Jour 313 ☼ — Suivre Jésus sans regarder en arrière
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Résumé : Cet épisode donne à entendre le chapitre 9 de l'évangile selon saint Luc : l'envoi en mission des Douze, l'inquiétude d'Hérode, la multiplication des pains, la confession de Pierre, la première annonce de la Passion, la transfiguration, la guérison de l'enfant possédé et le départ vers Jérusalem. Le frère Paul-Adrien montre que nous assistons au grand tournant de la vie de Jésus, présenté chez Luc comme le début d'un pèlerinage — un « exode » qui doit s'accomplir à Jérusalem. Il souligne le fil rouge de tout le chapitre : des disciples décevants, qui en prennent plein la figure, et dans lesquels c'est nous qui sommes visés. L'épisode se clôt sur la dernière partie du psaume 118 consacrée à la loi divine.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Vite, vite, vite, vite ! Luc, chapitre 9.
Lecture : Luc 9
Jésus rassembla les Douze. Il leur donna pouvoir et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de faire des guérisons. Il les envoya proclamer le règne de Dieu et guérir les malades. Il leur dit : « Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent. N'ayez pas chacun une tunique de rechange. Quand vous serez reçus dans une maison, restez-y, c'est de là que vous repartirez. Et si des gens ne vous accueillent pas, sortez de la ville et secouez la poussière de vos pieds : ce sera un témoignage contre eux. » Ils partirent, et ils allaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons.
Hérode, qui était au pouvoir en Galilée, entendit parler de tout ce qui se passait, et il ne savait que penser. En effet, certains disaient que Jean le Baptiste était ressuscité d'entre les morts. D'autres disaient : « C'est le prophète Élie qui est apparu. » D'autres encore : « C'est un prophète d'autrefois qui est ressuscité. » Quant à Hérode, il disait : « Jean, je l'ai fait décapiter. Mais qui est cet homme dont j'entends dire de telles choses ? » Et il cherchait à le voir.
Quand les Apôtres revinrent, ils racontèrent à Jésus tout ce qu'ils avaient fait. Alors Jésus, les prenant avec lui, partit à l'écart vers une ville appelée Bethsaïde. Les foules s'en aperçurent et le suivirent. Il leur fit bon accueil, il leur parlait du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin.
Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s'approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule ! Qu'ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d'y loger et de trouver des vivres, car ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n'avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d'aller nous-mêmes chercher de la nourriture pour tout ce peuple. » Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. » Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu'ils aillent les distribuer à la foule. Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés. Puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.
Un jour, Jésus était en prière à l'écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Au dire des foules, qui suis-je ? » Ils répondirent : « Jean le Baptiste. Mais pour d'autres, Élie. Et pour d'autres, un prophète d'autrefois qui serait ressuscité. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Pierre prit la parole et dit : « Le Christ, le Messie de Dieu. » Mais Jésus, avec autorité, leur défendit vivement de le dire à personne, et déclara : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que le troisième jour il ressuscite. »
Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. Celui qui a honte de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme aura honte de lui quand il viendra dans la gloire, la sienne, celle du Père et des saints anges. Je vous le dis en vérité : parmi ceux qui sont ici présents, certains ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le règne de Dieu. »
Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d'une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s'entretenaient avec lui : c'était Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s'accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s'éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu'il disait. Pierre n'avait pas fini de parler qu'une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu'ils y pénétrèrent. Et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n'y avait plus que Jésus seul. Les disciples gardèrent le silence, et en ce jour-là ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu'ils avaient vu.
Le lendemain, quand ils descendirent de la montagne, une grande foule vint à la rencontre de Jésus. Et voilà qu'un homme dans la foule se mit à crier : « Maître, je t'en prie, regarde mon fils, car c'est mon unique enfant. Il arrive qu'un esprit s'empare de lui, pousse tout à coup des cris, le secoue de convulsions et le fait écumer. Il ne s'éloigne de lui qu'à grand-peine, en le laissant tout brisé. J'ai prié tes disciples d'expulser cet esprit, mais ils n'ont pas pu le faire. » Prenant la parole, Jésus dit : « Génération incroyante et dévoyée, combien de temps vais-je rester près de vous et vous supporter ? Fais avancer ici ton fils. » À peine l'enfant s'était-il approché que le démon le terrassa et le fit entrer en convulsions. Jésus menaça l'esprit impur, guérit l'enfant et le rendit à son père. Et tous furent frappés d'étonnement devant la grandeur de Dieu.
Comme tout le monde était dans l'admiration devant tout ce qu'il faisait, Jésus dit à ses disciples : « Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant : le Fils de l'homme va être livré aux mains des hommes. » Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole ; elle leur était voilée, si bien qu'ils n'en percevaient pas le sens, et ils avaient peur de l'interroger sur cette parole.
Une discussion survint entre les disciples pour savoir qui parmi eux était le plus grand. Mais Jésus, sachant quelle discussion occupait leur cœur, prit un enfant, le plaça à côté de lui et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom cet enfant, c'est moi qui l'accueille. Et celui qui m'accueille, accueille celui qui m'a envoyé. En effet, le plus petit d'entre vous, c'est celui-là qui est le plus grand. »
Jean, l'un des Douze, dit à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu'un expulser les démons en ton nom ; nous l'en avons empêché, car il ne marche pas à ta suite avec nous. » Jésus leur répondit : « Ne l'en empêchez pas : qui n'est pas contre vous est pour vous. »
Comme s'accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem. Il envoya, en avant de lui, des messagers. Ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir, parce qu'il se dirigeait vers Jérusalem. Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu'un feu tombe du ciel et les détruise ? » Mais Jésus, se retournant, les réprimanda. Puis ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête. » Il dit à un autre : « Suis-moi. » L'homme répondit : « Seigneur, permets-moi d'abord d'aller enterrer mon père. » Mais Jésus lui répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars annoncer le règne de Dieu. » Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais laisse-moi d'abord aller faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n'est pas fait pour le royaume de Dieu. »
Commentaire
Vous avez eu le rappel de la mort de Jean le Baptiste, qui laisse préfigurer le pire. Vous avez eu le plus grand miracle de Jésus, la multiplication des pains. Vous avez encore eu les premières annonces de la Passion et la transfiguration de Jésus.
Les évangiles synoptiques — Marc, Matthieu, Luc — répondent tous plus ou moins au même schéma narratif dans la vie de Jésus. Donc là, si vous avez bien suivi tout ce qu'on avait dit sur les autres évangiles, vous savez que vous venez d'assister au tournant dans la vie de Jésus.
Petite particularité de ce tournant dans saint Luc : il vous est présenté comme le début d'un pèlerinage. En haut de la montagne de la transfiguration, Moïse et Élie parlaient avec Jésus de son départ — en grec, « exode » — qui devait s'opérer à Jérusalem. Un pèlerinage que l'on retrouve mentionné plus loin : on vous dit que Jésus, le visage déterminé, prenait la route de Jérusalem, où il allait être enlevé au ciel. Nous commençons donc avec Jésus le récit de notre vie, qui est ce pèlerinage qui doit nous amener jusqu'au ciel.
Sauf que dans saint Luc — particularité marquée dans cet évangile — ce pèlerinage commence avec des disciples qui s'en prennent plein la figure. Il faut dire aussi, c'est vrai, qu'ils sont décevants. C'était le fil rouge de tous les épisodes que vous venez d'entendre.
Ça commence avec Jésus qui les envoie en mission : pas de pain, pas de sac, pas de besace. Les disciples qui partent ; quand ils reviennent, on ne sait pas ce qui s'est passé. Et pour le coup, alors que plus tard Jésus félicitera les missionnaires, là, il n'y a aucun mot. Par contre, ce qu'on sait, c'est que la première phrase des disciples qui rentrent, c'est pour demander à Jésus de renvoyer la foule. Sous-entendu : on en a marre. Jésus qui leur dit : eh bien non, donnez-leur vous-mêmes à manger. Les apôtres qui refusent, avant, bonne poire, de s'exécuter — ou plutôt de laisser Jésus faire.
Bon, ensuite, Jésus les prend à l'écart pour leur dire : bon, très bien, maintenant, pour vous, qui suis-je ? Magnifique confession de Pierre, qui lui dit : tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Réponse de Jésus qui demande à Pierre de se taire, en des termes tels qu'on n'est pas loin de se rappeler de ce fameux exorcisme dans la synagogue de Capharnaüm, où Jésus demandait à un possédé de se taire.
Ensuite, vous avez la transfiguration, où tout ce beau monde dort allègrement. Puis la délivrance de l'épileptique, que les disciples n'ont pas réussi à faire. Puis les disputes entre les disciples pour savoir qui est le plus grand, Jésus qui est obligé de leur faire la leçon. Ensuite, Jésus qui les appelle à la tolérance — et en réponse, Jacques et Jean proposent de détruire un village de Samaritains. Ah ben, bravo !
Je termine avec cette phrase de Jésus :
Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n'est pas fait pour le royaume de Dieu.
Il y a évidemment une petite allusion à l'histoire d'Élisée. Il y a aussi un petit peu de bon sens : ça veut dire que si jamais vous tracez un sillon et que vous regardez derrière vous, le sillon ne sera pas droit. Et ce n'est pas dit qu'en ce moment, les disciples tracent un sillon droit.
À nouveau, comme ici, comme partout dans l'évangile selon saint Luc, on n'est pas en train de parler des disciples. On est en train de parler de nous, là. Fin du commentaire.
Tiens, d'ailleurs, petite nouveauté dans les textes qui clôturent les épisodes : on a terminé le poème sur la femme parfaite, ce qui marchait assez bien avec l'ambiance féministe de Luc. Il nous reste encore des psaumes à voir. Nous replongeons dans la dernière partie du psaume 118 sur la loi divine. Souvenez-vous : chaque jour, un paragraphe. On l'avait commencé dans Matthieu, puis dans Marc ; on le termine maintenant avec le troisième et dernier évangile synoptique, Luc.
Psaume 118, 121-128
J'ai agi selon le droit et la justice : ne me livre pas à mes bourreaux. Assure le bonheur de ton serviteur : que les orgueilleux ne me tourmentent plus.
Mes yeux se sont usés à guetter le salut et les promesses de ta justice. Agis pour ton serviteur selon ton amour, apprends-moi tes commandements.
Je suis ton serviteur : éclaire-moi, je connaîtrai tes exigences. Seigneur, il est temps que tu agisses : on a violé ta loi.
Aussi, j'aime tes volontés, plus que l'or le plus précieux. Je me règle sur chacun de tes préceptes, je hais tout chemin de mensonge.