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Jour 316 ☼ — L'argent, miroir du cœur

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit Luc 16 jusqu'au milieu du chapitre 17 : la parabole du gérant malhonnête, les paroles sur l'argent et les pharisiens, la parabole du riche et du pauvre Lazare, puis les enseignements aux disciples sur le scandale, le pardon, la foi et le service, et enfin la guérison des dix lépreux. Le commentaire éclaire les deux paraboles d'argent, souvent mal comprises : le gérant agit dans l'urgence parce qu'il va être renvoyé, et cette urgence est celle du jugement éternel que met en scène la parabole de Lazare. Ce qui vaut pour l'argent vaut aussi pour l'amour conjugal et pour le pouvoir : une fois dépouillé, on peut devenir disciple. Et le seul lépreux qui revient dire merci est un Samaritain, rappel que les vrais disciples ne sont pas forcément ceux qu'on croit.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Nous allons aborder aujourd'hui de nouveaux enseignements de Jésus-Christ. Ce sera le chapitre 16. Vous verrez, la trame de fond, c'est l'argent. Juste avant d'y aller, j'attire votre attention sur la manière dont ces enseignements sont distillés dans Luc. Dans Matthieu, c'était sous la forme de grands enseignements structurés. Ici, c'est inséré dans une trame narrative : entre deux enseignements, il y a deux ou trois miracles. Alors parfois, on a du mal à voir le lien entre les deux. Pourtant, c'est très finement tuilé.

C'est ainsi qu'on est passé de Jésus qui s'enflammait contre les pharisiens — on avait dit que la machine s'emballait — à quelque chose d'un peu plus doux, mais à peine, en reprenant le thème de la vie éternelle, mais cette fois-ci sous le thème du festin. Et du festin, ensuite, on passait à la miséricorde. Et c'était cette miséricorde qui, à la fois, expliquait le festin et qui, en même temps, adoucissait les malédictions de Jésus.

Et voilà qu'à nouveau, maintenant, on va partir sur un nouvel enseignement. L'argent. Plus concret. Beaucoup plus terre-à-terre. Mais qui n'en est pas moins exigeant. Vous retenez ce mot-là, d'accord ? Le fric. Et puis ensuite, on continuera jusqu'au milieu du chapitre 17.

Bonne écoute. Luc 16 jusqu'à 17.

Lecture : Luc 16 – 17,19

Jésus disait encore aux disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : "Qu'est-ce que j'apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant."

Le gérant se dit en lui-même : "Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n'en ai pas la force. Mendier ? J'aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu'une fois renvoyé de ma gérance, des gens m'accueillent chez eux."

Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : "Combien dois-tu à mon maître ?" Il répondit : "Cent barils d'huile." Le gérant lui dit : "Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante." Puis il demanda à un autre : "Et toi, combien dois-tu ?" Il répondit : "Cent sacs de blé." Le gérant lui dit : "Voici ton reçu, écris quatre-vingts."

Le maître fit l'éloge de ce gérant malhonnête, car il avait agi avec habileté. En effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.

Eh bien moi, je vous le dis : faites-vous des amis avec l'argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n'avez pas été dignes de confiance pour l'argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n'avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ?

Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'argent. »

Quand ils entendaient tout cela, les pharisiens, eux qui aimaient l'argent, tournaient Jésus en dérision. Il leur dit alors : « Vous, vous êtes de ceux qui se font passer pour justes aux yeux des gens, mais Dieu connaît vos cœurs. En effet, ce qui est prestigieux pour les gens est une chose abominable aux yeux de Dieu.

La loi et les prophètes vont jusqu'à Jean le Baptiste. Depuis lors, le royaume de Dieu est annoncé, et chacun met toute sa force pour y entrer. Il est plus facile au ciel et à la terre de disparaître qu'à un seul petit trait de la loi de tomber.

Tout homme qui renvoie sa femme et en épouse une autre commet un adultère. Et celui qui épouse une femme renvoyée par son mari commet un adultère.

Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d'ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.

Or le pauvre mourut, et les anges l'emportèrent auprès d'Abraham. Le riche mourut aussi, et on l'enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture. Levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui. Alors il cria : "Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l'eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise."

"Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous."

Le riche répliqua : "Eh bien, père, je te prie d'envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j'ai cinq frères : qu'il leur porte son témoignage, de peur qu'eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture." Abraham lui dit : "Ils ont Moïse et les prophètes : qu'ils les écoutent !" "Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu'un de chez les morts vient les trouver, là ils se convertiront." Abraham répondit : "S'ils n'écoutent pas Moïse ni les prophètes, quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus." »

Jésus disait à ses disciples : « Il est inévitable que surviennent des scandales, des occasions de chute ; mais malheureux celui par qui cela arrive ! Il vaut mieux qu'on lui attache au cou une meule en pierre et qu'on le précipite à la mer, plutôt qu'il ne soit une occasion de chute pour un seul des petits que voilà.

Prenez garde à vous-mêmes ! Si ton frère a commis un péché, fais-lui de vifs reproches, et s'il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet un péché contre toi et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : "Je me repens", tu lui pardonneras. »

Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi. » Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l'arbre que voici : "Déracine-toi et va te planter dans la mer", et il vous aurait obéi.

Lequel d'entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : "Viens vite prendre place à table" ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : "Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive ; ensuite tu mangeras et boiras à ton tour" ? Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d'avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : "Nous sommes de simples serviteurs, nous n'avons fait que notre devoir." »

Dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s'arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous ! » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.

L'un d'eux, voyant qu'il était guéri, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c'était un Samaritain.

Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n'ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s'est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t'a sauvé. »

Commentaire

Je reviens deux secondes sur les paraboles qui parlent de l'argent, parce qu'elles sont généralement mal comprises. Et c'est vrai qu'elles sont très difficiles.

La première, le gérant malhonnête. On se dit : « Mais personne ! Personne ne fait ça dans la vie. Personne ne dilapide l'argent qui n'est pas à lui pour se faire des amis. » Comprenons bien. On nous parle d'un gérant malhonnête ; en grec, l'expression exacte, c'est « gérant d'injustice ». C'est-à-dire qu'il sert l'injustice. C'est-à-dire que son maître, celui qui lui donnait de l'argent à faire fructifier, on n'a jamais dit qu'il était honnête, lui aussi. On n'a jamais dit que c'était un bon maître. En fait, le problème de ce gérant d'iniquité, c'est qu'au départ, il servait l'injustice. Il servait Mammon, l'argent, dont il était prisonnier et qu'il idolâtrait comme un esclave.

Alors, je mets de côté la question de savoir si l'argent en tant que tel est une mauvaise chose. Ne soyons pas non plus caricaturaux, on en a déjà parlé dans le Siracide : l'argent est un moyen, mais en tant que moyen, Jésus vous dit qu'on peut faire aussi de belles choses avec. Je mets de côté aussi la question de savoir quel pourcentage de l'argent dilapidé appartenait vraiment à son maître et quel pourcentage lui appartenait à lui, à titre de gain et de plus-value. Ce n'est pas le propos de la parabole.

Et je me concentre sur la clé de son comportement. Et la clé de son comportement, c'est qu'il y a une urgence. Il n'a pas le temps de bien faire les choses. Il va être viré. Je vais le dire différemment : il faut qu'il se débarrasse de cet argent. Et c'est vrai que quand vous n'avez pas le temps, que vous êtes dans l'urgence, eh bien, tant pis, quoi. Vous dilapidez les choses. Et on vous dit qu'il a eu raison de le faire.

Alors, pourquoi est-ce qu'il a eu raison de le faire ? C'est quoi, cette urgence ? Et c'est là où vous arrivez à la deuxième parabole, le pauvre Lazare et le riche. L'urgence, c'est quoi ? C'est qu'à un moment donné, il y aura un jugement. Ce sera un jugement éternel. Et ce sera soit le paradis, soit l'enfer. Alors, je suis d'accord que depuis quelques chapitres, Jésus n'arrête pas de tourner et de retourner autour de ce thème-là. En attendant, elle est là, la vraie urgence. Et ils sont là, les vrais enjeux.

La parabole du pauvre Lazare, ce n'est pas simplement une question de justice sociale — et Dieu sait que c'est important comme question. La parabole du pauvre Lazare, c'est de vous dire que le royaume de Dieu, ça existe. Et que soit vous y rentrez, soit vous n'y rentrez pas. Et que c'est sur terre que ça se décide, avec notamment la question de la gestion, la question de l'argent, et derrière la question de l'argent, l'amour du prochain.

Le royaume de Dieu, il viendra sur terre, que vous le vouliez ou non. C'est sûr que si jamais on vous met l'enfer devant les yeux et qu'on vous dit : « Si tu continues comme ça, tu vas y aller », l'argent vous brûle les doigts et vous allez tout de suite vous en débarrasser. Nous, on l'oublie. On oublie que nous avons une destinée éternelle, parce que nous sommes pris dans les soucis du quotidien. Mais Jésus, à travers tout l'Évangile, n'a de cesse de nous rappeler la vocation qui doit être la nôtre.

Et c'est ainsi que vous avez cette magnifique parabole, qui est très souvent utilisée pour décrire l'au-delà. Vous avez les anges psychopompes, vous avez un jugement, vous avez un abîme entre le paradis et l'enfer. Plus tard, Jésus parlera de l'auréole, et des justes qui resplendiront comme le soleil dans le royaume. Il vous parlera aussi des châtiments qui attendent les gens en enfer, le ver qui ronge et les ténèbres extérieures. Enfin bref, ces choses-là, dans la pensée de Jésus, dans la pensée de Dieu, ça existe ! Le royaume de Dieu, excusez-moi de le dire comme ça, mais ce n'est pas fait pour les petits cochons.

C'est sûr que si on a devant les yeux les enjeux que pose notre destinée éternelle, cette première parabole de l'intendant malhonnête, elle prend tout son sens.

Alors là, on a parlé beaucoup d'argent, mais ce qui est vrai de l'argent l'est aussi de l'amour conjugal, l'est aussi de la question du pouvoir. Et c'est ainsi qu'entre ces deux paraboles — vous le relirez — il y avait ces deux petites incises, avec les pharisiens, avec la question de la femme.

Une fois qu'on s'est dépouillé, là, vous pouvez devenir un disciple ; et c'était le thème des passages qui ont suivi : la relation des disciples entre eux, la correction fraternelle, l'importance de la prière, et le fait de se considérer comme un serviteur.

Et comme si ça ne suffisait pas, pour que tout le monde comprenne bien, vous aviez cette anecdote avec les dix lépreux, qui vous rappelle au passage qu'en ce moment on est en train de se diriger vers Jérusalem, et qui vous rappelle que les véritables disciples, ce ne sont pas forcément ceux qu'on croit. Le seul lépreux qui trouve grâce devant les yeux de Jésus, c'est encore une fois un Samaritain. Ce qui nous ramène à la parabole du bon Samaritain, ce qui nous ramène à Jacques et Jean qui voulaient les détruire à coups de feu et de tonnerre, ce qui nous ramène, ironie de l'histoire, à la cécité spirituelle.

Ce sont les plus orthodoxes, les lépreux juifs, qui ne disent pas merci à Jésus. Moi, je veux bien qu'il faille aller à Jérusalem pour accomplir les rites de purification ; en attendant, un merci, ça ne coûte pas cher. Le seul qui le fait, c'est notre Samaritain, qui, de manière bizarre, lui, n'avait aucune raison d'aller à Jérusalem, parce qu'ils sont censés adorer au mont Garizim. Comme quoi, avoir une théologie défaillante, ce n'est pas forcément le plus grand obstacle pour rentrer en relation avec Dieu. La vérité, c'est que devant Dieu, nous sommes tous, comme ce Samaritain, des lépreux.

Psaume 118, 145-152

Ceux qui poursuivent le mal s'approchent, ils s'éloignent de ta loi.

Toi, Seigneur, tu es proche, tout dans tes ordres est vérité.

Depuis longtemps, je le sais, tu as fondé pour toujours tes exigences.


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