onias III qui continue de prier pour le peuple, la place du grand prêtre reste vacante. Tandis que Jérémie lui donne une épée sacrée, une épée sainte, ce qui consacre Judas Maccabée de facto comme chef de l'armée et comme gouverneur politique. Mais précisément, on lui donne cette épée à la toute fin du livre des Maccabées : il n'aura donc pas l'occasion d'en abuser.
Et c'est là enfin que vous pouvez comparer les deux livres des Maccabées qu'on a lus en parallèle. Le premier vous présentait une guerre sainte, un concept relativement instable où le zèle religieux était interprété en zèle militaire, sauf qu'on l'a vu se faire récupérer tout au long du livre par l'ambition personnelle et la quête nationaliste. Cette récupération n'était pas forcément facile à voir, car elle était cachée derrière les ors de la gloire militaire. Et c'est pour ça que le deuxième livre des Maccabées vous offre une nouvelle idée, une autre clé de lecture, et vous propose de relire l'histoire de Judas, le héros national, non pas à travers l'héritage spirituel de son père Matatia, mais à travers l'héritage spirituel des martyrs d'Israël. Et ça change tout.
Et ainsi s'achève l'Ancien Testament, où d'Abraham en passant par David jusqu'à Judas Maccabée, vous aurez tout vu. Nous aurons parcouru 1600 ans, de l'âge du bronze ancien à l'âge du fer récent, en passant de l'Empire égyptien aux Babyloniens, jusqu'aux Perses et enfin à l'aube où arrive l'Empire romain.
Vous aurez vu aussi la révélation partir des patriarches, forger des alliances, bâtir un royaume, pour le voir tomber, pillé, réduit en flammes par Nabuchodonosor, roi des Babyloniens. Vous faire peur avec des malédictions en haut d'une montagne, et vous réjouir avec des livres sapientiaux qui vous parlent d'amour et de prophéties. Vous aurez entendu les visions extatiques de ce chaman biblique qu'est Ézéchiel, et en même temps, avec Jérémie, vous saurez aller jusqu'au fond d'une caverne et d'une citerne. Vous aurez tout vu.
Et c'est ainsi que vous aurez assisté à l'éclosion de cette magnifique prophétie qu'on appelle la prophétie messianique : héritier du trône davidique, homme des douleurs qui va souffrir en sacrifice, fils de l'homme envoyé par Dieu lui-même, et sagesse divine quasi-hypostase que Dieu a envoyée trouver ses plaisirs parmi les hommes.
Il est temps de clore l'Ancien Testament et de voir se réaliser ces prophéties. Nous nous tournons d'un œil résolu vers le Nouveau Testament.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te remercie pour la foi d'Abraham. Je te remercie pour la miséricorde de Joseph et les astuces de Jacob. Je te remercie pour la loyauté de David qui, malgré ses fautes, a su te rester fidèle. Je te remercie pour Ézéchiel qui m'a fait voyager à travers les mondes, et pour Isaïe qui a chanté pour moi la grâce de Dieu. Je te remercie pour la gloire du Serviteur innocent.
Seigneur, je te rends grâce pour ce podcast. J'ai tout découvert grâce à toi. Amen. Merci Seigneur.