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Jour 318 ☾ — La Cène, l'amour jusqu'à la croix

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Résumé : Ce trois-cent-dix-huitième jour ouvre le récit de la Passion selon saint Luc avec le chapitre 22 : la trahison de Judas, la préparation et la célébration de la Pâque, l'institution de l'Eucharistie, l'annonce du reniement de Pierre, l'agonie à Gethsémani, l'arrestation et le procès religieux devant le sanhédrin. Le commentaire relève les traits propres à Luc — Satan qui entre en Judas, la double bénédiction qui fait du repas une liturgie sacrificielle, la prière de Jésus pour Simon, l'ange réconfortant et la sueur de sang. Le frère s'arrête ensuite sur la question du grand prêtre dans la version de Marc (« Es-tu le Christ, le Fils du Béni ? ») et sur la réponse de Jésus, « Je suis », le nom divin par excellence, redoublé par l'imagerie apocalyptique de Daniel.

Introduction

Nous continuons. Cette fois-ci, ça y est, ça commence : la Passion de Jésus-Christ. On commence avec la dernière Cène, puis l'arrestation et le procès juif de Jésus. Il y en aura deux : procès juif, procès religieux, et demain, procès romain, procès politique. Luc, chapitre 22.

Lecture : Luc 22

La fête des pains sans levain, qu'on appelle la Pâque, approchait. Les grands prêtres et les scribes cherchaient par quel moyen supprimer Jésus, car ils avaient peur du peuple.

Satan entra en Judas, appelé Iscariote, qui était au nombre des Douze. Judas partit s'entretenir avec les grands prêtres et les chefs des gardes pour voir comment leur livrer Jésus. Ils se réjouirent et ils décidèrent de lui donner de l'argent. Judas fut d'accord, et il cherchait une occasion favorable pour le leur livrer à l'écart de la foule.

Arriva le jour des pains sans levain, où il fallait immoler l'agneau pascal. Jésus envoya Pierre et Jean en leur disant : « Allez faire les préparatifs pour que nous mangions la Pâque. » Ils lui dirent : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs ? » Jésus leur répondit : « Voici. Quand vous entrerez en ville, un homme portant une cruche d'eau viendra à votre rencontre. Suivez-le dans la maison où il pénétrera. Vous direz au propriétaire de la maison : "Le maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?" Et cet homme vous indiquera, à l'étage, une grande pièce aménagée. Faites-y les préparatifs. » Ils partirent donc, trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

Quand l'heure fut venue, Jésus prit place à table, et les apôtres avec lui. Il leur dit : « J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu'à ce qu'elle soit pleinement accomplie dans le royaume de Dieu. » Alors, ayant reçu une coupe et rendu grâce, il déclara : « Prenez ceci et partagez entre vous. Car je vous le déclare : désormais, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu. »

Puis, ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Et pour la coupe, après le repas, il fit de même en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.

Et cependant, voici que la main de celui qui me livre est à côté de moi sur la table. En effet, le Fils de l'homme s'en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux cet homme, malheureux cet homme par qui il est livré ! » Les apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres quel pourrait bien être parmi eux celui qui allait faire cela.

Et ils en arrivèrent à se quereller : lequel d'entre eux, à leur avis, était le plus grand ? Mais il leur dit : « Les rois des nations les commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel. Au contraire, que le plus grand d'entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand ? Celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien, moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves. Et moi, je dispose pour vous du royaume, comme mon Père en a disposé pour moi. Ainsi, vous mangerez et boirez à ma table dans mon royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël.

Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » Pierre lui dit : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison, et même à la mort. » Jésus reprit : « Je te le déclare, Pierre, le coq ne chantera pas aujourd'hui avant que toi, par trois fois, tu aies nié me connaître. »

Puis il leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans bourse, ni sac, ni sandales, avez-vous donc manqué de quelque chose ? » Ils lui répondirent : « Non, de rien. » Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a une bourse, qu'il la prenne ; de même celui qui a un sac ; et celui qui n'a pas d'épée, qu'il vende son manteau pour en acheter une. Car je vous le déclare : il faut que s'accomplisse en moi ce texte de l'Écriture : Il a été compté avec les impies. De fait, ce qui me concerne va trouver son accomplissement. » Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » Il leur répondit : « Cela suffit. »

Jésus sortit pour se rendre, selon son habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Arrivé en ce lieu, il leur dit : « Priez, pour ne pas entrer en tentation. » Puis il s'écarta à la distance d'un jet de pierre environ et, s'étant mis à genoux, il priait en disant : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe. Cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. » Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait. Entré en agonie, Jésus priait avec plus d'insistance, et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient sur la terre. Puis Jésus se releva de sa prière et rejoignit ses disciples qu'il trouva endormis, accablés de tristesse. Il leur dit : « Pourquoi dormez-vous ? Relevez-vous et priez pour ne pas entrer en tentation. »

Il parlait encore, quand parut une foule de gens. Celui qui s'appelait Judas, l'un des Douze, marchait à leur tête. Il s'approcha de Jésus pour lui donner un baiser. Jésus lui dit : « Judas, c'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme ? » Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : « Seigneur, et si nous frappions avec l'épée ? » Et l'un d'eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille droite. Mais Jésus dit : « Restez-en là. » Et, touchant l'oreille de l'homme, il le guérit.

Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l'arrêter, grands prêtres, chefs des gardes du Temple et anciens : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j'étais avec vous dans le Temple, et vous n'avez pas porté la main sur moi. Mais c'est maintenant votre heure et le pouvoir des ténèbres. »

S'étant saisis de Jésus, ils l'emmenèrent et le firent entrer dans la résidence du grand prêtre. Pierre suivait à distance. On avait allumé un feu au milieu de la cour, et tous étaient assis là. Pierre vint s'asseoir au milieu d'eux. Une jeune servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui. » Mais il nia : « Non, je ne le connais pas. » Peu après, un autre dit en le voyant : « Toi aussi, tu es l'un d'entre eux. » Pierre répondit : « Non, je ne le suis pas. » Environ une heure plus tard, un autre insistait avec force : « C'est tout à fait sûr : celui-là aussi était avec lui, et d'ailleurs il est galiléen. » Pierre répondit : « Je ne sais pas ce que tu veux dire. » Et à l'instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre. Alors Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd'hui, tu m'auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement.

Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le rouaient de coups. Ils lui avaient voilé le visage, et ils l'interrogeaient : « Fais le prophète ! Qui t'a frappé ? » Et ils proféraient contre lui beaucoup d'autres blasphèmes.

Lorsqu'il fit jour, se réunit le collège des anciens du peuple, grands prêtres et scribes, et on amena Jésus devant leur conseil suprême. Ils lui dirent : « Si tu es le Christ, dis-le-nous. » Il leur répondit : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j'interroge, vous ne répondrez pas. Mais désormais, le Fils de l'homme sera assis à la droite de la Puissance de Dieu. » Tous lui dirent alors : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » Il leur répondit : « Vous dites vous-mêmes que je le suis. » Ils dirent alors : « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes, nous l'avons entendu de sa bouche. »

Commentaire

Est-ce que vous avez trouvé les petites différences, les petites spécificités lucaniennes ? Par exemple, dans la scène, Luc insiste sur le rôle du diable : « Satan entra en Judas. » Il n'est pas seulement question des pharisiens et des Romains. Le vrai adversaire de Jésus, c'est le diable. Ce n'est pas une querelle politique, c'est une querelle entre le ciel et l'enfer. Pauvre Judas : c'est la première fois que, dans les Évangiles, on voit quelqu'un en direct devenir possédé.

Nouvelle différence aussi : Luc qui nous parle d'une double bénédiction, avant le pain, après le vin, et qui transforme ce repas en liturgie, en liturgie sacrificielle.

Il y a aussi des phrases qui n'apparaissent que dans Luc. « Je me tiens au milieu de vous comme un serviteur », ce qui nous rappelle le lavement des pieds qu'on avait dans l'Évangile selon saint Jean. Et cette phrase aussi à propos de Simon-Pierre :

J'ai prié pour toi, Simon, afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères.

C'est sur ce verset-là que l'Église catholique a, entre autres, énoncé le dogme de l'infaillibilité pontificale. Ce que Jésus a voulu une fois, il le veut encore. Et si Jésus a prié pour que celui qui serait à la tête du collège apostolique ait une foi qui ne défaille pas, cette prière, Dieu l'a exaucée.

Le passage avec les épées aussi est propre à Luc : tantôt il n'y en a pas assez, tantôt il y en a trop. Et puis l'ange à Gethsémani qui vient réconforter Jésus, et la sueur de Jésus qui devient comme des gouttes de sang — un phénomène médical que l'on a pu constater, où, sous le coup du stress, on se met à exsuder du sang, et qui nous rappelle la détresse et l'humanité de Jésus, qui pourtant ne perd pas son lien avec le ciel.

Alors il y a une phrase quand même sur laquelle je voudrais m'arrêter. Et comme la vie est mal faite, cette phrase sur laquelle je voudrais m'arrêter, ce n'est pas dans la version lucanienne, mais dans la version de Marc. Ce que je voudrais commenter, c'est la question que le grand prêtre pose à Jésus et comment Jésus lui répond — et cette fois-ci dans l'Évangile selon saint Marc. Excusez-moi, la vie est un peu mal faite, mais nous qui avons maintenant lu tout l'Ancien Testament, elle va prendre une signification nouvelle.

Le grand prêtre interroge Jésus, dans Marc chapitre 14, verset 61, et dit :

Es-tu le Christ, virgule, le Fils du Béni ?

Nous qui avons lu l'Ancien Testament, on a vu comment il y avait deux versions christologiques : une haute, une basse. Une version christologique basse qui faisait voir dans le Messie à venir une simple figure humaine ; et puis une version haute du Christ à venir, qui voyait derrière cet être mystérieux un être d'origine céleste. Donc le grand prêtre qui dit « Es-tu le Christ ? », c'est-à-dire « Es-tu celui qui doit sauver l'humanité ? » ; mais pour savoir si c'est un Christ version haute ou un Christ version basse, il rajoute : « virgule, le Fils du Béni », le Fils de Dieu. Autrement dit, le grand prêtre interroge Jésus pour lui dire : « Est-ce que tu es d'origine divine ? » Il l'interroge sur sa divinité. C'est toute la question : est-ce que Jésus a dit qu'il était Dieu ?

Réponse de Jésus : « Je le suis. » Et même, en grec, il ne dit pas « Je le suis », il dit « Je suis ». Egô eimi. Paf ! Le titre divin par excellence, le nom sacré de Dieu, de son éternité, de son unicité : c'est moi qui le porte. Egô eimi, je suis.

Et il rajoute : « Vous verrez maintenant le Fils de l'homme siégeant à la droite de la Puissance et venant avec les nuées du ciel. » Et quand Jésus dit « Et vous verrez le Fils de l'homme », ce n'est pas pour rabaisser tout d'un coup au niveau de la simple humanité ce qu'il est — c'est pour rappeler aussi qu'il est homme, mais c'est pour, derrière, ramener toute l'imagerie apocalyptique de Daniel, pour dire non seulement « Je suis d'origine divine, egô eimi, je suis », mais en plus : « C'est avec moi que s'accomplit la fin des temps. » Jésus qui dit au grand prêtre : « C'est encore pire que ce que tu imagines. » Réaction du grand prêtre : « Nous avons nous-mêmes entendu de sa bouche ce blasphème. » Il se met à déchirer ses vêtements et il condamne Jésus.

Bon, ça, évidemment, comme la vie est mal faite, j'aurais dû le dire dans Marc, mais on n'avait pas encore lu tout l'Ancien Testament et je n'avais pas encore réalisé tout ça. Mais c'est bien qu'on vous montre cette réponse. Jésus savait qui il était, Jésus savait ce qu'il faisait. Et en face de lui, les gens étaient parfaitement au courant et conscients de la gravité de ce qui se passait.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, apprends-moi à donner ma vie. Apprends-moi à porter ma croix. Apprends-moi à n'avoir, au milieu des tribulations, de la souffrance et des tentations, que toi comme unique modèle, que toi comme unique désir. Apprends-moi, Seigneur, à parcourir avec toi ce chemin qui doit m'amener de la terre jusqu'au ciel.

Toi qui, au lieu de la Transfiguration, parlais avec Moïse et Élie de ton exode, de ton départ qui se ferait à Jérusalem : c'est maintenant avec moi, Seigneur, que je te demande de parler. Viens, Seigneur, au plus profond de mon âme, et au fond de mon âme, prends ton dernier repas avec moi.


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