Jour 317 ☼ — Zachée, dernier sourire avant Jérusalem
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 19 de saint Luc, le frère Paul-Adrien lit le sprint final du voyage de Jésus vers Jérusalem : la conversion de Zachée à Jéricho, la parabole des mines, l'entrée triomphale à dos d'âne, les larmes de Jésus sur la ville et la purification du temple. Le commentaire montre comment Zachée récapitule à lui seul tout l'évangile de Luc dans sa version lumineuse — l'argent, la brebis perdue, le figuier, le festin, le jeune homme riche, Abraham — et lui offre un dénouement heureux. À l'opposé, la parabole des mines, sombre et grinçante, se trouve court-circuitée de tous les côtés par la réalité qui vient : c'est le roi lui-même qui sera crucifié. L'épisode se termine sur les larmes de Jésus devant Jérusalem, particularité propre à Luc.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais en ce moment, on est en train de se diriger à Jérusalem avec Jésus pour célébrer la Pâque. Ça nous a amenés depuis la Transfiguration, Moïse et Élie qui parlent de son exode, son passage sur terre, jusqu'à Jérusalem. Et aujourd'hui dans la lecture, on est au terme du voyage, où on vous offre la dernière étape, le sprint final. On va partir de Jéricho, début du chapitre, jusqu'à Jérusalem, fin du chapitre.
Jéricho, pour mémoire, c'est là où a commencé la conquête de la Terre promise dans Josué. Elle a commencé par traverser le Jourdain — ça vous a donné le baptême de Jésus. Et ensuite, la première ville qu'il a prise, c'était Jéricho. Et ensuite, on termine avec Jérusalem.
Oui, mais entre Jéricho d'un côté et Jérusalem de l'autre, Luc intercale un ou deux enseignements qui sont propres à lui d'ailleurs et qui, je trouve, sont très étonnants. Je vous laisse réfléchir à ce que vous allez entendre. Luc, chapitre 19.
Lecture : Luc 19
Entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée. Il était le chef des collecteurs d'impôts et c'était quelqu'un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là.
Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite. Aujourd'hui, il faut que j'aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. »
Zachée, debout, s'adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham. En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. »
Comme on l'écoutait, Jésus ajouta une parabole. Il était près de Jérusalem et ses auditeurs pensaient que le royaume de Dieu allait se manifester à l'instant même. Voici donc ce qu'il leur dit : « Un homme de la noblesse partit dans un pays lointain pour se faire donner la royauté et revenir ensuite. Il appela dix de ses serviteurs et remit à chacun une somme de la valeur d'une mine. Puis il leur dit : "Pendant mon voyage, faites de bonnes affaires."
Mais ses concitoyens le détestaient. Ils envoyèrent derrière lui une délégation chargée de dire : "Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous."
Quand il fut de retour, après avoir reçu la royauté, il fit convoquer les serviteurs auxquels il avait remis l'argent, afin de savoir ce que leurs affaires avaient rapporté. Le premier se présenta et dit : "Seigneur, la somme que tu m'avais remise a été multipliée par dix." Le roi lui déclara : "Très bien, bon serviteur, puisque tu as été fidèle en si peu de choses, reçois l'autorité sur dix villes."
Le second vint dire : "La somme que tu m'avais remise, Seigneur, a été multipliée par cinq." À celui-là encore, le roi dit : "Toi de même, sois à la tête de cinq villes."
Le dernier vint dire : "Seigneur, voici la somme que tu m'avais remise. Je l'ai gardée, enveloppée dans un linge. En effet, j'avais peur de toi, car tu es un homme exigeant : tu retires ce que tu n'as pas mis en dépôt, tu moissonnes ce que tu n'as pas semé."
Le roi lui déclara : "Je vais te juger sur tes paroles, serviteur mauvais. Ah, tu savais que je suis un homme exigeant, que je retire ce que je n'ai pas mis en dépôt, que je moissonne ce que je n'ai pas semé ! Alors, pourquoi n'as-tu pas mis mon argent à la banque ? À mon arrivée, je l'aurais repris avec les intérêts."
Et il dit à ceux qui étaient là : "Retirez-lui cette somme et donnez-la à celui qui a dix fois plus." On lui dit : "Seigneur, il a dix fois plus !" "Je vous le déclare : on donnera à celui qui a ; mais celui qui n'a rien se verra enlever même ce qu'il a. Quant à mes ennemis, ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les devant moi." »
Il envoya deux de ses disciples en disant : « Allez à ce village d'en face. À l'entrée, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s'est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l'on vous demande : "Pourquoi le détachez-vous ?", vous répondrez : "Parce que le Seigneur en a besoin." »
Les envoyés partirent et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit. Alors qu'ils détachaient le petit âne, ses maîtres leur demandèrent : « Pourquoi détachez-vous l'âne ? » Ils répondirent : « Parce que le Seigneur en a besoin. »
Ils amenèrent l'âne auprès de Jésus, jetèrent leur manteau dessus et y firent monter Jésus. À mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leur manteau sur le chemin. Alors que déjà Jésus approchait de la descente du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu'ils avaient vus. Et ils disaient : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »
Quelques pharisiens qui se trouvaient dans la foule dirent à Jésus : « Maître, réprimande tes disciples. » Mais il prit la parole en disant : « Je vous le dis : si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront. »
Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : « Ah ! Si toi aussi tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux. Oui, viendront pour toi des jours où tes ennemis construiront des ouvrages de siège contre toi, t'encercleront et te presseront de tous côtés. Ils t'anéantiront, toi et tes enfants qui sont chez toi, et ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas reconnu le moment où Dieu te visitait. »
Entré dans le Temple, Jésus se mit à en expulser les vendeurs. Il leur déclarait : « Il est écrit : "Ma maison sera une maison de prière." Or, vous, vous en avez fait une caverne de bandits. »
Et il était chaque jour dans le Temple pour enseigner. Les grands prêtres et les scribes, ainsi que les notables, cherchaient à le faire mourir, mais ils ne trouvaient pas ce qu'ils pourraient faire. En effet, le peuple tout entier, suspendu à ses lèvres, l'écoutait.
Commentaire
Nous avons terminé notre épisode avec le dimanche des Rameaux, Jésus qui, à dos d'âne, rentre dans la ville sainte. On l'a déjà vu dans Matthieu, dans Marc, dans Jean. Est-ce que vous avez vu la petite particularité de Luc ? Sa particularité, c'est qu'il rajoute, entre son entrée triomphale à dos d'âne et le moment où il purifie le Temple, une scène où il se met à pleurer. Témoignage extrêmement touchant, propre à Luc.
Revenons un petit peu en arrière, sur le chemin entre Jéricho et Jérusalem. Au cours de notre sprint final, vous aurez eu deux épisodes : le truculent Zachée, extraordinairement touchant, et de l'autre côté, cette parabole des talents.
Alors, refaisons notre sprint, OK ? On commence avec Zachée et sa petite taille, ce qui fait que Zachée, on l'a rencontré une fois et on ne l'oublie jamais. Zachée vous est proposé ici comme une clôture, comme un résumé de tous les épisodes précédents.
On a parlé avant de l'argent, du fric. Et voilà que maintenant, on vous met un collecteur d'impôts. On vous parlait avant de cette brebis perdue qu'il fallait chercher : voilà que maintenant, on la retrouve en haut d'un sycomore. Tiens, d'ailleurs, le sycomore, c'est un figuier. On avait déjà parlé du figuier comme signe du royaume à venir quand il porte du fruit. Et voilà que maintenant, on a un sycomore qui est un figuier stérile qui, lui, ne porte pas de fruit. Sauf qu'en fait, il y en a bien un dans le sycomore : et le fruit qu'il porte, c'est Zachée, que Jésus va venir cueillir.
Mais ce n'est pas tout. Zachée qui fait un festin, ce n'est pas comme si on n'avait pas eu d'enseignement sur comment se comporter à table et ce que ça voulait dire du royaume des cieux. Zachée qui reçoit Jésus avec joie, ce n'est pas sans rappeler cette pécheresse qui s'était mise à pleurer aux pieds de Jésus. Zachée qui fait le don de tout son argent aux pauvres, ce n'est pas sans rappeler ce jeune homme riche qui, lui, avait refusé de tout quitter pour suivre Jésus.
Jésus qui vous dit :
Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham.
Ce n'est pas sans vous rappeler la parabole de Lazare, où on nous disait que Lazare avait été reçu dans le sein d'Abraham alors que le riche avait été jeté en enfer. Et voilà que le même mot d'Abraham relie de manière étonnante ces deux paraboles, mais comme si, cette fois, on lui offrait un dénouement heureux. Le riche ne se retrouve pas en enfer, mais au banquet céleste. Qui l'eût cru ?
Jésus qui vous disait qu'il fallait accueillir le royaume de Dieu comme un petit enfant : et voilà qu'on a Zachée qui, de petite taille, s'amuse à se cacher dans les arbres et qui accueille de cette manière-là Jésus.
Enfin, derrière Zachée, il y a plus que Zachée : il y a tous ces dix-neuf chapitres qu'on a parcourus et qui lui offrent un dénouement heureux. Ah, Zachée ! C'est l'évangile de Luc dans sa version lumineuse, dans sa version joyeuse. On aimerait s'arrêter là. Quel happy ending fabuleux cela ferait pour les évangiles !
Sauf qu'on n'est pas arrivé encore à notre terme. Donc le sprint final qui doit nous amener à Jérusalem continue avec un nouvel enseignement, cette fois-ci bien différent : la parabole des talents.
Comme on l'écoutait, Jésus ajouta une parabole. Il était près de Jérusalem et ses auditeurs pensaient que le royaume de Dieu allait se manifester à l'instant même.
Mais voilà qu'avec la parabole des talents, nouvel enseignement de Jésus-Christ, Jésus nous dit que ça va être un peu plus compliqué que ça. C'est le jour et la nuit, cette parabole des talents. Zachée était une histoire concrète, historique, réelle. Là, on rentre dans le domaine de la fiction. Il est question d'un lingot d'or qui porte d'abord du fruit pour dix, puis pour cinq, puis pour rien du tout : rendement décroissant, que l'on opposera à la parabole du semeur, qui avait, elle, des rendements croissants.
Sachant que cette ville que l'on donne en récompense — et qui là encore est une récompense propre à Luc — n'est pas sans rappeler Jérusalem, vers laquelle on se dirige. Ce roi dans notre parabole, qui s'en va et puis qui retourne dans la ville pour qu'on lui rende des comptes, n'est pas sans rappeler Jésus qui se dirige à Jérusalem, à dos d'âne.
Alors on se dit : mais ça va être qui, ces disciples qui vont faire porter du fruit au lingot d'or que Jésus a donné ? Et de manière curieuse, on se rappelle qu'on vient de parler de Zachée. Peut-être que Zachée, c'était lui qui a fait porter du fruit au lingot pour dix. Mais alors on ne comprend plus très bien : Zachée qui vient comme un exemple, ça court-circuite cette parabole.
D'autant plus que la fin de cette parabole est sombre, pour le coup grinçante :
Quant à mes ennemis, ceux qui n'ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les devant moi.
C'est Jésus qui se rend à Jérusalem et qui ne règnera pas à Jérusalem. Sauf que, en fait, la réalité sera à l'opposé de la parabole, puisque c'est le roi, c'est Jésus qui sera crucifié. Ce qui fait que cette parabole, que l'on comprend parfaitement comme une parabole apocalyptique qui nous enseigne à attendre le royaume de Dieu en faisant porter du fruit, quand Luc la place juste avant de rentrer à Jérusalem, est court-circuitée de tous les côtés. Et pour l'instant, on ne peut pas savoir encore ce qu'elle va dire. Il faudra attendre les controverses entre Jésus et les pharisiens.
La seule chose que je vous dis, c'est que quand on vous dit que ses concitoyens le détestaient et envoyèrent derrière lui une délégation chargée de dire « nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous », ça fait trois ans que Jésus se prend des complots de la part des pharisiens. Et à la fin, quand il dit d'emmener celui-là qui est un inutile, un incompétent, un paresseux, c'est ce même Jésus qui est en train de se réjouir à table avec Zachée et qui, dans quelques instants, va pleurer sur Jérusalem.
Eh bien, si jamais tout ceci ne vous fait pas froid dans le dos et qu'il n'y a pas un petit frisson qui parcourt votre colonne vertébrale au moment où le Roi des rois, VOTRE roi, va se retrouver arrêté, ça veut dire qu'on sera passé à côté de cet évangile. À Dieu ne plaise !
Vite, l'épisode de cet après-midi, en attendant un couplet du psaume 118.
Psaume 118, 153-160
Vois ma misère, délivre-moi, car je n'oublie pas ta loi.
Plaide ma cause et défends-moi, par ta promesse, fais-moi vivre.
Le salut s'éloigne des impies qui néglient tes commandements.
Seigneur, ta tendresse est sans mesure : fais-moi vivre selon ton jugement.
Mes persécuteurs et mes oppresseurs sont nombreux, mais je ne dévie pas de tes exigences.
J'ai vu les renégats : ils me dégoûtent, car ils ignorent ta promesse.
Vois combien j'aime tes préceptes, Seigneur : fais-moi vivre selon ton amour.
Le fondement de ta parole est vérité ; éternelles sont tes justes décisions.