Jour 309 ☼ — Marie, arche vivante de l'Alliance
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Résumé : Premier jour du Nouveau Testament : le frère Paul-Adrien souligne ce qui frappe le plus au passage de l'Ancien au Nouveau Testament, l'apparition d'une prédication populaire où Dieu s'adresse enfin aux humbles, à vous et à moi. Il lit intégralement le chapitre 1 de l'Évangile selon saint Luc : le prologue à Théophile, l'annonce à Zacharie, l'Annonciation, la Visitation avec le Magnificat, la naissance de Jean-Baptiste et le Benedictus. Le commentaire situe Luc dans le monde hellénistique et son souci d'historien, puis s'arrête sur Marie : la « comblée de grâce », l'ombre du Très-Haut, le tressaillement de Jean comme la danse de David devant l'Arche. De là viennent les titres de Temple de l'Esprit, Arche de l'Alliance et Ève nouvelle, et une clarification sur ce que veut dire « prier Marie ». L'épisode s'achève par le début du poème de la femme parfaite au livre des Proverbes.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Oh oh oh, aujourd'hui c'est un grand jour ! Après l'Ancien Testament, place au Nouveau Testament. Enfin ! Évangile selon saint Luc. Et c'est ainsi que l'Évangile que vous allez entendre va maintenant être chargé de toute votre connaissance de l'Ancien Testament.
Je vous fais part, quant à moi, et pour ce que ça vaut, de ce qui m'a le plus frappé dans le passage Ancien Testament–Nouveau Testament. C'est l'existence, enfin, d'une prédication populaire. Enfin, je veux dire, l'Ancien Testament, c'est magistral, c'est magnifique. Et c'est quand même des personnages célèbres qui s'adressent à d'autres personnages célèbres. Enfin, je m'excuse, mais enfin, c'est Moïse, c'est les patriarches, c'est les prophètes qui parlent à des rois, qui parlent aux puissants de ce monde. Où est-ce que vous voyez un prophète parcourir les campagnes et passer du temps à parler du royaume de Dieu à des humbles gens ? Alors, vous avez Élie, Élisée, mais on est plus dans l'anecdote et les gens n'ont pas vraiment des histoires et un visage.
Vous avez encore, tiens, dans le livre des Chroniques, on vous suggère qu'il existait une prédication populaire, qu'il y avait des rois qui vraiment envoyaient des scribes à la campagne pour enseigner le peuple. Mais on connaît le nom d'aucun de ces scribes, et on ne sait pas ce qu'ils leur disaient, et on ne sait pas comment ils les rencontraient. La foule des gens, elle n'existe pas, elle est noyée dans la masse. Vous, moi, on voit bien que l'Ancien Testament est pour nous, mais on n'a pas de rapport direct avec Dieu.
Dans le Nouveau Testament, il y a Dieu avec Jésus qui vient nous voir. Et on voit un prédicateur populaire qui passe du temps chez les gens. C'est quand même la première fois dans la Bible qu'on voit un prophète s'adresser aux foules, et des foules faire surgir des individus, vous, moi, bref, tout un chacun. C'est ce qui explique que l'Évangile a un charme particulier, parce qu'on s'y reconnaît. C'est enfin la parole de Dieu qui nous est adressée à nous. C'est quand même… extraordinaire, enfin !
Eh bien ça, ça vous donne l'Évangile selon saint Luc que vous allez entendre maintenant. Alors, un mot sur Luc ? Luc, le médecin de saint Paul, comme nous le rappelle le canon de Muratori, un texte ancien et vénérable du deuxième siècle. Vous allez voir, il a vraiment son charme particulier. Je n'en dis pas plus, vous allez vous laisser porter par le texte.
Lecture : Luc 1
Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C'est pourquoi j'ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s'est passé depuis le début, d'écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus.
Il y avait, au temps d'Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre du groupe d'Abia, nommé Zacharie. Sa femme aussi était descendante d'Aaron ; elle s'appelait Élisabeth. Ils étaient l'un et l'autre des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur de façon irréprochable. Ils n'avaient pas d'enfant, car Élisabeth était stérile et, de plus, ils étaient l'un et l'autre avancés en âge.
Or, tandis que Zacharie, durant la période attribuée aux prêtres de son groupe, assurait le service du culte devant Dieu, il fut désigné par le sort, suivant l'usage des prêtres, pour aller offrir l'encens dans le sanctuaire du Seigneur. Toute la multitude du peuple était en prière au dehors, à l'heure de l'offrande de l'encens. L'ange du Seigneur lui apparut, debout à droite de l'autel de l'encens. À sa vue, Zacharie fut bouleversé et la crainte le saisit.
L'ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée. Ta femme Élisabeth mettra au monde pour toi un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Tu seras dans l'allégresse et la joie, et beaucoup se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boisson forte, et il sera rempli d'Esprit Saint dès le ventre de sa mère. Il fera revenir de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l'esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé. »
Alors Zacharie dit à l'ange : « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? Moi, en effet, je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge. » L'ange lui répondit : « Je suis Gabriel, et je me tiens en présence de Dieu. J'ai été envoyé pour te parler et pour t'annoncer cette bonne nouvelle. Mais voici que tu seras réduit au silence et, jusqu'au jour où cela se réalisera, tu ne pourras plus parler, parce que tu n'as pas cru à mes paroles ; celles-ci s'accompliront en leur temps. »
Le peuple attendait Zacharie et s'étonnait qu'il s'attarde dans le sanctuaire. Quand il sortit, il ne pouvait pas leur parler, et ils comprirent que, dans le sanctuaire, il avait eu une vision. Il leur faisait des signes et restait muet. Lorsqu'il eut achevé son temps de service liturgique, il repartit chez lui.
Quelque temps plus tard, sa femme Élisabeth conçut un enfant. Pendant cinq mois, elle garda le secret. Elle se disait : « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, en ces jours où il a posé son regard pour effacer ce qui était ma honte devant les hommes. »
Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L'ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
L'ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il règnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. »
Marie dit à l'ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d'homme ? » L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait la femme stérile. Car rien n'est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m'advienne selon ta parole. » Alors l'ange la quitta.
En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s'est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa descendance à jamais. »
Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s'en retourna chez elle.
Quand fut accompli le temps où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle. Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l'enfant. Ils voulaient l'appeler Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prit la parole et déclara : « Non, il s'appellera Jean. » On lui dit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » Ils demandèrent par signes au père comment il voulait l'appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Jean est son nom. » Et tout le monde en fut étonné. À l'instant même, sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors tous les gens du voisinage et, dans toute la région montagneuse de Judée, on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui.
Zacharie son père fut rempli d'Esprit Saint et prononça ces paroles prophétiques : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, qui visite et rachète son peuple. Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur, comme il l'avait dit par la bouche des saints, par ses prophètes, depuis les temps anciens : salut qui nous arrache à l'ennemi, à la main de tous nos oppresseurs, amour qu'il montre envers nos pères, mémoire de son alliance sainte, serment juré à notre père Abraham de nous rendre sans crainte, afin que, délivrés de la main des ennemis, nous le servions dans la justice et la sainteté, en sa présence, tout au long de nos jours. Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut : tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce à la tendresse, à l'amour de notre Dieu, quand nous visite l'astre d'en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l'ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »
L'enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu'au jour où il se fit connaître à Israël.
Commentaire
Je reprends la première phrase introductive :
Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, etc.
Grec raffiné. Vous n'êtes pas dans un évangile écrit par des juifs pour des juifs, vous êtes dans le monde hellénistique, qui reprend les codes des historiens grecs et latins de son temps, comme Thucydide ou Flavius Josèphe. On sent la volonté de rigueur. Donc ça veut dire qu'on n'est pas dans le mythe, mais qu'on est dans la recherche historienne — ce que lui-même dit — parce qu'on est en train de passer du témoignage oculaire au témoignage écrit : la première grande génération de témoins est en train de passer, et il faut maintenant assurer la pérennité de la tradition qui s'est déjà mise en œuvre. Ça vous amène à une rédaction de cet évangile constituée entre les années 60 et les années 90.
J'ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations, […] d'écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus.
Un exposé suivi, c'est-à-dire organisé, structuré. L'interlocuteur s'appelle Théophile, ce qui en grec veut dire « j'aime Dieu ». Il s'agit peut-être donc moins d'un Théophile réel que de vous et de moi, dont Luc espère que nous aimons Dieu.
Bon, ça, c'était les premières phrases introductives. Après, vous avez ce qu'on appelle les scènes de l'enfance de Jésus. Sept scènes qui se suivent. On verra dans le prochain épisode comment elles sont agencées.
Là, je voudrais qu'on s'arrête deux secondes sur Marie. Parce que si j'en parle pas maintenant, où est-ce que j'en parlerais ? Ce que dit l'ange Gabriel à la Vierge Marie, quand il lui dit « tu es pleine de grâce », c'est kécharitôménè en grec. Un seul mot, parfait passif, un titre. C'est-à-dire quelque chose qui vient non pas caractériser une action, mais ce qu'est l'identité de la Vierge Marie. Par définition, elle est la comblée de grâce. Qui se retrouve à 15-16 ans, son âge probable, déjà comblée des faveurs de Dieu. Ce qui n'est possible que si elle avait été préservée du péché. Et c'est de là d'où vient le dogme de l'Immaculée Conception. C'est ce qu'on appelle une théologie mariale haute : c'est quand on essaye de maximiser les versets qui se rapportent à Marie, mais c'est parce que l'Évangile selon saint Luc nous y oblige.
Quand l'ange Gabriel dit à Marie que la puissance du Très-Haut la prendra sous son ombre, c'est le même mot qui désignait la colonne de nuée qui conduisait Moïse dans le désert. Quand on vous dit que Jean le Baptiste, dans le ventre d'Élisabeth, se met à tressaillir, à danser, c'est le même verbe qui est utilisé lorsque David dansait devant l'Arche de l'Alliance. Et des petites allusions comme ça, il y en a plein, plein, plein dans l'Évangile selon saint Luc. Et au total, ça vous donne les titres traditionnels qu'on attribue à Marie : Temple de l'Esprit, Arche de l'Alliance, Ève nouvelle.
D'où la dévotion des chrétiens envers Marie. J'en profite d'ailleurs pour clarifier ce que veut dire l'expression « prier Marie », il y a beaucoup de confusion. Marie est une créature qui prie Dieu. Donc en fait, quand on dit qu'on prie Marie, ce n'est pas vraiment prier Marie comme prier Dieu, c'est plutôt demander à Marie de prier pour nous. On appelle ça la communion des saints, parce qu'en fait, on ne prie jamais tout seul dans son coin : on prie uni avec tous les chrétiens, qu'ils soient sur terre ou qu'ils soient dans le ciel. Il y a une seule foi, il y a une seule prière, il y a un seul Dieu, il y a un seul médiateur, le Christ. Et nos prières forment comme une unique chaîne de prières, dont le plus beau maillon, on vient de vous le présenter : c'est cette Marie, la Théotokos, Mère de Dieu.
Pour terminer cet épisode, je vous propose de retourner dans le livre des Proverbes. Il y a un chapitre final qui est un poème, qui est attribué à la femme parfaite. On va le lire pendant les quelques jours qui viennent. Ça vous fera peut-être penser à votre femme. En tout cas, vous pourrez aussi penser à la Vierge Marie. 31, 10 à 15, de Aleph jusqu'à Waw.
Proverbes 31,10-15
Une femme parfaite, qui la trouvera ? Elle est précieuse plus que les perles.
Son mari peut lui faire confiance : il ne manquera pas de ressources.
Elle fait son bonheur, et non pas sa ruine, tous les jours de sa vie.
Elle sait choisir la laine et le lin, et ses mains travaillent volontiers.
Elle est comme les navires marchands : faisant venir ses vivres de très loin.
Elle est debout quand il fait encore nuit, pour préparer les repas de sa maison et donner ses ordres aux servantes.