Jour 310 ☾ — Deux confessions de foi : Dieu ou le démon ?
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Résumé : Après trois introductions, l'action commence enfin dans l'évangile selon saint Luc : le frère Paul-Adrien lit le chapitre 4, de la tentation au désert jusqu'aux premières guérisons à Capharnaüm. Le commentaire, qu'il présente lui-même comme « inchoatif », lit ensemble le baptême et les tentations en prenant le désert pour toile de fond. Il fait apparaître deux confessions de foi : l'une divine mais cachée, au Jourdain, l'autre publique et ouverte, dans une synagogue — mais proférée par un démon. Entre les deux, Luc place le désert et Nazareth comme deux avertissements : de quel côté sommes-nous, à lutter contre le diable ou bien installés dans notre zone de confort ?
Introduction
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc. Ça y est, enfin, l'action va commencer. On aura eu trois introductions. D'abord, une introduction sur la méthodologie employée. Ensuite, on aura eu les sept scènes de l'enfance de Jésus et de Jean le Baptiste. Ensuite, Jean le Baptiste qui ouvre le ministère public en baptisant Jésus. Ça y est, enfin, le Messie rentre en scène. D'ailleurs, plutôt en sortant de la scène, on commence avec la tentation au désert.
Luc, chapitre 4 et début du chapitre 5.
Lecture : Luc 4
Jésus, rempli d'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain. Et dans l'Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Alors le diable l'emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Et il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m'a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »
Jésus lui répondit : « Il est écrit : C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et à lui seul tu rendras un culte. »
Puis le diable le conduisit à Jérusalem. Il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, d'ici, jette-toi en bas. Car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder. Et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentation, le diable s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé.
Lorsque Jésus, dans la puissance de l'Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région. Il enseignait dans les synagogues et tout le monde faisait son éloge.
Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération et aux aveugles qu'ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. »
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « C'est aujourd'hui que s'accomplit ce passage de l'Écriture que vous venez d'entendre. »
Tous lui rendaient témoignage et s'étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N'est-ce pas là le fils de Joseph ? »
Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : "Médecin, guéris-toi toi-même", et me dire : "Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm. Fais donc de même ici, dans ton lieu d'origine." »
Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays. En vérité, je vous le dis : au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie et qu'une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël. Et pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d'entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël, et aucun n'a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. »
À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin.
Jésus descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et il y enseignait le jour du sabbat. On était frappé par son enseignement, car sa parole était pleine d'autorité.
Or, il y avait dans la synagogue un homme possédé par l'esprit d'un démon impur. Il se mit à crier d'une voix forte : « Ah ! Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. »
Jésus le menaça : « Silence ! Sors de cet homme ! » Alors le démon projeta l'homme en plein milieu et sortit de lui sans lui faire aucun mal.
Tous furent saisis d'effroi et se disaient entre eux : « Quelle est cette parole ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils sortent ! » Et la réputation de Jésus se propageait dans toute la région.
Jésus quitta la synagogue et entra dans la maison de Simon. Or, la belle-mère de Simon était oppressée par une forte fièvre, et on demanda à Jésus de faire quelque chose pour elle. Il se pencha sur elle, menaça la fièvre, et la fièvre la quitta. À l'instant même, la femme se leva et elle les servait.
Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses infirmités les lui amenèrent. Et Jésus, imposant les mains à chacun d'eux, les guérissait. Et même les démons sortaient de beaucoup d'entre eux en criant : « C'est toi, le Fils de Dieu ! » Mais Jésus les menaçait et leur interdisait de parler, parce qu'ils savaient, eux, que le Christ, c'était lui.
Quand il fit jour, Jésus sortit et s'en alla dans un endroit désert. Les foules le cherchaient ; elles arrivèrent jusqu'à lui et elles le retenaient pour l'empêcher de les quitter. Mais il leur dit : « Aux autres villes aussi, il faut que j'annonce la bonne nouvelle du règne de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé. » Et il proclamait l'Évangile dans les synagogues du pays des Juifs.
Commentaire
Alors, est-ce que je vais commenter chacun des versets ? Parce que vous imaginez bien que les Pères ont donné des commentaires et des commentaires. Est-ce que j'essaye de vous commenter plutôt l'ensemble ? Ah, écoutez, on est toujours sur la Bible en un an. On va essayer de se laisser happer par le mouvement d'ensemble. Il y a des choses qu'on ne découvre peut-être qu'à un kilomètre, deux kilomètres d'altitude. Vous savez, comme quand on fait de l'avion, il y a un spectacle nouveau qu'on n'avait pas vu. Mais j'avoue que je ne suis pas encore à l'aise parce que je le découvre en même temps que vous, et je n'en ai pas encore fait le tour. Ce sera ce qu'on appelle un commentaire inchoatif. Mon Dieu, qu'est-ce que ce mot est laid ! Ça veut dire qu'il est en train de se faire.
Mais regardez, il y a des choses quand même curieuses. Je remets le chapitre 3, qu'on a lu ce matin, avec le chapitre 4, qu'on a lu aujourd'hui, parce que les deux vont ensemble. On était avec Jean-Baptiste et Jésus, mais on a dit que les deux marchaient de pair. Jean-Baptiste était dans le désert. Et où est-ce qu'on retrouve Jésus au début du chapitre ? Lui aussi dans le désert, en train de lutter contre le diable. Et même on l'y retrouvera à la fin : on vous dit qu'il va se retirer dans un endroit désert pour prier. Donc, si les questions du désert sont absolument partout, c'est peut-être qu'il faut lire ensemble le baptême de Jésus-Christ, les tentations, et ce qu'il se passe après. Et ça, ça va changer pas mal notre manière d'appréhender ce chapitre.
Regardez, tiens, déjà un petit déplacement qu'on est obligé de faire si on lit tous ces épisodes dans la continuité. Regardez dans le chapitre 3 : on commençait par vous dire tous les noms de tous les puissants de ce monde. Tibère, Ponce Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, je t'en passe et des meilleurs. Pour s'apercevoir qu'au milieu de tout ce beau monde, le seul vrai roi, en fait, a tout sauf d'un roi. En ce moment, il est nu dans le Jourdain, en train de se faire baptiser. Mais c'est à ce moment-là que vous avez la formule d'intronisation royale : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie. » Parce que c'est une formule d'intronisation, ça vous vient directement des psaumes, c'était utilisé dans la liturgie royale. Vous avez en plus l'onction royale, ici sous la forme d'une colombe, l'Esprit Saint. Le symbole de la paix, le symbole du déluge qui s'achève. Sauf que cette colombe, cette voix, il n'y a personne qui l'entend. On ne sait même pas si Jean le Baptiste l'a vraiment entendue. Jésus, oui ; les autres, ce n'est pas très clair. Tout ce qui brille n'est pas or, et tout ce qui est or ne brille pas.
Vous allez me dire : ça, on le savait, en plus c'était déjà dans l'épisode de ce matin, on est censé commencer le chapitre 4. Oui, sauf que ça veut dire que cette première confession de foi, « Tu es mon Fils », elle était en fait plus ou moins cachée. Et je vous dis ça parce que dans l'épisode d'aujourd'hui — et c'est là que ça devient intéressant — vous avez eu une nouvelle confession de foi. Cette fois-ci publique, ouverte, que tout le monde a entendue, et dans une synagogue. Sauf que cette fois-ci, ce n'est pas Dieu qui le dit, c'est le démon. C'est le démon ! La deuxième formule d'intronisation dans l'évangile selon saint Luc, c'est un démon qui le dit :
Ah ! Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu.
Donc, à lire tous ces épisodes ensemble, avec comme toile de fond le désert, on s'aperçoit qu'il y aurait eu deux confessions de foi : une cachée, divine, et une ouverte, satanique. C'est là où l'évangile de Jésus-Christ selon saint Luc est un peu effrayant, un peu inquiétant. Alors, ça va être quoi, vous, votre porte d'entrée dans l'évangile ? Est-ce que ça va être au baptême, avec Jésus-Christ dans le désert ? Ou est-ce que ça va être dans une synagogue, avec le diable ?
Et entre ces deux confessions de foi, Luc vous aura mis deux épisodes pour vraiment vous avertir, vous mettre en garde : ne vous trompez pas de porte d'entrée. Un premier, c'était au désert, où il faut combattre contre le diable, les tentations. Et ça, c'est ce qui permet de confesser la divinité de Jésus-Christ. Mais vous aurez aussi un deuxième épisode, où Jésus était à Nazareth, chez les siens, lisant la Torah. Les siens qui, tout en reconnaissant le charisme extraordinaire de Jésus et pressentant qu'il est le Messie, se mettent à vouloir le tuer.
Bon, il faut faire attention. Nous, on est où avec Jésus ? Est-ce qu'on est avec Jésus au désert, en train de lutter comme on peut contre le diable, en train de résister, comme dira saint Pierre, avec la force de la foi, au lion qui rugit ? Et ça, ça nous amène du côté de la confession divine que Jésus a reçue lors du baptême. Ou alors, est-ce qu'on est bien installé dans notre zone de confort, avec nos rêves à nous, dans cette synagogue de Nazareth ? Parce que ça fait déjà bien longtemps qu'on s'est converti, qu'on est parti au christianisme et qu'on pense que les choses sont faites. Ça, ça nous amène du côté d'une autre confession de foi, cette fois-ci satanique, celle qu'il y aura eu dans la synagogue non pas de Nazareth, mais de Capharnaüm.
Vous voyez, c'est là que tout de suite l'évangile selon saint Luc commence par une question qui vous est adressée à vous, lecteurs. Vous avez deux confessions de foi, l'une divine au baptême, l'autre démoniaque dans une synagogue. Et vous avez deux manières de cheminer avec le Christ, l'une en luttant au désert, l'autre en étant installé dans l'Église. Ah ! Ah ! Eh bien voilà que ça raconte une autre histoire, cette affaire !
Alors, maintenant qu'on a dit ça, on continue de rentrer dans le texte. Là, on était dans la synagogue à Nazareth, et ça se passe mal. Dans cette synagogue de Nazareth, il y a quand même pas mal de choses assez curieuses, ça vaut le coup qu'on les redise. Les gens lui disent : « Eh bien, tu n'as qu'à faire à Nazareth ce que tu fais à Capharnaüm. » Sauf que dans l'évangile, Jésus n'est pas encore allé à Capharnaüm, et on ne sait pas ce qu'il a fait ; ça vient en fait juste après. Et en fait, c'est là qu'on se dit que saint Luc n'est pas en train de raconter l'histoire de Jésus : il est en train de vous parler à vous, lecteurs. Parce que vous, en fait, vous savez déjà ce qui s'est passé à Capharnaüm. Donc c'est vous qui êtes à Nazareth, c'est vous qui dites à Jésus : « Eh bien, pourquoi tu ne fais pas dans ma vie ce que tu as fait à Capharnaüm ? » Eh bien, Jésus vous dit : faites attention, parce que maintenant on va y retourner, à Capharnaüm. Et ça va commencer avec le diable. Vous êtes prêts ? Alors on y va.
Ça permet de mettre l'épisode de Nazareth encore plus en lumière. Ça devient comme une sorte d'épisode programmatique. Vous avez Jésus qui a lu la citation d'Isaïe : on va dire qu'il va annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, c'est-à-dire l'Évangile ; en même temps, il va dénoncer le rejet prophétique. Et maintenant qu'il vous a dit tout ça, on est prêts. On peut y aller, à Capharnaüm, on va vraiment voir ce qui s'est passé. À nouveau dans une synagogue. À nouveau, il y a un homme possédé par le démon.
C'est quand même curieux : si jamais vous regardez tous les hommes possédés par le démon dans l'évangile selon saint Luc, ça commence dans des synagogues. Bon, si jamais ce n'est pas une leçon pour nous, ça, je ne sais pas ce que c'est.
Nous terminons en priant.
Prière
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Jésus, je te confie mon baptême. Ah, eh bien voilà. Seigneur, je te confie ma promesse de me détourner du mal, de résister à ses séductions, de résister aux tentations. Seigneur, et si je n'y résiste pas assez, donne-moi d'y retourner avec toi. Mets-moi un coup de pied aux fesses pour que je sorte de la synagogue de Nazareth et que j'aille, depuis le désert, jusqu'à toi, à Capharnaüm. Je veux être avec toi, Seigneur. Seigneur, c'est moi que tu dois exorciser.