CapBibliqueCapBiblique

Jour 312 ☼ — Du centurion à la pécheresse : le vrai visage de la foi

← J311 ☾ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J312 ☾ →


Résumé : Ce matin, le frère Paul-Adrien ouvre le chapitre 7 de Luc, qu'il présente comme un « tour du propriétaire » à travers une série de maisons : la synagogue bâtie par le centurion, la maison où il n'ose pas faire entrer Jésus, la prison de Jean le Baptiste, enfin la maison du pharisien Simon. Il lit la guérison du serviteur du centurion, la résurrection du fils de la veuve de Naïn, la question des disciples de Jean, puis l'onction de la pécheresse. Le commentaire suit la courbe descendante de la foi au fil de ces maisons : l'admiration de Jésus devant le centurion, la surabondance des miracles, la perplexité des disciples de Jean, et pour finir le cœur policé mais fermé du pharisien. L'épisode se termine sur les derniers versets du Proverbe 31.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Aujourd'hui, Luc chapitre 7 ce matin, Luc chapitre 8 cet après-midi.

Mon petit livre d'exégèse que j'aime beaucoup, Jacques Cazeaux, Luc, le taureau d'Ézéchiel, appelle ce passage « les trois maisons d'éternité ». Et il a raison, vous allez voir comment, dans ces chapitres qui viennent, on va passer de maison en maison. Plutôt : on va essayer, ce n'est pas dit que ça marche beaucoup. Et de maison ratée en maison ratée, d'essayer de parvenir jusqu'à cette maison finale qu'on appelle la demeure éternelle.

Il y aura au début une synagogue qui va être construite et, à la fin, il y aura une synagogue dans laquelle on va habiter. Une maison dans laquelle Jésus n'est pas invité au début et pourtant dans laquelle il fait des miracles, celle du centurion. Pour arriver au terme de notre parcours, cet après-midi, dans une autre maison où cette fois-ci Jésus sera invité, dans laquelle il fera des miracles. Mais entre les deux, ça n'aura pas été simple.

Entre les deux, une ville, Naïn, où il y a un cercueil avec quelqu'un que l'on va enterrer, qui lui répondra cet après-midi : une autre ville dans laquelle un possédé habitera, cette fois-ci, dans un cimetière plein de cercueils. Ce matin, Jean le Baptiste qui plongeait dans les eaux du Jourdain ; cet après-midi, Jésus qui est sur l'autre eau, le lac de Génézareth en tempête. Des épisodes qui se répondent l'un à l'autre, le début à la fin.

Vous voyez ce sermon dans la plaine ? On l'avait terminé hier avec cette parabole de la maison, celle qui tenait bon, celle qui ne tenait pas bon. Eh bien aujourd'hui, on fait le tour du propriétaire. On va visiter ces maisons, on va voir les tempêtes dont il est question, on va voir ce roc et ce sable. Bref, bonne écoute.

Lecture : Luc 7

Lorsque Jésus eut achevé de faire entendre au peuple toutes ces paroles, il entra dans Capharnaüm. Il y avait un centurion dont un esclave était malade et sur le point de mourir. Or, le centurion tenait beaucoup à lui. Ayant entendu parler de Jésus, il envoya des notables juifs pour lui demander de venir sauver son esclave. Ceux-ci le suppliaient instamment : « Il mérite que tu lui accordes cela. Il aime notre nation et c'est lui qui nous a construit la synagogue. »

Jésus était en route avec eux et déjà il n'était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis lui dire : « Seigneur, ne prends pas cette peine, parce que je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. C'est pourquoi je ne suis pas autorisé moi-même à venir te trouver. Mais dis une parole et que mon serviteur soit guéri. Moi, je suis quelqu'un de subordonné à une autorité, mais j'ai des soldats sous mes ordres. À l'un je dis : "Va", et il va ; à l'autre : "Viens", et il vient ; et à mon esclave : "Fais ceci", et il le fait. »

Entendant cela, Jésus fut en admiration devant lui. Il se retourna et dit à la foule qui le suivait : « Je vous le déclare, même en Israël, je n'ai pas trouvé une telle foi. » Revenus à la maison, les envoyés trouvèrent l'esclave en bonne santé.

Par la suite, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïn. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu'une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l'on emportait un mort pour l'enterrer. C'était un fils unique. Sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme.

Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. » Il s'approcha et toucha le cercueil. Les porteurs s'arrêtèrent et Jésus dit : « Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi. » Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère.

La crainte s'empara de tous. Ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s'est levé parmi nous. Dieu a visité son peuple. » Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région.

Les disciples de Jean le Baptiste annoncèrent tout cela à leur maître. Alors Jean appela deux d'entre eux et les envoya demander au Seigneur : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Arrivés près de Jésus, ils lui dirent : « Jean le Baptiste nous a envoyés te demander : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" »

À cette heure-là, Jésus guérit beaucoup de gens de leurs maladies, de leurs infirmités et des esprits mauvais dont ils étaient affligés, et à beaucoup d'aveugles il accorda de voir. Puis il répondit aux envoyés : « Allez annoncer à Jean ce que vous avez vu et entendu. Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la bonne nouvelle. Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi. »

Après le départ des messagers de Jean, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu'êtes-vous allés regarder au désert ? Un roseau agité par le vent ? Alors, qu'êtes-vous allés voir ? Un homme habillé de vêtements raffinés ? Ceux qui vivent dans le luxe sont dans les palais royaux. Alors, qu'êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, et je vous le dis, bien plus qu'un prophète. C'est de lui qu'il est écrit : "Voici que j'envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi." Je vous le dis : parmi ceux qui sont nés d'une femme, personne n'est plus grand que Jean. Cependant, le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que Jean. »

Tout le peuple qui a écouté Jean, y compris les publicains, en recevant de lui le baptême, a reconnu que Dieu était juste. Mais les pharisiens et les docteurs de la loi, en ne recevant pas son baptême, ont rejeté le dessein que Dieu avait sur eux.

« À qui donc vais-je comparer les gens de cette génération ? À qui ressemblent-ils ? Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s'interpellent en disant : "Nous avons joué de la flûte et vous n'avez pas dansé. Nous avons fait des lamentations et vous n'avez pas pleuré." Jean le Baptiste est venu, en effet : il ne mange pas de pain et il ne boit pas de vin, et vous dites : "C'est un possédé." Le fils de l'homme est venu : il mange et il boit, et vous dites : "Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs." Mais par tous ces enfants, la sagesse de Dieu a été reconnue juste. »

Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d'albâtre contenant un parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum.

En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche et ce qu'elle est : une pécheresse. » Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j'ai quelque chose à te dire. » « Parle, maître ! » Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs. Le premier lui devait cinq cents pièces d'argent, l'autre cinquante. Comme ni l'un ni l'autre ne pouvaient les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l'aimera davantage ? » Simon répondit : « Je suppose que c'est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. » « Tu as raison », lui dit Jésus.

Il se tourna vers la femme et dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison et tu ne m'as pas versé de l'eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas embrassé ; elle, depuis qu'elle est entrée, n'a pas cessé d'embrasser mes pieds. Tu n'as pas fait d'onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Et voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés sont pardonnés, puisqu'elle a montré beaucoup d'amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour. » Il dit alors à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. »

Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est cet homme, qui va jusqu'à pardonner les péchés ? » Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t'a sauvée. Va en paix. »

Commentaire

Reprenons notre tour du propriétaire et les maisons que nous visitons. On a commencé avec notre centurion, qui veut bâtir une synagogue et qui n'ose pas inviter Jésus dans sa maison, dans laquelle il y a un serviteur qu'il veut pourtant guérir. Ce centurion nous est montré comme LE modèle de la foi. Jésus l'admire.

Petite parenthèse dans notre podcast, mais moi, c'est exactement sur cette phrase-là que je me suis converti. Parce que normalement, vous admirez ce qui vous échappe, ce qui est supérieur à vous. Et là, vous avez Dieu qui admire sa créature. Et en lisant ça, je me suis dit : « C'est quand même extraordinaire, un Dieu qui est à ce point puissant que ce qu'il crée est capable de susciter son admiration. » Bon, c'est peut-être bête, mais moi, c'est à ça que j'ai reconnu l'amour de Dieu pour les hommes, et c'est là-dessus que je me suis converti.

Donc, un modèle de foi parfait. Un modèle de foi parfait, parce que ce n'est pas simplement en Dieu que le centurion croit, mais c'est en Israël. Il y a des synagogues et il s'en remet aux anciens. Donc ce n'est pas seulement la foi en Jésus, c'est la foi dans la communauté aussi, celle qui a fait naître Jésus, et dans ses institutions. C'est quand même pas mal. Et c'est ainsi que notre bon centurion rejoint le glorieux panthéon de ces étrangers qui ont fait, tout au long de l'Ancien Testament, la gloire d'Israël : Naaman le Syrien, Rahab la prostituée, et maintenant ce centurion anonyme.

Donc ça, c'étaient nos premières maisons. Une synagogue que le centurion a fait construire, mais dans laquelle lui ne peut pas aller — c'est un Romain. Et une autre maison, la sienne, dans laquelle il n'ose pas faire venir Jésus. Sauf que, par la foi, ce centurion est déjà à l'intérieur de cette synagogue, et que Jésus est déjà à l'intérieur de sa maison à lui, en train d'y faire des miracles. Tout cela est merveilleux, on admire, et en même temps on se dit qu'on ne peut pas en rester là. À un moment donné, il faudra bien que le centurion entre dans la synagogue, que Jésus entre dans sa maison, ou plutôt que la maison et la synagogue deviennent un seul lieu. Et c'est ainsi que commence tout ce chapitre.

Donc, on continue et on voit comment cette admiration que Jésus éprouvait suscite en lui comme une sorte de surabondance de puissance miraculeuse, à un autre miracle : la résurrection du fils de la veuve, à Naïn. Cette fois-ci, on est en plein air. Je note aussi le petit clin d'œil de Luc, qui fait toujours attention aux femmes : une veuve, en Israël, ça ne pesait pas bien lourd à cette époque-là.

De là, on arrive encore dans une maison dans laquelle on n'a surtout pas envie de rentrer, même s'il y a à l'intérieur Jean le Baptiste : il s'agit d'une prison. Et Jean le Baptiste envoie hors de la prison ses disciples. Et au fur et à mesure qu'on progresse dans le récit, l'enthousiasme du début s'étiole. On était, avec le centurion, dans l'admiration ; avec la veuve, on était dans la surabondance ; maintenant, les disciples de Jean le Baptiste, malgré tous ces miracles qu'ils voient bien, sont dans la perplexité.

Jésus leur répond en citant Isaïe. Petite ironie :

Allez annoncer à Jean ce que vous avez vu et entendu. Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés.

Je dis « petite ironie » parce que Jean le Baptiste avait commencé son ministère en citant Isaïe : « Je suis la voix qui crie dans le désert. » Quitte à citer Isaïe, autant le citer jusqu'au bout — et il les renvoie à la parole de Dieu. Ils font un peu de la peine d'ailleurs, ces disciples, parce que leur maître va bientôt mourir et qu'ils ont du mal à voir. Mais ils n'étaient pas avec Jésus dans le sermon sur la plaine, pour que l'œil de leur âme s'ouvre à la gratuité et à la beauté de l'Évangile. Ce n'est pas tout à fait de leur faute, quand même. En tout cas, la ferveur des débuts est en train de tiédir.

Au tout début de l'épisode, on était dans une maison dans laquelle on n'osait pas inviter Jésus et pourtant dans laquelle il faisait des miracles, par la foi ; à cette dernière maison dans laquelle on invite Jésus et pourtant dans laquelle il ne fait aucun miracle : la maison du pharisien. Là où le centurion disait « Seigneur », titre divin, là où les disciples disaient « Es-tu celui qui doit venir ? », titre messianique, le pharisien, lui, dit « Rabbi ». Rabbi, dans l'Évangile selon saint Matthieu, c'est comme ça que Judas appelait Jésus.

L'exemple typique d'une foi qui peu à peu s'étiole et finit par avoir domestiqué le mystère de Dieu, n'arrivant même pas à voir les merveilles qui se passent juste à côté de chez lui, comme par exemple cette femme qui, c'est vrai, en dehors de toute convenance sociale, se répand en pleurs au pied du maître. Des larmes de contrition, des larmes d'action de grâce, des larmes d'amour ; en tout cas des larmes qui vous rappellent ce qu'est la vie humaine, parce qu'au moins elle, elle vit. Ce qui contraste avec le cœur policé mais fermé du pharisien, que Jésus essaye de ramener à la raison.

Il lui propose une parabole, une parabole que le pharisien est capable de comprendre — une grande première. Et ce pharisien, capable de comprendre des raisonnements abstraits, n'arrive pas à voir l'exemple concret qu'il y a devant lui. Et Jésus qui reprend la parole et qui lui dit : « Regarde, tu vois cette femme ? Elle, elle a pleuré ; toi, tu n'as pas pleuré. Elle, elle m'a aimé ; toi, tu ne m'as pas aimé. »

Il n'est pas question de faire les pharisiens ici. Prenons garde à ne pas commencer comme le centurion, l'exemple de celui qui vient de se convertir et de découvrir Jésus, pour devenir ensuite comme les disciples de Jean le Baptiste — disciples, oui, mais un peu trop sûrs d'eux-mêmes, ou pas assez, c'est selon — et ensuite terminer comme un pharisien au cœur dur.

Proverbes 31,27-31

Attentive à la marche de sa maison, elle ne mange pas le pain de l'oisiveté. Ses fils, debout, la disent bienheureuse, et son mari fait sa louange : « Bien des femmes ont fait leurs preuves, mais toi, tu les surpasses toutes. »

Le charme est trompeur et la beauté s'évanouit ; seule la femme qui craint le Seigneur mérite la louange. Célébrez-la pour les fruits de son travail et qu'aux portes de la ville ses œuvres disent sa louange.


← J311 ☾ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J312 ☾ →