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Jour 320 ☼ — L'Église naît dans la promesse

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Résumé : Premier jour dans les Actes des Apôtres, et le frère Paul-Adrien avoue son intimidation à entamer ce grand livre. La lecture du chapitre 1 déroule l'adresse à Théophile, les quarante jours d'apparitions, l'ascension et le remplacement de Judas par Matthias. Le commentaire, mené au fil de l'eau, s'arrête sur les preuves historiques de la résurrection, sur le sens du mot « témoin » (martyr) et sur la nécessité de reconstituer les Douze avant la Pentecôte. Le frère y voit la racine de la succession apostolique, chaîne physique et ininterrompue d'imposition des mains qui relie l'Église d'aujourd'hui à Jésus. L'épisode se clôt sur le psaume 136, « Au bord des fleuves de Babylone ».

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

On commence les Actes des Apôtres et j'avoue que je suis intimidé, parce que c'est de tels morceaux… Vous allez me dire, l'Évangile aussi, mais l'Évangile, on a eu le temps, entre guillemets, de les apprivoiser, ils étaient là en quatre exemplaires. Dans ma tête, en fait, c'est bête, mais c'est aujourd'hui que je commence le Nouveau Testament. Je stresse. On verra bien ce que ça donnera. Tout de suite, le chapitre 1.

Lecture : Actes des Apôtres 1

Cher Théophile, dans mon premier livre, j'ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le moment où il commença, jusqu'au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l'Esprit Saint, donné ses instructions aux apôtres qu'il avait choisis.

C'est à eux qu'il s'est présenté vivant après sa passion. Il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu. Il leur a parlé du royaume de Dieu.

Au cours d'un repas qu'il prenait avec eux, il leur donna l'ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre que s'accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l'avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l'eau, vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés d'ici peu de jours. »

Ainsi réunis, les apôtres l'interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. »

Après ces paroles, tandis que les apôtres le regardaient, il s'éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s'en allait, voici que devant eux se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d'auprès de vous viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel. »

Alors ils retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, — la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat. À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement. C'était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d'Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d'un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères.

En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères qui étaient réunis au nombre d'environ cent vingt personnes, et il déclara : « Frères, il fallait que l'Écriture s'accomplisse. En effet, par la bouche de David, l'Esprit Saint avait d'avance parlé de Judas, qui en est venu à servir de guide aux gens qui ont arrêté Jésus. Ce Judas était l'un de nous et avait reçu sa part de notre ministère. Puis, avec le salaire de l'injustice, il acheta un domaine ; et il tomba la tête la première, son ventre éclata et toutes ses entrailles se répandirent. Tous les habitants de Jérusalem en furent informés, si bien que ce domaine fut appelé dans leur propre dialecte Hakeldama, c'est-à-dire "domaine du sang". Car il est écrit au livre des Psaumes : Que son domaine devienne un désert, et que personne n'y habite. Et encore : Qu'un autre prenne sa charge.

Or, il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu'au jour où il fut enlevé d'auprès de nous. Il faut donc que l'un d'entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. »

On en présenta deux : Joseph, appelé Barsabbas, puis surnommé Justus, et Matthias. Ensuite, on fit cette prière : « Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu'il prenne, dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne. »

On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias, qui fut donc associé par suffrage aux onze apôtres.

Commentaire

Je commente au fil de l'eau le tout premier chapitre que vous venez d'entendre. On va donc avoir : un, l'adresse initiale ; deux, le temps que Jésus a passé avec ses disciples ; et trois, ce qu'on appelle le temps de l'attente. Parce qu'en fait, ce chapitre, c'est une sorte de programme. OK, pour tout le monde, on y va au fil de l'eau.

D'abord, l'adresse. On a retrouvé notre cher Théophile, celui dont le nom, en grec, signifie « aimer Dieu » — même si Luc rajoute avant : « cher Théophile », ce qui est plus qu'une formule de politesse, ce qui montre l'amour que Luc vous porte, à vous, puisque les Théophiles, c'est vous.

Deuxième partie : Luc vous rappelle ensuite les récits d'apparition, et vous dit :

Il leur en a donné bien des preuves, puisque pendant quarante jours, il leur est apparu, et il leur a parlé du royaume de Dieu.

Arrêtons-nous deux secondes sur ces preuves. Quelles preuves de la résurrection ? Pour les apôtres, c'est le fait d'avoir vu Jésus ressuscité et de l'avoir touché avec leurs mains. Mais nous, quelles preuves avons-nous ?

D'abord, le corps n'a jamais été retrouvé — et c'est pas faute qu'il ait été cherché. Deux : les soldats romains à qui on aurait volé le corps. C'est quand même curieux, parce qu'une garde romaine, c'est plutôt aguerri, ils étaient plusieurs. Donc, si vous voulez, pour voler le corps de Jésus, il fallait être au moins dix, quinze, vingt. Et vu l'état des disciples le soir de la mort de Jésus, c'était pas eux qui allaient le faire. Et puis, ces apôtres qui sont censés être recherchés pour vol et recel de cadavre, eh bien voilà que tout de suite, on les retrouve dans le Temple en train d'enseigner, et personne ne leur dit rien.

Ils étaient dispersés, au fond du gouffre, apeurés à l'idée de se réclamer de Jésus. Et voilà que maintenant, ils vont être tout d'un coup unis et se réclamant de Jésus. Ils vont commencer une prédication de laquelle ils ne tireront aucun bénéfice particulier. Au contraire : ils accepteront de mourir pour quelqu'un qui a été crucifié — ce qui est quand même assez curieux comme projet de vie. Et en plus, l'expansion du christianisme a quelque chose de totalement incompréhensible. Enfin, prêcher la résurrection d'un condamné à mort, normalement, c'est pas très vendeur. Bref, tout ça pour vous dire qu'aux yeux de l'histoire, le christianisme est incompréhensible. Je sais pas si c'est une preuve ; en tout cas, c'est un mystère qu'il convient de relever, dans lequel il y a de la place pour votre foi.

Bon, continuons. On nous dit que Jésus est apparu pendant quarante jours. Chiffre symbolique. Il est peut-être resté vraiment quarante jours, mais c'est d'abord la notion de plénitude spirituelle. Qu'est-ce que Jésus a dit aux apôtres pendant ces quarante jours ? Eh bien, mystère et boule de gomme : on ne sait pas. Alors, on peut quand même raisonnablement se dire que pendant ces quarante jours, Jésus leur a appris à lire la Bible — ce qu'il avait fait à Emmaüs ; que pendant ces quarante jours, il leur a parlé de la résurrection, et encore du royaume de Dieu, dont saint Luc, dans les Actes des Apôtres chapitre 1, nous dit que ça doit rester le cœur de la prédication évangélique. Et puis peut-être qu'il leur a donné des instructions sur la communauté à établir. C'est pas impossible que bon nombre de traditions de l'Église viennent de ces quarante jours.

Tiens, d'ailleurs, en parlant de Jésus qui annonce le royaume de Dieu à ses apôtres : on voit qu'il y a peut-être eu la résurrection, mais quand même, les apôtres, on ne va pas les refaire. Il y a des choses qu'ils comprennent et il y a des choses qu'ils ne comprennent pas. Regardez leur question :

Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ?

Et Jésus qui se frappe le front en disant : « Mais ils n'ont rien compris ! », et qui, de guerre lasse, retourne dans le ciel en disant : « Puisque c'est comme ça, je m'en vais. » J'exagère et je caricature l'Ascension, mais vous en relirez le texte : il y a quand même quelque chose de ça. Le royaume de Dieu, c'est pas de la magie. C'est à nous, par la force de l'Esprit Saint, de le proclamer, et, en le proclamant, de rentrer dedans.

Et d'ailleurs, juste avant de partir, Jésus résume l'Évangile dans la promesse de l'Esprit Saint : « Vous serez alors mes témoins. » Témoin, en grec : martyr. Rappelons que témoin, c'est pas le triomphe d'abord de la foi, c'est le triomphe de la charité. Pour pouvoir être un martyr, il faut donner sa vie au Christ en aimant les hommes jusqu'à la mort. Ça, c'est être témoin de la résurrection. D'où le don de l'Esprit Saint.

Alors d'ailleurs, Jésus dit : « Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans la Judée, la Samarie, et jusqu'aux extrémités du monde. » Ça vous donne le programme des Actes des Apôtres, qui va commencer à Jérusalem, qui va, dans les chapitres 11, nous amener du côté de la Samarie, et ensuite, avec saint Paul, jusqu'à Rome.

Après ces paroles, tandis que les apôtres le regardaient, il s'éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux.

Ce qui fait que, dans l'histoire, si vous regardez bien, il y a deux récits d'ascension : il y en avait un à la fin des Évangiles, et il y en a un au début des Actes des Apôtres. À la fin des Évangiles, il servait à clôturer de manière liturgique toute la prédication de Jésus. Au début des Actes, il sert à ouvrir une nouvelle page. On a tourné une page, c'était l'histoire de Jésus ; eh bien maintenant, il y a une nouvelle page à ouvrir et à écrire : celle de l'Église, celle des apôtres, celle de Paul — la vôtre aussi.

Donc ça, c'était le temps que Jésus a passé avec ses apôtres. Et maintenant, on est arrivés à la dernière partie de ce chapitre : le temps de l'attente. Sauf qu'il y a eu un petit déplacement. Au début, on attendait que Jésus restaure lui-même le royaume de Dieu ; maintenant, on attend qu'il nous donne l'Esprit Saint pour qu'on puisse le restaurer dans notre vie.

Pour que cette promesse se réalise, il y avait quand même une chose qui devait être faite d'abord. On va voir si jamais vous l'avez. C'était quoi ? Eh bien, c'était de reconstituer le collège apostolique, les douze apôtres. Il faut que les Douze soient douze pour que l'Esprit Saint arrive. Eh bien, Judas vient de mourir, donc les apôtres, ils ne sont plus que onze, là. Le royaume de Dieu, c'est l'Israël rassemblé. Donc il s'agit de remplacer Judas.

Judas, dont Pierre dit qu'il allait dans son lieu à lui. Le lieu à lui, c'est probablement pas le paradis. Le témoignage unanime des Pères et des docteurs de l'Église, c'est que Judas est en enfer — non pas d'ailleurs pour avoir trahi Jésus, mais pour avoir désespéré de sa miséricorde, et s'être ôté la vie dans la honte et le désespoir.

Alors, ça n'a l'air de rien, mais tout ce passage-là est furieusement important. Si Judas n'avait pas été remplacé, il n'y aurait pas eu de Pentecôte. Et derrière, ce que ça veut dire, c'est l'importance de la succession apostolique pour que l'Église soit l'Église. Il y avait douze apôtres : eh bien, il faut que quelqu'un prenne la place — là, Judas qui a failli, donc ce sera Matthias. Mais ce qui est vrai de Judas sera vrai des autres apôtres quand ils disparaîtront. Il faudra que quelqu'un remplace Pierre. Et c'est ainsi que, d'apôtre en apôtre, va se mettre en place ce que la tradition appellera plus tard la succession apostolique.

Moi, quand j'ai été ordonné prêtre, c'était par un évêque, qui lui-même a été ordonné par un évêque, par un évêque, par un évêque — et on arrive à retracer tout ça. Et lui se réclamait de saint Irénée, parce que saint Irénée, c'était un des premiers évêques en France, qui lui-même se réclamait de Polycarpe, qui lui-même se réclamait ultimement de saint Jean. Et vous voyez toute cette continuité. C'est-à-dire que non seulement il y a une continuité dans le dogme, mais j'allais dire, même, il y a une continuité physique : il faut imposer les mains, il faut qu'il y ait un contact, il faut que les uns remplacent les autres. C'est une seule chaîne qui nous ramène à Jésus. C'est la même Église, c'est la même communauté, c'est le même Israël que Jésus a fondé.

Et à un moment donné, le christianisme va déborder, va s'ouvrir aux nations, aux nations païennes. Et donc, cette fois-ci, la symbolique du chiffre douze sera moins importante ; cette fois-ci, on passera à une multiplicité non plus d'apôtres, d'ailleurs, mais d'évêques. Vous le verrez d'ailleurs, le mot d'évêque se retrouve dans l'Ancien Testament.

Tiens, d'ailleurs, on revient deux secondes sur la manière dont Judas a été remplacé : on l'a tiré au sort. Première remarque : le tirage au sort, ça veut dire qu'on en a sélectionné deux — ça, c'est la place du discernement humain — mais maintenant, on laisse Dieu agir. C'est une procédure qui est encore gardée dans l'Église copte égyptienne. Mais deuxième remarque : « le sort tomba sur Matthias ». En grec, le sort, c'est klèros : le sort, l'héritage, la charge. C'est comme si on disait, non pas « le sort tomba sur le plus jeune et c'est lui qui fut mangé », comme dans Il était un petit navire, mais « et l'héritage alla sur Matthias ». Ce qui a donné le mot de clerc, c-l-e-r-c, comme clérical, comme clergé. Hasard ? Coïncidence ?

Et nous terminons — tiens, nous terminons notre commentaire, on va retourner dans les psaumes. Il nous reste environ quatorze psaumes à écouter. On commence tout de suite : psaume 136.

Psaume 136

Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.

C'est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux, des airs joyeux : « Chantez-nous », disaient-ils, « quelque chant de Sion. »

Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?

Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite m'oublie ! Je veux que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n'élève Jérusalem au sommet de ma joie.

Souviens-toi, Seigneur, des fils d'Édom, et de ce jour à Jérusalem où ils criaient : « Détruisez-la, détruisez-la de fond en comble ! »

Ô Babylone misérable, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus, heureux qui saisira tes enfants pour les briser contre le roc !


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