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Lc 20,27-38
Liturgie · 32ᵉ dim. ordinaire C
Bible Crampon (1923)

27 Quelques-uns des Sadducéens, qui nient la résurrection, s'approchèrent alors et l'interrogèrent :

28 " Maître, lui dirent-ils, Moïse nous a donné cette loi : Si un homme, ayant une femme, meurt sans laisser d'enfants, que son frère prenne sa femme, et suscite des enfants à son frère.

29 Or, il y avait sept frères ; le premier prit une femme et mourut sans enfants.

30 Le second prit sa femme, et mourut aussi sans enfants.

31 Le troisième la prit ensuite, et de même tous les sept, et ils moururent sans laisser d'enfants.

32 Après eux tous, la femme mourut aussi.

33 Duquel donc, au temps de la résurrection, sera-t-elle la femme, car elle l'a été de tous les sept ? "

34 Jésus leur dit : " Les enfants de ce siècle se marient et sont donnés en mariage ;

35 mais ceux qui ont été trouvés dignes d'avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts, ne prennent point de femme et n'ont point de mari ;

36 aussi bien ne peuvent-ils plus mourir, puisqu'ils sont en comme les anges, et qu'ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection.

37 Mais que les morts ressuscitent, c'est ce que Moïse lui-même a fait connaître dans le passage du Buisson, lorsqu'il nomme le Seigneur : Le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob.

38 Or il n'est pas Dieu des morts, mais des vivants ; car tous sont vivants devant lui. "

— Lc 20,27-38 —
Commentaire

Dieu D’Abraham, Dieu Des Vivants

Quand un problème n’a pas de solution, c’est qu’il est mal posé. Et là vraiment le problème posé par les « Sadducéens » semble bien insoluble ; on a envie de dire « cherchez l’erreur ». L’erreur, ce serait de vouloir tendre un piège à Jésus, d’abord. Ce n’est certainement pas le meilleur moyen de découvrir la Parole de Dieu, puisqu’il est la Parole faite chair ; mais peut-être les Sadducéens ne cherchent-ils pas à tendre un piège à Jésus ? Peut-être ne sont-ils pas mal intentionnés ? Leur question nous paraît un peu artificielle aujourd’hui, mais elle ressemble aux discussions interminables qu’on développait dans les écoles de théologie. C’est un cas d’école un peu poussé sur un sujet qui était à l’ordre du jour.

Encore faut-il se rappeler qu’au temps du Christ, la foi en la Résurrection était toute neuve ; elle n’était pas encore partagée par tout le monde. Les Pharisiens y croyaient fermement ; pour eux c’était une évidence que le Dieu de la vie n’abandonnerait pas ses fidèles à la mort. Mais on pouvait très bien être un bon Juif sans croire à la résurrection de la chair. C’était le cas des Sadducéens. Pour justifier leur refus de la résurrection, ils cherchent à démontrer qu’une telle croyance conduit à des situations ridicules : leur logique est imparable ; une femme ne peut pas avoir sept maris à la fois, on est tous d’accord ; si vous croyez à la résurrection, disent-ils à Jésus, c’est pourtant ce qui va se passer : elle a eu sept maris successifs, qui sont morts les uns après les autres ; mais si tous ressuscitent, vous voyez à quoi cela mène !

L’erreur, Jésus va le leur dire, c’est de chercher nos articles de foi dans nos raisonnements ; Isaïe l’a dit depuis longtemps : « Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, et nos chemins ne sont pas ses chemins » (Is 55,8). Jésus au contraire appuie sa foi uniquement sur l’Écriture : chaque fois qu’une question lui est posée, il cherche sa réponse dans l’Écriture. Depuis le récit des tentations jusqu’à la rencontre des disciples d’Emmaüs, sa seule référence est l’Écriture ; c’est à partir d’elle qu’il ouvre l’intelligence de ses auditeurs ; il l’avait bien dit au tentateur « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Ici, il dit en quelque sorte : ‘ne nourrissez pas votre foi de raisonnements et de discussions mais de la Parole de Dieu’.

L’Alliance Avec Dieu Est Éternelle

Ici, sa référence à l’Écriture, il la prend dans les paroles de Moïse : tout comme ses interlocuteurs d’ailleurs ; les Sadducéens commencent en disant : « Moïse nous a prescrit. » Mais ils se servent de l’Écriture, ils l’utilisent pour prouver ce dont ils sont déjà persuadés par ailleurs. Ils utilisent l’Écriture, ils ne se mettent pas à son école ; ils citent l’Écriture au lieu de la scruter. Jésus au contraire cherche dans l’Écriture quelle révélation elle nous apporte sur Dieu ; or Moïse l’a bien dit : dans le buisson ardent (Ex 3) Dieu s’est révélé à lui comme le Dieu de nos pères, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob : Dieu ne peut pas être Dieu pour un temps seulement ; la mort ne peut pas faire échec aux engagements qu’il a pris envers les Patriarches, Abraham, Isaac, Jacob, et leurs descendants. Son Alliance traverse la mort : il noue avec chacun de nous et nous tous ensemble un lien d’amour que rien ne pourra détruire. Or, au-delà de la mort, comme dit saint Jean « nous lui serons semblables » (1 Jn 3,2). Pour l’instant, « Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté ». Mais alors, nous serons enfin à son image des vivants, des aimants.

Une autre erreur est de parler de cette résurrection, de la vie dans l’au-delà comme si c’était la pure continuation de l’ici-bas. La réponse de Jésus montre bien au contraire qu’il y a une rupture complète entre notre vie actuelle et la vie des ressuscités : les enfants de ce monde se marient, c’est entendu ; mais les ressuscités ne se marient pas. Ils ne sont pas des anges (lisons bien le texte) mais ils sont « semblables aux anges », c’est-à-dire qu’ils ont un point commun avec les anges : ce point commun, justement, c’est qu’ils ne peuvent plus mourir ; la mort n’a plus sur eux aucun pouvoir ; désormais ils sont « enfants de Dieu », c’est-à-dire qu’ils sont vivants de la vie de Dieu. Dans leur question, les Sadducéens avaient lié le mariage à la reproduction : si cette femme avait été épousée par tous ses beaux-frères, c’est parce qu’elle n’avait pas pu être mère ; Jésus leur répond : votre problème est désormais sans objet ; dans le monde à venir tout est différent : il n’est plus question de mort et il n’est plus question de reproduction ; mais les Sadducéens avaient oublié que le mariage est aussi et d’abord une affaire d’amour : nos amours humaines, d’ici-bas, ne peuvent pas mourir : elles sont l’image de Dieu, elles sont ce qui en nous est à l’image de Dieu ; elles traversent la mort ; nous les retrouverons transfigurées sur l’autre rive.

Comme dit saint Augustin : « On ne peut perdre celui qu’on aime si on l’aime en Celui qu’on ne peut perdre. »