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Jour 319 ☾ — Emmaüs, la messe de la résurrection

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Résumé : Dernier chapitre de l'évangile selon saint Luc : les femmes au tombeau vide, la route d'Emmaüs, l'apparition aux onze et l'Ascension à Béthanie. Le frère Paul-Adrien montre comment l'évangile, commencé avec Zacharie dans un Temple disqualifié, s'achève dans le Temple réhabilité — et finalement dans le Temple céleste. Le commentaire déplie la structure du récit d'Emmaüs, calquée sur celle de la messe : rassemblement, lecture des Écritures, fraction du pain, envoi. Emmaüs n'est pas une belle page de catéchisme mais un récit d'apparition écrit pour nous : c'est à la messe que le Ressuscité se laisse reconnaître, et que nous devenons témoins de sa résurrection.

Introduction

Dernier chapitre dans l'évangile de Jésus-Christ selon saint Luc. Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, on en vient presque à regretter la fin de cet évangile, tellement il y avait des merveilles. Luc, chapitre 24.

Lecture : Luc 24

Le premier jour de la semaine, à la pointe de l'aurore, les femmes se rendirent au tombeau, portant les aromates qu'elles avaient préparés. Elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau. Elles entrèrent, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus.

Alors qu'elles étaient désemparées, voici que deux hommes se tinrent devant elles en habits éblouissants. Saisies de crainte, elles gardaient leur visage incliné vers le sol. Ils leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n'est pas ici, il est ressuscité. Rappelez-vous ce qu'il vous a dit quand il était encore en Galilée : "Il faut que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite." »

Alors elles se rappelèrent les paroles qu'il avait dites. Revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. C'étaient Marie-Madeleine, Jeanne et Marie, mère de Jacques. Les autres femmes qui les accompagnaient disaient la même chose aux Apôtres. Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas.

Alors Pierre se leva et courut au tombeau. Mais en se penchant, il vit les linges, et eux seuls. Il s'en retourna chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé.

Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s'était passé. Or, tandis qu'ils s'entretenaient et s'interrogeaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors ils s'arrêtèrent, tout tristes. L'un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple ; comment les grands prêtres et nos chefs l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié. Et nous, nous espérions que c'était lui qui allait délivrer Israël. Et avec tout cela, voilà déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l'aurore, elles sont allées au tombeau, elles n'ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu'elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu'il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu. »

Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait.

Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin. Mais ils s'efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l'ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leur regard. Ils se dirent l'un à l'autre : « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »

À l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment le Seigneur s'était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d'eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! » Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n'a pas de chair ni d'os comme vous constatez que j'en ai. » Dans leur joie, ils n'osaient pas encore y croire, et restaient saisis d'étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu'il prit et mangea devant eux.

Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : il faut que s'accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu'il ressusciterait d'entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d'en être les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus d'une puissance venue d'en haut. »

Puis il les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit. Or, tandis qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et il était emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem en grande joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

Commentaire

Dernière phrase de l'évangile de Jésus-Christ selon saint Luc :

Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

Nous avions commencé l'évangile avec Zacharie au Temple. Nous avions vu comment ce Temple avait été disqualifié à travers l'image de Zacharie qui s'enfonçait dans le mutisme et l'incrédulité, avant de voir, toujours dans le prologue selon saint Luc, Jésus naître à Bethléem dans une mangeoire, pour ensuite à nouveau être amené dans le Temple et, par sa présence, réhabiliter le Temple. Eh bien voilà que, de Bethléem la mangeoire à la scène où Dieu se donne en nourriture pour mourir sur la croix, nous sommes à nouveau dans le Temple, un Temple réhabilité. Sauf que cette fois-ci, le véritable Temple dont il est question, c'est le Temple céleste, la liturgie royale où Jésus, assis à la droite du Père, prie pour nous. Et entre les deux, d'un Temple disqualifié à un Temple retrouvé, il y aura eu cette lente prédication évangélique, avant que Jésus ne l'accomplisse sur la croix.

On l'a dit : le monde vient d'être sauvé, pas d'abord par la résurrection de Jésus, si j'osais en caricaturant, mais parce que sur la croix une justice qui condamnait a été remplacée par une autre justice qui voulait sauver. Bon, eh bien cette justice, c'est à nous maintenant de la faire nôtre. Comment la faisons-nous nôtre ? Eh bien c'est là que Luc, et Luc seul, vous donne cet épisode avec les disciples d'Emmaüs. Et la manière de faire nôtre cette justice, c'est d'y communier.

Et j'emploie à dessein le mot de communion, parce que vous êtes à la messe dans cet épisode, avec cette fraction du pain. Cette fraction du pain, ce n'est pas simplement une bénédiction. Si on vous dit que c'est à cette occasion que les disciples ont reconnu Jésus, c'est que cette fraction du pain avait quelque chose de particulier, qu'elle était reconnaissable entre mille, que c'était la fraction du pain qui a eu lieu à la Cène. Et d'ailleurs, dans les Actes des Apôtres, à chaque fois qu'on parlera de la fraction du pain, ce sera pour désigner le repas dominical, la messe.

Jésus qui nous donne son corps et son sang en nourriture et en boisson, c'est Jésus qui nous donne d'être avec lui sur la croix, de mourir avec lui pour ressusciter avec lui. Sur la croix, ce n'est pas lui qui a décidé comment il allait mourir ; mais le sens qu'il a voulu donner à sa mort, c'est lui qui en a décidé, et il l'a mis dans ce sacrifice du pain et du vin.

Pour aller jusqu'au bout de ce que je vous dis — et vous allez voir où ça va nous amener —, regardez la manière dont ce récit d'Emmaüs est construit. Vous avez d'abord Jésus qui rassemble des pèlerins égarés, qui les rassemble. Ensuite, deuxième mouvement : lecture de la Bible, « et parcourant toutes les Écritures, il leur expliqua tout ce qui concernait le Messie ». Je note à ce propos que Jésus, mine de rien et sans avoir l'air d'y toucher, jette les bases de ce qu'on appellera plus tard l'exégèse chrétienne : les principes qui permettent de lire la Bible, l'Ancien Testament, comme un chrétien. Et notamment la grande clé de lecture qui consiste à dire que l'Ancien Testament préfigure le Christ. Ça, c'est la grande manière de lire la Bible quand on est chrétien. Ça porte un nom particulier : ça s'appelle la lecture typologique. Fin de la parenthèse, on retourne à Emmaüs. Et ensuite, communion au pain. Puis, dernière étape : les disciples qui retournent à Jérusalem.

Eh bien ça, si vous regardez, c'est exactement de cette manière-là que les messes sont construites. On commence par rassembler tout le monde — il y a même une prière, ça s'appelle la collecte. Ensuite, liturgie de la Bible, puis liturgie sacrificielle. Et on termine en disant « Ite, missa est », ce qui ne veut pas dire « Allez, la messe est finie », mais ce qui veut dire missa, missum, « envoyé ». « Allez », c'est l'envoi.

Vous allez me dire : c'est juste un hasard. Non, non, non, non, non, ce n'est pas un hasard. Vous êtes ici le dimanche, le dimanche de la résurrection, et la première chose que Jésus fait le dimanche, le premier jour où il est ressuscité, c'est la messe. C'est ce qu'il avait dit au dernier repas : « Faites cela en mémoire de moi. » Le dernier repas, c'est la première messe avant que le Christ ne meure. Emmaüs, c'est la première messe avec le Christ ressuscité.

Alors, ce que je viens de vous dire, moi j'ai longtemps cru que ça faisait simplement une belle page de catéchisme, et en fait j'utilisais les pèlerins d'Emmaüs pour parler de la première communion aux collégiens que je préparais. Jusqu'au moment où j'ai découvert que ce n'était pas tout à fait par hasard si, dans l'évangile selon saint Luc, on vous met Emmaüs avant les disciples. Regardez : Jésus apparaît en chemin à deux disciples qu'on ne connaît ni d'Adam ni d'Ève ailleurs, et ensuite on retourne à Jérusalem, et là il apparaît aux disciples. Ça veut dire que le véritable modèle d'apparition, ce n'est pas Jésus qui apparaît aux disciples : c'est Jésus qui apparaît aux pèlerins d'Emmaüs, dans Luc.

Et même, regardez cette phrase qui est au cœur de ce récit, et vous allez voir jusqu'où ça va nous emmener :

Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l'ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leur regard.

Mais c'est quand même étonnant que ce soit au moment de manger le pain que le Christ apparaît — le Christ ressuscité qui leur apparaît, disparaît. Et c'est là que, des pèlerins d'Emmaüs, on en vient à vous. Parce que les véritables pèlerins d'Emmaüs, mes petits bichons, c'est vous. Vous. Vous n'avez pas vécu au premier siècle. Vous ne faites pas partie des douze disciples. Alors, est-ce que ça veut dire qu'on a moins de chance parce qu'on ne verra jamais Jésus ? Luc vous dit exactement l'inverse. Luc vous dit que la messe, c'est un rite qui a été construit pour être votre propre récit d'apparition. C'est à la messe que Jésus se tient là, sous vos yeux, et que vous devenez témoin de sa résurrection. Je le redis : le récit d'Emmaüs est construit comme un récit d'apparition pour que vous puissiez avoir votre propre récit d'apparition.

Et une fois qu'on a dit ça, là, avec les pèlerins d'Emmaüs, on retourne à Jérusalem. Sauf que cette Jérusalem dans laquelle ils retournent, ce n'est plus tout à fait cette Jérusalem terrestre, mais la Jérusalem céleste. Là où le Christ a été enlevé, là où les Apôtres règnent pour l'éternité pour juger les douze tribus d'Israël, comme disait Jésus, et là où le Christ, dans sa liturgie céleste, continue de s'offrir pour nous.

L'essentiel a été dit : la communion au pain et au vin, qui vous fait communier à la mort de Jésus et qui vous fait voir Jésus. Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur Jésus, toi qui es le compagnon de nos routes — parce que ce chemin vers Emmaüs, c'est le chemin de ma vie, moi qui suis un pèlerin, qui va de la Jérusalem terrestre à la Jérusalem céleste — toi qui rejoins mes pas quand mon cœur est lourd, ouvre mes yeux à ta présence.

Quand ta parole est proclamée, fais brûler mon cœur. Quand tu me fais découvrir les Écritures, agrandis l'espace de mon cœur. Quand le pain est rompu sur l'autel, donne-moi de te reconnaître vivant et de m'unir à toi, toi qui te livres encore pour moi.

Et quand la messe s'achève, quand, Seigneur, j'ai l'impression que tu disparais sous mes yeux, que ce ne soit pas dans la tristesse, mais que ce soit comme un envoi, pour devenir témoin de ta résurrection.

Reste avec moi, Seigneur, car le soir tombe, déjà il se fait tard, mais avec toi je serai, dans ce jour nouveau, l'aurore d'une vie éternelle. Mes pas seront à nouveau affermis, et si pèlerin j'ai été, pèlerin je le redeviendrai. J'aurai à nouveau la force de retourner vers cette Jérusalem, comme les pèlerins d'Emmaüs qui retournèrent vers Jérusalem — mais cette fois-ci, ce n'était plus la Jérusalem terrestre, c'était cette Jérusalem céleste vers laquelle ils arrivèrent.

Seigneur, reste avec moi.


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