Jour 329 ☾ — Tenir ferme jusqu'à la fin
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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit d'une traite la deuxième lettre aux Thessaloniciens, en invitant à y repérer la structure type d'une lettre de saint Paul : adresse, action de grâce, nouvelles de la mission, enseignement et exhortation, prière finale. Après l'austérité morale de saint Jacques, on retrouve ici l'effervescence de l'attente du retour du Christ, que Paul doit calmer : ni calculs de dates, ni oisiveté sous prétexte d'imminence. Le commentaire s'arrête longuement sur le thème oublié de l'Antéchrist, l'homme de l'impiété déjà à l'œuvre mais retenu par un mystérieux « catéchone ». L'épisode se termine par une prière pour mener une vie ordonnée et ne pas se lasser de faire le bien.
Introduction
Nous avons terminé hier la lettre de Jacques. Je vous propose maintenant, puisqu'on est avec Paul dans ses voyages missionnaires, de lire une lettre de Paul. Après la première lettre aux Thessaloniciens, la deuxième lettre aux Thessaloniciens.
Alors, je fais exprès de jongler entre saint Jacques, saint Paul, saint Pierre, le but étant de vous donner le sentiment de la diversité. On aura l'occasion de creuser saint Paul en long, en large et en travers, ne vous inquiétez pas, mes petits bichons. Pour l'instant, ce sur quoi je voudrais attirer votre attention, c'est saint Jacques, saint Paul : même si tout ce beau monde est chrétien, c'est quand même deux salles, deux ambiances. Saint Jacques était marqué par un style assez sévère, une forme d'austérité morale. Et là, on retrouve les charismes exubérants, l'attente du retour du Christ, une sorte de fièvre religieuse.
C'est une lettre qui est assez courte, donc on va la lire d'une traite, en exercice de lecture. Et pour raviver votre attention, je vous rappelle la structure type d'une lettre de saint Paul. Essayez de me la retrouver dans cette deuxième lettre. Vous avez d'abord l'adresse initiale, puis une action de grâce — « je remercie Dieu, etc. » —, des nouvelles de la mission, un enseignement et une exhortation pratique, et puis à la fin, la prière finale. Essayez de voir quand est-ce qu'on passe d'une partie à l'autre, d'accord ? J'ai besoin que vous formiez l'oreille à saint Paul. Bonne écoute.
Lecture : 2ème Lettre aux Thessaloniciens 1-3
Paul, Sylvain et Timothée, à l'Église de Thessalonique qui est en Dieu notre Père et dans le Seigneur Jésus Christ. À vous la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.
Frères, à tout moment nous devons rendre grâce à Dieu à votre sujet, et c'est bien de le faire, étant donné les grands progrès de votre foi et l'amour croissant que tous et chacun vous avez les uns pour les autres. C'est pourquoi nous-mêmes, nous sommes fiers de vous au milieu des Églises de Dieu, à cause de votre endurance et de votre foi dans toutes les persécutions et les détresses que vous supportez.
Il y a là un signe du juste jugement de Dieu : ainsi vous deviendrez dignes de son royaume, pour lequel vous souffrez. C'est justice, en effet, que Dieu rende la détresse à ceux qui vous l'infligent, et qu'il vous accorde, à vous qui subissez la détresse, le soulagement avec nous, lorsque du haut du ciel le Seigneur Jésus se révélera avec les anges, messagers de sa puissance, dans le feu flamboyant. Alors il fera justice contre ceux qui ignorent Dieu et à ceux qui n'obéissent pas à l'Évangile de notre Seigneur Jésus. Ceux-là subiront comme châtiment la ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force, quand il viendra, en ce jour-là, pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui ont cru. Or vous, vous avez cru à notre message.
C'est pourquoi nous prions pour vous à tout moment, afin que notre Dieu vous trouve dignes de l'appel qu'il vous a adressé, par sa puissance qu'il vous donne d'accomplir tout le bien que vous désirez, et qu'il rende active votre foi. Ainsi le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.
Frères, nous avons une demande à vous faire à propos de la venue de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui. Si l'on nous attribue une inspiration, ou une parole, ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n'allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. Ne laissez personne vous égarer d'aucune manière. Car il faut que vienne d'abord l'apostasie, et que se révèle l'homme de l'impiété, le fils de perdition, celui qui s'oppose et qui s'élève contre tout ce que l'on nomme Dieu ou que l'on vénère, et qui va jusqu'à siéger dans le temple de Dieu en se faisant passer lui-même pour Dieu.
Ne vous souvenez-vous pas que je vous en ai parlé quand j'étais encore avec vous ? Maintenant, vous savez ce qui le retient, de sorte qu'il ne se révélera qu'au temps fixé pour lui. Car le mystère d'iniquité est déjà à l'œuvre. Il suffit que soit écarté celui qui le retient à présent ; alors sera révélé l'impie, que le Seigneur Jésus supprimera par le souffle de sa bouche et fera disparaître par la manifestation de sa venue.
La venue de l'impie, elle, se fera par la force de Satan, avec une grande puissance, des signes et des prodiges trompeurs, avec toute la séduction du mal, pour ceux qui se perdent du fait qu'ils n'ont pas accueilli l'amour de la vérité, ce qui les aurait sauvés. C'est pourquoi Dieu leur envoie une force d'égarement qui les fait croire aux mensonges. Ainsi seront jugés tous ceux qui n'ont pas cru à la vérité, mais qui se sont complu dans le mal.
Quant à nous, à tout moment nous devons rendre grâce à Dieu à votre sujet, frères, vous qui êtes aimés du Seigneur, puisque Dieu vous a choisis en premier pour être sauvés par l'Esprit qui sanctifie et par la foi en la vérité. C'est à cela que Dieu vous a appelés par notre proclamation de l'Évangile, pour que vous entriez en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus Christ. Ainsi donc, frères, tenez bon et gardez fermes les traditions que nous vous avons enseignées, soit de vive voix, soit par lettre. Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père, qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien.
Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course et que partout on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n'a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du mal. Et dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l'amour de Dieu et l'endurance.
Frères, au nom du Seigneur Jésus Christ, nous vous ordonnons d'éviter tout frère qui mène une vie désordonnée et ne suit pas les traditions que vous avez reçues de nous. Vous savez bien, vous, ce qu'il faut faire pour nous imiter. Nous n'avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée, et le pain que nous avons mangé, nous ne l'avons pas reçu gratuitement. Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour, nous avons travaillé pour n'être à la charge d'aucun d'entre vous. Bien sûr, nous avons le droit d'être à charge, mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter. Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cet ordre : si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus.
Or, nous apprenons que certains d'entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire. À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu'ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu'ils auront gagné. Et vous, frères, ne vous lassez pas de faire le bien. Si quelqu'un n'obéit pas à ce que nous disons dans cette lettre, signalez-le ; ne le fréquentez pas pour qu'il soit couvert de confusion, mais ne le considérez pas comme un ennemi : réprimandez-le plutôt comme un frère.
Que le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix, en tout temps et de toute manière. Que le Seigneur soit avec vous tous. La salutation est de ma main, à moi Paul. Je signe de cette façon toutes mes lettres : c'est mon écriture. Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec vous tous.
Commentaire
On est retourné dans les questions de l'apocalyptique et de la fin du monde. Saint Jacques, manifestement, ça ne l'intéressait pas beaucoup, mais c'était bien le seul. Entre Jude, qui faisait une plongée pleine balle dans le livre d'Hénoch et l'Assomption de Moïse, entre la deuxième lettre de saint Pierre qui était obligée de rassurer tout le monde… Là, avec les Thessaloniciens, on est en pleine effervescence. Il y a ceux qui croient que c'est déjà arrivé, il y a ceux qui croient qu'on peut connaître la date en faisant des calculs bizarres et ésotériques. Saint Paul est obligé de les calmer. Chapitre 2, verset 2.
Faites attention à ne pas penser que c'est de l'histoire ancienne. Enfin, vu le nombre de prophéties qui traînent encore en ce moment pour nous dire qu'on peut calculer la date de la fin du monde… Alors d'ailleurs, vous faites attention, parce que vous avez la version soit dévotion — donc là, on va vous sortir des prophéties —, soit la version complotiste. Vous rigolez, mais YouTube est rempli de vidéos comme ça.
C'est comme ça aussi que les témoins de Jéhovah se sont développés. Les témoins de Jéhovah n'ont pas arrêté de vous donner des dates. Ça stressait les gens, qui devenaient témoins de Jéhovah. Le Christ n'arrivait pas, on s'apercevait que la date était fausse. Mais vous avez toujours moins de monde qui quitte l'Église après s'en être rendu compte que de personnes qui sont rentrées dedans. C'était le meilleur marketing qu'on ait pu trouver au XXᵉ siècle.
Autre attitude aussi : ceux qui, à force d'être dans l'exubérance pour attendre le retour du Christ, ont décidé que ça ne valait plus le coup de travailler, parce que de toute façon le Christ allait arriver. Bon, là, saint Paul leur met un coup de pied aux fesses : « Mais coco, celui qui ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. »
Alors, qu'est-ce qui est lié aussi à ce thème du retour du Christ et de l'Apocalypse ? Un thème dont on ne parle plus beaucoup, mais qui était présent de manière curieuse, voire étrange et inquiétante dans cette lettre : c'était le thème de l'Antéchrist, l'homme de l'iniquité. Verset 3 :
Ne laissez personne vous égarer d'aucune manière. Car il faut que vienne d'abord l'apostasie, et que se révèle l'homme de l'impiété, le fils de perdition, celui qui s'oppose et qui s'élève contre tout ce que l'on nomme Dieu ou que l'on vénère, et qui va jusqu'à siéger dans le temple de Dieu en se faisant passer lui-même pour Dieu.
L'apostasie, c'est le fait de renier le Christ. Et là, l'Antéchrist. Manifestement, cet Antéchrist, cet homme d'impiété, correspondait à un enseignement assez courant dans les premières églises. Juste après, on vous disait : « Ne vous souvenez-vous pas que je vous en ai parlé quand j'étais encore chez vous ? » Et il n'y a pas que saint Paul : saint Jean lui aussi en parle. Dans ses lettres, il parlera des antichrists au pluriel, qui un jour culmineront dans une figure au singulier. Et même Jésus, quand il vous parlait de l'abomination de la désolation qui siégeait là où elle ne doit pas être, on peut y voir l'Antéchrist.
Encore plus curieux, saint Paul vous dit que cet Antéchrist est déjà à l'œuvre. Simplement, il y a quelque chose qui l'empêche de se manifester : en grec, un katéchon. Mais alors là, qu'est-ce que c'est ? Impossible de savoir. Certains l'ont assimilé à l'Église, d'autres à l'Empire romain. En tout cas, pour Paul, c'est clair : de la même manière que la résurrection est déjà à l'œuvre dans le monde, le mystère de l'iniquité est lui aussi en train de se développer. De la même manière que le Christ a incarné la parole de Dieu, de la même manière, un homme doit incarner le diable. Alors, « incarné » ici, peut-être pas au sens de ce qu'on appelle l'union hypostatique ; « incarné » ici au sens d'une possession tellement parfaite qu'on aura l'impression qu'à travers cet homme, c'est le diable qui agira.
Bon, les enfants, la suite dans le livre de l'Apocalypse. On vous dit qu'il va siéger dans le temple lui-même. Est-ce que c'est l'abomination de la désolation que Daniel avait prédite et que le Christ a reprise, qui va monter une sorte de religion universelle ? Ça, c'est un thème qu'on retrouvera dans l'Apocalypse : les bêtes immondes qui vont essayer d'imiter Dieu pour amener les hommes à se prosterner devant l'image du diable. En tout cas, il fait partie de la chronologie de la fin des temps, et sa manifestation doit précéder le retour du Christ. Citation :
La venue de l'impie, elle, se fera par la force de Satan, avec une grande puissance, des signes et des prodiges trompeurs, avec toute la séduction du mal.
Et alors paraîtra le Fils de l'homme, qui l'écartera par le souffle de sa bouche. Bon, manifestement, ce thème de l'Antéchrist faisait partie d'un enseignement récurrent parmi les premières églises. Nous, on n'en parle plus, ça appartient à une sorte de littérature bannie. Eh bien, relisons ce que dit la Bible.
Bon, et maintenant que j'ai fait peur à tout le monde, prions, les enfants.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, donne-nous de mener une vie qui te plaise. Donne-nous de vivre parmi nos frères de façon ordonnée, et que le pain que nous mangeons, nous puissions le recevoir de notre labeur et de ta bénédiction.
Seigneur, toi qui nous as dit par l'intermédiaire de saint Paul : « Ne vous lassez pas de faire le bien », donne-nous de l'accomplir, ce bien.
Que le Seigneur de la paix lui-même nous donne la paix, en tout temps et de toute manière. Que Dieu soit avec nous et qu'il nous bénisse.