CapBibliqueCapBiblique

Jour 312 ☾ — La foi qui ouvre la maison du cœur

← J312 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J313 ☼ →


Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 8 de l'évangile selon saint Luc, le frère Paul-Adrien souligne d'abord la place unique que Luc accorde aux femmes, associées au ministère de Jésus et données en modèles de foi. La lecture déroule ensuite la parabole du semeur, la vraie famille de Jésus, la tempête apaisée, le possédé gérasénien, la femme aux pertes de sang et la fille de Jaïre. Le commentaire poursuit le fil des « maisons d'éternité » emprunté à Jacques Cazeaux : après le gouffre de la maison du pharisien, on remonte la pente, les épisodes du matin reviennent transfigurés et amplifiés, jusqu'à la maison de Jaïre où Jésus est enfin invité par la foi d'un père. L'épisode s'achève par une prière de consécration de sa propre maison.

Introduction

Ah, juste avant qu'on commence la lecture, vous allez voir, on va commencer par la mention des saintes femmes. Ces femmes qui servaient Jésus lors de son ministère public. Eh bien, Luc est le seul à vous mentionner des femmes ayant part au ministère de Jésus. Ça ne veut pas dire que le souci de l'égalité homme-femme ne soit pas porté par les autres évangiles, mais il l'est, et de manière particulièrement éclatante, dans Luc.

Luc n'arrête pas de vous parler des femmes, tantôt pour les donner en exemple, tantôt pour montrer comment Jésus prend soin d'elles. On avait Marie et Élisabeth dans le prologue ; vous aurez eu cette femme pécheresse que Jésus, malgré ses pleurs, hisse au rang de véritable maîtresse de maison ; vous aurez encore les innombrables miracles féminins de Jésus que vous allez entendre.

Ce n'est pas encore du féminisme au sens moderne, Luc ne remet pas en cause les structures et les lois sociales, mais c'est déjà le déplacement révolutionnaire qui un jour le fera éclore. Des femmes hissées au rang de modèles de foi, associées à la mission de Jésus, qui incarnent la prophétie et la louange. Et plus tard, on verra, à la fin de l'évangile, comment ce sont elles qui ont reçu et transmis la bonne nouvelle de la résurrection.

Bon, et maintenant que je vous ai introduit le début de Luc chapitre 8, je vous laisse en découvrir la suite. Pour mémoire, je vous rappelle comment, à la suite de Jacques Cazeaux, un de mes exégètes favoris, nous avions intitulé cet épisode « Les maisons d'éternité ». On était dans la maison du pharisien, on va voir dans quelle maison nous arrivons à la fin de ce chapitre. Bonne écoute !

Lecture : Luc 8

Ensuite, il arriva que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la bonne nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l'accompagnaient, ainsi que des femmes qui avaient été guéries de maladies et d'esprits mauvais : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Kouza, intendant d'Hérode, Suzanne, et beaucoup d'autres, qui les servaient en prenant sur leurs ressources.

Comme une grande foule se rassemblait et que de chaque ville on venait vers Jésus, il dit dans une parabole : « Le semeur sortit pour semer la semence. Et comme il semait, il en tomba au bord du chemin. Les passants la piétinèrent et les oiseaux du ciel mangèrent tout. Il en tomba aussi dans les pierres. Elle poussa, mais elle sécha parce qu'elle n'avait pas d'humidité. Il en tomba aussi au milieu des ronces, et les ronces, en poussant avec elle, l'étouffèrent. Il en tomba enfin dans la bonne terre. Elle poussa et elle donna du fruit au centuple. »

Disant cela, il éleva la voix : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende ! »

Ses disciples lui demandaient ce que signifiait cette parabole. Il leur déclara : « À vous, il est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu, mais les autres n'ont que les paraboles. Ainsi, comme il est écrit, ils regardent sans regarder, ils entendent sans comprendre. Voilà ce que signifie la parabole. La semence, c'est la parole de Dieu. Il y a ceux qui sont au bord du chemin : ceux-là ont entendu, puis le diable survient et il enlève de leur cœur la parole, pour les empêcher de croire et d'être sauvés. Il y a ceux qui sont dans les pierres : lorsqu'ils entendent, ils accueillent la parole avec joie, mais ils n'ont pas de racines ; ils croient pour un moment et, au moment de l'épreuve, ils abandonnent. Ce qui est tombé dans les ronces, ce sont les gens qui ont entendu, mais qui sont étouffés, chemin faisant, par les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie, et ne parviennent pas à maturité. Et ce qui est tombé dans la bonne terre, ce sont les gens qui ont entendu la parole dans un cœur bon et généreux, qui la retiennent et portent du fruit par leur persévérance. »

« Personne, après avoir allumé une lampe, ne la couvre d'un vase ou ne la met sous le lit. On la met sur le lampadaire pour que ceux qui entrent voient la lumière, car rien n'est caché qui ne doive paraître au grand jour, rien n'est secret qui ne doive être connu et venir au grand jour. Faites attention à la manière dont vous écoutez, car à celui qui a, on donnera, et à celui qui n'a pas, même ce qu'il croit avoir sera enlevé. »

La mère et les frères de Jésus vinrent le trouver, mais ils ne pouvaient pas arriver jusqu'à lui à cause de la foule. On le lui fit savoir : « Ta mère et tes frères sont là dehors, qui veulent te voir. » Il leur répondit : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. »

Un jour, Jésus monta dans une barque avec ses disciples et il leur dit : « Passons sur l'autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large. Pendant qu'ils naviguaient, Jésus s'endormit. Une tempête s'abattit sur le lac. Ils étaient submergés et en grand péril. Les disciples s'approchèrent et le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous sommes perdus ! » Et lui, se réveillant, menaça le vent et les flots agités : ils s'apaisèrent et le calme se fit. Alors Jésus leur dit : « Où est votre foi ? » Remplis de crainte, ils furent saisis d'étonnement et se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour qu'il commande même au vent et aux flots, et que ceux-ci lui obéissent ? »

Ils abordèrent au pays des Géraséniens, qui est en face de la Galilée. Comme Jésus descendait à terre, un homme de la ville, qui était possédé par des démons, vint à sa rencontre. Depuis assez longtemps, il ne mettait pas de vêtements et n'habitait pas dans une maison, mais dans les tombeaux. Voyant Jésus, il poussa des cris, tomba à ses pieds et dit d'une voix forte : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu très-haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas ! » Jésus, en effet, commandait à l'esprit impur de sortir de cet homme, car l'esprit s'était emparé de lui bien des fois. On le gardait alors lié par des chaînes, avec des entraves aux pieds, mais il rompait ses liens et le démon l'entraînait vers les endroits déserts. Jésus lui demanda : « Quel est ton nom ? » Il répondit : « Légion. » En effet, beaucoup de démons étaient entrés en lui, et ces démons suppliaient Jésus de ne pas leur ordonner de s'en aller dans l'abîme. Or, il y avait là un troupeau de porcs assez important, qui cherchait sa nourriture sur la colline. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d'entrer dans ces porcs, et il le leur permit. Ils sortirent de l'homme et ils entrèrent dans les porcs. Du haut de la falaise, le troupeau se précipita dans le lac et s'y noya. Voyant ce qui s'était passé, les gardiens du troupeau prirent la fuite et annoncèrent la nouvelle dans la ville et dans la campagne, et les gens sortirent pour voir ce qui s'était passé. Arrivés auprès de Jésus, ils trouvèrent l'homme que les démons avaient quitté : il était assis, habillé, et revenu à la raison, aux pieds de Jésus. Ils furent saisis de crainte. Ceux qui avaient vu leur rapportèrent comment le possédé avait été sauvé. Alors, toute la population du territoire des Géraséniens demanda à Jésus de partir de chez eux, parce qu'ils étaient en proie à une grande crainte. Et Jésus remonta dans la barque et s'en retourna. L'homme que les démons avaient quitté lui demandait de pouvoir être avec lui. Mais Jésus le renvoya en disant : « Retourne chez toi et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Alors cet homme partit proclamer dans la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui.

Quand Jésus revint en Galilée, il fut accueilli par la foule, car tous l'attendaient. Et voici qu'arriva un homme du nom de Jaïre. C'était le chef de la synagogue. Tombant aux pieds de Jésus, il le suppliait de venir dans sa maison, parce qu'il avait une fille unique d'environ douze ans, et qui se mourait. Et tandis que Jésus s'y rendait, les foules le pressaient au point de l'étouffer.

Or, une femme qui avait des pertes de sang depuis douze ans, et qui avait dépensé tous ses biens chez les médecins sans que personne n'ait pu la guérir, s'approcha de lui par derrière et toucha la frange de son manteau. À l'instant même, sa perte de sang s'arrêta. Et Jésus dit : « Qui m'a touché ? » Comme ils s'en défendaient tous, Pierre lui dit : « Maître, les foules te bousculent et t'écrasent ! » Mais Jésus reprit : « Quelqu'un m'a touché, car j'ai reconnu qu'une force était sortie de moi. » La femme, se voyant découverte, vint toute tremblante se jeter à ses pieds. Elle raconta devant tout le peuple pourquoi elle l'avait touché et comment elle avait été guérie à l'instant même. Jésus lui dit : « Ma fille, ta foi t'a sauvée. Va en paix. »

Comme il parlait encore, quelqu'un arrive de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille est morte, ne dérange plus le Maître. » Jésus, qui avait entendu, lui déclara : « Ne crains pas, crois seulement, et elle sera sauvée. » En arrivant à la maison, il ne laissa personne entrer avec lui, sauf Pierre, Jean et Jacques, ainsi que le père de l'enfant et sa mère. Tous la pleuraient en se frappant la poitrine. Mais Jésus dit : « Ne pleurez pas. Elle n'est pas morte, elle dort. » Mais on se moquait de lui, sachant qu'elle venait de mourir. Alors il saisit la main et dit d'une voix forte : « Mon enfant, éveille-toi. » L'esprit lui revint et, à l'instant même, elle se leva. Alors Jésus ordonna de lui donner à manger. Ses parents furent frappés de stupeur. Quant à Jésus, il leur commanda de ne dire à personne ce qui était arrivé.

Commentaire

Nous étions au centre, au gouffre de notre tour du propriétaire hier, avec cette maison de Simon le pharisien dans laquelle la plus grande qualité de cœur, celle de la femme en pleurs, côtoyait la plus grande dureté de cœur, celle de notre pharisien. Et maintenant, il s'agit de remonter, pour essayer d'arriver enfin dans une maison où Jésus sera à l'aise.

Et vous avez vu comment les épisodes d'aujourd'hui répondaient à ceux de ce matin, comme pour essayer de remonter la pente dans laquelle nous nous étions enfoncés. Vous aviez la grande parabole, celle du grain semé, qui répondait à l'autre parabole de ce matin, celle que Jésus donnait à Simon le pharisien avec un créancier qui avait deux débiteurs. Cette parabole du semeur, vous la connaissez par cœur, mais placez-la maintenant : son sens change un tout petit peu. La bonne terre, c'est devenue la femme en pleurs. La mauvaise terre, c'est devenu Simon le pharisien.

À moins d'ailleurs que ce ne soient les disciples de Jean le Baptiste que nous rencontrions ce matin, et auxquels répond la famille de Jésus que nous avons rencontrée cet après-midi, les deux groupes ayant ceci de commun qu'à force d'être proche de Jésus, on finit par s'en éloigner sans s'en apercevoir.

En tout cas, on remonte. C'est étonnant de voir comment les épisodes d'aujourd'hui répondent à ceux de ce matin, mais comme transfigurés, avec plus d'ampleur. Le récit prend peu à peu une autre ampleur, une autre dimension. Jean le Baptiste, qui plongeait dans les eaux du Jourdain ce matin, est devenu une tempête déchaînée sur un lac, dans lequel une barque — tiens, encore une autre maison, le symbole de l'Église malmenée par les flots — semble couler. Oui, mais il y a à l'intérieur Jésus. Et Jésus qui répond à ses disciples : « Où est votre foi ? », ce qu'il aurait pu dire à sa famille, ce qu'il aurait pu dire aux disciples de Jean le Baptiste.

Au fur et à mesure que Jésus arrive à susciter, vaille que vaille, la foi des uns et des autres, le récit commence à prendre de l'ampleur. Nouvel épisode : à l'épisode du fils de la veuve, qui était dans un cercueil, répond maintenant l'épisode du possédé gérasénien, qui, lui, vit dans un cimetière. Est-ce qu'il s'agit d'un exorcisme ? À bien lire le récit, on a plutôt le sentiment de voir quelqu'un revenir de l'enfer. Comme si l'abîme, gardé par ses légions démoniaques, venait de laisser s'échapper un condamné à mort qui retrouve en même temps et la vie et son humanité.

La puissance de Jésus, portée par la foi des uns et des autres, commence à se déployer et à appartenir aux hommes. Comme cette femme qui s'approche de Jésus pour le toucher par derrière, et, dit l'évangile, voici qu'une force sortit de lui.

Et c'est ainsi qu'on arrive à notre dernière maison. Cette fois-ci, la puissance de la mort n'est plus dans un cercueil lors d'inhumations publiques, ou au fond de la mer. Elle s'est invitée elle-même dans une maison dorénavant remplie de larmes et de pleurs. Oui, mais une maison dans laquelle Jésus a été invité par la foi d'un père de famille qui, si elle semblait encore un peu hésitante, en tout cas était réelle.

Ah, les maisons se seront succédé sans se ressembler. De la maison du centurion, où on n'osait même pas faire rentrer Jésus, à la maison du pharisien, où on osait un peu trop faire rentrer Jésus, on arrive enfin à réconcilier toutes ces maisons en une : la maison de Jaïre. Ah, mon Dieu, c'est extraordinaire. Je ne sais pas quoi vous dire. Prions.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie ma maison. Qu'elle ait la foi et l'humilité de ce centurion. Qu'elle soit accueillante, au point que des femmes ou des hommes puissent venir librement pleurer et confier leur misère. Qu'elle soit encore un lieu, Seigneur, où je puisse te confier mes enfants, et que je voie mes enfants grandir devant ta face.

Seigneur, à travers cette prière, je te confie toutes les familles, toutes les maisons. Tu n'ignores rien de nos pleurs. Tu n'ignores rien non plus de nos joies.

Seigneur, sois l'hôte de ma maison. Frappe à ma porte, et que je puisse t'ouvrir. Maranatha, viens Seigneur Jésus.


← J312 ☼ · 📋 Index · 🎧 Écouter · J313 ☼ →