1 Et il leur disait une parabole sur ce qu'il leur fallait prier sans cesse et ne pas se décourager.
2 " Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et n'avait de considération pour personne.
3 Il y avait aussi dans cette ville une veuve qui venait le trouver, en disant : "Rends-moi justice contre mon adversaire ! "
4 Il s'y refusa longtemps. Après quoi il se dit : "J'ai beau ne pas craindre Dieu et n'avoir de considération pour personne,
5 néanmoins, comme cette veuve m'importune, je vais lui rendre justice, pour qu'elle ne vienne pas sans fin me rompre la tête". "
6 Et le Seigneur dit : " Écoutez ce que dit ce juge inique.
7 Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit, tandis qu'il patiente à leur sujet !
8 Je vous dis qu'il leur fera prompte justice. Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? "
Luc
DE L'EVANGILE DE LUC
Commentaire
1. Situation
Luc est l'auteur d'une oeuvre en deux volumes qui se suivent, et sont écrits pour être lus en suivant : l'Evangile, et les Actes des Apôtres. Luc nous est régulièrement présenté comme disciple et accompagnateur de Paul, bien que nous ne trouvions rien dans son oeuvre des grands thèmes théologiques développés dans les Epîtres de Paul.
Luc a écrit ses 2 Livres entre les années 80 et 90 de notre ère, soit plus de 50 ans après la mort de Jésus, 30 ans après les lettres authentiques de Paul, et quelque 20 ans après l'Evangile de Marc. Ce qui ne veut pas dire que les traditions qu'il reprend ne sont pas aussi anciennes que celles de ceux qui ont écrit avant lui. Cela indique toutefois qu'il s'adresse à des communautés chrétiennes déjà différentes, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.
Son Evangile se déroule en huit étapes :
- un Prologue (Luc, 1, 1 - 4) au destinataire de cet Evangile, un certain Théophile, dont nous ne savons rien par ailleurs, Prologue auquel fait écho le Prologue des Actes des Apôtres (Actes, 1, 1 - 5).
- un résumé de toute la Bonne Nouvelle de Jésus, en qui toutes les promesses de Dieu sont accomplies, autour du thème de son Enfance (Luc, 1, 5 - 2, 52).
- la préparation de son ministère public (Luc, 3, 1 - 4, 13).
- le ministère de Jésus en Galilée (Luc, 4, 14 - 9, 50).
- le voyage de Jésus vers Jérusalem (Luc, 9, 51 - 19, 27).
- le rejet de Jésus par Jérusalem (Luc, 19, 28 - 21, 38).
- le dernier repas de Jésus et sa mise au rang des pécheurs dans sa condamnation et son éxécution (Luc, 22, 1 - 23, 56a).
- la victoire décisive de Jésus, sa promesse de l'Esprit et son ascension (Luc, 23, 56b - 24, 53).
Jésus a terminé sa mission en Galilée, et, depuis Luc, 9, 51, il a pris avec ses dsiciples le chemin de Jérusalem. Cette montée vers la ville sainte, où il sera rapidement, après quelque temps, arrêté et condamné à la croix, constitue une partie très importante de l'Evangile, qui s'étale sur 10 chapitres, et durant laquelle Luc nous montre Jésus en train de former ses disciples, à mesure qu'il réagit à toutes les situations qu'il rencontre.
Jésus continue sa montée vers Jérusalem, dont le récit constitue toute la partie centrale de l'Evangile de Luc (9, 51 - 19, 27), et vit la dernière étape de cette marche en direction de la Ville Sainte (17, 11 - 19, 27), à laquelle correspond une 3ème et dernière série d'instructions qu'il donne à ses disciples, pour les former en vue de suivre, à leur tour et comme lui, leur propre chemin.
Jésus a commencé par purifier 10 lépreux, dont un seul, un Samaritain, est retourné vers lui, dans la foi, pour se convertir à Dieu en rendant grâces pour sa guérison.
Suite à cela, Jésus s'est trouvé confronté à une nouvelle question que lui ont posée des Pharisiens concernant la date de l'apparition du Règne de Dieu. Et Jésus, à ce propos, d'insister sur la fidélité nécessaire à ceux qui vivent dans l'attente de la venue définitive du Fils de l'homme qu'il est déjà, et qu'il sera pleinement après le passage de sa passion et de sa mort, suivi de sa résurrection (17, 20 - 18, 8). La page que nous propose aujourd'hui la liturgie de notre Eglise Catholique vient à point clôturer l'ensemble de cet épisode.
2. Message
Le centre du message porté par notre texte consiste en l'affirmation forte que Dieu n'abandonnera pas les siens quoiqu'il arrive, s'ils lui restent fidèles et demeurent constants dans la veille et la prière jusqu'au jour définitif de Jésus, le Fils de l'homme de la fin des temps.
Deux leçons sont ici tirées par Jésus de cette parabole du juge inique et de la veuve, qu'il vient de raconter, deux leçons qui invitent chaque fois à une conclusion a fortiori :
d'abord, si l'insistance de la veuve à se faire entendre d'un juge inique, qui se moque de tout et de tous, a fini par être couronnée de succès, combien, à plus forte raison, la prière persistante des disciples chrétiens sera-t-elle prise en considération par Dieu,
ensuite, si un tel juge se montre finalement capable d'exaucer la demande qui lui est faite par cette pauvre femme, combien plus, à plus forte raison, le sera notre Dieu juste et miséricordieux.
En définitive, le point imporant est bien le suivant : s'il est certain que Dieu exaucera la communauté chrétienne éprouvée ou persécutée qui se tourne vers lui dans la prière, les disciples de Jésus, qui attendent son retour, vont-ils lui rester fidèles durant la longue période intermédiaire qui sépare la résurrection du Seigneur de la fin ultime des temps, que marquera son avènement final ?
3. Decouvertes
Aux versets I et 8, il est clair que Jésus attend de nous davantage que la prière continuelle d'intercession. La foi confiante, ou la fidélité, au Dieu de Jésus, doit toujours être le moteur, l'âme de notre prière.
Au verset 7, la traduction de la dernière phrase semble devoir être, non pas "Est-ce qu'il les fait attendre ?", mais "Et il les fait attendre !" Ainsi formulée, cette phrase évoque le scandale classique de l'inaction apparente de Dieu (psaume 44, 23; Zacharie, 1, 12), que repose pour les chrétiens l'attente indéterminée de la fin des temps ou retour du Seigneur, qu'on appelle la "Parousie" (2 Pierre, 3, 9; Apocalypse, 6, 9 - 11; I Thessaloniciens, 4, 13 - 18).
4. Prolongement
Notre foi en Dieu et en Jésus le Christ suppose que nous lui fassions toujours confiance, dans la forte conviction que "Dieu est avec nous", et qu'il veut toujours ce qu'il y a de meilleur pour nous dans l'ordre du salut, même si cela ne correspond pas nécessairement à notre attente première, ni à notre demande.
Il en a été de même pour Jésus, dans son parcours terrestre. Relisons Hébreux, 5, 7 - 9 :
7 C'est lui qui, aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en raison de sa piété,
8 tout Fils qu'il était, apprit, de ce qu'il souffrit, l'obéissance ;
9 après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel,
Or, quand, selon ce texte, .Jésus, le Fils du Père, a-t-il été exaucé ? En ne subissant pas sa passion ? Certes, non. Mais dans sa résurrection.
Notre prière d'intercession dans la foi est toujours celle que .Jésus a su formuler à l'heure de son passage: "Père, s'il est possible..., pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux" (Marc, 14, 36).
Prière
Seigneur Jésus, donne-moi de ne jamais me lasser de supplier, par toi, le Père, de m'accorder une qualité de vie supérieure à celle dont je bénéficie pour le moment, et fais en sorte que je reconnaisse ces valeurs de salut, que tu me proposes par ta Parole et tes réactions pour le service de tous les hommes et femmes de tous les temps. 15.11.2003