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Jour 317 ☾ — Rendre à Dieu ce qui est à Dieu

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Résumé : Entré à Jérusalem, Jésus affronte les grands prêtres, les scribes et les sadducéens : cinq controverses s'enchaînent, de l'autorité de Jean le Baptiste à la parabole des vignerons homicides, de l'impôt à César à la résurrection des morts, jusqu'au psaume de David. Le frère Paul-Adrien montre que cet agencement déploie toute l'histoire du monde — origine, passé d'Israël, présent de l'occupation, avenir de la résurrection, accomplissement des temps — dans un ping-pong dramatique où tantôt Jésus subit le thème, tantôt il l'impose. Au centre exact se tient la question de l'impôt, qu'il relit à la lumière de la parabole des talents : les pharisiens cachent l'argent dans leur poche comme le serviteur paresseux l'enfouissait dans la terre. Et la pièce, avec son image et son inscription, devient l'âme humaine marquée de l'imago Dei et de la loi gravée par l'Esprit, qu'il faudra un jour rendre à Dieu.

Introduction

Ça y est, nous sommes entrés à Jérusalem, le drame final va se mettre en place — j'allais dire gentiment : eh bien non, tout sauf gentiment. Maintenant, on est reparti. Si vous vous souvenez bien de l'Évangile selon saint Matthieu, ça correspond aux chapitres 21 et 22. Matthieu l'avait plus développé ; ici, vous aurez la version plus courte de Luc, plus dramatique. Le début des controverses avec les pharisiens : l'affrontement final commence.

Luc, chapitre 20. Saint Luc, chapitre 20.

Lecture : Luc 20

Un de ces jours-là, où Jésus dans le Temple enseignait le peuple et proclamait la Bonne Nouvelle, survinrent les grands prêtres et les scribes avec les anciens. Ils lui demandèrent : « Dis-nous par quelle autorité tu fais cela, ou alors : qui est celui qui t'a donné cette autorité ? »

Il leur répliqua : « Moi aussi, je vais vous poser une question. Dites-moi : le baptême de Jean venait-il du ciel ou des hommes ? »

Ils firent entre eux ce raisonnement : « Si nous disons : "du ciel", il va dire : "Pourquoi n'avez-vous pas cru à sa parole ?" Si nous disons : "des hommes", le peuple tout entier va nous lapider, car il est persuadé que Jean est un prophète. » Et ils répondirent qu'ils ne savaient pas d'où il venait.

Alors Jésus leur déclara : « Eh bien, moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela. »

Il se mit à dire au peuple la parabole que voici : « Un homme planta une vigne, la loua à des vignerons et partit en voyage pour un temps assez long. Le moment venu, il envoya un serviteur auprès des vignerons afin que ceux-ci lui remettent ce qui lui revenait du fruit de la vigne. Mais les vignerons, après l'avoir frappé, renvoyèrent le serviteur les mains vides. Le maître persista et envoya un autre serviteur. Celui-là aussi, après l'avoir frappé et humilié, ils le renvoyèrent les mains vides. Le maître persista encore et il envoya un troisième serviteur. Mais, après l'avoir blessé, ils le jetèrent dehors.

Le maître de la vigne dit alors : "Que vais-je faire ? Je vais envoyer mon fils bien-aimé. Peut-être que lui, ils le respecteront."

En le voyant, les vignerons se firent l'un à l'autre ce raisonnement : "Voici l'héritier. Tuons-le pour que l'héritage soit à nous." Et, après l'avoir jeté hors de la vigne, ils le tuèrent.

Que leur fera donc le maître de la vigne ? Il viendra, il fera périr ces vignerons et donnera la vigne à d'autres. »

Les auditeurs dirent à Jésus : « Pourvu que cela n'arrive pas ! » Mais lui, posant son regard sur eux, leur dit : « Et que signifie donc ce qui est écrit ? La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. Tout homme qui tombera sur cette pierre s'y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière. »

À cette heure-là, les scribes et les grands prêtres cherchèrent à mettre la main sur Jésus, mais ils eurent peur du peuple. Ils avaient bien compris, en effet, qu'il avait dit cette parabole à leur intention.

Ils se mirent alors à le surveiller et envoyèrent des espions qui jouaient le rôle d'hommes justes pour prendre sa parole en défaut, afin de le livrer à l'autorité et au pouvoir du gouverneur. Ils l'interrogèrent en disant : « Maître, nous le savons : tu parles et tu enseignes avec droiture, tu es impartial et tu enseignes le chemin de Dieu selon la vérité. Nous est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à César, l'empereur ? »

Mais Jésus, percevant leur fourberie, leur dit : « Montrez-moi une pièce d'argent. De qui porte-t-elle l'effigie et l'inscription ? » « De César », répondirent-ils. Il leur dit : « Alors, rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Et ils furent incapables de le prendre en défaut devant le peuple en le faisant parler ; et, tout étonnés de sa réponse, ils gardèrent le silence.

Quelques sadducéens — ceux qui soutiennent qu'il n'y a pas de résurrection — s'approchèrent de Jésus et l'interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : si un homme a un frère qui meurt en laissant une épouse mais pas d'enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères. Le premier se maria et mourut sans enfant. De même, le deuxième et le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept, et ils moururent tous sans laisser d'enfant. Finalement, la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme, duquel d'entre eux sera-t-elle l'épouse ? Puisque les sept l'ont eue pour épouse. »

Jésus leur répondit : « Ce sont les enfants de ce monde qui prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection d'entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Et que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : le Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »

Alors certains scribes prirent la parole pour dire : « Maître, tu as bien parlé. » Et ils n'osaient plus l'interroger sur quoi que ce soit.

Jésus leur demanda : « Comment peut-on dire que le Christ est fils de David ? David lui-même dit en effet dans le livre des Psaumes : "Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite, jusqu'à ce que j'aie placé tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds." David l'appelle donc Seigneur : comment peut-il être son fils ? »

Comme tout le peuple l'écoutait, il dit à ses disciples : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d'apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d'honneur dans les synagogues et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l'apparence, ils font de longues prières. Ils seront d'autant plus sévèrement jugés. »

Commentaire

Cinq controverses, donc, que je vous rappelle rapidement, juste histoire de rafraîchir votre mémoire vive. La querelle avec Jean le Baptiste : pourquoi est-ce qu'il avait le droit de baptiser ? Ça venait d'où, cette affaire ? Deuxième controverse, avec la parabole des vignerons homicides. Troisième controverse, l'impôt à l'empereur, à César. Quatrième controverse, la résurrection des morts. Cinquième controverse, l'image et la figure du Christ dans les psaumes :

Le Seigneur a dit à mon Seigneur : « Siège à ma droite, jusqu'à ce que j'aie placé tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds. »

OK, on reprend. Première controverse : Jean le Baptiste, qui nous ramène autant aux prophètes qu'à l'origine. « De qui tiens-tu cette autorité ? » On est dans Dieu qui commence à se révéler. Ensuite, la parabole des vignerons homicides, qui est — maintenant, ça ne vous échappe plus — une allégorie de l'histoire d'Israël. Les vignerons, c'est ceux qui devaient faire fructifier le peuple d'Israël, la Terre promise. On leur envoyait des messagers, les prophètes. On leur envoyait un premier groupe, les prophètes d'avant l'exil. On leur envoyait un deuxième groupe, les prophètes d'après l'exil. Et on vous parle, à la fin, de cette pierre qui va devenir une pierre d'achoppement sur laquelle tout le monde va se briser, qui est une référence à peine voilée à Daniel. On avait parlé de ses visions, à Daniel, qui est peut-être le point culminant des prophéties.

Bon, donc on était dans l'origine, Jean le Baptiste, puis l'histoire passée d'Israël. On arrive maintenant au présent, troisième controverse, parce que c'est en ce moment qu'Israël est occupé par les Romains. Et puis ensuite, on passe vers le futur : qu'est-ce qui va se passer après notre mort, à nous ? La question de la résurrection. Une femme a eu sept maris : de qui sera-t-elle l'épouse ? Pour enfin arriver à l'accomplissement des temps, la fin du monde : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : siège à ma droite, jusqu'à ce que j'aie fait de tes ennemis le marchepied de ton trône. »

Vous venez de parcourir toute l'histoire de l'humanité : le passé, le présent et le futur. C'est extraordinaire, de voir cet agencement entre ces cinq controverses, qui paraissent sinon un peu décousues, que l'on enfile. Donc là, vous venez de voir, en un seul panorama, l'histoire du monde se déployer devant vous. Et une histoire, nous disent ces polémiques, qui est tout sauf paisible.

Avec, en plus, la manière dont c'est tissé, mêlé. Tantôt ce sont les adversaires de Jésus qui imposent le thème, tantôt c'est Jésus qui, lui, impose ses propres controverses. La polémique avec Jean lui était imposée, mais c'est lui qui impose la parabole des vignerons homicides. La controverse autour de l'impôt lui est imposée, mais c'est lui qui reprend l'avantage. La résurrection lui est imposée, mais c'est lui qui termine en commentant le psaume de David. Cette sorte de ping-pong, qui rajoute à la tension dramatique, avec cette sorte d'ambiance macabre — il est question de mort quasiment partout —, un peu guerrière, et aussi de manipulation politique. Ah, c'est quand même très, très étonnant.

Alors, puisqu'on a une belle structure concentrique, avec, au début, le passé, à la fin, le futur ; au début et à la fin, des polémiques ; entre les deux, des paraboles : qu'est-ce qui se passe au milieu ? Est-ce que c'est là que se trouve la pointe ? Le milieu, il se joue ni au passé, ni au futur, mais au présent : c'est cette question de l'impôt. Est-ce qu'on doit le verser, oui ou non, à César ? Du coup, on se dit que c'est cette querelle autour de l'impôt qui est le point central de toute la séquence. Regardez.

Oublions deux secondes ces histoires de laïcité — « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » — qui, si elles sont vraies et importantes, ne sont pas d'abord le souci premier de ce texte. Et puis, posons-nous une ou deux questions. Jésus qui dit :

Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

Il s'agit donc de rendre, de rendre des comptes, de montrer ce qu'on a fait de son argent. Ce qui nous rappelle quand même furieusement la parabole que l'on vient d'entendre juste avant, et que l'on avait dit ne pas comprendre : la parabole des talents. Dans la parabole des talents, il y avait un roi qui revenait dans une ville, qui convoquait ses serviteurs et qui leur dit : « Qu'est-ce que vous avez fait de cet argent que je vous ai donné ? » Et là, vous avez un roi qui rentre dans une ville, Jésus, qui a des serviteurs devant lui, les pharisiens, et qui leur dit : « Eh bien, rendez l'argent ! » Ah, ça signifie peut-être autre chose…

Alors, les pharisiens sortent l'argent. Où était l'argent ? Il était dans leur poche. Il était caché. Évidemment, ça montre l'hypocrisie des pharisiens qui, tout en dénonçant un système, y participent allègrement : l'argent qu'ils n'ont pas envie de rendre à César, il est quand même dans leur poche. Mais ça vous fait surtout penser, maintenant, au dernier serviteur de la parabole, qui avait caché dans la terre l'argent qu'on lui avait donné. Serviteur, serviteur mauvais et inutile. C'est assez curieux, parce qu'on pourra dire tout ce qu'on veut des pharisiens, mais on ne pourra pas dire qu'ils étaient paresseux. Et pourtant, derrière l'hypocrisie se cache de la paresse.

Vous voyez comment, quand on prend des passages et qu'on les remet dans un contexte plus large, ça change complètement la manière de les voir. D'autant plus que là, le grincement dedans redouble, parce que cette controverse se fait en présence des soldats romains — et ce seront les soldats romains qui vont crucifier Jésus.

Et Jésus qui dit : « Montrez-moi une pièce d'argent. De qui porte-t-elle l'effigie et l'inscription ? » Plutôt qu'« effigie », il vaudrait mieux dire : « De qui est-elle l'image, et quelles paroles porte-t-elle ? » Sur les pièces romaines, il y avait bien l'effigie de l'empereur et une inscription qui renvoyait à lui. Mais si on pense plutôt à notre âme, qui porte l'image de Dieu, l'imago Dei, avec tout ce que ça veut dire en termes spirituels et théologiques — nous sommes les fils de Dieu —, et cette inscription fait penser à la loi que l'Esprit Saint entend graver dans nos cœurs : c'est à travers cette pièce de notre âme qu'il est question, et qu'un jour, il faudra rendre à Dieu. « De qui est-elle l'image, et de qui porte-t-elle l'inscription ? »

Et voilà que cette pièce devenue l'âme humaine ressemble cette fois-ci, maintenant, à ces pièces d'argent qu'on avait perdues et qu'une veuve zélée s'efforçait de retrouver dans sa maison, et qu'elle remuait ciel et terre pour les retrouver. Eh bien là, en fait, elle était cachée dans la poche des pharisiens. « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez le ciel et la terre pour faire un seul converti, et quand il l'est devenu, vous le rendez incapable du Royaume des Cieux. »

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, fais de moi un ouvrier qui fait porter du fruit à ton don. Que je ne sois pas comme ces pharisiens qui te cachent dans leurs poches ; que je sois comme Zachée, qui, malgré sa vie de débauche et de péché, a fini par te rendre gloire de manière plus éclatante et avec une générosité telle qu'elle fit oublier toute son histoire passée.

Seigneur, fais-moi descendre de mon arbre, fais de moi un intendant fidèle et qui t'aime.


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