Jour 310 ☼ — Jean le Baptiste, voix du désert
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Résumé : Après l'évangile de l'enfance, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 3 de saint Luc : l'introduction solennelle datant le ministère de Jean le Baptiste, sa prédication de conversion, ses conseils aux publicains et aux soldats, le baptême de Jésus et la longue généalogie qui remonte jusqu'à Adam, fils de Dieu. Le commentaire remonte le texte à rebours : la double généalogie de Matthieu et de Luc expliquée par la loi du lévirat, la question de savoir si l'on peut être à la fois chrétien et militaire, les trois figures de l'Ancien Testament dont Jean se réclame (Isaïe, Abraham, Zacharie), et enfin la difficulté historique du recensement de Quirinius. L'épisode se termine par le poème de la femme parfaite.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Luc chapitre 2 : fin de l'évangile de l'enfance, et Jean-Baptiste disparaissait. Luc chapitre 3, c'est aujourd'hui : début du ministère public, et Jean-Baptiste réapparaît. Bonne écoute !
Lecture : Luc 3
L'an quinze du règne de l'empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d'Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.
Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre des oracles d'Isaïe le prophète : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis, et tout être vivant verra le salut de Dieu. »
Jean disait aux foules qui arrivaient pour être baptisées par lui : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui expriment votre conversion. Et ne commencez pas à vous dire : "Nous avons Abraham pour père", car je vous dis que de ces pierres, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. »
Les foules l'interrogeaient : « Que devons-nous donc faire ? » Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même. »
Des publicains, c'est-à-dire des collecteurs d'impôts, vinrent aussi pour être baptisés. Ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N'exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. »
Les soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n'accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. »
Or, le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n'était pas le Christ. Jean s'adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l'eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. Il tient à la main sa pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas. »
Par beaucoup d'autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
Hérode, qui était au pouvoir en Galilée, avait reçu des reproches de Jean au sujet d'Hérodiade, la femme de son frère, et au sujet de tous les méfaits qu'il avait commis. À tout cela, il ajouta encore ceci : il fit enfermer Jean dans une prison.
Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu'après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s'ouvrit. L'Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
Jésus, lors de ses débuts, avait environ trente ans. Il était, à ce que l'on pensait, fils de Joseph, fils d'Héli, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melki, fils de Yannaï, fils de Joseph, fils de Mattathias, fils d'Amos, fils de Nahoum, fils d'Esli, fils de Naggaï, fils de Maath, fils de Mattathias, fils de Séméine, fils de Yosek, fils de Yoda, fils de Yoanane, fils de Rhésa, fils de Zorobabel, fils de Salathiel, fils de Néri, fils de Melki, fils d'Addi, fils de Kosam, fils d'Elmadam, fils d'Er, fils de Jésus, fils d'Éliézer, fils de Yorim, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Siméon, fils de Juda, fils de Joseph, fils de Yonam, fils d'Éliakim, fils de Méléa, fils de Menna, fils de Mattatha, fils de Nathan, fils de David, fils de Jessé, fils de Jobed, fils de Booz, fils de Sala, fils de Naassone, fils d'Aminadab, fils d'Admine, fils d'Arni, fils d'Esrom, fils de Pharès, fils de Juda, fils de Jacob, fils d'Isaac, fils d'Abraham, fils de Thara, fils de Nachor, fils de Seroug, fils de Ragau, fils de Phalec, fils d'Éber, fils de Sala, fils de Kaïnam, fils d'Arphaxad, fils de Sem, fils de Noé, fils de Lamek, fils de Mathusalem, fils d'Hénok, fils de Jareth, fils de Maléléel, fils de Kaïnam, fils d'Énos, fils de Seth, fils d'Adam, fils de Dieu.
Commentaire
Fils de Dieu — pour dire que Jésus est le nouvel Adam, qu'une création nouvelle commence.
Alors, les deux généalogies, entre Matthieu et Luc, ne coïncident pas tout à fait. Dans Matthieu, Joseph est le fils de Jacob ; dans Luc, Joseph est le fils d'Héli. Il y a de grandes discussions, vous imaginez, à ce sujet. Ce qu'il y a de plus abouti, c'est ce que dit Eusèbe de Césarée, un historien chrétien du IVe siècle, quand il nous rappelle la loi du lévirat, une loi de l'Ancien Testament, dans le livre du Deutéronome : quand quelqu'un mourait sans avoir d'enfant, son frère devait épouser la veuve et lui susciter une postérité. Du coup, Joseph pourra avoir deux pères : un père biologique, Héli dans Luc, et un père légal, Jacob dans Matthieu.
OK. Remontons maintenant dans le texte : le baptême de Jésus. Je vous rappelle que le baptême est un rite de passage — on l'avait vu, ça — qui vous amène du désert, à l'est du Jourdain, jusqu'à l'ouest, la Terre promise. C'est l'entrée dans la Terre promise, c'est Josué qui faisait arrêter le fleuve du Jourdain. Bon, mais ça, on l'avait déjà vu.
Et si je remonte encore un tout petit peu plus en avant, vous aviez Jean le Baptiste qui parlait à des soldats. Alors ça, c'est intéressant, parce que c'est une question qu'on me pose souvent : comment est-ce qu'on peut être militaire et chrétien ? Est-ce qu'on a le droit de tuer quand on est chrétien ? Vous voyez ce que dit Jean le Baptiste aux soldats ? Il ne leur dit pas de ne plus être soldats, il dit :
« Ne faites violence à personne, n'accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. »
Autrement dit : faites votre métier, contentez-vous de ça, mais faites-le bien. Et c'est de la même manière que, quand Jésus verra un centurion lui demander de guérir son fils, il ne dira pas au centurion de quitter l'armée romaine, mais plutôt il va admirer la foi du centurion. Les soldats, dans les Évangiles — alors il y a des exactions, mais sinon — ils sont présentés plutôt comme des modèles. Donc c'est tout à fait possible d'être à la fois chrétien et militaire.
Vous allez me dire : « Bah oui, d'accord, mais n'empêche qu'en attendant, Moïse dit : "Tu ne tueras pas." » En hébreu, ce n'est pas écrit « Tu ne tueras pas », c'est écrit « Tu ne commettras pas de meurtre ». Donc dire « Tu ne tueras pas » et « Tu ne commettras pas de meurtre », ce n'est pas tout à fait la même chose. Ce qui fait la différence dans les deux cas, c'est la question du cadre légal et de la mission que vous avez reçue. Et les soldats ont reçu une mission de la part de l'État : faire régner l'ordre. Ce que saint Paul reconnaît dans sa lettre, quand il dit que ce n'est pas en vain que le magistrat a reçu un glaive ; tremble, si tu as commis le mal, parce qu'il doit donner à celui qui a fait le bien l'honneur, et à celui qui a fait le mal le blâme.
On remonte un tout petit peu. Vous aviez ensuite Jean le Baptiste qui se réclamait non pas de deux, mais de trois figures de l'Ancien Testament. Isaïe le prophète, quand il dit :
« Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur. »
Là, c'est une citation d'Isaïe ; mais à travers Isaïe, vous, maintenant, qui l'avez lu, vous pensez au serviteur souffrant.
Deuxième personnage dont il se réclame : Abraham. C'est très beau quand il dit que Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. C'est toute la question d'Abraham : comment avoir des enfants. Et ce que Jean le Baptiste vous dit, c'est que c'est par la foi qu'Abraham a eu des enfants. Cette foi, pour Jean le Baptiste, se monnaye de manière un peu particulière : c'est ce qu'il appelle la conversion. Et à travers la figure d'Abraham, cette conversion, ça devient le pèlerin, le pèlerin qui se remet en route. Notre père Abraham, le grand pèlerin, celui qui partit pour une terre inconnue — sauf que maintenant, cette terre inconnue, elle va avoir un nom et elle va avoir un visage. Son nom, ce sera le Royaume de Dieu ; et son visage, ce sera celui de Jésus.
Ce qui est beau, c'est que maintenant, la citation d'Isaïe vous rajoute quelque chose d'autre au pèlerinage d'Abraham : c'est que la route d'Abraham va devenir facile. Les ravins seront comblés, les sentiers aplanis — ce qu'Abraham, entre nous, n'avait pas. Toutes les personnes qui critiquent Abraham parce qu'il s'est un peu comporté comme un goujat avec sa femme — ce qui est vrai — n'oublions pas qu'il n'avait pas la lumière de Jésus que nous, nous avons.
Et troisième personnage que Jean le Baptiste reprend à son compte, quand on vous dit : Jean, le fils de Zacharie. Zacharie, évidemment, c'est son père ; mais Zacharie, c'est aussi le prophète. Souvenez-vous. Et on avait dit quoi, du prophète Zacharie ? Ah si, quand même : on avait parlé d'une quasi-guerre à l'intérieur de Jérusalem, avec Israël divisé en deux. Oui, je vous renvoie à l'Ancien Testament.
Bon, on retourne à Luc chapitre 3. Au fur et à mesure qu'on remonte dans le texte, on en arrive au tout début de ce chapitre, l'introduction solennelle que vous avez entendue :
L'an quinze du règne de l'empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d'Iturée et de Traconitide…
Sept personnages politiques et religieux ! C'est exceptionnel dans la littérature biblique. On a presque une date, à la manière des inscriptions romaines. Souvenez-vous de Luc qui vous disait qu'il voulait faire œuvre d'historien. Tous ces personnages sont attestés par l'histoire, et pour la plupart par l'archéologie.
Ah, tant que j'y suis, j'en profite, j'ouvre une petite parenthèse archéologique. Parce que tout ça, ça marche très bien ; on a juste un tout petit problème. Ce n'était pas dans le chapitre d'aujourd'hui, c'était dans celui d'avant : on nous parlait d'un recensement fait par Quirinius. Si, si, si, souvenez-vous. C'est à cause de ce recensement que Joseph et Marie ont dû quitter Nazareth pour aller du côté de Bethléem, là où Marie a accouché.
Alors là, pour le coup, on est un petit peu embêtés. Quirinius, on sait qu'il a existé. On sait même qu'il a été en poste en Palestine : on a retrouvé des preuves archéologiques. On sait que des recensements où, parfois, on obligeait les gens à retourner dans leur maison d'origine, ça existait — on a retrouvé un recensement comme ça en Égypte. Par contre, ce recensement de Quirinius, on ne l'a pas retrouvé ; ou plutôt on en a retrouvé un, mais qui nous amène en l'an 6, soit quasiment dix ans après la naissance de Jésus-Christ.
Je note, dans les tentatives d'explication. Un : un problème de traduction. Certains proposent de traduire « ce recensement précédant celui de Quirinius » — donc il y aurait un recensement avant celui de Quirinius. Ce qui est une lecture possible de l'Évangile selon saint Luc, mais pas la plus naturelle. Deuxième explication : Quirinius, il était gouverneur en Syrie, mais avant, il avait déjà un rôle administratif en moins 6 avant Jésus-Christ, ce qui aurait peut-être permis un autre recensement antérieur. Troisième explication : on fait de la théologie et non pas de l'histoire. Luc, en fait, aurait combiné plus ou moins les deux mandats de Quirinius, ce qui lui aurait permis d'associer la figure de ce recensement à l'autre empereur, Auguste. Je vous mets mes notes de bas de page : Luc aurait confondu les deux recensements, car ce n'est pas tant l'action de Quirinius en Palestine qui importait à son propos, mais plutôt la mention d'Auguste, maître de la terre habitée, ce qui permettait de situer la naissance de Jésus dans le cadre bien plus large où allait être diffusé l'Évangile.
Alors, qu'est-ce qu'il faut en penser ? Est-ce que Luc se trompe ? Est-ce que Luc nous ment ? Ce que je pense, c'est qu'il a fait du mieux qu'il pouvait avec les données de son époque. Et ce que je pense aussi, c'est que Joseph est très certainement allé à Bethléem, et qu'il n'avait d'ailleurs pas besoin d'un recensement de Quirinius pour l'y obliger. Joseph, descendant légitime de David, savait exactement ce qui se passait. Et c'est lui aussi qui voulait accomplir les Écritures. On a déjà parlé de Nazareth, on avait déjà parlé de cette lignée davidique qui avait trouvé là-bas son refuge. Joseph savait ce qui était en train de se passer.
Bon, nous continuons avec le Proverbe 31, notre hommage à la femme parfaite. À travers elle, la Vierge Marie — mais peut-être aussi, qui sait, après tout, c'est possible, votre femme à vous.
Proverbes 31,16-20
A-t-elle visé un champ ? Elle l'acquiert. Avec le produit de son travail, elle plante une vigne.
Elle rayonne de force et retrousse ses manches. Elle s'assure de la bonne marche des affaires : sa lampe ne s'éteint pas de la nuit.
Elle tend les mains vers la quenouille, ses doigts dirigent le fuseau.
Ses doigts s'ouvrent en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux.