Jour 309 ☾ — Dieu se fait petit pour sauver le monde
← J309 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J310 ☼ →
Résumé : Le frère Paul-Adrien achève l'Évangile de l'Enfance avec le chapitre 2 de saint Luc : le recensement, la naissance à Bethléem, l'annonce aux bergers, la présentation au Temple avec Siméon et Anne, puis le recouvrement de Jésus à douze ans. Le commentaire déplie l'agencement très construit de ces sept scènes, où Jean le Baptiste et Jésus se répondent deux par deux, et où le Temple est d'abord disqualifié par le mutisme de Zacharie avant d'être réhabilité par la présence de Jésus. Il montre aussi comment chaque scène préfigure déjà la mort et la résurrection : la mangeoire, la maison du pain, les langes de l'enfant comme ceux de l'ensevelissement, les trois jours de disparition. L'épisode se termine par une prière pour les familles et pour la grâce de contempler la divinité dans la petitesse d'un nouveau-né.
Introduction
Suite et fin de ce que l'on appelle l'Évangile de l'Enfance. Profitez, et surtout profitez ! Bonne écoute !
Lecture : Luc 2
En ce jour-là parut un édit de l'empereur Auguste ordonnant de recenser toute la terre. Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun selon sa ville d'origine.
Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu'à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.
Or, pendant qu'ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli, et elle mit au monde son fils. C'était le fils premier-né. Elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L'ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d'une grande crainte.
Alors l'ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple. Aujourd'hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. »
Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu'à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l'événement que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils se hâtèrent d'y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s'étonnaient de ce que leur racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Les bergers repartirent. Ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l'enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l'ange lui avait donné avant sa conception.
Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l'amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : « Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. » Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.
Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. C'était un homme juste et religieux, qui attendait la consolation d'Israël, et l'Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l'Esprit Saint l'annonce qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l'action de l'Esprit, Siméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l'enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Siméon reçut l'enfant dans ses bras et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
Le père et la mère de l'enfant s'étonnaient de ce qui était dit de lui. Siméon les bénit, puis il dit à Marie, sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction — et toi, ton âme sera traversée d'un glaive — ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d'un grand nombre. »
Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Elle était très avancée en âge. Après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s'éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
Lorsqu'ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans la ville de Nazareth. L'enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.
Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s'en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l'insu de ses parents. Pensant qu'il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et leurs connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem en continuant à le chercher. C'est au bout de trois jours qu'ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi. Il les écoutait et leur posait des questions. Et tous ceux qui l'entendaient s'extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.
En le voyant, ses parents furent frappés d'étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m'ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait.
Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.
Commentaire
Avec la fin de ce deuxième chapitre, vous avez vu ce qu'on appelle « la fin des années cachées de Jésus », qui ont donné lieu à toutes les spéculations possibles sur la terre. Quant à nous, nous allons nous en tenir à ce que dit Luc.
Luc nous avait prévenus, au tout début de son évangile, qu'il allait faire un évangile composé, structuré, organisé, agencé. Regardez la manière dont il a agencé ces différentes scènes. Sept scènes au total, qui nous plongent — et c'est là la beauté de l'Évangile selon saint Luc — qui nous plongent dans l'intimité familiale. Le premier lieu où Dieu se révèle, c'est dans nos familles.
Donc, d'abord l'annonciation faite à Zacharie dans le Temple. Ensuite l'annonciation faite à Marie. Puis tout ce beau monde qui se rencontre, avec Élisabeth qui se met à exulter devant Marie. Ensuite deux cantiques : le Magnificat de Marie et le Benedictus de Zacharie. Ensuite la naissance de Jean le Baptiste. Puis la naissance de Jésus. Et enfin la présentation de Jésus au Temple — Jésus qui devient un objet de la Loi, ce qu'on appelle le rachat des premiers-nés. Et quand il a douze ans, après cette fameuse fugue qui terrorise toutes les mères de famille qui lisent l'Évangile selon saint Luc, ce qu'on appelle le recouvrement de Jésus au Temple.
Donc ces scènes fonctionnent toujours par deux, avec en parallèle Jean le Baptiste d'un côté et Jésus de l'autre. Mais il y a comme un petit déséquilibre. Au début, Jean le Baptiste prend toute la place. Et ensuite, il disparaît, il s'en va dans le désert, on n'entend plus parler de lui. Et cette fois-ci, c'est Jésus qui reprend toute la place. Donc vous avez ici un premier mouvement où, à la fois, on essaye d'honorer Jean le Baptiste dans son rôle de précurseur, et on réaffirme la primauté de Jésus.
On peut continuer plus loin. Jean le Baptiste est introduit à travers la figure de son père, Zacharie. Jésus, lui, est introduit à travers la figure de sa mère, Marie. Zacharie reçoit l'annonce de sa naissance dans le Temple, au cœur du culte. Marie, elle, reçoit l'annonce dans une humble maison à Nazareth. Zacharie, lui, ne croit pas, et il sort muet. Marie, elle, dans ce lieu méprisé, croit et se met à exulter.
Deux modèles qui sont construits — allez, j'allais dire — quasiment en opposition l'un à l'autre. Si jamais on va jusqu'au bout, c'est d'un côté le culte, le Temple de Jérusalem qui est disqualifié, l'ancien Israël qui s'enfonce dans le mutisme malgré toute leur bonne volonté — c'est ça qui est d'autant plus touchant, dramatique. Et de l'autre côté, le jaillissement d'une parole nouvelle, la parole de la foi, à travers Marie.
D'ailleurs, on va creuser un peu par là. La toute première scène, l'annonce de Gabriel à Zacharie, nous amenait dans le Temple. La toute dernière scène, elle, nous ramène dans le Temple, avec Jésus, douze ans, qui est retrouvé dans la maison de son Père. On appelle ça une inclusion : c'est le même lieu au début et à la fin. Sauf qu'entre les deux, il y aura eu du voyage.
Parce qu'à travers la figure de Zacharie qui ne croit pas, c'est le Temple qui est disqualifié. Et il faut quitter le Temple pour retourner dans le désert, le premier lieu de l'amour entre Dieu et son peuple. C'est la figure de Jean le Baptiste, qui disparaît dans le désert.
Et puis ensuite, vous avez Jésus qui naît. Ce n'est pas le désert, mais Bethléem. C'est une toute petite bourgade. Alors oui, il est bien le fils de David. Mais en attendant, il ne naît pas dans le palais royal. Il ne naît pas dans la capitale politique de David, qui est Jérusalem. Il naît dans l'humble demeure de David, Bethléem — quand David était encore, non pas roi, mais berger. Ce n'est pas un hasard si les premières personnes que l'ange rassemble, ce sont des bergers.
À travers ce mouvement qui nous amène du Temple jusqu'à Bethléem, c'est une manière pour Luc de détricoter toute l'histoire des rois maudits qui ont parsemé l'histoire juive. Et Marie qui exulte dans son Magnificat en disant : « Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. » Et une fois qu'on a abdiqué toute prétention royale, alors là oui, on peut bien retourner au Temple. Et ça vous donnait les deux dernières scènes : la présentation de Jésus au Temple et le recouvrement de Jésus.
Vous notez au passage comment Jésus réhabilite le Temple, pas seulement par sa présence, mais aussi en étant un objet de sacrifice. Il devient l'objet de la Loi pour le rachat des premiers-nés. Et déjà est préfigurée la mort de Jésus qui, en mourant, va libérer tout le monde. Et à ce moment-là d'ailleurs, le Temple redevient un lieu de prophétie : c'est Siméon qui dit à Marie :
Et toi, ton âme sera traversée d'un glaive.
Et c'est de là qu'on passe maintenant à un troisième niveau de lecture : comment, à travers chacune de ces scènes, est en réalité préfiguré le mystère de la mort de Jésus qui, par le don de sa vie, va sauver son peuple. Ça vous donne, lors de la présentation de Jésus au Temple, le rachat des premiers-nés. Ça vous donne aussi le recouvrement de Jésus au Temple, quand il a douze ans : quand Jésus disparaît pendant trois jours et trois nuits et qu'on le retrouve comme par hasard dans le Temple — enfin, si ce n'est pas une préfiguration de la mort et de la résurrection, je ne sais pas ce que c'est.
Avec ce petit déplacement, d'ailleurs. Marie qui dit : « Vois comme ton père et moi, nous avons souffert. » Jésus qui, entre guillemets, leur dit : on se calme. D'abord, la personne qui va souffrir, c'est moi. Et ensuite, mon Père : je suis dans la maison de mon Père.
Donc, des préfigurations de la mort du Christ, il y en a partout, même à sa nativité. Regardez par exemple Jésus qui naît dans une mangeoire — donc qui est fait pour être mangé —, dans un lieu qu'on appelle Bethléem, c'est-à-dire littéralement la maison du pain, et qui est emmailloté. Et le texte est formel : qui est emmailloté comme on emmaillote les personnes qu'on est en train d'inhumer.
Eh bien, tout ça, ça n'a l'air de rien, mais ça vous donne le mouvement d'ensemble de l'Évangile selon saint Luc. Ces scènes de l'enfance, c'est le programme que saint Luc se propose de vous exposer. Comment réhabiliter le Temple ? Et de fait, la toute dernière phrase de l'Évangile selon saint Luc, ça va être les disciples qui seront à nouveau dans le Temple, en train de prier. Et pour cela, il faudra faire un long chemin, à travers la mort et les enseignements de Jésus Christ, qui va nous amener à abdiquer toute prétention, tout orgueil, toute arrogance. Bref, tout un chemin de conversion qu'il va nous falloir réaliser pour pouvoir, comme Marie, accueillir dans la foi le mystère de ce qui se prépare.
Et pour s'y préparer d'ailleurs, nous terminons l'évangile d'aujourd'hui par une prière.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Jésus, à travers ta naissance, ce sont toutes nos familles que nous te recommandons. Nous te demandons que chaque naissance soit comme une nouvelle création. Nous rendons grâce à Dieu pour les merveilles que ta nativité a amenées dans notre vie.
C'est quand le monde était enfoncé dans le péché que tu es venu jusqu'à nous. Seigneur, merci d'avoir pris chair dans le corps d'un bébé.
Seigneur, donne-moi des yeux émerveillés, pour qu'à l'exemple de saint Antoine de Padoue, qui prenait plaisir à te prendre dans ses bras, je puisse, en contemplant ta naissance, contempler ta divinité.
Seigneur, donne-moi d'être un de ces bergers que l'ange appelle et qui parvient jusqu'à s'agenouiller devant le lieu de ta naissance.
En contemplant ta vie, Seigneur, je te remets la mienne.