Jour 316 ☾ — Voir le Royaume de Dieu déjà là
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit la fin du chapitre 17 et tout le chapitre 18 de saint Luc : l'enseignement sur la venue du règne de Dieu, les paraboles de la veuve importune et du pharisien et du publicain, l'accueil des enfants, le notable riche, la troisième annonce de la Passion et la guérison de l'aveugle aux portes de Jéricho. Le commentaire montre que l'évangile de Luc, si attentif aux marginaux, est aussi celui qui parle le plus du royaume : non pas seulement pour après la mort, mais déjà là, à voir au milieu de nous. Le frère décrit une deuxième forme de conversion — non plus se détourner du mal, mais ouvrir les yeux sur ce qui vient — et en décline les conditions : vigilance, don de soi, endurance dans la prière, humilité, jusqu'à la radicalité concrète demandée à l'homme riche.
Introduction
Nous continuons notre chemin et on se rapproche au fur et à mesure de Jérusalem. La fin de l'épisode d'aujourd'hui va vous emmener jusqu'à Jéricho, mais on n'y est pas encore. Et avant d'arriver à Jéricho, à la fin de notre épisode, il y a encore du chemin à faire, et ce sera l'occasion pour Jésus de continuer à nous enseigner. Bonne route, bonne écoute.
Lecture : Luc 17,20-37
Comme les pharisiens demandaient à Jésus quand viendrait le règne de Dieu, il prit la parole et dit : « La venue du règne de Dieu n'est pas observable. On ne dira pas : "Voilà, il est ici" ou bien : "Il est là." En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous. »
Puis il dit aux disciples : « Des jours viendront où vous désirerez voir un seul des jours du Fils de l'homme, et vous ne le verrez pas. On vous dira : "Voilà, il est là-bas" ou bien : "Voici, il est ici." N'y allez pas, n'y courez pas. En effet, comme l'éclair qui jaillit illumine l'horizon d'un bout à l'autre, c'est ainsi que le Fils de l'homme viendra quand son jour sera là. Mais auparavant, il faut qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération.
Comme cela s'est passé dans les jours de Noé, ainsi en sera-t-il dans les jours du Fils de l'homme. On mangeait, on buvait, on prenait femme, on prenait mari, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche et où survint le déluge qui les fit tous périr. Il en était de même dans les jours de Loth : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait. Mais le jour où Loth sortit de Sodome, du ciel tomba une pluie de feu et de soufre qui les fit tous périr. Cela se passera de la même manière, le jour où le Fils de l'homme se révélera.
En ce jour-là, celui qui sera sur sa terrasse et aura ses affaires dans sa maison, qu'il ne descende pas pour les emporter. Et de même, celui qui sera dans son champ, qu'il ne retourne pas en arrière. Rappelez-vous la femme de Loth. Qui cherchera à conserver sa vie la perdra, et qui la perdra la sauvegardera.
Je vous le dis : cette nuit-là, deux personnes seront dans le même lit ; l'une sera prise, l'autre laissée. Deux femmes seront ensemble en train de moudre du grain ; l'une sera prise, l'autre laissée. »
Prenant alors la parole, les disciples lui demandèrent : « Où donc, Seigneur ? » Il leur répondit : « Là où sera le corps, là aussi se rassembleront les vautours. »
Lecture : Luc 18
Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : "Rends-moi justice contre mon adversaire." Longtemps il refusa ; puis il se dit : "Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m'ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu'elle ne vienne plus sans cesse m'assommer." »
Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice. Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
À l'adresse de certains qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre publicain, c'est-à-dire collecteur d'impôts. Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : "Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes — ils sont voleurs, injustes, adultères — ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que j'ai gagné." Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine en disant : "Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis." Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c'est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »
Des gens présentaient à Jésus même les nourrissons, afin qu'il pose la main sur eux. En voyant cela, les disciples les écartaient vivement. Mais Jésus les fit venir à lui en disant : « Laissez les enfants venir à moi, et ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas. »
Un notable lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : ne commets pas d'adultère, ne commets pas de meurtre, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, honore ton père et ta mère. » L'homme répondit : « Tout cela, je l'ai observé depuis ma jeunesse. » À ces mots, Jésus lui dit : « Une seule chose te fait encore défaut : vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Et puis viens, suis-moi. » Mais, entendant ces paroles, l'homme devint profondément triste, car il était très riche.
Le voyant devenu si triste, Jésus dit : « Comme il est difficile à ceux qui possèdent des richesses de pénétrer dans le royaume de Dieu ! Car il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. » Ceux qui l'entendaient lui demandèrent : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus répondit : « Ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu. »
Alors Pierre lui dit : « Voici que nous-mêmes, après avoir quitté ce qui nous appartenait, nous t'avons suivi. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n'aura quitté, à cause du royaume de Dieu, une maison, une femme, des frères, des parents, des enfants, sans qu'il reçoive bien davantage en ce temps-ci, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. »
Prenant les Douze auprès de lui, il leur dit : « Voici que nous montons à Jérusalem et que va s'accomplir tout ce qui a été écrit par les prophètes sur le Fils de l'homme. En effet, il sera livré aux mains des nations païennes, accablé de moqueries, maltraité, couvert de crachats. Après l'avoir flagellé, on le tuera. Et le troisième jour, il ressuscitera. » Eux ne comprirent rien à cela ; c'était une parole dont le sens leur était caché, et ils ne saisissaient pas de quoi Jésus parlait.
Alors que Jésus approchait de Jéricho, un aveugle mendiait, assis au bord de la route. Entendant la foule passer devant lui, il s'informa de ce qu'il y avait. On lui apprit que c'était Jésus le Nazaréen qui passait. Il s'écria : « Jésus, fils de David, prends pitié de moi ! » Ceux qui marchaient en tête le rabrouaient pour le faire taire, mais lui criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Jésus s'arrêta et il ordonna qu'on le lui amène. Quand il se fut approché, Jésus lui demanda : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Il répondit : « Seigneur, que je retrouve la vue ! » Et Jésus lui dit : « Retrouve la vue. Ta foi t'a sauvé. » À l'instant même, il retrouva la vue, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, adressa une louange à Dieu.
Commentaire
Vous voyez, c'est quand même curieux, parce qu'on dit souvent que l'évangile de Jésus-Christ selon saint Luc est celui qui est le plus préoccupé de la doctrine sociale, de la justice et de la question homme-femme. Ce qui est vrai : il y a un charme, il y a une attention aux marginaux qui est extraordinaire dans cet évangile. Et en même temps, c'est peut-être aussi l'évangile qui parle le plus du jugement, du paradis, de l'enfer, de l'apocalypse.
Alors, le terme « apocalypse » n'y est pas — « dévoilement », ça, c'est dans saint Jean. Dans Luc, c'est le thème du royaume de Dieu. Mais c'est la même chose. C'est tout le thème aussi des paraboles : à travers le bon grain, à travers le Samaritain, à travers le publicain et le pharisien. C'est tout le thème de voir le royaume de Dieu éclore, se dévoiler à travers nos relations sociales.
Donc, par exemple, vous aviez cette phrase-là :
La venue du règne de Dieu n'est pas observable. On ne dira pas : « Voilà, il est ici » ou bien : « Il est là. » En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous.
L'épisode précédent n'arrêtait pas de nous parler du jugement dernier, de ce qu'il y aura après notre mort, le paradis, l'enfer. Jésus corrige un tout petit peu le regard. Là, il est en train de vous dire : ce n'est pas pour après, c'est maintenant que ça se joue. Il est là, pourvu que nous sachions le voir déjà là. Et si vous ne l'avez pas encore vu au milieu de vous, vous dira Jésus, eh bien, posez-vous des questions.
Donc, pour voir le royaume de Dieu qui vient, apprenons à ouvrir les yeux. Vous savez, vous avez deux manières de vous convertir. La première manière de se convertir, c'est de reconnaître qu'on a fait n'importe quoi et de demander pardon, de se détourner du mal. Et il y a une deuxième manière de se convertir : c'est de reconnaître qu'il y a quelque chose d'autre qui nous attend, et qui non seulement nous attend, mais qui est en train d'arriver, et que ça éclaire d'un jour nouveau tout ce que nous vivons. C'est de cette deuxième conversion dont il est question ici.
Du coup, premier enseignement pour apprendre à ouvrir les yeux : Jésus vous dit qu'il ne faut pas d'abord chercher des signes extraordinaires. D'où la comparaison avec Noé. Vous savez, aux jours de Noé, les gens buvaient, mangeaient, ils se mariaient entre eux, et ils n'ont rien vu venir. Non, pour ouvrir les yeux, il faut d'abord être vigilant. Être vigilant à quoi ? Être vigilant au retour de Jésus ? Pas d'abord. Être vigilant à sauter sur la moindre occasion pour donner le meilleur de soi-même et pour offrir sa vie. Ça, c'est la bonne vigilance.
Qui cherchera à conserver sa vie la perdra, et qui la perdra la sauvegardera.
Et ensuite, il vous disait : il y aura deux personnes, elles seront toutes les deux dans le même lit, l'une sera prise, l'autre laissée. Il y aura deux femmes ensemble en train de moudre le grain, l'une sera prise, l'autre laissée. Parce qu'il y en aura une qui aura donné sa vie, et il y en a une autre qui n'aura pas donné sa vie.
Ensuite, vous aviez un enseignement sur la prière. On se dit : enseignement sur la prière, c'est un autre thème, on n'est plus dans l'attente du royaume de Dieu. Eh bien, la fin de cet enseignement sur la prière, la veuve importune qui casse les oreilles du juge, c'était quoi ? Eh bien, la dernière phrase sur cet enseignement, c'était :
Cependant, le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?
Et boum, retour de l'apocalypse. Ça veut dire que même votre prière doit être placée sous le signe du royaume de Dieu qui va venir. Et, vous dit Jésus, c'est cette espérance de son retour qui va motiver votre endurance dans la prière.
Et c'est pour ça qu'on continue avec cette parabole, avec le publicain qui se croit en dessous de tout et le pharisien qui se croit au-dessus de tout. Et c'est toute cette manière d'attendre le royaume de Dieu : dans la vigilance, dans le don de soi, dans l'endurance, dans l'attente, dans l'humilité, dans le repentir. Et toute cette manière de vivre qui, à la fin, vous dit Jésus, va finir par vous transformer, vous transformer de l'intérieur et faire de vous des nouvelles créatures, des enfants, des fils du royaume.
Et Jésus qui vous dit à la fin : bon, tout ça, me direz-vous, est très beau, c'est encore un tout petit peu abstrait. Donc Jésus vous donne une dernière anecdote pour rendre les choses vraiment bien concrètes : c'est l'épisode du jeune homme riche. Et toute cette manière de vivre placée sous l'espérance du royaume de Dieu qui doit venir se retrouve illuminée par un nouveau soleil : celui de la radicalité dans le don de soi, celui de la radicalité dans l'Évangile.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, fais en sorte que ce royaume à venir soit comme le soleil qui illumine mes journées.
On disait des grands saints qu'ils ont tous attendu et espéré voir le retour du Christ sur terre de leur vivant. Seigneur, si c'est tout ce que ça prend pour devenir saint, apprends-moi à désirer ton retour sur terre. Et, Seigneur, accomplis cette espérance.
À la manière d'un saint Martin de Tours qui, en donnant son manteau à un pauvre, vit le Christ. À la manière d'un François d'Assise qui, vivant dans la radicalité, te vit en apparition.
Mais, Seigneur, que je te voie sur terre. Je sais que tu existes, je sais que tu es ressuscité, et je sais que tu es Emmanuel, celui qui est au milieu de nous. Ouvre mes yeux, Seigneur.