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Jour 314 ☾ — Vivre sous le regard de l'éternité

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Résumé : Dans la continuité de la controverse avec les pharisiens, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 12 de saint Luc : mise en garde contre le levain des pharisiens, appel à ne craindre que Dieu, parabole du riche insensé, abandon à la providence, vigilance du serviteur, et annonce de la division. Le commentaire présente ce discours comme une « catéchèse de la résistance » : Jésus dévoile ce qui se joue derrière l'hostilité du monde, à savoir le jugement de Dieu et la destinée éternelle. Quand on l'oublie, on perd courage ; c'est pourquoi Jésus ne lâche pas l'affaire, même quand un homme de la foule tente de faire redescendre la pression avec une histoire d'héritage. L'épisode se conclut par une prière et une parole de saint Carlo Acutis.

Introduction

Jésus est en marche vers Jérusalem. Alors, simplement pour que tout le monde suive bien, je vous rappelle que dans l'épisode précédent, on avait quitté Jésus en pleine controverse avec les pharisiens et les docteurs de la loi. Jésus qui leur disait leurs quatre vérités, quasiment en les maudissant : « Quel malheur pour vous, pharisiens hypocrites ! Quel malheur pour vous, docteurs de la loi ! » Et l'épisode s'est terminé par cette phrase : « Les scribes et les pharisiens commencèrent à s'acharner contre lui et à le harceler de questions. Ils lui tendaient des pièges pour traquer la moindre de ses paroles. »

On a vu comment la machine commençait à s'emballer. Et alors maintenant, ça va donner quoi ? Est-ce qu'on va continuer d'enflammer le discours ? Est-ce qu'on va revenir à des choses plus raisonnables ? Vous allez le savoir dans un instant. Luc chapitre 12.

Lecture : Luc 12

Comme la foule s'était rassemblée par milliers, au point qu'on s'écrasait, Jésus, s'adressant d'abord à ses disciples, se mit à dire : « Méfiez-vous du levain des pharisiens, c'est-à-dire de leur hypocrisie. Tout ce qui est couvert d'un voile sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Aussi, tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en pleine lumière. Ce que vous aurez dit à l'oreille, dans le fond de la maison, sera proclamé sur les toits.

Je vous le dis, à vous, mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre : craignez celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d'envoyer dans la géhenne. Oui, je vous le dis, c'est celui-là que vous devez craindre.

Est-ce que l'on ne vend pas cinq moineaux pour deux sous ? Or, pas un seul n'est oublié au regard de Dieu. À plus forte raison, les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez sans crainte : vous valez plus qu'une multitude de moineaux.

Je vous le dis : quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l'homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu. Mais celui qui m'aura renié en face des hommes sera renié à son tour en face des anges de Dieu. Quiconque dira une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu'un blasphème contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné.

Quand on vous traduira devant les gens des synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la façon dont vous vous défendrez, ni de ce que vous direz, car l'Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu'il faudra dire. »

Du milieu de la foule, quelqu'un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m'a établi pour être votre juge ou l'arbitre de vos partages ? »

Puis, s'adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu'un, même dans l'abondance, ne dépend pas de ce qu'il possède. »

Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche dont le domaine avait bien rapporté. Il se demandait : "Que vais-je faire ? Car je n'ai pas de place pour mettre ma récolte." Puis il se dit : "Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j'en construirai de plus grands et j'y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l'existence." Mais Dieu lui dit : "Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l'aura ?" Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même au lieu d'être riche en vue de Dieu. »

Puis il dit à ses disciples : « C'est pourquoi je vous le dis : à propos de votre vie, ne vous souciez pas de ce que vous mangerez ; ni à propos de votre corps, de quoi vous allez le vêtir. En effet, la vie vaut plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement. Regardez les corbeaux : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n'ont ni réserve ni grenier, et Dieu les nourrit. Et vous, vous valez tellement plus que les oiseaux ! D'ailleurs, qui d'entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? Si donc vous n'êtes pas capables de la moindre chose, pourquoi vous faire du souci pour le reste ?

Observez le lis : comment pousse-t-il ? Il ne file pas, il ne tisse pas. Or, je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n'était pas habillé comme l'un d'entre eux. Et si Dieu revêt ainsi l'herbe, qui aujourd'hui est dans le champ et demain sera jetée dans le feu, il fera tellement plus pour vous, hommes de peu de foi.

Ne cherchez donc pas ce que vous allez manger et boire ; ne soyez pas anxieux. Tout cela, les nations du monde le recherchent ; mais votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son royaume, et cela vous sera donné par surcroît.

Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume. Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s'usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n'approche pas, où la mite ne détruit pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.

Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu'il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c'est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S'il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu'il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra. »

Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? » Le Seigneur répondit : « Que dire de l'intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ? Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d'agir ainsi ! Vraiment, je vous le déclare : il l'établira sur tous ses biens. Mais si le serviteur se dit en lui-même : "Mon maître tarde à venir", et s'il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s'enivrer, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s'y attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas, il l'écartera et lui fera partager le sort des infidèles.

Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n'a rien préparé et n'a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n'en recevra qu'un petit nombre. À qui l'on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l'on a beaucoup confié, on réclamera davantage.

Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu'à ce qu'il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais, cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois. Ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »

S'adressant aux foules, Jésus disait : « Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu'il va pleuvoir, et c'est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu'il fera une chaleur torride, et cela arrive. Hypocrites ! Vous savez interpréter l'aspect de la terre et du ciel ; mais ce moment-ci, pourquoi ne savez-vous pas l'interpréter ? Et pourquoi aussi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ?

Ainsi, quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, pendant que tu es en chemin, mets tout en œuvre pour t'arranger avec lui, afin d'éviter qu'il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre à l'huissier, et que l'huissier ne te jette en prison. Je te le dis : tu n'en sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier centime. »

Commentaire

On pourrait appeler ça une catéchèse de la résistance. Comment agir quand, chrétiens, nous témoignons du Christ et que, à cause de cela, nous sommes en butte à l'hostilité du monde ? Eh bien, pour redonner du courage — je ne sais pas si ça redonne du courage, mais en tout cas ça remet le véritable contexte, le véritable enjeu — Jésus dévoile, il apokalyptei, il montre ce qu'il y a derrière la mission, derrière le christianisme, derrière l'Évangile.

Tout ce qui est couvert d'un voile sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu.

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus. Craignez plutôt celui qui a le pouvoir de vous envoyer dans la géhenne.

Ce que vous dites là, Jésus, c'est que la toile de fond de l'Évangile, la toile de fond du royaume des cieux, de l'évangélisation, la toile de fond de notre vie — au premier siècle en Terre sainte comme pour nous — c'est le jugement de Dieu. C'est ou bien le paradis, ou bien l'enfer ; c'est notre destinée éternelle. Voilà le véritable enjeu : et de notre vie, et de l'évangélisation, et de tout ce qui se passe. Et c'est quand on l'oublie qu'on perd courage. C'est pour ça que Jésus le dévoile à nouveau.

Et vous voyez comment toute cette évangélisation, toute cette mission qui avait commencé avec les 72, qui ensuite est devenue la proie des pharisiens — lesquels traitaient Jésus de démoniaque alors que Jésus expulsait les démons — Jésus continue de dramatiser les enjeux. Derrière cette simple question de l'ablution, « est-ce qu'il faut se laver les mains avant le repas ou pas », qui a entraîné cette controverse avec les pharisiens, Jésus vous dit qu'il y a plus qu'une simple controverse, plus qu'une simple querelle, plus que la simple hypocrisie religieuse des pharisiens : il y a déjà à l'œuvre le jugement et la vie éternelle.

Quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l'homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu.

Alors on se dit : est-ce qu'on n'a pas viré dans le psychodrame ? Je me souviens d'un de mes frères en religion, un frère dominicain, qui me disait : « Je ne conçois ma vie religieuse que comme l'histoire d'un drame qui se déploie. » Alors c'est vrai qu'on se sentait vivre avec lui, mais de temps en temps on n'en pouvait plus, quoi. Donc, on en revient à Jésus : est-ce qu'il n'est pas en train de monter les choses en épingle ? Est-ce qu'on est obligé de monter sur ses grands chevaux à chaque fois qu'on est en butte à l'hostilité ? Parce que c'est quand même Jésus qui était invité chez un pharisien et qui, parce qu'il ne s'est pas lavé les mains, tout d'un coup s'est mis à insulter tout le monde — ce qui n'a pas un petit côté « too much ».

Du coup, vous avez cette question, au verset 13 : du milieu de la foule, quelqu'un essaye de faire baisser la pression. Il lui dit, en substance : « C'est bien, tu as dit tout ça, mais on va retourner un petit peu à la vie courante. » Quelqu'un demande à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » Sous-entendu : les histoires de jugement dernier, du diable, de Dieu, etc., c'est très bien, mais enfin, en attendant, il faut bien faire bouillir la marmite pour avoir de quoi manger.

Et Jésus qui répond en l'envoyant balader ! « Homme, qui donc m'a établi pour être votre juge ou l'arbitre de vos partages ? » Et qui retourne sur la providence, sur Dieu qui agit dans le monde, sur la folie d'accumuler des richesses — parce que c'est ce soir, cette nuit, qu'on va nous demander de rendre compte de notre âme devant Dieu.

Et donc Jésus qui rappelle à nouveau — on y revient, il ne lâche pas l'affaire — que la toile de fond de notre existence, c'est l'éternité. C'est l'urgence du royaume de Dieu, qui de toute façon se fera avec nous ou sans nous, mais qui se fera. Et de la providence bucolique, avec Dieu qui prend soin des moineaux, on est passé à la radicalité évangélique, où il faut tout donner en aumône aux pauvres, pour ensuite nous parler de la vigilance du serviteur qui attend le retour de son maître.

La toile de fond de l'Évangile, c'est la même que celle de votre vie : c'est l'éternité. Et manifestement, Jésus ne lâchera pas l'affaire. Terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, rappelle-moi l'urgence du Royaume. Apprends-moi à ne chercher que Lui. Ne permets pas que je m'enfonce dans les richesses, ou que j'oublie ce qu'est le ciel, à force de m'enfoncer dans les mille et un tracas de la vie quotidienne.

Et c'est cette phrase de saint Carlo Acutis, quinze ans : « Seigneur, je suis heureux de mourir, car je n'aurai pas passé une minute de ma vie à des choses qui ne plaisent pas à Dieu. »

Saint Carlo Acutis, priez pour nous.


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