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Jour 313 ☾ — Mission et miséricorde

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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 10 de l'évangile selon saint Luc, le frère Paul-Adrien lit l'envoi en mission des soixante-douze, leur retour plein de joie, l'exultation de Jésus, la parabole du bon Samaritain et l'épisode de Marthe et Marie. Le commentaire montre comment Luc élargit sans cesse le cercle des envoyés et comment les trois enseignements qui suivent la mission en donnent l'âme : le grand commandement, la charité concrète du Samaritain lue à la manière des Pères de l'Église, et la priorité de la contemplation. Un vrai disciple est un missionnaire avec un cœur de moine.

Introduction

Dans le dernier épisode, on était partis en mission. Voilà qu'aujourd'hui, on y retourne. Oui, mais voilà, les chapitres se suivent et, malgré les apparences, ne se ressemblent pas. Saurez-vous voir les différences ? Luc, chapitre 10.

Lecture : Luc 10

Après cela, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux en avant de lui, en toutes villes et localités où lui-même allait se rendre. Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez, voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d'abord : "Paix à cette maison." S'il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui. Sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l'on vous sert, car l'ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. Guérissez les malades qui s'y trouvent et dites-leur : "Le règne de Dieu s'est approché de vous." Et dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur la place et dites : "Même la poussière de votre ville collée à nos pieds, nous l'enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le, le règne de Dieu s'est approché." Je vous le déclare, au dernier jour, Sodome et Gomorrhe seront mieux traitées que cette ville.

Malheureuse es-tu, Chorazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! Car si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que leurs habitants auraient fait pénitence sous le sac et la cendre. D'ailleurs, Tyr et Sidon seront mieux traitées que vous lors du jugement. Et toi, Capharnaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel ? Non, jusqu'au séjour des morts, tu descendras.

Celui qui vous écoute, c'est moi qui l'écoute. Celui qui vous rejette, c'est moi qui le rejette. Et celui qui me rejette, rejette aussi celui qui m'a envoyé. »

Les soixante-douze revinrent tout joyeux en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. » Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l'éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir d'écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l'ennemi. Absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »

À l'heure même, Jésus exulta de joie sous l'action de l'Esprit. Et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange. Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m'a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils sinon le Père, et personne ne connaît qui est le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »

Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez, car, je vous le déclare, beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu. »

Et voici qu'un docteur de la loi se leva et mit Jésus à l'épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui demanda : « Dans la loi, qu'y a-t-il écrit ? Et comment lis-tu ? » L'autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. » Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »

Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits. Ceux-ci, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin. Il le vit et passa de l'autre côté. De même, un lévite arriva à cet endroit. Il le vit et passa de l'autre côté. Mais un Samaritain qui était en route arriva près de lui. Il le vit et fut saisi de compassion. Il s'approcha et pansa ses blessures en y versant de l'huile et du vin. Puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent et les donna à l'aubergiste en lui disant : "Prends soin de lui. Tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai." Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l'homme tombé aux mains des bandits ? » Le docteur de la loi reprit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi fais de même. »

Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s'étant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m'ait laissée faire seule le service ? Dis-lui donc de m'aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

Commentaire

On avait la mission des Douze, chapitre 9. On a maintenant la mission des soixante-douze, chapitre 10. Luc a toujours soin d'élargir. Il n'y a pas seulement les Douze. On a parlé des saintes femmes. Il n'y a pas seulement les saintes femmes, il y a aussi les soixante-douze.

C'est quoi, ces soixante-douze ? Est-ce qu'il y avait des groupes dans des groupes dans des groupes dans les apôtres ? On ne sait pas exactement. Mes notes de bas de page me disent : « Soixante-douze, chiffre qui symboliserait, croit-on, le nombre des nations païennes tel qu'on le trouve en Genèse 10. Mais de nombreux manuscrits disent soixante-dix, ce qui cette fois-ci pourrait évoquer les soixante-dix anciens qui s'étaient approchés avec Moïse du mont Sinaï. »

En tout cas, la mission s'élargit. Fort bien. Mieux, elle est plus organisée : on les envoie deux par deux, l'ordre de mission est plus développé.

La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Allez, voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.

Un discours qu'on avait déjà vu de manière plus développée dans saint Matthieu, mais que l'on retrouve ici. Avec une mention à la fin assez étonnante sur ces villes qui refuseraient d'accueillir la parole de Dieu et qui seront traitées plus sévèrement que Sodome et Gomorrhe.

Nous n'oublions pas, vous qui avez fait un immense détour du côté de l'Ancien Testament, que quand Jésus dit : « La moisson est abondante, les ouvriers sont peu nombreux », dans l'Ancien Testament, la moisson est l'image du jugement dernier. Et voilà que maintenant, ce que Jésus vous dit, c'est que quand vous évangélisez, vous êtes comme des messagers, angelos, des anges du jugement dernier. De fait, c'est un peu violent de le dire comme ça, mais c'est vrai que quand on propose l'Évangile à quelqu'un, on l'oblige à se prononcer. La seule chose, c'est qu'on a remplacé l'imagerie un peu effrayante des anges dévastateurs par cette image évangélique de l'agneau au milieu des loups, de manière docile, sans sac, sans bâton, sans besace.

En tout cas, de cette mission, voilà que nos soixante-douze, eux, reviennent tout joyeux. Je dis « eux » parce qu'on n'avait pas vu les Douze revenir joyeux de leur mission au chapitre précédent. Est-ce qu'il y a du progrès ? Est-ce que les enseignements de Jésus commencent à porter du fruit ? Eh bien, c'est pas impossible. Moi, en tout cas, j'y crois. Il y a quand même, malgré nos lourdeurs, nos maladresses et nos balourdises, il y a quand même de l'espoir pour nous : les soixante-douze reviennent pleins de joie et Jésus confirme leur succès.

Je regardais Satan tomber du ciel comme l'éclair.

C'est bien la preuve que la mission peut porter du fruit, qu'elle n'est pas vouée à l'échec, si vous agissez dans l'esprit du Christ. Jésus qui se met à exulter en voyant ce que ses tout-petits à lui font.

Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange. Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits.

Ça, c'est Jésus qui propose à ses missionnaires, et donc à nous aussi, sa joie. « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. » Encore faut-il apprendre à bien voir comme Jésus voit, d'où les trois petits enseignements que vous avez après et qui sont censés vous donner l'âme, l'esprit de la mission.

Ça n'a l'air de rien, on pense que ça n'a aucun rapport avec la mission, mais quand même : le grand commandement, l'amour de Dieu, l'amour du prochain, c'est quand même pour vous rappeler que ce qui est le cœur de l'évangélisation, c'est de grandir dans la charité. Le but, ce n'est pas d'avoir raison, le but, c'est d'aimer les hommes. Il faut toujours se méfier d'une mission où il y a plus de foi que de charité.

Et pour que tout le monde comprenne bien, Jésus redouble cet enseignement de la grande parabole du Samaritain. Petite ironie, parce que dans l'épisode précédent, vous aviez Jacques et Jean qui proposaient de détruire le village des Samaritains. Donc, en tout cas, maintenant, on retrouve notre Samaritain présenté comme parabole du vrai missionnaire. La mission, c'est quoi ? C'est aller s'occuper des hommes laissés pour compte sur le bord du chemin parce que blessés par le péché.

Ça, c'est ce que vous disent les Pères de l'Église quand ils commentent cette parabole. Cet homme blessé par les brigands, c'est Adam, blessé par le péché originel. Le brigand, c'est le diable. Jérusalem, de laquelle il part, c'est Adam qui a été chassé du paradis, qui a perdu la grâce originelle et qui va vers Jéricho, l'image du péché. Sauf qu'en chemin, il s'est fait attaquer par le diable, il s'est écroulé. Le prêtre et le lévite qui passent, c'est le symbole d'une religion incapable de relever. Il faut attendre quelqu'un qui, aux yeux de tout le monde, passe pour un hérétique — Jésus — et qui, lui, va s'occuper de ce blessé en versant de l'huile, symbole de l'Esprit Saint, sur ses blessures, en lui donnant du vin, symbole de son sang et de sa vie qu'il va lui donner, pour le faire monter sur sa propre monture, symbole de l'offrande de sa vie, et l'amener jusqu'à l'auberge, symbole de l'Église, à laquelle il va donner deux pièces, l'amour de Dieu et l'amour du prochain, pour qu'on puisse guérir l'homme blessé par le péché, etc.

Et vous voyez comment cette parabole que tout le monde connaît, elle est magnifique — et tout le monde la connaît, de fait — mais quand on la place dans le mouvement du texte, elle prend une signification nouvelle. Ce n'est pas de l'humanitaire dont il est question à travers cette parabole. C'est de la mission, de l'évangélisation de l'Église, qui est tout sauf du militantisme, mais qui est en fait une manière d'aimer Dieu en aimant son prochain.

Et de là, on arrive encore à un autre épisode qui est là pour nous faire rentrer encore plus dans l'âme de la mission. Le Samaritain insistait sur la charité, mais il ne faudrait pas non plus croire que la mission, c'est simplement de l'humanitaire ou de l'activisme. Et vous aviez cette petite histoire entre Marthe et Marie. Marthe, entièrement dévouée au service, mais qui ne doit pas oublier de donner la priorité à Marie, qui, elle, représente la contemplation. Il s'agit de rester aux pieds du Maître et d'avoir les yeux fixés sur lui, d'avoir les yeux remplis par lui.

Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée.

C'est quoi, un vrai disciple ? Un vrai disciple, c'est un missionnaire, c'est un apôtre, mais avec un cœur de moine. Ce n'est pas tout à fait un hasard si une des saintes patronnes de la mission, c'est sainte Thérèse de Lisieux, qui passait sa vie dans la prière. Bon, maintenant, ça ne doit pas nous faire oublier saint Paul aussi, parce que la mission, c'est bien beau, mais il y a un moment donné où il va falloir aussi sortir pour aller témoigner, prêcher, s'occuper des pauvres. Je dis ça parce que, des missionnaires, tout le monde prie pour qu'il y en ait, et on continue d'en manquer cruellement.

Allez, nous terminons en priant pour la mission.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur Jésus, toi le bon Samaritain venu relever l'humanité blessée, envoie-nous en mission, comme les soixante-douze, pauvres peut-être, mais remplis de joie. Mets dans nos cœurs l'amour du Père et la compassion pour chaque frère rencontré. Apprends-nous à servir sans calcul, à nous faire proches des blessés de la vie et à poser des gestes de miséricorde qui révèlent ton visage. Seigneur, garde-nous à tes côtés comme Marie.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.


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