Jour 320 ☾ — Pentecôte : le feu de Dieu sur la terre
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 2 des Actes des Apôtres : la venue de l'Esprit Saint sur les apôtres, le don des langues, le grand discours de Pierre citant Joël et David, puis la description de la première communauté chrétienne. Le commentaire montre que le vent et le feu signifient d'abord la vie nouvelle et l'entrée dans le mystère de Dieu, avant tout miracle spectaculaire. Il éclaire la Pentecôte juive du Sinaï — une Pentecôte « ratée », le peuple ayant refusé d'entrer dans la nuée — que celle des apôtres vient accomplir. Il distingue enfin xénolalie et glossolalie, souligne la parrhésia (l'audace de la parole) et voit dans le dernier verset l'idéal de l'Église, ce royaume de Dieu vers lequel toute réforme cherche à revenir.
Introduction
Nous continuons les Actes des Apôtres. Jésus nous avait demandé d'attendre que se réalise la promesse d'envoyer l'Esprit Saint. Dix jours depuis l'Ascension ont passé. Bonne écoute !
Lecture : Actes des Apôtres 2
Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain, un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent. La maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues, qu'on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux. Tous furent remplis d'Esprit Saint. Ils se mirent à parler en d'autres langues, et chacun s'exprimait selon le don de l'Esprit Saint.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule, et ils étaient en pleine confusion, parce que chacun d'eux entendait, dans son propre dialecte, ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l'émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent, ne sont-ils pas tous galiléens ? Comment se fait-il alors que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d'Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous, nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. » Ils étaient tous dans la stupéfaction et la perplexité, se disant l'un à l'autre : « Qu'est-ce que cela signifie ? » D'autres se moquaient et disaient : « Ils sont pleins de vin doux. »
Alors Pierre s'adressa à eux : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l'oreille à mes paroles. Non, ces gens-là ne sont pas ivres, comme vous le supposez, car c'est seulement la troisième heure du jour. Mais ce qui arrive a été annoncé par le prophète Joël : "Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai mon Esprit sur toute créature. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos anciens auront des songes. Même sur mes serviteurs et sur mes servantes, je répandrai mon Esprit en ces jours-là, et ils prophétiseront. Je ferai des prodiges en haut dans le ciel et des signes en bas sur la terre : du sang, du feu, un nuage de fumée. Le soleil sera changé en ténèbres et la lune sera changée en sang, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et manifeste. Alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé."
Hommes d'Israël, écoutez les paroles que voici. Il s'agit de Jésus, le Nazaréen. C'est un homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la préscience de Dieu, vous l'avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l'a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n'était pas possible qu'elle le retienne en son pouvoir.
En effet, c'est de lui que parle David dans le psaume : "Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche. Il est à ma droite, je suis inébranlable. C'est pourquoi mon cœur est en fête et ma langue exulte de joie. Ma chair elle-même reposera dans l'espérance. Tu ne peux m'abandonner au séjour des morts, ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m'as appris des chemins de vie. Tu me rempliras d'allégresse par ta présence."
Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu'il est mort, qu'il a été enseveli et que son tombeau est encore aujourd'hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d'avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : "Il n'a pas été abandonné à la mort et sa chair n'a pas vu la corruption." Ce Jésus, Dieu l'a ressuscité : nous en sommes tous témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l'Esprit Saint qui était promis, et il l'a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l'entendez. David, en effet, n'est pas monté au ciel, bien qu'il dise lui-même : "Le Seigneur a dit à mon Seigneur : siège à ma droite, jusqu'à ce que j'aie placé tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds." Mais que toute la maison d'Israël le sache avec certitude : oui, Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. »
Les auditeurs furent touchés au cœur et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit, car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d'autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. »
Alors ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.
Et ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs, à la vue des nombreux prodiges et des signes accomplis par les apôtres. Tous les croyants vivaient ensemble et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous, en fonction des besoins de chacun. Chaque jour, d'un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leur repas avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier. Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés.
Commentaire
Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés.
Que Dieu grave sa loi nouvelle dans nos cœurs, comme on l'avait dit dans Ézéchiel ; que nous vivions avec Dieu et que Dieu vive en nous, que nous lui soyons unis. Vous le saviez déjà, mais ça mérite quand même d'être dit.
Et voilà que l'Esprit Saint arrive en se manifestant sous deux formes : le vent et le feu. Le vent, c'est le don de la vie nouvelle. Ça vous a donné la création, quand l'Esprit de Dieu planait sur les eaux en Genèse 1. Ça vous a donné la vision de la résurrection dans Ézéchiel, quand il avait vu les ossements desséchés reprendre vie sous l'action du vent.
Et le feu, lui, nous fait penser au mystère, à la transcendance de Dieu. C'est le buisson ardent, quand il donne son nom. C'est le mont Sinaï, quand il se révèle au milieu des éclairs. Mais c'est aussi l'amour, dont on nous dit que ses flammes sont plus fortes que la mort. Et ça, ça vous rappelle à nouveau que le premier but de l'Esprit Saint, c'est de vous plonger dans le mystère de Dieu.
Alors, pour souligner ce propos — parce que c'est vraiment important —, je vous propose un petit détour du côté de l'Ancien Testament, et ça vous permettra d'ailleurs de vraiment comprendre ce que c'est que la Pentecôte. Le mot de Pentecôte, pentèkostè hèmera, « cinquantième jour », ce n'est pas les chrétiens qui l'ont inventé. Ça existait déjà, la place était déjà prise dans la liturgie juive. Ça correspondait à une fête. Cinquante jours après la Pâque juive, Pessah, quand Moïse sort d'Égypte, cinquante jours après, il était arrivé au mont Sinaï, et c'est là qu'il avait reçu la loi. Et ça avait donné naissance à une fête juive qu'on appelait le cinquantième jour, la Pentecôte, le don de la loi.
Bon, chez les chrétiens, ça devient quoi ? La Pâque juive devient la mort et la résurrection de Jésus, et le cinquantième jour devient non plus la Pentecôte du don de la loi sur le Sinaï, mais le don de la loi nouvelle à travers l'Esprit Saint.
Alors, je vous dis tout ça parce qu'il y a une petite différence, quand même. La Pentecôte, le don de la loi au mont Sinaï, en fait, ça avait été une Pentecôte ratée. Initialement, les Juifs, les anciens, tout le peuple devaient monter dans le mont Sinaï et entrer dans la ténèbre lumineuse, entrer dans le mystère de Dieu. Sauf que le mont Sinaï s'était mis à fumer, il y avait tellement de pyrotechnie, il y avait des éclairs, il y avait des tonnerres, que le peuple a eu peur et il avait refusé de rentrer dans la nuée. Et Moïse avait dû retourner tout seul dans la nuée, et Dieu avait dû graver sur des tables de pierre sa loi pour la donner au peuple, alors qu'au début il voulait la graver directement sur leur cœur.
Eh bien, ce qui avait été raté au mont Sinaï devient ici réussi. Les apôtres entrent dans le mystère de Dieu. Je dis ça parce qu'avant de partir tout de suite sur le miracle des langues, il faut d'abord voir que le premier but de la Pentecôte, c'est d'habiter en Dieu. Et c'est ça, l'accomplissement des prophéties. Et une fois qu'on a dit ça, et seulement après, alors là, oui, on peut aller au don des langues.
Donc maintenant, allons-y ! Ici, les apôtres se mettent à parler en langues étrangères. Petite parenthèse : merci de ne pas me confondre la xénolalie — le fait de parler dans un langage articulé étranger — avec la glossolalie, dont il sera question dans la lettre aux Corinthiens, le fameux parler en langues. C'est deux sujets différents. Fin de la parenthèse.
Et c'est ainsi que, grâce à la Pentecôte et à ce don des langues, est enlevée la malédiction qui pesait sur l'humanité depuis Babel, lorsque, défigurée par le péché et l'orgueil des hommes, l'humanité s'était dispersée. Dorénavant, il n'y aura plus qu'une seule langue, celle que Dieu a mise dans nos cœurs.
Donc, premier don, la xénolalie. Et deuxième don, qui va tout de suite avec, et qui est peut-être même encore plus important à mon avis, ce qu'on appelle la parrhésia. En grec, ça veut dire l'audace, le fait de parler librement. Et les apôtres, qui crevaient de trouille, qui étaient recherchés par tout le monde, saint Pierre, qui a renié trois fois Jésus, se met à parler avec courage à la foule. Il est là, le véritable miracle.
Alors d'ailleurs, ça vaut le coup de s'arrêter deux secondes sur la manière dont saint Pierre parle de ce qui vient de se passer. Lui, il l'interprète non pas du côté de Babel, mais du côté du prophète Joël, qu'il cite :
Voici qu'en ces jours-là, Dieu répandra son Esprit sur vous.
Pour Pierre, la Pentecôte marque l'entrée dans l'accomplissement, dans la fin de l'histoire. De fait, l'humanité vient de rentrer dans une nouvelle ère. D'abord, la mort a été vaincue, ce qui n'est pas rien. Et deuxièmement, avec l'Esprit Saint qui a été donné, on va rentrer dans une époque de la surabondance de Dieu. Il y aura des signes, il y aura des miracles, il y aura des prodiges, et surtout, il y aura la charité.
Ce que vient de dire Pierre, c'est ce qu'on appelle le kérygme, la première proclamation de l'Église : Jésus-Christ est mort et ressuscité, il a passé en faisant le bien, et il nous a promis l'Esprit Saint. Tout ceci, toute cette proclamation a un but : amener les hommes à se repentir, pour qu'ils demandent pardon pour leurs péchés — ça, c'est le baptême — et qu'ainsi ils reçoivent l'Esprit Saint qui va les agréger à l'Église. C'est l'Église qui est le corps du Christ.
Et c'est pour ça qu'à la fin du chapitre, on vous décrivait cette communauté, et il était là le véritable point d'orgue. Vous relirez d'ailleurs le dernier verset : c'est une sorte d'idéal de l'Église dont on nous dit qu'il a vraiment existé, et à chaque fois qu'il y a une réforme de l'Église, c'est pour y retourner. On nous dit que la première communauté était assidue dans la prière, assidue dans la pratique de la fraction du pain — ce qui désignera plus tard la messe —, qu'on mettait tout en commun, et qu'on gardait la tradition et l'enseignement des apôtres. Ça, c'est quelques versets. Ces versets-là, ça, c'est le royaume de Dieu.
Nous terminons par une prière pour invoquer l'Esprit Saint, quelques paroles du Veni Sancte Spiritus.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Viens, Esprit Saint, et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière. Viens en nous, Père des pauvres, consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.
Dans le labeur, le repos ; dans la fièvre, la fraîcheur ; dans les pleurs, le réconfort.
Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé, assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.
Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle.
Viens, Esprit Saint.