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Jour 314 ☼ — Prier et combattre dans la lumière

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 11 de l'évangile selon saint Luc : le Notre Père dans sa version lucanienne, la parabole de l'ami importun, l'expulsion du démon muet et l'accusation de Belzéboul, le signe de Jonas, la lampe et l'œil, puis les malheurs adressés aux pharisiens et aux docteurs de la loi. Le commentaire replace tout ce chapitre dans l'enseignement missionnaire commencé la veille : la source de l'évangélisation est Dieu, et la prière contemplative en est le cœur. Mais la prière est un combat, et l'évangélisation fait brusquement basculer le lecteur de l'autre côté du voile, dans une guerre surnaturelle qui traverse le ciel, les sociétés et nos propres corps. L'épisode se termine par un couplet du psaume 118.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. On était dans Luc chapitre 10, sans surprise Luc chapitre 11. On était avant dans l'enseignement missionnaire. Est-ce que nous avons quitté cet enseignement ou est-ce que nous y restons encore aujourd'hui ? Je vous dis ça comme une forme de question pour attiser votre attention. Ce sera à vous d'y répondre, et nous, on se retrouve dans les commentaires.

Lecture : Luc 11

Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l'a appris à ses disciples. »

Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. »

Jésus leur dit encore : « Imaginez que l'un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : “Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi et je n'ai rien à lui offrir.” Et si, de l'intérieur, l'autre lui répond : “Ne viens pas m'importuner, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi, nous sommes déjà couchés ; je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose”, eh bien, je vous le dis : même s'il ne se lève pas pour lui donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami et il lui donnera tout ce qu'il faut.

Moi, je vous dis : demandez, on vous donnera. Cherchez, vous trouverez. Frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira.

Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? Ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ? »

Jésus expulsait un démon qui rendait un homme muet. Lorsque le démon fut sorti, le muet se mit à parler et les foules furent dans l'admiration. Mais certains d'entre eux dirent : « C'est par Belzéboul, le chef des démons, qu'il expulse les démons. » D'autres, pour le mettre à l'épreuve, cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel.

Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même devient désert. Ses maisons s'écroulent les unes sur les autres. Et si Satan, lui aussi, est divisé contre lui-même, comment son royaume tiendra-t-il ? Vous dites en effet que c'est par Belzéboul que moi j'expulse les démons. Mais si c'est par Belzéboul que moi je les expulse, vos disciples, par qui les expulsent-ils ? Dès lors, ils seront eux-mêmes vos juges. En revanche, si c'est par le doigt de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le règne de Dieu est venu jusqu'à vous.

Quand l'homme fort et bien armé garde son palais, tout ce qui lui appartient est en sécurité. Mais si un plus fort survient et triomphe de lui, il lui enlève son armement auquel il se fiait, et il distribue tout ce dont il l'a dépouillé. Celui qui n'est pas avec moi est contre moi. Celui qui ne rassemble pas avec moi disperse.

Et quand l'esprit impur est sorti de l'homme, il parcourt des lieux arides en cherchant où se reposer, et il ne trouve pas. Alors il se dit : “Je vais retourner dans ma maison, d'où je suis sorti.” En arrivant, il la trouve balayée et bien rangée. Alors il s'en va, il prend d'autres esprits encore plus mauvais que lui, au nombre de sept ; ils entrent et ils s'y installent. Ainsi, l'état de cet homme-là est pire à la fin qu'au début. »

Comme Jésus disait cela, une femme éleva la voix au milieu de la foule pour lui dire : « Heureuse la mère qui t'a porté en elle, et dont les seins t'ont nourri ! » Alors Jésus lui déclara : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ! »

Comme les foules s'amassaient, Jésus se mit à dire : « Cette génération est une génération mauvaise. Elle cherche un signe, et, en fait de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas. Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ; il en sera de même avec le Fils de l'homme pour cette génération.

Lors du jugement, la reine de Saba se dressera en même temps que les hommes de cette génération, et elle les condamnera. En effet, elle est venue des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon, et il est ici bien plus que Salomon. Lors du jugement, les habitants de Ninive se lèveront en même temps que cette génération, et ils la condamneront. En effet, ils se sont convertis en réponse à la proclamation faite par Jonas, et il est ici bien plus que Jonas.

Personne, après avoir allumé une lampe, ne la met dans une cachette ou bien sous le boisseau. On la met sur le lampadaire, pour que ceux qui entrent voient la lumière. La lampe de ton corps, c'est ton œil. Quand ton œil est limpide, ton corps tout entier est aussi dans la lumière. Mais quand ton œil est mauvais, ton corps aussi est dans les ténèbres. Examine donc si la lumière qui est en toi n'est pas ténèbre. Si ton corps tout entier est dans la lumière, sans aucune part de ténèbre, alors il sera dans la lumière tout entier, comme lorsque la lampe t'illumine de son éclat. »

Pendant que Jésus parlait, un pharisien l'invita pour le repas de midi. Jésus entra chez lui et prit place. Le pharisien fut étonné en voyant qu'il n'avait pas fait d'abord les ablutions précédant le repas.

Le Seigneur lui dit : « Bien sûr, vous, les pharisiens, vous purifiez l'extérieur de la coupe et du plat, mais à l'intérieur de vous-mêmes, vous êtes remplis de cupidité et de méchanceté. Insensés ! Celui qui a fait l'extérieur n'a-t-il pas fait aussi l'intérieur ? Donnez plutôt en aumône ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous.

Quel malheur pour vous, pharisiens, parce que vous payez la dîme sur toutes les plantes du jardin, comme la menthe et la rue, et vous passez à côté du jugement et de l'amour de Dieu ! Ceci, il fallait l'observer, sans abandonner cela. Quel malheur pour vous, pharisiens, parce que vous aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ! Quel malheur pour vous, parce que vous êtes comme ces tombeaux qu'on ne voit pas et sur lesquels on marche sans le savoir ! »

Alors un docteur de la loi prit la parole et lui dit : « Maître, en parlant ainsi, c'est nous aussi que tu insultes. »

Jésus reprit : « Et vous aussi, les docteurs de la loi, malheureux êtes-vous, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter, et vous-mêmes, vous ne touchez même pas ces fardeaux d'un seul doigt ! Quel malheur pour vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, alors que ce sont vos pères qui les ont tués ! Et ainsi, vous témoignez que vous approuvez les actes de vos pères, puisque eux-mêmes ont tué les prophètes, et que vous, vous bâtissez leurs tombeaux. C'est pourquoi la Sagesse de Dieu elle-même a dit : “Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; parmi eux, ils en tueront et en persécuteront.” Ainsi, cette génération devra rendre compte du sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la fondation du monde, depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui a péri entre l'autel et le sanctuaire. Oui, je vous le déclare : on en demandera compte à cette génération. Quel malheur pour vous, docteurs de la loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance ! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés. »

Quand Jésus fut sorti de la maison, les scribes et les pharisiens commencèrent à s'acharner contre lui et à le harceler de questions. Ils lui tendaient des pièges pour traquer la moindre de ses paroles.

Commentaire

Est-ce que vous vous souvenez que la dernière fois, enfin hier, quand nous parlions de la mission, Jésus avait commencé à nous donner des enseignements sous forme de paraboles ? Je vous propose de rester dans cette perspective et de voir comment ces épisodes, que vous connaissez déjà, prennent un sens nouveau.

Par exemple, le Notre Père, que vous avez vu dans la version lucanienne, plus serré, plus ramassé, cinq demandes à la place des sept qu'il y a dans Matthieu. Eh bien oui, parce que le Notre Père, dans Luc, dans ce contexte-là, il signifie quelque chose. Juste avant, on avait Marie qui était au pied de Jésus et qui apprenait les rudiments de la vie contemplative. Là, maintenant, c'est un disciple qui demande à prier pour continuer à progresser dans cette voie. Et Jésus qui lui donne le Notre Père.

Ce qui nous rappelle que dans l'œuvre d'évangélisation, ce qui doit primer, c'est notre vie spirituelle et contemplative, notre relation avec Dieu. La source de l'évangélisation, c'est Dieu. C'est de Lui dont vient tout don parfait. C'est Lui qui envoie l'Esprit Saint. C'est Lui qui fait les miracles. C'est Lui qui fait les charismes. Il n'est pas simplement question ici de notre vie quotidienne, quand bien même Dieu sait si elle est importante ; mais il est question, de manière plus large, de faire rayonner l'Évangile et de faire rentrer le monde entier dans le royaume de Dieu.

Et qui nous rappelle d'ailleurs aussi que Jésus est quand même très bienveillant envers nous. Il nous dit qu'on n'a pas encore besoin d'être saint pour faire des miracles.

Si donc vous, mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à ceux qui vous en demandent, combien plus votre Père qui est dans le ciel vous donnera-t-il l'Esprit Saint.

Oui, mais voilà : il y a un prix à payer pour que la prière marche, nous dit Jésus à travers la parabole de l'ami importun. Et c'est la persistance, l'endurance, la résistance dans la prière. Pouvoir frapper à temps et à contretemps, prier sans relâche jusqu'à ce que, tout d'un coup, le ciel lui-même cède, si cela était possible, sous l'insistance de notre demande. La prière est un combat.

Et c'est d'ailleurs à ce moment-là que tout ce discours sur la mission prend une autre tournure. On était avec le Samaritain dans un aspect caritatif, puis avec Marthe et Marie dans un aspect plus contemplatif. Et voilà que tout d'un coup, cette évangélisation passe du combat spirituel au combat tout court : les adversaires apparaissent, le démon refait son entrée en force.

Et non seulement il devient question de démon, mais ils surgissent de nulle part et ils sont partout. Il est question de chasser le diable, de faire des exorcismes. Il est question aussi de se faire traiter soi-même de démon. Il est encore question d'un démon qui garde une place forte, d'un démon qui a le pouvoir de revenir de là où il a été chassé avec ces esprits encore plus forts. Il est encore question de garder son cœur à l'abri de l'homme fort. Et l'homme fort, c'est le prince de ce monde, c'est Satan.

Et la machine qui continue de s'emballer : il devient question du jugement dernier, avec Sodome et Gomorrhe qui seront traités moins sévèrement. Il est question des temps anciens, avec Jonas qui allait partir prêcher aux Ninivites, de la reine de Saba qui était la figure de la sagesse. Et voilà que tout d'un coup, l'adresse finale de Jésus aux pharisiens prend des accents de malédiction, prend des accents de jugement dernier. À ce moment-là, un docteur de la loi dit : « Mais qu'est-ce qui se passe ? Tu es en train de nous insulter aussi ? » Et Jésus, loin de se calmer, en rajoute une couche :

Quel malheur pour vous, docteurs de la loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance ! Vous-mêmes, vous n'êtes pas entrés dans le ciel, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés.

L'Évangile passe sur autre chose, beaucoup plus sombre, beaucoup plus dramatique, et on n'en est qu'au début. On a basculé de l'autre côté du voile : l'évangélisation nous a fait plonger dans un monde surnaturel. C'est très étonnant, vous relirez ce chapitre. Normalement, l'évangélisation, c'est proposer aux hommes le chemin de la vie, leur parler de ce qui est juste, de ce qui est injuste, du bien, du mal, leur montrer en exemple le Christ à suivre. Et voilà que tout d'un coup, ça bascule dans autre chose. Ça vous a plongé, sans que vous ne vous en aperceviez, sans que vous sachiez comment, dans une guerre qui n'est plus la vôtre, mais dans laquelle vous êtes quand même embarqué.

Cette lutte traverse le ciel — les anges d'un côté, les démons de l'autre ; traverse nos sociétés — Jésus d'un côté, les pharisiens de l'autre ; nous traverse nous-mêmes, nous, notre âme et notre corps.

La lampe de ton corps, c'est ton œil. Quand ton œil est limpide, ton corps tout entier est aussi dans la lumière ; mais quand ton œil est mauvais, ton corps tout entier sera dans les ténèbres.

Saint Paul nous le redira à sa manière : ce n'est pas contre la chair et le sang que vous luttez, mais contre les principautés, contre les dominations, contre les esprits impurs qui peuplent le ciel.

Nous terminons par un couplet du psaume 118.

Psaume 118, 129-136

Quelle merveille, tes exigences, aussi mon âme les garde !

Déchiffrer ta parole illumine, et les simples comprennent.

La bouche grande ouverte, j'aspire, assoiffé de tes volontés.

Aie pitié de moi, regarde-moi : tu le fais pour qui aime ton nom.

Que ta promesse assure mes pas : qu'aucun mal ne triomphe de moi.

Rachète-moi de l'oppression des hommes, afin que j'observe tes préceptes.

Pour ton serviteur, que ton visage s'illumine : apprends-moi tes commandements.

Mes yeux ruissellent de larmes, car on n'observe pas ta loi.


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